« Attendez-vous les uns les autres »

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photo Alina Reyes

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Adam et Ève sont gratifiés des dons de Dieu mais aussi exposés aux manœuvres du serpent, cela garantit à la fois notre liberté et celle de la création, son humilité et la nôtre. Le tout est de rester sur la bonne voie, quoiqu’il en coûte. Nous sommes d’humus, nous sommes humbles, c’est ainsi seulement que nous sommes hommes (et non pas « comme des dieux » selon le serpent), donc vraiment libres.

Nous ne sommes pas à l’abri de l’imbécillité, loin de là. La nôtre, et celle des autres. Nous ne sommes à l’abri de rien de ce qui est humain.  Mais si nous sommes dans l’Amour, nous sommes garantis. Et le mal ne peut rien contre qui se tient dans le jardin de la Résurrection.

Sa porte est ouverte, mais à chacun son temps pour trouver et accomplir le chemin. Attendons-nous les uns les autres.

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Le vent, la forêt, leurs égarés et leurs pèlerins

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photo Alina Reyes

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Quand Jeanne d’Arc est entrée à Orléans, raconte Henri Guillemin, le vent qui paralysait les bateaux a soudain changé de direction, lui permettant d’avancer. Les gens y ont vu un signe, et c’est bien. L’énigme Jeanne d’Arc, l’excellente série de ses récits, qui remettent quelques légendes à leur place, est sur youtube. J’ai commencé à la regarder hier soir, je continue – c’est une histoire qui nous parle aussi beaucoup d’aujourd’hui, sans doute a-t-elle contribué à m’inspirer le rêve du stéganosaure et des douze cavaliers.

Stéphane Zagdanski a décidé de dire sa vérité pour répondre à ses calomniateurs. Quand il a annoncé cela, je lui ai dit qu’il pouvait évoquer ce qui se rapportait à moi, puisque nous avons en commun un livre, et aussi un épisode d’une histoire qui est la mienne. Malheureusement l’exercice a tourné au fait de rapporter des calomnies contre moi et de les faire siennes. Triste façon de répondre à ceux qui l’ont calomnié. Venant de sa part, cela me peine. Mais je sais qu’il est blessé par des paroles particulièrement mauvaises, et je sais que lorsqu’on est blessé on ne réagit pas toujours bien. Pour le reste, c’est une goutte d’eau dans l’océan de calomnie propagé contre moi depuis des années, auquel nul ne m’accorde de pouvoir répondre. Et certains prennent cela pour un jeu. Comme il était fait dire à l’un de ces auteurs mercenaires, il s’agit de me « lapider avec des paroles bien senties », et « Après ça, la fille se suicidera. On dira qu’on l’avait prévu. » J’y ai été beaucoup poussée, mais je ne suis pas plus suicidée que les autres calomniés. Exclue du monde, de ce monde humain trop humain, mais  bien vivante dans la grâce, la joie, l’amour des êtres humains et de toute la création. Le reste, le néant l’avale, l’a déjà avalé.

Je monte à cheval en rêve, et en réalité dans la montagne. Je le raconte dans Forêt profonde, où la vérité s’exprime de la seule façon dont elle peut être exprimée : de façon pensée. Que ce soit sous une forme historique et sérieusement documentée, ou philosophique, ou théologique, ou onirique ou poétique, visionnaire. Dans sa profondeur, sa vie, sa lumière.

Paix.

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Elle est belle notre mosquée

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Tout à l’heure pour la prière du vendredi à la Grande Mosquée de Paris. Forte chaleur, mais une brise circulait dans la cour intérieure où durèrent longuement les récitations, agitant doucement la tendre végétation. Paradis. À la sortie il y avait une manifestation pour la Palestine. Je suis restée un moment au milieu des gens, bienheureuse. Tout commence.

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Le lion va se lever

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C’est mon premier Ramadan, et il est bon. J’aime ces longues journées, rendues plus longues de n’être pas rythmées par les repas, de conférer au corps et à l’esprit un ralentissement dû à la brièveté des nuits, à la chaleur de l’été, au fait de jeûner. J’aime ces longues nuits, plus longues parce que les veilles y sont longues, les réveils plus précoces et suivis d’encore un grand temps avant le lever du soleil. Jour après jour, nuit après nuit, la paix du cœur s’approfondit, la joie se fait toujours plus douce. Je suis la seule de ma famille à faire Ramadan et cette année je ne suis pas allée chercher de contacts à l’extérieur, avec d’autres musulmans, mais même de cette façon minimale, c’est très bien, très bénéfique, aisé, léger. J’ai rompu mon jeûne une fois où j’ai été déshydratée, je rattraperai ce jour dans l’année avec plaisir. J’ai passé du temps à lire le Coran, comme il se doit, par les sourires et par les dons j’ai essayé de ne pas oublier les gens dans le besoin, comme il se doit aussi. La prière rituelle du matin a toujours été faite avec les anges et les hommes, dans une immense grâce. J’ai expérimenté la nuit du destin, je la connaîtrai sûrement encore. Elle vient en veillant, mais pas seulement. À force d’être dans la grâce, elle vient en dormant aussi, vous apportant rêves et visions venus du Ciel. Encore une semaine, et le nouveau croissant de lune marquera la fin de ce temps. Je sens que toutes mes forces de lion me reviendront, pour les tonnes de choses que je veux faire. La vie est inlassablement fantastique et bonne.

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Et cette nuit, même à Paris, on voit les étoiles ! Par ma fenêtre, la Grande Ourse et Cassiopée !

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Bonnes nouvelles

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photos AP ; Paulo Whitaker / Reuters ; AP

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« Reprise des négociations de paix israélo-palestinienne lundi à Washington ».

Très beau travail de François au Brésil. Avec l’appui du ciel, qui a bien fait d’envoyer sa pluie contenter d’un côté les crocodiles et de l’autre obliger les pèlerins à prier jusqu’au bout sur la plage. Je me suis rappelé du moment où ils échouent et dorment sur le sable dans Souviens-toi de vivre, heureux comme des rebaptisés. Ils étaient là, tels trois millions de boat people sauvés, sur la voie de la résurrection. C’est parti.

La prochaine fois, Cracovie. Catholiques, orthodoxes, protestants, tous chrétiens, retrouvons les chemins de l’Europe ancienne, plus centrée, plus tournée vers l’Est, refaisons l’Europe, celle de l’esprit. Avec ses nouvelles composantes. Ne nous replions pas, cessons d’exclure, incluons. François l’a dit en quittant Rio, le Christ prépare le printemps dans le monde entier.

Oui, hâte-toi, fratellino mio.

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Trois caravelles

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À vingt ans, dans la maison sur la dune, aux pieds de l’océan, des semaines durant je construisis minutieusement, en bois, puis peignis et équipai de voiles, l’une des trois caravelles dans lesquelles Christophe Colomb aborda le Nouveau Monde. Elle devait faire une trentaine de centimètres, j’aimais beaucoup faire de mes doigts des choses toutes petites, voire minuscules – des pliages en papier, de la dentelle au crochet extrêmement fine… toutes choses faisant ressentir l’immensité de l’univers dans sa fractalisation. Pour exercer ma sensibilité je fermais les yeux et parcourais de l’index les grilles de mots croisés dans les journaux afin d’identifier, au toucher, les cases noires. Et je marchais sans me lasser le long de la plage sans fin, les pieds sur le sable mouillé. En ce temps-là j’étais avec un nouveau-né, l’aîné de mes quatre fils. Je vivais dans un grand dénuement, absolument bienheureuse. Comme lorsque, enfants, mes frères et moi, preux chevaliers aux épées de bois faites de nos mains, courions à travers les hautes herbes du pré de monsieur Dieu, notre voisin, nous retrouvant pour faire le point sur nos aventures au creux du château fort qu’était le vieux hangar vide au bout du terrain. Comme, plus tard, je trouvai partout le paradis, du balcon du HLM d’où je contemplais les oiseaux à la montagne où j’eus ma grange. Voilà la joie que je veux rendre aux hommes, la joie des pauvres, voilà la joie des Pèlerins, qui n’ont rien et ne manquent de rien, puisqu’ils ont tout en Sa béatitude. Irénée le bien-nommé l’a dit, la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. Traversons les apparences, un autre monde nous attend.

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