


Après une bonne journée de travail, un bonne promenade, par ce temps splendide aujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes
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Après une bonne journée de travail, un bonne promenade, par ce temps splendide aujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes
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La manne, aquarelle, pastel gras,gouache, feutre, encre sur carte 17×23 cm
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Les Grecs ont inventé la monnaie (en Ionie, alors monde grec, chez les premiers penseurs présocratiques – les physiologues) au septième ou sixième siècle avant Jésus-Christ. La drachme qui était, jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par l’euro, la plus ancienne monnaie toujours en cours, a donné son nom au dirham. Elle est mentionnée dans les Évangiles (parabole de la drachme perdue, Luc 15-8), et dans le Coran (vente de Joseph à vil prix par ses frères, 12-20). Le dirham a pu servir de monnaie en Europe entre le Xe et le XIIe siècles. Si des Grecs, ou d’autres, faisaient revivre la drachme comme monnaie venue du peuple et plus vertueuse, ce serait beau, non ?
« Quelle femme ayant dix drachmes ne désirerait, si elle en perdait une, allumer une lampe, balayer la maison et chercher avec soin, jusqu’à ce qu’elle trouve ? Et quand elle a trouvé, elle appelle ensemble ses amies et ses voisins et leur dit : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé la drachme qui était perdue’. Ainsi, je vous le dis, vient la grâce face aux anges de Dieu quand un égaré réfléchit et change de voie. » Jésus dans l’évangile de Luc 15, 8-10 (ma traduction).
Ce qui serait vivant, ce serait que toute l’Europe change sa monnaie pour adopter la drachme, monnaie qui fut inchangée pendant des millénaires. Si elle pouvait le faire par désir d’être un espace de joie commune, et par sens du beau, du temps, de la lumière. (Je parle ici selon l’optatif, comme dans les versets ci-dessus, au mode de l’option, du désir, de la projection).
« Les cadeaux de Dieu ne sont pas toujours faciles », disait à Christian de Chergé son ami Mohammed, qui concevait le jeûne de Ramadan comme un don du ciel. La drachme perdue de la parabole c’est aussi, dans un système de pensée, l’élément qui manque. Ce qui manque au monde n’est pas l’austérité, mais la grâce d’une lampe allumée, d’une maison balayée et d’une pièce retrouvée comme on trouverait une pièce d’habitation oubliée, une nouvelle pièce claire et dépouillée, où habiter en joie.
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Sydney dans la forêt, petite gouache sur papier
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Avant de prendre mon petit déjeuner, j’ai fait une petite série de trois cents abdos. Après le thé vert au gingembre et le pain grillé à la gelée de groseilles, je me suis remise à l’étude des Présocratiques. Il est très productif de songer à eux comme « physiologues ». D’ailleurs phusis, la nature, signifie d’abord : ce qui fait croître. J’ai commencé à énoncer par écrit ce que je vois, et cela fait une petite grande lumière, la lumière qui fait pousser les arbres et les met en marche.
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Paix et prière sur lui, notre bien-aimé.
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Merci aux amis de Bilal Berreni pour cet hommage. Sons extrêmement touchants, images simples et belles, lumière. Je me sens proche de cet artiste, et je suis dans une situation un peu comparable quoique inversée : de faux amis, dont les agissements sont absolument inacceptables, m’empêchent de publier Voyage en prétendant s’en occuper, ce à quoi je me refuse et me refuserai toujours. Comme son œuvre, mon œuvre est donc quasiment invisible – mais le temps ne l’atteindra pas comme il atteint les peintures, et elle n’aura pas à être restaurée. Bilal Berreni, je t’admire profondément, ce sont des artistes tels que toi qui m’inspirent et m’ont toujours inspirée, ceux qui ne trichent pas, ceux qui comme aussi Alexander Grothendieck font un, sont tout un, sans séparation entre la vie, l’œuvre, le travail, l’exigence de vérité. Ce sont eux qui sauvent le monde et le sauveront.
Voir aussi la page d’Antoine Page consacrée à Bilal Berreni : ici
et la précédente fois que j’en ai parlé : ici
et son site, ZOO PROJECT
Longs chapelets de rêves splendides, sauvages, hier et cette nuit. Dormant sous une tente tout au bout de la Fin des Terres avec O, à côté de la grande tente ronde des oiseaux, leur campement. Par l’ouverture de la nôtre, je les contemplais, par l’ouverture de la leur. Le matin venu, dans sa lumière vivante, déchirante, arrivée d’une grande manifestation, là, jusqu’au bord de l’eau, de l’océan. Je prenais mon appareil photo dans notre voiture et je la photographiais. Je photographiais notamment l’un des manifestants, qui portait un panneau aussi grand que lui, tout écrit ; puis il me demandait si j’accepterais d’écrire un livre retraçant son engagement politique. La route nous attendait, O et moi, mais il n’était pas impossible de tout faire, cela restait à voir. Hier mes rêves se terminaient sur des noms de personnes et de lieux, que j’inventais, qui me venaient, nus, étranges et beaux comme du début du monde.
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Je prépare dans ma tête mon roman inouï, « Histoire de l’être », qui sera un peu, si Dieu le veut, L’Iliade et l’Odyssée du temps qui vient. Ce matin en me réveillant j’ai compris encore quelque chose sur ce fameux « être ». Appuyée sur de nombreux travaux accomplis par des chercheurs de différentes disciplines, notamment scientifiques, et bien sûr aussi sur mon expérience propre, je vais de découverte en découverte. Le tout est d’analyser et de synthétiser. C’est justement ce que j’adore faire. Le travail est immense, et donc la joie aussi. C’est un travail pour l’essentiel invisible, et il donne toute quiétude parce qu’il s’accomplit dans l’assurance que même s’il ne pouvait être achevé en ce monde, il le serait dans un autre, de la même façon ou d’une autre, et pour tous les mondes. Et ce que j’aurai achevé en ce monde, je le parachèverai quand je n’y serai plus, car j’ai franchi les portes du temps.
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C’est tout de même merveilleux, disait Van Gogh, que Noël tombe en hiver.
Rien ne peut détruire la joie profonde. Elle repose au fond de l’être comme une baleine blanche dans l’océan, et souvent elle jaillit, inspire et expire dans le ciel, avant de retourner chanter et tracer la route dans l’eau avec son baleineau, et tous les troupeaux de cétacés, de poissons, de crustacés, d’algues, toute la vie puissante et infinie qui circule au sein de l’océan qu’elle habite, avec ses bateaux ivres aussi, ses vaisseaux fantômes, ses épaves aux trésors où nagent droit d’élégants hippocampes, ses ordinaires paquebots pleins d’ordinaires voyageurs, ses courses de voiliers, et sur ses rives ses baigneurs qu’elle berce et fait jouir avant de les rendre, lavés, à la terre.
Revenant de dehors, le corps bienheureux de l’air frais et humide, je parcours mes manuscrits en cours, j’y vois la vie, la beauté, le présent en marche. Le début du monde est là.
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photo Alina Reyes
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Petit crabe au creux de ma chair,
muet dans les sables du temps,
tu cours de ton pas de travers
où monte l’eau de l’océan.
Et la marée à longue langue
efface doucement tes traces.
La lumière et la joie s’enlacent
en arrivant sur l’île aux mangues.
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photo Alina Reyes
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Mon univers écrit a la forme de l’Univers. Je ne parle pas de sa partie visible, la trentaine de livres publiés, mais de l’ensemble, visible et invisible. L’ensemble est vivant, évoluant. Ceux de mes livres publiés sur mon site sont déjà légèrement différents que lors de leur première publication. Mais le plus fantastique, ce sont les manuscrits. Il y a ceux qui sont perdus, notamment mon Journal d’adolescente, plusieurs cahiers courant sur plusieurs années, et que j’ai brûlés vers l’âge de dix-sept ans. Perdus mais ayant laissé leur trace dans mon esprit et continuant à agir. Il y a ceux qui ont traversé le temps, le plus souvent de façon partielle, sur des feuilles de papier dactylographiées, aujourd’hui un peu jaunies, et dont certaines manquent. Il y a ceux qui sont restés dans des ordinateurs devenus inutilisables. Et tous ces manuscrits sont souvent en partie récupérés, réinsérés dans d’autres textes plus récents, publiés ou non publiés. J’ai plusieurs livres en ce moment tout écrits, et notamment un roman composé de différentes façons à partir de la même base. Les éditeurs n’en veulent pas, ils veulent des livres composés et formatés selon les limites du monde tel que les voit l’homme limité, formaté. Mais je m’émerveille moi-même des merveilles produites par tous ces textes, et du fait qu’à partir des mêmes textes plusieurs livres coexistent dans mon ordinateur, plusieurs états du même livre, un peu comme dans la variabilité quantique. Lucie au long cours, Derrière la porte, Forêt profonde et Voyage notamment, sont eux-mêmes construits ainsi, de façon mouvante et libre, selon des formes pleines de rappels, de passages, de variations. Hier soir j’ai rassemblé pour Syd, qui veut monter une pièce, des passages, sauvegardés au sein d’un autre livre non publié, d’une pièce de théâtre inachevée, écrite il y a un quart de siècle. Il a été enthousiaste, aussitôt ses idées ont fusé pour récupérer la base et la redévelopper à sa façon. Deux nuits plus tôt j’avais rêvé que nous jouions ensemble au théâtre, voilà que le rêve arrive au jour, transposé. Tout est vivant, tout est merveille, joie, beauté.

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Jaillissement sur jaillissement, le sujet de ma thèse ouvre des perspectives extraordinaires, voire vertigineuses. Incroyable puissance de la vie. Ce qu’on appelle pensée n’est rien d’autre que la vie, ou bien ce n’est que fausse pensée.
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J’ai fait en rêve une phrase de réflexion linguistique, une phrase sur l’être de la langue, qui contenait le mot « préxome », néologisme produit par le rêve. Disant à la fois « presque homme » et pré-x-homme » (x comme en mathématiques et en biologie, notamment), et d’autres choses encore notamment avec l’anglais « home », ce terme est indubitablement lié à mon autre micro-rêve d’il y a quelques jours, sur la permutation du monde.
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« J’insiste sur ce fait qu’il n’est pas sûr qu’il soit possible de décrire un jour l’origine du langage », dit Noam Chomsky au cours de cette conférence que je suis en train d’écouter. Or j’ai de mon côté trouvé quelque chose d’inouï sur ce sujet. Tout cela bouillonne et fuse et jaillit en moi, de tout cela je prends note et tout cela va être écrit.