Paysanne de Paris (de rues en brocante)

« Là où l’homme a vécu commence la légende, là où il vit. » Aragon, Le Paysan de Paris

Comme une paysanne, je récolte et je sème, je sème et je récolte la poésie ; je recueille et je redistribue la grâce. J’étais dans le 67, en route pour l’une des rencontres sur le surréalisme qui ont lieu chaque mois à la Halle Saint Pierre, à Montmartre. Mais le bus s’est arrêté à l’Institut du monde arabe : la Gay Pride arrivant, il n’allait pas plus loin. Ayant déjà photographié ce défilé à plusieurs reprises, et n’ayant pas envie de descendre dans le métro pour encore un long trajet, j’ai changé de destination, décidé de rentrer en faisant une balade surréaliste comme je les aime. À la rencontre du « merveilleux quotidien » et de « l’image pour elle-même », j’ai fait quelques photos depuis le pont, dans les rues et sur la place Monge où se tenait une brocante. Les voici.

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paysanne de paris 8rue Rollin

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paysanne de paris 12des livres et une peinture à l’huile à prendre ; j’ai pris la peinture

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paysanne de paris 19et voici la brocante

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paysanne de paris 34aujourd’hui à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Archéologie de la rue, et de la Révolution

livres*

J’ai trouvé de vieux livres dans la rue, déposés soigneusement à côté d’une poubelle publique. Comme je venais de rapporter des livres à la bibliothèque, j’en ai pris deux que j’ai mis dans mon sac à dos vide. Voici un passage de la conclusion des Origines intellectuelles de la Révolution française, par Daniel Mornet. J’ai dû couper les pages au coupe-papier pour les lire, le livre, depuis cette réédition, la cinquième, de 1954, n’ayant pas été jusqu’ici ouvert.

« Quelle que soit d’ailleurs la diffusion de l’incrédulité et de l’inquiétude politique, elle nous apparaît moins importante qu’une évolution plus générale et plus certaine de l’opinion. La France tout entière se met à penser. À d’autres époques, au XVIe siècle par exemple, on peut aligner d’assez longues listes d’ouvrages tout pénétrés d’incrédulité ou d’audaces politiques. Mais ils ne peuvent intéresser qu’une élite assez restreinte. Dans son ensemble, la France se contente de lutter péniblement pour sa vie. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, au contraire, c’est la France moderne qui s’organise, c’est -à-dire un peuple qui ne veut plus se contenter de vivre mais qui veut apprendre et réfléchir. Partout les témoignages les plus certains de cette transformation se multiplient. Non seulement les témoignages indirects, le nombre croissant des ouvrages de discussion et leur succès, les exemples et les faits donnés par les mémoires, les correspondances, etc… ; mais aussi toutes sortes de témoignages directs : transformation de l’enseignement, académies provinciales, sociétés littéraires, chambres de lecture, bibliothèques, journaux provinciaux. La qualité de ces curiosités importe d’ailleurs autant que leur quantité. (…) Les curiosités viennent de mille sources, se répandent par mille canaux. (…) Ce qui les intéresse c’est, sans doute, très souvent la « philosophie », mais la philosophie telle qu’ils la concevaient et non telle que Taine l’a déformée, c’est-à-dire l’amour de la science, le désir d’apprendre et de réfléchir, de réfléchir non pas seulement sur les droits de la nature et sur le « contrat », mais sur toutes les sciences, sur toute la nature,, sur toute la vie. On voulait apprendre la géographie, les langues étrangères, la physique, la chimie, l’histoire naturelle et non pas seulement le déisme et le républicanisme. Le plus souvent on réclamait non pas des « systèmes » – presque tout le siècle, à partir de 1750, est dressé contre les systèmes – non pas des lois de l’esprit, mais des réalités, des lois expérimentales, des connaissances « pratiques » et « usageables ». (…)

Cet éveil si vaste, si actif, si ardent de l’intelligence n’a pas été limité à Paris ou à quelques grandes villes. Il a été celui de toute la France (…) À la veille de la Révolution, il y a partout des « têtes pensantes » ou qui, du moins, désirent penser. Et c’est une des raisons pour lesquelles la Révolution n’a pas été le coup de force d’une capitale traînant après elle un pays apeuré ou passif, mais l’aspiration d’un pays tout entier. (…)

C’est l’intelligence qui a dégagé, organisé les conséquences, voulu peu à peu les États généraux. Et des États généraux, sans d’ailleurs que l’intelligence s’en soit doutée, allait sortir la Révolution. »

Daniel Mornet, professeur de Littérature française à la Sorbonne, 1933

Le livre est disponible gratuitement sous forme électronique ici

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à la rue

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cerveauces jours-ci dans les rues de Paris, photos Alina Reyes

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Madame Terre au moulin bibliothèque d’Aragon et Triolet, une merveille

L’eau y coule dedans comme dehors. Très beau lieu dans une très belle nature, site désormais ouvert aux visiteurs et aux artistes, cet ancien moulin de Saint-Arnoult en Yvelines fut leur maison de campagne, de repos et de travail,  avec les 30 000 livres de leur bibliothèque, toujours là et disponible pour les chercheurs. La présence d’Elsa Triolet et de Louis Aragon y est maintenue vivante, tant par les souvenirs et objets d’art qui furent leurs que par ceux qui témoignent de la continuité de la création jusqu’à nos jours.

Hier après-midi, faisant fi de la canicule, O s’y est rendu, toujours à VTT et par les chemins buissonniers depuis Paris, pour y présenter Madame Terre – qui y a été très bien comprise et reçue, merci – et accomplir le rite que les lecteurs de ce blog connaissent bien depuis l’année dernière. Avant de donner les photos qu’il a prises en chemin et sur place, voici deux vidéos – la première sur un mode poétique, la seconde reportage pour la télévision – présentant la maison : un enchantement. Puis, après les photos, nous écoutons et voyons les deux auteurs parler de littérature, notamment Triolet sur Tchekhov et Aragon sur Stendhal. Enfin, musique ! Aragon qui aimait qu’on change ses poèmes en chanson adore certainement cette interprétation de « Gazel du fond de la nuit » par Gnawa Diffusion, rejoignant le Ghazal, l’art raffiné de la poésie courtoise arabe – et le texte du poème.

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mme terre vers triolet aragon 2une ferme en chemin

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mme terre vers triolet aragon 5un vestige du chemin de Compostelle

mme terre vers triolet aragon 6le chemin se poursuit par les sentiers en forêt du noble chevalier errant

mme terre vers triolet aragon 7puis c’est l’arrivée à destination

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Je suis rentré dans la maison comme un voleur
Déjà tu partageais le lourd repos des fleurs au fond de la nuit

J’ai retiré mes vêtements tombés à terre
J’ai dit pour un moment à mon cœur de se taire au fond de la nuit

Je ne me voyais plus j’avais perdu mon âge
Nu dans ce monde noir sans regard sans image au fond de la nuit

Dépouillé de moi-même allégé de mes jours
N’ayant plus souvenir que de toi mon amour au fond de la nuit

Mon secret frémissant qu’aveuglement je touche
Mémoire de mes mains mémoire de ma bouche au fond de la nuit

Long parfum retrouvé de cette vie ensemble
Et comme aux premiers temps qu’à respirer je tremble au fond de la nuit

Te voilà ma jacinthe entre mes bras captive
Qui bouges doucement dans le lit quand j’arrive au fond de la nuit

Comme si tu faisais dans ton rêve ma place
Dans ce paysage où Dieu sait ce qui se passe au fond de la nuit

Ou c’est par passe-droit qu’à tes côtés je veille
Et j’ai peur de tomber de toi dans le sommeil au fond de la nuit

Comme la preuve d’être embrumant le miroir
Si fragile bonheur qu’à peine on peut y croire au fond de la nuit

J’ai peur de ton silence et pourtant tu respires
Contre moi je te tiens imaginaire empire au fond de la nuit

Je suis auprès de toi le guetteur qui se trouble
A chaque pas qu’il fait de l’écho qui le double au fond de la nuit

Je suis auprès de toi le guetteur sur les murs
Qui souffre d’une feuille et se meurt d’un murmure au fond de la nuit

Je vis pour cette plainte à l’heure ou tu reposes
Je vis pour cette crainte en moi de toute chose au fond de la nuit

Va dire ô mon gazel à ceux du jour futur
Qu’ici le nom d’Elsa seul est ma signature au fond de la nuit !

 

Louis Aragon (in Le Fou d’Elsa, 1963)

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à voir aussi : une précédente note comprenant la vidéo du film d’Agnès Varda sur Aragon et Triolet

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Quelques images du temps

bassinpêche aux coquillages à marée basse, Andernos, août 2015

*enfant et bouee

eglise

O

enfant et pelle

blockhaus

coucher de soleilbassin d’Arcachon, août 2015

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brocante

lune et mosquee

dictionnaire de grecle Bailly, dictionnaire de grec ancien que j’ai acheté d’occasion à la librairie L’Harmattan et qui a appartenu à un professeur et administrateur du Collège de France, Maurice Croiset, qui y reçut Albert Einstein

feux

jour de pluie

chateau de la reine blanchele château de la Reine Blanche, dans le 13e

toitPhotos Alina Reyes, bassin d’Arcachon et Paris, 2015

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En situation, en action, en puissance

Après une nuit quasiment blanche – les voix des voisins montant et s’amplifiant presque jusqu’au matin, la canicule tenant les gens éveillés et les fenêtres ouvertes, puis près d’une heure de métro debout compressée dans la foule et la chaleur, j’ai passé mon avant-dernier oral d’agrégation en essayant de parler à peu près distinctement malgré le voile sur ma voix et la brume sur mon cerveau. Avant d’y retourner demain pour l’épreuve reine, comme on dit au vélo – six heures de préparation, quarante plus dix minutes de passage, l’équivalent du Tourmalet sans dopage – et alors qu’on annonce 35 degrés, je me repose et me réconforte en songeant un moment, au hasard d’une photo vue sur mon ordinateur, à l’action que j’ai menée jusqu’ici, à savoir l’acte d’écrire, qui se poursuivra autant que vie me sera prêtée.

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tandaim reyes le boucheradaptation théâtrale du Boucher par la compagnie Tandaim

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foret profonde a republique,mon roman Forêt profonde photographié par un jeune homme à République

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presley reyes !

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De l’université de Cergy-Pontoise à la BnF

Je suis allée passer la journée à l’université de Cergy-Pontoise, pour un séminaire « Écriture et image » qui m’intéressait pour ma thèse, et était effectivement très intéressant. C’est une université nouvelle et innovante, avec un campus qui va bientôt s’agrandir et accueillir notamment une université anglaise. Je l’ai photographiée, puis de retour à Paris, étant sortie de la gare de Lyon du côté de Bercy, j’ai fait, du pont, une photo du quai et une autre des bateaux et de la BnF à l’arrière-plan. C’était une belle journée.

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entre l’université et le RER, ce trompe-l’œil :

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et de retour à Paris, du pont de Bercy :

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aujourd’hui à Cergy et à Paris, photos Alina Reyes

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« Corps de bataille » de Valérie Lang et présence de Josiane Balasko : brève réflexion sur le théâtre

plafond odeon massonAvant la représentation, j’ai photographié le plafond de l’Odéon, peint par André Masson

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Ce mercredi soir je suis allée écouter à l’Odéon, sur invitation, une lecture des écrits de la comédienne trop tôt disparue Valérie Lang. Réflexions sur le théâtre, sur l’engagement politique, sur son expérience de vie, qui ont notamment beaucoup intéressé le jeune comédien qui m’accompagnait. Trois lecteurs se relayaient : Josiane Balasko, Stanislas Nordey, Pascal Rambert. La présence extraordinaire de Josiane Balasko rendait le texte qu’elle lisait littéralement vivant. Elle lisait sobrement, se tenait sobrement assise, était vêtue sobrement, ne cherchait pas d’effets, mais elle habitait tout le théâtre. Valérie Lang dans ses écrits parlait à plusieurs reprises de la question de l’être. Voilà, Balasko était, est.

En rentrant, j’ai songé à ce que m’avait dit le kiné qui me faisait faire ma rééducation après que je m’étais cassé la cheville, à la montagne. Il avait eu l’occasion de soigner des sportifs de haut niveau, et de constater que leurs qualités physiques naturelles, leurs capacités de récupération etc., étaient exceptionnelles. Ils n’étaient pas faits comme tout le monde, et mon kiné en était resté aussi stupéfait et admiratif que je l’ai été ce soir en constatant la présence exceptionnelle de Josiane Balasko. L’être est un don. Et comme dans tout art, il ne suffit pas d’avoir la technique, d’avoir fréquenté les bonnes écoles ou les bons ateliers d’écriture : si tu n’as pas l’être, si tu en as trop peu, ton art ne vaudra rien. Tout art est théâtre, lieu où l’on vient voir l’invisible, et il ne peut se manifester et se voir que s’il est plein d’être.

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Histoire d’œuf, avec Piero della Francesca, Julio Cortazar et la poule d’eau

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Piero della Francesca, Retable Montefeltro, détail. Source

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« Devant les seaux qui adouciraient cette aube,
Masaccio entendit prononcer son nom.

Il partit, et déjà le jour
de Piero della Francesca se levait. »

Julio Cortazar, derniers vers de son poème Masaccio, trad Silvia Baron Supervielle

 

vignetteHier après-midi j’ai trouvé le nid de la poule d’eau, dont j’avais photographié la construction, puis où je l’avais photographiée en train de couver (cf notes des jours précédents), vide. C’est une question à la Petit Prince : les œufs ont-ils été mangés par un animal, ou bien ont-ils éclos, provoquant le déménagement de la petite famille ?

sorbonne nouvelleAu retour, j’ai vu cette nouvelle œuvre de street art, signée Arsène, sur un mur de la Sorbonne Nouvelle.

Quartier des Grands Moulins et des Frigos, en 60 photos

Comme je devais passer la journée à l’université Paris 7 Diderot, j’ai profité de la pause déjeuner pour photographier l’architecture et le street art du quartier, que j’aime beaucoup en semaine, vivant et moderne. Les Grands Moulins abritent la fac, les Frigos un site d’artistes, tout près la BnF, et au bord coule la Seine, entre ses quais affairés.

quartier grands moulins et frigo 1vue depuis la salle où se tenait la journée d’étude

et dans le quartier :

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quartier grands moulins et frigo 21Je me suis assise et j’ai mangé mon pain et mon fromage avec les autres étudiants qui prenaient leur sandwich sur cette aire agréablement aménagée devant la fac, puis j’ai continué la promenade en allant d’abord voir la Seine

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quartier grands moulins et frigo 25l’un des portraits exposésquartier grands moulins et frigo 26

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Et voici les Frigos

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et la balade continue

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les Grands Moulins, vus de deux endroits différents

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aujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Et maintenant les poules d’eau couvent, et autres merveilles de la vie des animaux

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La semaine dernière je les ai photographiées en train de s’affairer à bâtir le nid, aujourd’hui je trouve le couple en train d’attendre un heureux événement : l’une couve, l’autre continue, à un rythme beaucoup plus tranquille, à aller chercher des herbes sèches et des feuilles mortes qu’elle rapporte à la couveuse, bec à bec. Cette dernière, sans bouger, les ajoute au nid autour d’elle, et sans doute elles se relaient, car lorsque je suis repassée une ou deux heures après, elle était dans l’autre sens – difficile de les distinguer, car les deux sexes sont semblables.

Dans le bassin, des petites grenouilles vertes et beaucoup de crapauds « alytes accoucheurs », dont j’ai vu l’accouplement l’autre jour : le mâle enlace la femelle par les hanches, par derrière, de façon qui ressemble beaucoup à celle des humains, mais en fait ses mouvements sont un massage destiné à faire pondre la dame crapaud : aussitôt que les œufs sont sortis, le monsieur crapaud les féconde et rassemble le cordon d’ovocytes entre ses chevilles. Lors de l’éclosion, il s’immerge pour que les têtards naissent dans l’eau.

jardin 2 grenouille

jardin 3 poule d'eau compagne

jardin 4 poule d'eau au ventil soufflait une jolie brise qui faisait voleter ses plumes tandis qu’elle s’en allait chercher des herbes

jardin 5 poule d'eau herbe au bec

puis les rapportait à sa compagne

jardin 6 poule d'eau buisson

jardin 7 grenouille,

jardin 8 libellule

cette magnifique libellule semblait me regarder sans crainte de ses yeux ronds pendant que je la photographiais

jardin 9 nenuphars

je suis allée voir aussi les autres bassins

jardin 10 bassin

jardin 11 bassin,

et un peu plus loin j’ai contemplé cet ail, tout étoilé

jardin 12 ail

aujourd’hui au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Flamant rose et autres choses vues dans la rue

vu dans la rue 1 pipo

Je trouve de la poésie partout. « Ultima latet », dit le cadran à la Salpêtrière : « la dernière (heure) est cachée ». Mais si elle est cachée, c’est en pleine lumière, il suffit de regarder.

« La Treizième revient… C’est encor la première ;
Et c’est toujours la Seule, – ou c’est le seul moment »

Gérard de Nerval

vu dans la rue 2 impasse du marché aux chevaux

vu dans la rue 3 space invader

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vu dans la rue 7 secours populaire

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vu dans la rue 29 fontaine wallaceaujourd’hui à Paris 13e (les grandes fresques sont boulevard Vincent Auriol, j’en ai photographié d’autres ici) et 5e, photos Alina Reyes

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La valeur d’une œuvre littéraire

photo Alina Reyes

photo Alina Reyes

 

La valeur d’une œuvre littéraire est proportionnelle au rayonnement de son champ sémantique, à l’ampleur de ses virtualités sémantiques.

Un livre de peu de valeur littéraire est un livre très peu polysémique, un livre qui dit ce qu’il dit et rien ou pas grand chose de plus.

Une œuvre littéraire, réellement littéraire, ne se contente pas de raconter une histoire bien ficelée, ni d’enfiler des considérations. Elle fait du verbe, du texte, un champ aux strates infinies, extrêmement profond dans tous les sens et mouvant, vivant. Vivant de toute la vie des lectures qui en ont été faites et de celle de toutes les lectures virtuelles qu’il contient encore en son sein comme autant d’enfants. Une œuvre littéraire est une pouponnière d’étoiles qui exige de qui veut l’atteindre et y être accueilli un voyage sans fin.