*
*
30 mai 2017
« il attendait sa commande à l’extérieur d’un kebab en fumant lorsqu’une voiture de police s’est arrêtée et qu’un des fonctionnaires lui a demandé ses papiers. « Je lui ai demandé quel était le motif, et aussitôt il m’a poussé par terre. Son collègue est venu et m’a porté des coups de pieds dans la tête ». » Un homme (Noir) frappé par un policier à coups de pieds dans la tête sans raison, dans le quartier des Lilas en Seine Saint-Denis. Texte et vidéo
28 avril 2017
« Avalanche de violences policières durant la nuit du premier tour à Paris et à Rennes
(…) Je n’ai pas le temps de me protéger quand je vois ça que c’est mon tour. Je prends une droite bien placée dans l’œil. Je prends mes lunettes à la main. J’ai peur, je pleure, je crie « Arrêtez, doucement, j’ai des lunettes, vous nous embarquez, on ne résiste pas, vous n’avez pas besoin, s’il vous plaît, ne frappez pas » mais rien n’y fait, je prends plein de coups. Je me suis mis en garde comme à la boxe, je reçois un violent coup sur l’arrière du crâne qui me fera saigner. Il est à noter que les agents avaient leurs casques anti-émeute, beaucoup étaient cagoulés, aucun matricule n’était visible, personne n’a filmé. A un moment, je tombe dans les escaliers et un agent me relève pour mieux me frapper à nouveau. Ils ont tous leurs gants coqués, leurs gifles sont très violentes.
Les coups ne s’arrêteront qu’une fois sorti du bâtiment. C’était très violent. La peur avait saisi tout le monde. Je pensais de suite au G8 de Gênes et à l’école Diaz. Même s’il est évident que le nombre de blessés graves n’est pas le même, il s’agissait là des mêmes méthodes, de la même vengeance, de la même haine, de la même violence qui s’exprimait avec sadisme. Jamais de ma vie, je n’avais connu autant de sadisme, c’était humiliant et ils y prenaient plaisir, ils rigolaient, ils insultaient « bouge salope d’antifa », ils crachaient sur les victimes de leurs coups. Il s’agissait d’une expédition punitive, d’une humiliation collective, d’instaurer une soumission par la force et la terreur. Je vous laisse méditer sur ce dernier mot. »
Lire et voir l’ensemble des témoignages sur Taranis News
*
15 février 2017
.
14 février 2017. À LIRE ABSOLUMENT, cet article dans Bastamag récapitulant plusieurs affaires de viols et tortures commis par la police française, spécialement par racisme
13 février 2017
.
10 février 2017. Suite à la violence inouïe dans notre pays du crime commis contre Théo, à laquelle s’ajoute une autre sorte de violence, la révélation de la duplicité sans fond de François Fillon, et alors que ni l’un ni l’autre scandale ne semble prêt de se résorber, l’IGPN estimant que le viol de l’un de nos concitoyens par la police n’est qu’une violence accidentelle et involontaire, et Fillon s’accrochant à sa candidature déshonorante pour tout un peuple, je souffre comme nous tous de ce déchaînement d’iniquité et je n’ai pas le cœur à poster d’autres notes ici ni à faire autre chose à vrai dire qu’à suivre l’actualité et à rester proche des gens via l’internet (twitter, les reportages des journalistes indépendants, des périscopeurs, des médias…) pour sentir ce qui se passe et participer à faire avancer la cause de la justice. J’ai ajouté des vidéos, je continuerai à actualiser la note de temps en temps.
.
8 février 2017. La première note étant devenue trop pleine, j’ouvre cette deuxième note pour rassembler encore des documents, liens, réflexions sur les violences policières. Comme la première, je l’actualiserai au fil du temps.
.
.
https://youtu.be/DDGe52tEjxQ
.
.
Motion de rejet du PJL sécurité publique – 7… par PouriaAmirshahi
.
Pour voir la première (longue) note, avec nombreux liens et vidéos, à laquelle celle-ci fait suite : ci-dessous mot-clé Violences policières.
8 février 2017 : cette note étant devenue trop pleine, la suite sera rassemblée dans une deuxième note : ici
*
6 février 2017. On atteint le fond de l’ignoble avec le viol, la torture en réunion de Théo par quatre policiers à Aulnay-sous-Bois. (J’ajoute des éléments de temps en temps)
https://youtu.be/udL2WKr4SCI
Policiers accusés de viol à Aulnay : un témoin… par leparisien
…
ÉCOUTER ET LIRE SON TÉMOIGNAGE, recueilli quatre jours après sur son lit d’hôpital. Ne pas oublier que le procureur avait dans un premier temps requalifié les faits de « viol en réunion » à « violences en réunion ». Finalement on est revenu à une accusation de viol pour l’un des quatre policiers, sous la pression des réseaux sociaux et du maire d’Aulnay, lui-même ancien policier. Beaucoup de média parlent encore des faits comme d’une « interpellation musclée » ou « violente interpellation » pour ne pas nommer ce crime abject, raciste, commis quelques mois après l’assassinat d’Adama Traoré par la police, se faisant ainsi les complices passifs d’une certaine France haineuse, celle où une énorme proportion de policiers votent Front National et rappellent par leurs agissements ce qu’est ce parti, ce que serait le pays s’il arrivait au pouvoir – rappellent aussi où est le vrai danger : dans le néofascisme brun (voir les réactions de quelques élus ou responsables politiques, dont MLP). En ces jours où le pays est bouleversé par l’avalanche de révélations sur les malversations de François Fillon (qui eût été un président dangereux catholique et non musulman comme le prophétisait faussement Houellebecq), rappelant que certains hommes politiques se croient autorisés à voler les deniers publics comme certains policiers se croient autorisés à violenter, voire violer ou tuer les citoyens, oui, sachons diriger justement notre combat.
.
*
2 octobre 2016. Je trouve ce dossier en vidéos de l’agence Taranis News : « Encyclopédie des violences policières« , par catégories d’armes.
*
1er octobre 2016. Les violences policières se poursuivent et je ne les recense pas toutes ici. Voici une nouvelle vidéo d’Usul à voir. Songer que la police de la pensée est aussi violente et persécute, dans l’ombre aussi, les penseurs qui ont l’audace d’être originaires du peuple et non de la bourgeoisie, et refusent de se soumettre à l’ordre bourgeois qui fait sa loi au mépris du droit et de la loi.
*
31 juillet 2016. Douze jours après la mort d’Adama Traoré lors d’un contrôle de police, le procureur de la République se refuse toujours à évoquer l’asphyxie mentionnée par les deux autopsies, alors même qu’un gendarme a reconnu que leur victime avait pris le poids de leurs trois corps. Au lendemain de la mort du jeune homme, la presse française a titré sur les « émeutes » qui ont suivi avant d’en dire la cause. Le plus ignoble que j’aie vu était le titre du Point, qui ne mentionnait même pas la mort du jeune homme dans son titre.
Avec émotion, le discours de la sœur de #AdamaTraore. #JusticePourAdama pic.twitter.com/KgGhzxlQW0
— Remy Buisine (@RemyBuisine) 30 juillet 2016
*
30 juin 2016. « Maintien de l’ordre : la dangereuse dérive. Rapport d’information sur les actions de maintien de l’ordre menées depuis le début des manifestations d’opposition à la loi sur le travail en février 2016″ : c’est le titre du bel et utile travail de 80 pages établi par Reporterre et disponible en ligne (pdf) ici.
28 juin 2016. J’actualise la note avec cet article de Raphaël Georgy dans la Gazette Debout, donnant des nouvelles de Sébastien, fondateur de la commission SDF Nomades à Nuit Debout, lui-même sans abri matraqué lâchement et salement blessé par la police. Un véritable crève-cœur.
29 mai 2016. Depuis la dernière fois que j’ai actualisé cette note (le 5 mai), les violences policières et les témoignages se sont multipliés dans toutes les villes de France, à tel point que j’ai renoncé à intégrer les nouvelles vidéos, trop nombreuses. Agressions brutales de manifestants pacifiques, usage systématique et démesuré des gaz, grenades (j’en ai fait l’expérience directe lors de la manif du 19 mai, voir mes photos), flashballs, matraques… Depuis la manifestation de jeudi dernier, il y a quatre jours, un jeune photographe, Romain D., touché à la tête par un éclat de grenade désencerclante lancée sans nécessité, est toujours dans le coma à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, et risque de graves séquelles neurologiques. Nous sommes nombreux à penser à lui, mais la plupart des médias n’en parlent pas.
Je vais cette fois ajouter seulement ces trois vidéos récentes de « violence ordinaire », parmi bien d’autres, puis donner en lien quelques articles qu’il faut garder en mémoire.
https://youtu.be/_VkRNJeSP7s
https://youtu.be/tuOYVcMPDHU
Un splendide isolement : Les politiques françaises du maintien de l’ordre (La vie des idées)
Violences policières : “L’objectif n’est plus de repousser un groupe, mais de blesser des individus” (Les Inrocks)
Sans Pitié. Evacuation violente de la Basilique de St-Denis (avec l’autorisation de l’évêque) (Révolution permanente, avec vidéo)
*
5 mai 2016. Les vidéos et les témoignages de violences policières ne cessent de s’accumuler. Je continue à actualiser la note (voir aussi vers la fin de la note), à la documenter au fur et à mesure avec tous les témoignages qui viennent.
*
*
Un article dans Rebellyon info cartographiant et répertoriant les très nombreuses et souvent graves violences policières de ces derniers jours.
« La volonté de marquer les chairs de la jeunesse » (l’Humanité)
Violences dans les manifs : mais que fait la police ? (Télérama)
*
Une vidéo où l’on voit des policiers de Nantes agresser et blesser à la tête un homme parfaitement pacifique (récit ici)
*
Une vidéo faite après que des policiers sur un quai de RER ont contrôlé un innocent, un innocent mutilé, l’ont humilié et refusent de se retourner sur ce qu’ils ont fait (explications ici) Ajout du 12-5-16 : les policiers se défendent en donnant leur version surréaliste des faits, concernant un homme sans jambes : « l’homme retire lui-même ses prothèses puis, passablement énervé, avance de manière agressive vers les policiers »
https://youtu.be/EA-olxNDoGs
***
*
3 mai 2016


Suite notamment au nassage scandaleux d’une centaine de personnes (pacifiques, pas des casseurs – on les voit en marche vers où elles ne savent pas encore sur la capture de vidéo ci-dessus) sur la place de la République, encerclement par lequel les CRS les ont poussées jusqu’au métro Jacques Bonsergent, puis précipitées brutalement dans l’escalier du métro avec leurs boucliers, action provoquant bousculade et piétinements (un jeune homme est tombé inanimé sans aucun secours des policiers présents), puis les ont enfermées et gazées dans le métro qui ne circulait plus,
je remets cette note du 30 avril en haut de cette page et j’y ajoute la première vidéo ci-dessous, captation d’un périscope de Gaby Dumas Delage.
Puis je continue de jour en jour à documenter la note en articles et en vidéos à mesure que je les trouve.
*
Sur « la fabrique de la violence », lire ce texte de Pascal Maillard et écouter le cours d’Alexandre Duclos en fin de note.
*
Et le témoignage d’une street medic : « Nos interventions tiennent de plus en plus de la médecine de guerre ».
*
Celui de médecins contre les conséquences parfois très graves de l’utilisation de flash-balls.
*
Un article sur la dangerosité des lacrymogènes, qui peuvent être mortels.
*
Ici un article sur les violences policières délibérées envers les journalistes, avec d’autres vidéos et photos extrêmement choquantes.
*
30 avril 2016. J’ajoute des vidéos quand j’en vois d’autres. Tristes spectacles, mais s’ils n’étaient pas filmés ce serait sûrement encore pire, et il faut savoir comment ça se passe.
*

*
*
Sur d’autres vidéos, ailleurs en France, on voit par exemple un homme à scooter renversé par une voiture de police qui poursuit sa route, puis d’autres policiers le traîner à terre comme un paquet alors que blessé, il ne peut bouger, et le laisser là sur le goudron ; un policier viser longuement de son flash-ball, en souriant, un manifestant qu’il tient à bout portant ; fréquemment, un manifestant en train de s’écarter de la scène de violence saisi par plusieurs policiers, jeté au sol et violemment tabassé par plusieurs flics, etc. etc. Tous ces manifestants étant pacifiques (comme les intermittents violemment attaqués sans sommation devant l’Odéon), non des « casseurs ». Sans oublier le jeune homme qui a perdu un œil à Nantes suite à un tir de flash-ball. Et les citoyens Nuit Debout qui hier ont voulu s’inviter au conseil municipal de Clermont-Ferrand et en ont été chassés à coups de matraque et de gaz lacrymogènes – l’un d’eux a ensuite été menotté et arrêté. Les gens ne vont-ils pas avoir envie de se défendre contre cette violence prétendument légale ? Le gouvernement veut-il déclencher une guerre civile ou simplement écraser toute velléité de contestation par la terreur ?
Voici un cours d’Alexandre Duclos sur la violence policière.
*
Je dédie cette note aux citoyens qui parlent sur les réseaux sociaux et aux journalistes qui font leur travail. La parole agit. Elle est épée de vérité à laquelle, tel Ulysse, nous devons passer tous les prétendants au royaume, les uns après les autres.
♥ Kurt Cobain
*
J’invite à relire ma note concise mais fort parlante du mois de novembre dernier à propos de Fillon et du « courage de la vérité ». Tout y est : l’avertissement à ceux qui mentent et abusent des deniers publics, l’incapacité de gouverner qui en résulte, la colère des citoyens, le lien vers ce que savait Rachida Dati, et la conclusion : « La vérité s’accompagne de la justice »
Nous y sommes.
*
C’est un vieux livre en forme de grand cahier que j’ai trouvé par terre, donné. Je le trouve très beau. Une collaboration entre un auteur, Henry Kubnick, et un illustrateur, Patrick de Manceau. Et je me dis que nous aussi avons un nouveau défi à relever : franchir le paradigme capitaliste américain, passer de l’autre côté.

Je republie cette note du 17 mars 2015, découvrant que le lien pourtant correct vers cette note, dans la colonne de droite, renvoyait, à part sur mon ordinateur, à une note vide, dépourvue de son texte, de son illustration et de son pdf. Bug ? Ce livre un peu brûlant (et refusé par les éditeurs) a été écrit il y a deux ou trois ans et en lien avec ce qui se passait à ce moment-là, mais on peut constater que contrairement à ce que raconte Houellebecq, à la suite d’autres faux prophètes, ce n’est pas le risque de nous retrouver avec un président islamiste qui nous menace, mais bien celui de la fascisation qui se poursuit, avec Le Pen (sans parler de l’alliance catholique qui entache le démocrate Fillon), avec des populistes partout montants, et Trump à la tête des États-Unis.
J’offre, au moins pour un certain temps, en lecture gratuite mon livre La grande illusion, Figures de la fascisation en cours, ainsi résumé :
L’élection de François Hollande, l’affaire Charlie Hebdo, le renouveau du nazisme ou le suicide de Dominique Venner, intellectuel d’extrême-droite, dans Notre Dame de Paris, sont quelques-unes des figures de la réalité faussée qui règne en France ces dernières années, comme si l’illusion tentait désespérément de prendre la place d’une réalité défaillante et impuissante.
>Le voici, au format PDF : la grande illusion, (avec préface ajoutée le 18 octobre 2015, après les révélations d’une compagne de Charb)
Et si vous voulez lire le texte au format Kindle (appli gratuite pour smartphones, tablettes et ordinateurs)
ou simplement me soutenir en ces temps difficiles,
vous pouvez l’acheter à 2, 99 euros : La grande illusion
sur Amazon où vous trouverez d’autres de mes livres papier ou e-books.
Sébastien Balibar est physicien, directeur de recherche du CNRS, chercheur au Laboratoire Pierre Aigrain à l’ENS.
Conférence organisée par le département de Physique de l’ENS le 3 décembre 2015
À écouter pour des éléments de connaissance sérieux, à l’heure notamment où Trump a décidé que le problème n’existait pas, sans doute dans la fameuse série qui commence des « faits alternatifs ». Logique de l’ultra-individualisme et de l’avidité : après eux, le déluge – l’expression n’a jamais été à entendre plus littéralement.
*
Aujourd’hui j’ai une longue « parole du jour » à donner. Longue, lucide et magnifique, d’une extraordinaire humanité, notamment envers les femmes, ce qui est rare. Il s’agit d’un passage du livre de Georges Darien La belle France, paru en 1901 après avoir été refusé par la plupart des éditeurs. Un texte de combat, qui peut toujours grandement servir.
Je suis un Sans-patrie. Je n’ai pas de patrie. Je voudrais bien en avoir une, mais je n’en ai pas. On me l’a volée, ma patrie !
À tous ceux qui ne possèdent point, à tous les pauvres, à tous ceux qui ne sont ni les laquais des riches ni les bouffons à leur service, on a volé leur patrie. À tous ceux qui sont obligés de travailler pour des salaires dérisoires qui leur permettent à peine de réparer leurs forces ; à tous ceux qui ne trouvent même pas, en retour de la sueur de sang qu’ils offrent, le morceau de pain qu’ils demandent ; à tous ceux que leur cerveau plein désigne à la haine et dont le large front est brisé par l’indigence comme par un casque de torture ; à tous ceux qui errent le long des rues ou des routes en quête d’une pitance et d’un gîte ; à tous ceux qui renoncent à gagner leur vie et se décident à l’empoigner ; à tous ceux qui crèvent dans le fossé du chemin, dans leur taudis, sur le grabat de l’hôpital ou dans la cellule de la prison ; à tous ceux que tue la misère physique ou morale, ou qui se donnent la mort pour lui échapper — on a volé leur patrie.
À toutes celles dont l’immense labeur sans salaire permet à l’abjecte Société de continuer sa route imbécile ; à toutes celles dont les flancs féconds fournissent aux éternels Molochs la chair humaine qu’ils réclament sans trêve ; à toutes celles dont les flancs stériles sont voués aux luxures assoupissantes et dont les baisers mettent le baume du vice sur les plaies vives de l’universelle détresse ; à toutes celles dont l’intelligence, la bonté, la délicatesse et la grandeur d’âme sont étouffées ainsi que des plantes mauvaises ; à toutes celles qui sont victimes, esclaves, damnées — on a volé leur patrie.
Aux tout petits, dont l’âme à peine ouverte est flétrie par les émanations pestilentielles du marécage social ; aux enfants dont l’esprit a conçu des rêves que la liberté aurait fait naître grandioses, et que font avorter les grilles de la misère — on a volé leur patrie.
Aux armées de pauvres, aux hordes de misérables, et même aux bandes de brigands — on a volé leur patrie.
Je crie : Au voleur !
De tous les hommes auxquels on fait croire que le patriotisme est un sentiment abstrait, indéfinissable, qu’il ne faut point tenter d’expliquer, mais pour lequel il est utile et glorieux de souffrir et de mourir — on a chouriné l’esprit afin de les empêcher de voir ce que c’est que la patrie.
De toutes les femmes auxquelles on persuade qu’elles doivent, par patriotisme, mener une existence de dévouement morne et stérile, de noire abnégation, qu’elles doivent sacrifier sans espoir de récompense leur vie, leurs affections, leurs rêves, et les fruits de leurs entrailles — on a étranglé l’âme et arraché le cœur afin de les empêcher de voir ce que c’est que la patrie.
De tous les enfants dont on farcit le cerveau d’abominables et ridicules légendes et des infâmes leçons du catéchisme religioso-civique — on a étouffé l’intelligence afin de les empêcher de voir ce que c’est que la patrie.
De tous ceux qui travaillent, qui peinent, qui souffrent, et qui n’ont rien — on a tué l’énergie afin de les empêcher de voir ce que c’est que la patrie.
Je crie : À l’assassin !
Je crie révolte, et je crie vengeance. Je crie : En voilà assez !
Voleurs et assassins — les Riches — sont parvenus, grâce à la terreur et à l’ignorance qu’ils imposent et entretiennent, à obscurcir complètement la signification du mot : Patrie. Avec l’aide de leurs deux valets, le Prêtre armé du mensonge et le Soldat qui brandit un sabre, ils ont réussi à interdire à ceux qu’ils ont spoliés la compréhension du mot ; et, devant ce vocable qui ne doit avoir pour elles aucun sens précis, les victimes des Possédants ont dû se courber avec respect, jurer de tout sacrifier, existence comprise, aux choses mystérieuses qu’il représente. Mieux encore. Devant les menaces et les murmures des déshérités, las enfin de l’épouvantable servitude qui pèse depuis si longtemps sur leurs épaules, les Riches se sont émus ; non contents d’avoir à leur service le prêtre et le soldat, ils ont enrôlé dans leur garde les pions et les sous-diacres de l’écritoire : et ces drôles, s’emparant du mot qu’il ne faut pas qu’on comprenne, le déguisant davantage encore sous le clinquant des phrases et les oripeaux de la déclamation, sont arrivés à en faire un spectre qu’ils opposent aux plaintes et aux demandes des Pauvres — ce mot, qui doit être la synthèse de toutes les revendications sociales !
La Patrie, aujourd’hui, — et, hélas ! depuis si longtemps ! — la Patrie, c’est la somme des privilèges dont jouissent les richards d’un pays. Les heureux qui monopolisent la fortune ont le monopole de la patrie. Les malheureux n’ont pas de patrie. Quand on leur dit qu’il faut aimer la patrie, c’est comme si on leur disait qu’il faut aimer les prérogatives de leurs oppresseurs ; quand on leur dit qu’il faut défendre la patrie, c’est comme si on leur disait qu’il faut défendre les apanages de ceux qui les tiennent sous le joug. C’est une farce abjecte. C’est une comédie sinistre.
Un bœuf de Durham est de race anglaise ; un mulet du Poitou est de race française ; (il n’y a de race française que pour les animaux) ; ces bêtes ont-elles une patrie ? Les pauvres n’en ont pas davantage. Quel intérêt les attache au pays dans lequel les fit naître le hasard ? Aucun. Quelle garantie d’existence leur donne leur naissance sur un certain point du globe ? Aucune. Quelle solidarité existe entre eux, qui n’ont rien, et ceux qui possèdent tout ? Aucune. Quels liens, quel contrat moral, même quels efforts communs, voire quelles légendes, les lient les uns aux autres ? Néant. Et réellement, quel antagonisme d’intérêts peut exister entre un pauvre allemand et un pauvre français ? Quelles inimitiés raisonnables peuvent les diviser ? Il est bien certain qu’ils sont frères d’infortune, que les différences que l’on peut constater entre eux ne sont que superficielles. Proudhon avait raison de dire que la nationalité est surtout le résultat d’institutions politiques communes ou de la contrainte exercée par le Pouvoir central. Oui, c’est l’habitude d’une servitude identique ; la marque du même joug sur le cou.
Ces Pauvres, que les Riches arment les uns contre les autres pour les luttes que provoquent les querelles de vanité ou les rivalités commerciales, ces Pauvres eurent, il y a quelque trente-cinq ans, l’idée la plus extraordinaire et la plus touchante qui se puisse concevoir. Ils constatèrent que, quel que fût leur pays d’origine, ils n’avaient pas de patrie ; et ils résolurent de se lier les uns auxautres par une association fraternelle, l’Internationale des Travailleurs. Songez-y ; songez à ce fait formidable : les travailleurs européens, dans le dernier tiers du xixe siècle, déclarant qu’ils n’ont pas de patrie, et qu’ils n’ont pas de patrie parce qu’ils travaillent. Quel jour jeté sur notre civilisation !
Que les conclusions soient fausses que tirèrent les déshérités de cette triste constatation, je n’en disconviens pas. L’émancipation des travailleurs n’est pas un problème simplement local ou national, certainement ; pourtant, on peut en entreprendre la solution nationalement, pour commencer. Quant à la nécessité de subordonner tout mouvement politique au grand but de l’émancipation économique, elle est plus que discutable ; les événements de 1870, qui suivirent de quatre ans le congrès de Genève, se chargèrent de le prouver. Mais peu importe, pour le moment. Le grand fait subsiste qu’en 1866, les Pauvres affirmaient à l’unanimité qu’ils n’avaient point de patrie.
Ils n’en ont pas ; non. Les rapports de non-possédant à possédant sont pires, souvent, que n’étaient autrefois les rapports d’esclaves à maîtres. L’esclave, d’ailleurs, n’avait pas de patrie ; mais on ne lui disait pas qu’il en avait une. Aujourd’hui, l’on jure aux malheureux qu’ils ont une patrie ; on les engage à en être fiers, et à se montrer dignes d’elle en renonçant à toute autre préoccupation que celle de sa défense. En vérité, ce n’est même point le passé qui triomphe ; c’est quelque chose de plus hideux encore. Jadis, on ne connaissait pas l’immonde hypocrisie qui a cours maintenant. Les vieux spectres n’ont point cessé de hanter notre existence, mais l’imposture nouveau jeu les a drapés dans des linceuls neufs, dont Tartufe tient la queue.
Si les pauvres ont fini par s’apercevoir qu’ils n’avaient pas de patrie, il ne leur est pas encore venu à l’esprit, malheureusement, de chercher à savoir au juste ce que c’est que la Patrie ; et, ayant réussi à le savoir, d’en réclamer une. Car toute la question est là : s’ils admettent, comme le faisait l’Internationale, que les revendications politiques particulières doivent céder le pas aux revendications économiques générales ; s’ils admettent que les déshérités, afin de devenir citoyens du monde, doivent d’abord renoncer à la qualité de citoyens de leur pays (ou, au moins, renoncer à réclamer cette qualité pleine et entière, effective) ; s’ils admettent qu’afin de mettre un terme aux spoliations dont ils sont victimes d’un bout à l’autre du globe ils doivent s’abstenir d’abord de s’attaquer aux filous qui les dépouillent chez eux — ils sont perdus ; ils ne réussiront jamais à briser leurs chaînes ; ou ils n’y parviendront qu’au bout d’un temps très long. — Si, au contraire, ils cherchent à se rendre compte de la cause primordiale de leur sujétion ; si, l’ayant découverte, l’ayant réduite, pour ainsi dire, à son expression la plus nette et la plus simple, ils s’attaquent à cette cause avec énergie, avec ténacité, avec une volonté terrible qui refuse de se laisser détourner de son but — alors, leur succès est assuré ; et s’ils savent faire usage d’une politique très simple, dédaigneuse des vieux rouages de la politique bourgeoise, ce succès se manifestera très rapidement.
*
Le livre vient d’être réédité aux éditions Prairial
Il peut aussi être lu en ligne sur Wikisource, par exemple. Les vieilleries du pays qu’il y dénonce sont toujours en place, et toujours plus vieilles et plombées, plombantes. Ce que j’appellerais la maison, plutôt que la patrie, a bien besoin d’un coup de balai.
*
*
En ce moment difficile de notre histoire, rappelons-nous que nous, centaines de milliers, millions de femmes, de trans, d’hommes et de jeunes qui sommes ici à la Marche des Femmes, représentons les puissantes forces de changement déterminées à empêcher les cultures moribondes du racisme et de l’hétéro-patriarcat de se relever.
Nous reconnaissons que nous sommes les agents collectifs de l’histoire et que l’histoire ne peut être supprimée comme les pages web. Nous savons que nous nous rassemblons cet après-midi sur les terres indigènes et nous suivons la voie des premiers peuples qui malgré la violence génocidaire massive n’ont jamais renoncé à la lutte pour la terre, l’eau, la culture, leur peuple. Nous saluons particulièrement aujourd’hui le Sioux Rock Permanent.
Les luttes des Noirs pour la liberté, qui ont façonné profondément l’histoire de ce pays, ne peuvent être balayées d’un geste de la main. On ne peut pas oublier que les vies noires importent. Ce pays est ancré dans l’esclavage et le colonialisme : pour le meilleur ou pour le pire, là est le fond de l’histoire des États-Unis, une histoire d’immigration et d’esclavage. Ce n’est pas en propageant la xénophobie, en hurlant des accusations de meurtres et de viols, ni en construisant des murs, qu’on effacera l’histoire.
Aucun être humain n’est illégal.
La lutte pour sauver la planète, pour arrêter le changement climatique, pour garantir l’accès à l’eau sur les terres de Standing Rock Sioux, à Flint, au Michigan, en Cisjordanie et à Gaza ; la lutte pour sauver l’air : c’est le point de départ de la lutte pour la justice sociale.
C’est une marche des femmes et cette marche des femmes représente la promesse du féminisme contre les pouvoirs pernicieux de la violence étatique. Un féminisme inclusif et intersectionnel qui nous invite tous à nous joindre à la résistance au racisme, à l’islamophobie, à l’antisémitisme, à la misogynie, à l’exploitation capitaliste.
Oui, nous saluons la lutte pour 15 [pour un salaire minimum à 15$]. Nous nous consacrons à la résistance collective. La résistance aux milliardaires, aux profiteurs d’hypothèques et à la gentrification. Résistance à la privatisation des soins de santé. Résistance aux attaques contre les musulmans et les migrants. Résistance aux attaques contre les handicapés. Résistance aux violences étatiques perpétrées par la police et par le complexe industriel carcéral. Résistance à la violence sexiste institutionnelle et intime, en particulier envers les femmes trans de couleur.
Les droits des femmes sont les droits humains partout dans le monde et c’est pourquoi nous demandons liberté et justice pour la Palestine. Nous célébrons la libération imminente de Chelsea Manning et celle d’Oscar López Rivera, mais nous demandons aussi celle de Leonard Peltier, de Mumia Abu-Jamal et d’Assata Shakur.
Au cours des mois et des années prochaines, nous serons appelés à intensifier nos revendications de justice sociale, à devenir plus militants dans notre défense des populations vulnérables. Ceux qui défendent encore la suprématie de l’hétéro-patriarcat blanc masculin feraient bien d’y faire attention.
Les 1459 jours à venir de l’administration Trump seront 1459 jours de résistance. Résistance sur le terrain, résistance dans les salles de classe, résistance au travail, résistance dans notre art et dans notre musique.
Ce n’est que le début, et pour reprendre les mots de l’inimitable Ella Baker : « Nous qui croyons en la liberté, nous n’aurons de cesse jusqu’à ce qu’elle advienne ». Merci.
*
Alors que Woody Allen et Roman Polanski bénéficient toujours des complicités de leur milieu, je découvre ce témoignage de Flavie Flament sur David Hamilton. À force de parler et de refuser le système, le même qui permet à une partie des humains d’abuser, exploiter, piller une autre partie des humains, nous finirons par le détruire. Et il faut le détruire, ce système qui est en train d’assassiner l’humanité.
« Nous sommes tous étrangers sur cette terre. Depuis son renvoi, Adam est étranger sur cette terre où il a élu domicile d’une façon passagère, en attendant de pouvoir revenir dans son Éden premier. Le mélange des peuples, leurs migrations ne sont que cheminements d’étrangers. La paix elle-même ne s’accomplit à certains moments de l’Histoire, que dans la mesure où elle est la reconnaissance par des étrangers d’autres étrangers. Si bien qu’il devient impossible aux uns et aux autres de savoir qui est le véritable étranger. Je fais la différence dans ma poésie entre l’étranger et l’ennemi. L’étranger n’est pas uniquement l’Autre. Il est aussi en moi. Je n’en parle pas pour m’en plaindre ou pour refuser l’Autre. Il est en moi. »
…
« Je me souviens d’une maison à l’orée du village où venait toutes les nuits un chantre qui racontait son histoire. Sa voix était mélodieuse et sa poésie belle. Puis il disparaissait avec le jour, car il était pourchassé par la police israélienne. C’est à ce chantre que je pensais dans mon poème « La terre » : « Le chantre chantait le feu et les étrangers, et le soir était le soir. » Cet homme traqué par l’armée israélienne, nous l’entendions de nuit, et il disparaissait le jour. Il portait le voyage dans sa voix, sa poésie et son chant. Il racontait son histoire de fugitif traqué. Sa quête des siens. Comment il escaladait les montagnes, descendait les vallées. J’ai alors réalisé que les mots pouvaient porter la réalité, ou l’égaler. »
Mahmoud Darwich, La Palestine comme métaphore
*
Le 07 octobre 2007, le poète palestinien Mahmoud Darwich (en arabe : محمود درويش) lisait son poème “Pour décrire les fleurs d’amandier” au Théâtre de l’Odéon (Odéon – Théâtre de l’Europe). Traduction de l’arabe vers le français : Elias Sanbar. Lecture de la traduction française : Didier Sandre. Peinture : Vincent Van Gogh, “Amandier en fleurs”, 1890. “Pour décrire les fleurs d’amandier” :
Pour décrire les fleurs d’amandier, l’encyclopédie
des fleurs et le dictionnaire
ne me sont d’aucune aide…
Les mots m’emporteront
vers les ficelles de la rhétorique
et la rhétorique blesse le sens
puis flatte sa blessure,
comme le mâle dictant à la femelle ses sentiments.
Comment les fleurs d’amandier
resplendiraient-elles
dans ma langue, moi l’écho ?
Transparentes comme un rire aquatique,
elles perlent de la pudeur de la rosée
sur les branches…
Légères, telle une phrase blanche mélodieuse…
Fragiles, telle une pensée fugace
ouverte sur nos doigts
et que nous consignons pour rien…
Denses, tel un vers
que les lettres ne peuvent transcrire.
Pour décrire les fleurs d’amandier,
j’ai besoin de visites
à l’inconscient qui me guident aux noms
d’un sentiment suspendu aux arbres.
Comment s’appellent-elles ?
Quel est le nom de cette chose
dans la poétique du rien ?
Pour ressentir la légèreté des mots,
j’ai besoin de traverser la pesanteur et les mots
lorsqu’ils deviennent ombre murmurante,
que je deviens eux et que, transparents blancs,
ils deviennent moi.
Ni patrie ni exil que les mots,
mais la passion du blanc
pour la description des fleurs d’amandier.
Ni neige ni coton. Qui sont-elles donc
dans leur dédain des choses et des noms ?
Si quelqu’un parvenait
à une brève description des fleurs d’amandier,
la brume se rétracterait des collines
et un peuple dirait à l’unisson :
Les voici,
les paroles de notre hymne national !
*