Odyssée, Chant II, v. 1-5 (ma traduction)

"Fighting with the Angel", acrylique sur papier A4

« Fighting with the Angel », acrylique sur papier A4


Hier soir, après avoir fini de traduire le premier chant, j’ai dessiné et peint ce combat avec l’ange, d’après une photo que j’avais faite il y a longtemps. Je me suis couchée tard dans la nuit, réveillée et rendormie plusieurs fois jusque tard dans la matinée. Et chaque fois, ce qui me sortait du sommeil, c’était le mot ευτυχής. Je ne me souvenais pas de ce qu’il signifiait, mais il revenait tout le temps, sans se laisser oublier. Quand je me suis enfin levée j’ai ouvert mon dictionnaire, voici sa définition : « heureux, qui prospère, qui réussit » et aussi « qui assure le bonheur de ».

Aujourd’hui voici les 5 premiers vers du Chant II, je les donne seuls car ils sont splendides ainsi, dans ce départ plein d’élan magnifique après le passage d’Athéna, qui me rappelle un autre épisode biblique, le moment où Dieu dit à Abraham : « pars, quitte ta maison, ton pays… » Dieu en Grèce (Zeus, dont Athéna est l’une des facettes, celle de la Sagesse) est le dieu de la foudre. Foudroyant, il abolit le hasard. Bang ! Dans le ciel grec les dieux, comme les hommes sur terre, discutent. Zeus écoute et tranche, déchirant les nuées.
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Dès que paraît, née au matin, Éos aux doigts de roses,
Le cher fils d’Ulysse s’élance de sa couche,
Enfile ses vêtements, pend à son épaule une épée
Tranchante, attache à ses pieds brillants d’excellentes sandales,
Et semblable à un dieu, il va, quitte sa chambre.

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le texte grec se trouve ici
ma traduction du premier chant entier est
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.367-382 (ma traduction)

"What Is It ?", acrylique sur bois 41x51 cm

« What Is It ? », acrylique sur bois 41×51 cm


Formidable scène aujourd’hui, où Télémaque, métamorphosé par son entretien avec Athéna, impose le silence à l’assemblée grossière des prétendants tout à leurs avidités, les rappelle à la dignité en présence d’un grand poète, et juste après les avoir invités à festoyer encore, les voue à la mort par la parole. Fantastique modernité d’Homère. Ne dépeint-il pas notre époque, avec ses profiteurs impudents, bruyants parleurs et consommateurs de ce qu’ils s’approprient indûment et impunément, irrespectueux de la voix divine portée par la poésie, et aveugles sur le sort qui les attend ?
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Alors le sage Télémaque se met à leur parler :

« Prétendants de ma mère, pleins d’orgueil et d’arrogance,
Mangeons maintenant, rassasions-nous, et que ces cris
Cessent, car il est noble d’écouter cet aède
Ici présent, semblable aux dieux par sa voix harmonieuse.
Puis dès l’aurore nous siégerons tous dans l’agora
Afin que par un discours public je vous ordonne
De quitter ce palais. Préparez d’autres repas,
Consumez vos propres ressources, invitez-vous tour à tour.
Mais s’il vous semble plus avantageux et meilleur
De persister à ruiner impunément l’existence
D’un seul homme, allez-y, pillez ! Moi j’invoquerai les dieux
Éternels, afin que Zeus vous fasse payer vos actes.
Puissiez-vous périr sans vengeance au sein de cette maison ! »

Ainsi parla-t-il, et tous alors se mordirent les lèvres,
Stupéfaits par le discours résolu de Télémaque.

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le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.365-366 (ma traduction)

aujourd'hui à Paris 5e, photo Alina Reyes

aujourd’hui à Paris 5e, photo Alina Reyes

La grande hantise de Verlaine pendant la Commune, c’était qu’ils s’attaquent au Panthéon et que le bâtiment s’écroule sur celui où il habitait avec sa femme de seize ans – qu’il allait remplacer par Rimbaud, dix-sept ans. Ironie de l’Histoire, voilà que cent cinquante ans après des idéologues veulent l’y enterrer. Dans mon article évoqué hier (qui a été plagié sans style ni force ni audace, bref, sans rien – mais j’y suis habituée), j’ai omis de mentionner, en plus des violences de Verlaine sur sa très jeune femme, la fois où il a lancé son bébé contre le mur. Apparemment tout le monde, des deux côtés, pour et contre l’entrée au Panthéon, se fiche qu’il ait failli tuer sa femme et son enfant, avant de tirer sur Rimbaud. Les gens de ce milieu sont décidément ignobles. Les mêmes, et leurs copains, qui m’ont blacklistée partout depuis la publication de mon roman Forêt profonde, parce qu’il a froissé un parrain du milieu, et qui tantôt s’écrient qu’  « on-ne-peut-plus-rien-dire » tantôt dénoncent les atteintes à la liberté d’expression, les atteintes aux droits des femmes, la surveillance des citoyens par des pouvoirs abusifs… et se font les collaborateurs zélés d’autant d’abus. Allant jusqu’à débaucher des proches de leur cible pour accomplir leur sale besogne. Une certaine société française, celle qui s’est accaparé la parole, est dans un état de décomposition tellement avancé qu’il reste heureusement la consolation de savoir qu’elle sera prochainement finie.

Aujourd’hui, deux vers seulement de l’Odyssée. Assez forts pour tenir la note entière. Le lit de Pénélope, c’est aussi celui d’Ulysse, et il sera d’une importance décisive à la fin de l’histoire. Sans la déflorer, on peut dire que personne d’autre n’y aura couché, malgré dix ans d’errance et de harcèlement. Pénélope tisse comme Shéérazade raconte, pour vaincre la mort ou la privation de liberté dont elles sont menacées.
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Les prétendants s’assemblent à grand bruit dans les salles sombres.
Tous désirent se coucher dans le lit de Pénélope.

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le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.337-364 (ma traduction)

Arthur Rimbaud par Sonia Delaunay

Arthur Rimbaud par Sonia Delaunay

(Illustration trouvée dans un article reprenant sans me citer mon argumentaire, et sa chute, à propos de Verlaine et Rimbaud au Panthéon)
Merveilleux moment de traduction aujourd’hui, quand j’ai entendu Homère dire ce que dira aussi Rimbaud. Je m’explique. De façon générale, je découvre en le traduisant pas à pas la profondeur de la modernité d’Homère. Tout cela fera l’objet du commentaire dont j’accompagnerai ma traduction quand elle sera terminée, dans quelques années. Mais déjà, donnons quelques éléments ici. D’abord, pour le passage de ce jour, mon émotion personnelle en entendant Pénélope dire d’Ulysse « je regrette tant une telle tête, me remémorant… ». C’est une tournure toute homérique que de dire tête à la place d’esprit ou d’âme. Et moi aussi je me remémore… je me remémore le rêve que je fis une nuit, où Homère me donna sa tête à manger.

Mais revenons à Rimbaud. Dans sa lettre du 13 mai 1871 à Izambard, se trouvent ces mots célèbres : « je travaille à me rendre voyant (…) je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : je pense : on devrait dire : On me pense — Pardon du jeu de mots. — Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon ». Dans les vers d’aujourd’hui, Homère fait dire à Télémaque : « pourquoi donc refuser à l’aède fidèle de charmer selon ce qui l’inspire ? Ce n’est pas la faute des aèdes. C’est plutôt Zeus qui est cause des dons qu’il dispense selon son bon vouloir aux gens travailleurs ». Je n’épilogue pas, songez-y si vous en avez le courage. (J’ajoute seulement que le mauvais roman, pas nouveau, qui circule ces jours-ci en ligne, avec explication de texte grossière sur le poème qui accompagne cette lettre de Rimbaud à Izambard, ne vaut pas un clou ; et que je ne crois pas non plus que le jeu de mots de Rimbaud sur « On me pense » soit à comprendre comme aussi « On me panse », interprétation lacanienne ridicule comme presque toujours).

Le je du poète (de l’aède fidèle)est un principe supérieur. Ce même principe qui, sous le nom d’Athéna, inspire à Télémaque des paroles toutes nouvelles, qui, par le changement qu’elles révèlent en son fils, vont stupéfier Pénélope, retournant elle aussi tisser le poème dans ses étages supérieurs.

Cette semaine j’ai trouvé aussi la raison plus profonde que celle qui est dite, la raison plus profonde qui fait que Shéérazade empêche le sultan de la tuer en racontant pendant mille et une nuits.
Nous en étions la dernière fois au moment où Pénélope allait s’adresser à l’aède :
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« Phémios, tu connais bien d’autres chants qui charment les mortels,
Les actions des hommes et des dieux que chantent les aèdes.
Assis parmi eux, chantes-en un pendant qu’ils boivent
Le vin en silence. Mais cesse ce chant lugubre
Qui toujours dans ma poitrine accable mon cœur
Où sans cesse descend la cruelle douleur du deuil.
Je regrette tant une telle tête, me remémorant
À jamais l’homme dont la gloire emplit l’Hellade et Argos ! »

Ainsi réplique à haute voix le sage Télémaque :

« Ma mère, pourquoi donc refuser à l’aède fidèle
De charmer selon ce qui l’inspire ? Ce n’est pas la faute
Des aèdes. C’est plutôt Zeus qui est cause des dons
Qu’il dispense selon son bon vouloir aux gens travailleurs.
Ne lui reproche pas de chanter les malheurs des Danaens
Car les humains préfèrent célébrer un chant
Dont le sujet tourne autour des choses les plus nouvelles.
Lève en ton cœur et âme le courage d’écouter.
Car Ulysse n’est pas seul à avoir perdu à Troie
Le jour du retour. Beaucoup d’autres y ont péri aussi.
Va dans tes appartements t’occuper de tes travaux
À la toile et au fuseau, et exhorte tes servantes
À se mettre à leur ouvrage. La parole est affaire d’hommes,
Surtout la mienne. Car je suis le chef en cette maison. »

Et frappée de stupeur elle rentre chez elle,
Recueillant dans son cœur les sages paroles de son fils.
Montée avec ses suivantes aux appartements supérieurs,
Elle pleure Ulysse, son époux chéri. Puis Athéna
Aux yeux de chouette jette un doux sommeil sur ses paupières.

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le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.325-336 (ma traduction)

"Mise en scène" (j'ai réalisé ce collage hier)

« Mise en scène » (j’ai réalisé ce collage hier)


Après l’instant d’hier où Télémaque prend conscience qu’il a été visité par un dieu (Athéna), après qu’il s’en révèle soudain transformé en « humain semblable à un dieu », dit littéralement le texte, voici l’apparition de Pénélope, semblable à celle d’une déesse. Descente majestueuse du haut escalier (descente du ciel de la fille d’Icare !), pilier qui soutient le toit, voile autour du visage, larmes… Encore un somptueux passage, très théâtral. J’imagine la forte impression qu’il pouvait produire sur les auditeurs de l’aède qui récitait-chantait l’Odyssée. Semblable, sans doute, à celle que j’éprouve en le traduisant. Je vous laisse goûter aussi la mise en abîme discrète opérée par Homère, illustre aède descendu dans son épopée faire entendre l’épopée des Achéens comme Pénélope la rassemblant, la tissant en pensée.
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Parmi eux chante un illustre aède, qu’ils écoutent
En silence. Il chante des Achéens le triste retour
De Troie auquel les a contraints Pallas Athéna.
De l’étage supérieur la très sage Pénélope,
Fille d’Icare, rassemble en sa pensée ce chant sacré.
Puis elle descend le haut escalier de son palais,
Non pas seule mais de deux suivantes accompagnée.
Quand, divine entre les femmes, elle arrive aux prétendants,
Contre le pilier de la salle solidement construite
Elle se tient debout, ramenant son voile sur ses joues.
Et les sages suivantes se tiennent à ses côtés.
Alors, baignée de larmes, elle dit au divin aède :

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le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.319-324 (ma traduction)

La nuit dernière à ma fenêtre, photo Alina Reyes

La nuit dernière à ma fenêtre, photo Alina Reyes


Aujourd’hui j’ai pris un cours de dessin, pour la première fois depuis le collège. Le plus ingrat qui soit : reproduire sur une très grande feuille de papier une composition de cinq différents bocaux en verre de conserves de divers légumes. J’ai travaillé trois heures debout devant le chevalet et ce n’est pas fini mais je suis très contente de l’exercice, dont je ne me suis pas trop mal sortie, et qui exige attention fine aux rapports, à la perspective, aux lumières et aux ombres.

Ces six vers en grec qui suivent le dialogue entre Mentès-Athéna et Télémaque ont été très difficiles à traduire en seulement six vers en français. Là aussi, il a fallu une attention très fine aux mots et au sens de la scène. Si saisissant, ce moment où Télémaque pressent soudain qu’il a eu affaire à un dieu, et de la transformation qui s’ensuit… J’ai choisi de le présenter seul.
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Sur ces paroles, Athéna aux yeux brillants de chouette
S’élance, tel un oiseau plongeant à perte de vue.
Elle a aiguisé dans son esprit courage et hardiesse,
Avivé le souvenir de son père. Méditant,
Ce qu’il pressent jette en son cœur la stupeur : c’était un dieu !
À l’instant, divin humain, il marche jusqu’aux prétendants.

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le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.271-305 (ma traduction)

"Penetration", acrylique sur toile 45x37 cm

« Penetration », acrylique sur toile 45×37 cm

Je passerais bien tout mon temps à peindre mais je ne veux pas abandonner ma traduction, je ne peux pas abandonner mon yoga (mon corps le réclame chaque matin) ni toutes les autres choses qui remplissent la vie quotidienne de paix et d’amour. Je suis contente de cette peinture, « Penetration », que j’ai terminée hier. Je donne à mes tableaux des titres en anglais car je peins pour parler en langage universel, et l’anglais est la langue la mieux partagée dans le monde – du moins chacun est en mesure d’en comprendre le mot ou les quelques mots d’un titre. Voilà comment la peinture est la suite et l’accompagnement logique de mon travail de thèse, liant peinture depuis la Préhistoire et littérature, lecture et traduction. Et aussi, par son caractère spirituel, l’accompagnement et la suite de mon travail sur la Bible, sur le Coran, et avec le yoga et l’hindouisme. (Un jour le livre, les livres, écrit ou en cours d’écriture, sur tout cela, seront publiés). C’est un bonheur inestimable que de parvenir à de tels accomplissements – accomplissements toujours en cours, bien sûr.

Nous retrouvons Athéna, toujours sous l’apparence d’un vieil ami d’Ulysse, donnant ses directives à Télémaque pour l’inciter à agir contre l’oppression des prétendants qui ruinent sa maison.
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« Et maintenant sois bien attentif à ce que je vais dire,
En prenant les dieux à témoin. Ordonne aux prétendants
De rentrer chez eux. Si ta mère éprouve le désir
De se remarier, qu’elle retourne chez son puissant père :
Ses parents entreront dans ses vues, prépareront ses noces
Et de nombreux présents, comme il convient pour une enfant
Bien-aimée. Et je te conseille fortement, crois-m’en,
D’équiper un vaisseau, le meilleur, de vingt rameurs,
Et d’aller t’informer sur ton père parti
En écoutant quelque mortel ou plus encore
La renommée que Zeus porte parmi les hommes.
Va d’abord à Pylos interroger le divin Nestor,
Puis rends-toi à Sparte auprès du blond Ménélas,
Le dernier rentré des Achéens aux cuirasses d’airain.
Si tu entends dire que ton père est vivant et revient,
Alors, malgré toute ta peine, attends encore un an.
Mais si tu entends dire qu’il est mort, qu’il n’existe plus,
Dans ce cas retourne dans ta chère terre natale
Lui élever un tombeau, lui rendre les honneurs funèbres
Avec faste, comme il convient, puis marier ta mère.
Une fois que tu auras accompli tout cela,
Alors songe dans ton âme et ton cœur au moyen
De tuer dans ton palais tous les prétendants,
Soir par ruse, soit ouvertement. Tu ne dois plus
Te livrer à des puérilités : tu as passé l’âge.
Ne sais-tu pas quelle gloire a acquis le divin Oreste
Parmi tous les hommes après avoir tué le parricide
Et fourbe Égisthe, assassin de son illustre père ?
Toi aussi mon ami, beau et grand comme je te vois,
Sois vaillant, que les hommes futurs parlent bien de toi.
Quant à moi je vais retourner à mon vaisseau rapide,
Où mes compagnons doivent m’attendre avec impatience.
Occupe-toi de cela, en t’attachant à mes paroles. »

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Le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.252-270 (ma traduction)

"Open World", acrylique sur papier A4

« Open World », acrylique sur papier A4


J’ai envie de devenir peintre. Est-ce cela, ma nouvelle odyssée ? Nous verrons.

Athéna, touchée par la détresse de Télémaque, en profite maintenant pour lui donner, en une longue réponse dont voici une première partie, à la fois l’envie de changer la situation, et, comme nous le verrons la prochaine fois, la tactique à mettre en œuvre pour y parvenir.
Nous avons tous besoin de la leçon de l’Odyssée.

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Bouleversée, Pallas Athéna lui dit alors :

« Grands dieux, combien te manque cet Ulysse absent,
Qui mettrait la main sur ces impudents prétendants !
Si maintenant il arrivait, s’il se tenait à la porte
De sa maison, avec casque, et bouclier, et deux lances,
Tel qu’il m’apparut la première fois qu’il vint
Dans notre maison, buvant et se réjouissant,
Arrivant d’Éphyre, de chez Ilos Merméride !
Ulysse était allé là sur son vaisseau rapide
Chercher un poison mortel afin d’en enduire
Ses javelots d’airain. Mais Ilos ne lui en donna pas,
Ne voulant pas risquer d’irriter les dieux éternels.
C’est mon père qui lui en fournit, car il l’aimait fort.
Tel qu’en lui-même, Ulysse, s’il se frottait aux prétendants,
À tous, distribution de prompte mort et noces amères !
Qu’en sera-t-il ? Cela est sur les genoux des dieux,
Qu’il revienne, ou ne revienne pas, leur régler leur compte
Dans sa maison. Je t’exhorte à te mettre dans l’esprit
Le moyen de repousser les prétendants hors du palais.
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le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.230-251 (ma traduction)

Maranta leuconora fascinator, la plante qui s'élève la nuit et s'étend le jour

Maranta leuconora fascinator, la plante qui s’élève la nuit et s’étend le jour


Mes journées sont si pleines, j’ai fini de traduire ce passage cette nuit. Je pourrais expédier la traduction plus rapidement en y apportant moins d’attention et moins de respect, mais dans ce cas pourquoi traduire, apporter une nouvelle traduction ? Il y faudra le temps qu’il y faudra, peu importe. Et quand j’arriverai au bout, si Dieu me prête vie jusque là, sûrement je l’arrangerai encore ; et j’en ferai un commentaire sans doute un peu long, car il y a tant à dire encore sur cette œuvre incroyable. Et si salutaire, en ces temps où les animaux du cirque médiatique tournent dangereusement fous, dévorant, ruinant, brisant la « maison » de la raison.
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Ainsi répond à haute voix le sage Télémaque :

« Étranger, puisque tu m’interroges et veux savoir,
Apprends que cette maison resta riche et irréprochable
Aussi longtemps que l’homme dont nous parlons y demeura.
Mais les dieux, machinant des maux, ont formé d’autres projets
Et fait disparaître Ulysse d’entre les humains.
Je serais moins affligé s’il était mort frappé
Au milieu du peuple de Troie avec ses compagnons
Ou entre les mains de ses amis, après la guerre.
Tous les Grecs lui auraient alors bâti un tombeau
Et c’eût été un grand honneur pour son fils dans l’avenir.
Mais à présent les Harpies l’ont enlevé sans gloire,
Il a péri obscur inconnu, me laissant douleurs
Et lamentations. Je ne gémis pas seulement sur lui,
Je déplore aussi d’autres maux que les dieux m’ont réservés.
Car tous les chefs aux commandes sur les petites îles,
Que ce soit Doulichios, Samè ou la verdoyante Zakynthe,
Et tous ceux qui gouvernent la rocailleuse Ithaque,
Tous veulent épouser ma mère et ruinent ma maison.
Elle, elle ne peut repousser cet odieux hymen,
Ni l’accomplir. Alors ils font se consumer ma maison.
Et ils auront tôt fait de me briser aussi. »

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le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.221-229 (ma traduction)

"Cosmic Ocean", acrylique sur bois 72x42 cm, fini de peindre aujourd'hui

« Cosmic Ocean », acrylique sur bois 72×42 cm, fini de peindre aujourd’hui


Grande forme de partout. Le fait de traduire l’Odyssée y est pour quelque chose, avec la peinture, que je fais en écoutant les Variations Goldberg jouées par Lang Lang (j’ai acheté le CD) et bien sûr le yoga, et puis tout le reste de la bonne vie quotidienne. Voilà pour mon journal du jour. Et pour la suite de l’Odyssée, encore un court passage aujourd’hui, la réponse d’Athéna au désarroi de Télémaque.
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Ainsi reprit Athéna aux yeux brillants de chouette :

« Non, les dieux n’ont pas posé que ta lignée resterait
Sans renommée, puisque Pénélope t’a engendré, toi.
Mais allons ! Dis-moi franchement : qu’est-ce que ce festin ?
Ces gens rassasiés ? Quel besoin en as-tu, enfin ?
Banquet, noce ? Ça n’a rien d’un repas où chacun
Paie sa part, à voir comme ces insolents, ces arrogants,
Mangent dans ta maison. S’indignerait tout homme
Sensé qui, entrant ici, verrait toute cette honte. »

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le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.213-220 (ma traduction)

"Wood Spirit", acrylique sur bois 40x89 cm, peinture que j'ai terminée aujourd'hui

« Wood Spirit », acrylique sur bois 40×89 cm, peinture que j’ai terminée aujourd’hui

La brève et percutante réponse de Télémaque à Athéna, qui lui a demandé s’il était bien le fils d’Ulysse, me rappelle un passage d’un roman de Hermann Hesse. Jusqu’à l’invention des tests ADN, ce devait être un motif d’inquiétude pour les hommes que de ne pouvoir être sûrs de leur paternité, d’où sans doute la tentation d’enfermer les femmes et la société patriarcale. Il y a dans Siddharta l’histoire d’un sage ermite à qui une jeune femme apporte un jour un petit enfant ou bébé en prétendant qu’il en est le père et en exigeant qu’il l’élève. L’ermite ne connaît pas cette femme, n’a jamais couché avec elle, mais il accepte l’enfant sans rien dire et l’élève, puisque le destin le lui envoie. Quand l’enfant est adolescent, la femme revient et réclame son fils, en disant haut et fort que l’ermite n’a aucun droit sur lui puisqu’il n’est pas son père. Et l’ermite laisse partir le jeune homme sans protester.
Y voir une leçon de fatalisme serait réducteur. Ce que j’y vois, moi, c’est qu’un être humain, même tout petit enfant, n’appartient à personne, ni à sa mère ni à son père biologiques ou adoptifs ; mais qu’il appartient à tout être humain de prendre soin, dans la mesure du possible, de tout enfant, voire de tout être humain qui en a besoin. C’est ce que fait Athéna auprès d’Ulysse et de Télémaque, en tout respect de ce qu’ils sont. La réponse de Télémaque ne dit-elle pas aussi que la seule chose sûre, c’est d’être soi-même ? En ce siècle où de nouveaux problèmes de filiation apparaissent (PMA, GPA, parents transgenres…), l’éthique ne doit-elle pas réaffirmer prioritairement qu’aucun être humain ne peut en posséder un autre, adulte ou enfant ?
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Ainsi lui dit à haute voix le prudent Télémaque :

« Je te répondrai en toute franchise, étranger.
Ma mère m’a bien dit que j’étais fils d’Ulysse, mais moi
Je n’en sais rien. Car nul ne peut savoir qui est son père.
Comme je préférerais être le fils d’un homme
Heureux, que la vieillesse atteint au milieu de ses biens !
Mais c’est du plus infortuné des mortels que je suis né,
Me dit-on : voilà la réponse à ta question. »

le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.178-212 (ma traduction)

J’accompagne le passage du jour, à savoir la réponse d’Athéna-Mentès à Télémaque, des Variations Goldberg jouées pour la première fois par Lang Lang. Je les ai découvertes hier soir sur France Musique et je veux acheter le CD. Je les écoute depuis des décennies et je les connais par cœur, jouées magnifiquement, comme on sait, par Glenn Gould. Et je dois dire que j’ai été stupéfaite par l’interprétation de Lang Lang. Je me tais, je vous laisse écouter (après la présentation par les journalistes, la musique reprend).
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Ainsi lui répondit Athéna aux yeux brillants de chouette :

« Eh bien, je vais te dire cela tout à fait franchement.
J’ai l’honneur d’être Mentès, du valeureux Ankhiale
Le fils. Et je règne sur les Taphiens, amateurs de rame.
Je descends ici en bateau avec mes compagnons,
Navigant sur la mer lie-de-vin au milieu d’humains
Étrangers, vers Tamèse, pour changer contre de l’airain
Du fer couleur de feu. Mon bateau est à l’ancre
Hors de la ville, au port de Réthron, sous le Néïos boisé.
Nos familles ont l’honneur de s’accueillir l’une l’autre
Depuis toujours, comme te le dira, si tu l’interroges,
Le vieux Laërte. On dit qu’il ne vient plus en ville
Mais qu’il souffre à l’écart, malade, à la campagne,
Avec une vieille servante qui lui prépare
À manger et à boire lorsque, les jambes fatiguées,
Il a parcouru, en se traînant, son coteau de vignes.
Me voici car on m’a dit que ton père était de retour
À la maison. Mais les dieux contrarient encore sa route.
Il n’est nullement mort sur terre, le divin Ulysse,
Mais bien vivant, retenu peut-être dans la vaste mer,
Sur une île, prisonnier d’hommes rudes, sauvages
Qui contre sa volonté l’empêchent de partir.
Maintenant moi je vais t’apprendre ce que les immortels
M’ont mis dans l’esprit et qui va arriver, je pense,
Bien que je ne sois ni devin ni lecteur des augures.
Il ne sera plus longtemps loin de sa chère patrie,
Fût-il tenu captif par des chaînes de fer.
Son génie lui fera trouver moyen de revenir.
Mais à ton tour parle-moi franchement : es-tu,
Réellement, son fils ? L’enfant d’Ulysse lui-même ?
Certes par ton visage et tes beaux yeux tu lui ressembles
Terriblement. Nous nous sommes rencontrés souvent
Avant qu’il n’embarque pour Troie, en même temps que d’autres
Des plus nobles Argiens montaient à bord de leurs nefs creuses.
Depuis lors, Ulysse et moi ne nous sommes plus vus. »
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le texte grec est ici
à suivre !