Mon voyage en religion

arbre de vie,

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J’ai été élevée sans religion, quoique baptisée bébé pour contenter mes grand-parents. Mes parents étaient farouchement athées et anticléricaux, ils nous avaient instruits sur les méfaits du clergé, qu’ils avaient connus pendant leur enfance. Mais ils étaient communistes et croyaient au progrès, à la nécessité de libérer les peuples opprimés. Ce n’était pas une religion mais cela y ressemblait, la lecture quotidienne de l’Huma et les réunions de cellule en formant la liturgie. Comme je m’intéressais à la politique mais critiquais le communisme, mon père m’emmena un jour à l’une de ces réunions afin que je puisse en parler avec les camarades. Toute gamine, j’exposai à ces messieurs mes vues, essayant de les convaincre qu’une anarchie régulée par la responsabilité personnelle et le sens de la communauté formerait un monde bien plus accompli que leur système. Ils m’écoutèrent poliment, par respect pour mon père sans doute, et nous en restâmes là.

En 6ème je commençai le latin, en 4ème le grec. Avec ces langues, je découvris la mythologie antique, qui constitua pour ainsi dire ma première religion, une religion à laquelle il n’y avait pas à croire. Cela me convenait tout à fait : un enchantement du monde, sans contraintes. Je me mis à explorer aussi la mythologie égyptienne, puis je m’intéressai à l’hindouïsme, au taoïsme, au bouddhisme. Je recopiais dans un cahier les éléments que je trouvais dans des livres, avec aussi des écritures en langues orientales, sans les connaître mais pour le bonheur des signes. Parallèlement j’explorai aussi l’esprit en lisant Freud et un peu Jung, et toujours beaucoup de littérature et de poésie, notamment française et russe, bien sûr imprégnées de christianisme.

À dix-sept ans, lors de mon premier voyage, j’eus un contact inattendu, précis et extrêmement fort avec Dieu dans l’église-mosquée de Sainte-Sophie, à Istanbul. Je me cachai pour pleurer. Pendant très longtemps je demeurai comme je le disais « mystique mais athée ». C’est-à-dire, vivant dans l’expérience de Dieu, mais sans croire en Dieu, au sens où je voyais les gens croire en Dieu un peu comme au Père Noël. Je m’intéressai à l’art pariétal, visitant des grottes préhistoriques, allant voir des spécialistes, m’interrogeant sur le sens liturgique de ces œuvres. À la montagne, et notamment au cours de mes ermitages, mes expériences mystiques devinrent de plus en plus fortes et je finis par me tourner plus concrètement vers le christianisme, d’autant que la première ville en plaine était Lourdes. Je fis des retraites au carmel, où j’appris à prier selon le catholicisme. À Paris j’allai un peu au catéchisme, puis je retournai dans mes montagnes, munie d’une Bible en hébreu, d’un dictionnaire et d’une grammaire d’hébreu, et je me mis à apprendre, seule, suffisamment de cette langue pour traduire et commenter de longs passages de la Genèse et de l’Exode. Je me remis aussi au grec, et traduisis et commentai aussi de larges passages des Évangiles. Tout cela entra dans la composition de mon livre Voyage.

En retournant vivre à Paris, je passai régulièrement devant la Grande mosquée, tout près de chez moi. Je commençai à lire le Coran, un peu plus que je ne l’avais fait jusqu’à présent. Un jour, j’allai à la mosquée et demandai la permission d’y prier. On me demanda si je voulais me convertir. Je dis que je voulais seulement prier. C’était le milieu de la matinée, on me laissa aimablement entrer dans la salle de prière des femmes, en me disant que le Prophète avait dit qu’il était permis au musulman de prier partout. Je priai debout en silence pendant un peu plus d’une demi-heure, en compagnie des moineaux qui se faufilaient sous le toit. Quelques semaines plus tard, j’allai trouver un imam (du moins je suppose que c’en était un) dans un bureau de la mosquée, pour qu’il me fasse prononcer la shahâda.

Ainsi donc, des premières à la dernière religion, j’ai fait le parcours. Et je continue à marcher.

« Dans les jardins arrosés d’eaux vives » (Coran 14, 23)

La Bible a été traduite de l’hébreu en grec par soixante-douze traducteurs en 270 avant J-C, ce fut la Septante. Au début du Ve siècle, saint Jérôme la traduisit de l’hébreu au latin, ce fut la Vulgate. Au IXe siècle, Cyrille et Méthode la traduisirent en langue slave. Ainsi fut-elle universalisée.

Le Coran est aujourd’hui traduit en de nombreuses langues, mais tout musulman est vivement encouragé à apprendre l’arabe, afin de saisir mieux le sens complexe de la langue, que les traductions ne peuvent rendre. Pour ma part, je suis seulement capable d’en déchiffrer les mots pour aller les chercher dans le dictionnaire, quand je désire un éclaircissement. J’aime les langues et je pourrais apprendre l’arabe, d’autant que l’arabe coranique est splendide. J’y viendrai si Dieu le veut, mais pour le moment il m’importe de continuer à lire le Coran avec ce bagage minuscule, et donc pour l’essentiel en traduction. Parce que pour le moment, il m’intéresse de contribuer à l’universalisation du Coran par son exégèse à partir de la lecture que peuvent en faire des musulmans non spécialistes de la langue coranique, à savoir la plupart des musulmans, et notamment des musulmans de fraîche date. Et aussi des non-musulmans. De même que la Bible, le Coran est un trésor pour toute l’humanité, qui doit être plus universellement connu et compris. Cette perspective de travail est déjà en elle-même un paradis sans fin.

Lumière sur le monde

1

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Je suis allée chez mon éditeur, ou du moins à la maison d’édition où fut l’éditeur que j’aimais bien, avant que les puissances de l’argent ne le débarquent. De là-haut j’ai contemplé les gens sur la place, leur mouvement, leur beauté. Ce fut le meilleur moment.

En sortant je suis allée chez Tang Frères, acheter du thé vert et de quoi préparer un plat de nouilles chinoises. Le soleil et l’ombre alternaient sur les trottoirs. Dans l’ombre de mon corps grandissait mon livre en cours.

J’ai annoncé la règle des Pèlerins d’Amour sur ma page Bible, Coran et autres textes saints. La vérité ne sera pas mort-née. Elle s’extrait de la matière du monde dans les convulsions et le sang, et elle crie, vivante.

Levons la tente

le fil du temps,

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J’ai essayé pendant des années d’apporter aux catholiques une voix et une voie de renouvellement. Ils en voulaient, mais à condition que je me soumette au clergé. C’était absolument impossible. Je le leur ai répété, ils ont continué à croire qu’avec tous leurs moyens de pression et de manipulation, ils finiraient par me faire céder. Cette croyance absurde était bien l’un des signes de ce que je voyais chez eux, à savoir qu’ils ne connaissent pas Dieu. Le catholicisme a perdu complètement la voie de Dieu. Pour certains elle s’est réduite à un humanisme, pour d’autres à un bazar idolâtrique et superstitieux. Et Rome ne fait que pousser en ce sens, avec la canonisation hâtive de papes comme renforcement du pouvoir du clergé -combien ne prient plus Dieu mais Jean-Paul II ! J’ai fait tout ce que j’ai pu pour leur rendre le sens de Dieu, mais tout ce qu’ils voulaient c’était faire de moi un instrument pour renforcer leur emprise défaillante sur le monde. Et cela avec leurs moyens habituels : le mensonge, l’hypocrisie, les manœuvres souterraines qui furent toujours la marque de l’Église mais prennent aujourd’hui une ampleur inédite, de par les moyens de communication exploités pour la propagande. Comme dans les autres secteurs de l’industrie et de la politique, tout tient sur la publicité, la parole illusionniste.

Je suis du Christ selon l’Évangile, et il est aujourd’hui impossible d’être, en même temps, du Christ selon l’Église. Dieu ne se trouve plus dans cette institution. Je suis entièrement soumise à Dieu, c’est le sens du mot musulman, je suis en ce sens musulmane. Le Prophète Mohammed, alayhi salat wa salam, a rencontré Jésus dans son voyage nocturne ; il lui a alors demandé de diriger la prière, mais Jésus a préféré que Mohammed le fasse, et il l’a faite avec lui. Cela se passait en avant de nous, vers la fin des temps. Et moi qui suis du Christ, Dieu m’a conduite à prier avec les musulmans. Je continue à être là (notamment ici) pour eux, pour les chrétiens et pour tous ceux qui veulent continuer à marcher sur la Voie de vérité. Comme Abraham, nous irons, et notre descendance aussi, où elle, où Dieu, nous conduira.

Pâques, la Compassion du Christ

En joignant le geste de l’eucharistie (rendre grâce à Dieu) à celui de la communion (nourrir les hommes de son être pour leur montrer que Dieu est uni à eux et qu’il les unit en Lui), Jésus lors de la Cène fait signe que sa Passion est en vérité une Compassion. Il ne souffre pas seul pour tous, il souffre avec tous ceux qui souffrent. Et c’est pourquoi il souffre plus que ne peut souffrir un homme, et c’est pourquoi il en meurt, et c’est pourquoi aussi il en ressuscite. Il ressuscite parce qu’il n’a pas souffert seul, il a souffert pour tous, les vivants et les morts. Sa mort n’est pas en lui seul, elle est aussi en tous les morts et en tous les vivants, qu’il ne peut pas abandonner à la mort. Quand il demande de manger, via le pain et le vin, son corps et son sang, en mémoire de lui, cela signifie : nous coressusciterons. En mangeant ce morceau de pain devenu son corps et en buvant ce vin devenu son sang, nous le prenons en nous corps et âme, parce que c’est notre propre corps, notre sang, notre chair, nos os, qui donnent corps à son âme. Et quand nous donnons corps à son âme, elle emporte notre corps dans son éternité. Et le temps des vivants et des morts devient une éternité prise en commun, en communion, une coéternité avec toute l’humanité, transportée en Dieu, l’Éternel.

Une preuve de cela est donnée dès le lendemain, au Golgotha. Jésus n’est pas le seul à être crucifié. Deux autres hommes souffrent aussi sur une croix. Sans doute, contrairement au Christ, chacun des deux souffre-t-il pour lui-même. Mais l’un d’eux va sortir de lui-même pour entrer en compassion avec Jésus, et aussitôt Jésus lui annonce que le jour même, il sera au paradis avec lui. La compassion transporte les mortels dans une autre dimension.

Being 777, un air plane, d’apocalypse, et Vincent vit

Le prochain érotique avance, il sera terminé dans quelques jours, je pourrai me remettre à la peinture et à d’autres écritures, notamment ici. Car c’est par elles que je peux parler, dire.

Dans une vieille vidéo de l’INA, on entend une journaliste dire à Vincent van Gogh, neveu du peintre : « Votre père, Théo, a reçu une énorme correspondance de son frère. Il écrivait souvent ? »

La subtilisation, la captation, la réduction, faites ou en projet, des tapisseries à la licorne et de la grotte de Lourdes, sont des actions gnostiques au mauvais sens du terme, occultes, tendant à détourner les hommes de la lumière en incitant à un esprit sectaire. Pour ma part, n’ayant peur ni de la corne ni de la grotte, je continue à ouvrir des portes.

Il se pourrait fort bien que ce soit Gauguin qui ait coupé l’oreille de Vincent van Gogh lors de leur dispute, et que plus tard ce soit deux chenapans qui lui aient tiré dessus, accidentellement ou non. Van Gogh ne s’est pas suicidé. La société l’a fait, comme dit Artaud, et les dernières études biographiques suggèrent que ce pourrait être par le bras de ces jeunes hommes de la bonne bourgeoisie qui s’amusaient à le harceler. Vincent s’est tu, mais il a dit que sa peinture parlerait pour lui. Elle parle, ses champs de blé survolés de corbeaux parlent. Et il vit, il fait rayonner la vie dans le monde.

Joyeux non-anniversaire !

J’évoque la Saint Valentin alors que moi-même je ne l’ai jamais fêtée, la trouvant, comme beaucoup de gens, tarte, artificielle et commerciale. Mais puisque fête il y a, autant en profiter pour proposer de la poésie. La poésie est la fête de tous les « non-anniversaires », comme dit Lewis Carroll. Et la poésie, on la trouve dans et par les mots, mais aussi dans la peinture, dans la rue, dans la nature, dans la vie avant tout : la vie est la poésie. Quand avez-vous dormi à la belle étoile pour la dernière fois ? Quand, la prochaine ?

Belles nouvelles

Jésus à la mosquée, un « calumet de la paix durable » entre musulmans et chrétiens congolais. « Pour prévenir le fâcheux précédent du conflit interreligieux de Centrafrique risquant de déborder en RDC, Musulmans et Chrétiens congolais se liguent pour la paix durable ». Dans une mosquée de Kinshasa, l’Imam Cheick Mounir Fadel a organisé une célébration de la fête de la Nativité du Christ. À lire sur Digitalcongo.net 

Un neurochirurgien fait dix kilomètres à pied dans la neige pour sauver un homme. « Vous êtes un homme bon », lui a dit l’infirmier-chef quand il l’a vu arriver. « J’ai l’habitude de marcher » a dit simplement le Dr Zenko Hrynkiw. À lire dans Lematin.ch

Entrée dans l’année du Cheval. Aujourd’hui c’est le Nouvel An chinois. « La vie de l’homme sur la terre est comme un cheval blanc sautant un fossé et disparaissant soudain ». Autres maximes chinoises sur le cheval sur Chine-informations.com

Un rêve

J’ai fait un rêve merveilleux. D’abord je roulais longuement en voiture, jour et nuit, par tous les temps, admirant le paysage, faisant des pauses, repartant… Les paysages étaient beaux et colorés comme des tableaux, beaucoup de nature et aussi des cités qui apparaissaient, une merveille de voyage. Puis j’arrivais au Vatican, où je prenais mon service de femme de ménage, très tôt le matin. Je mettais ma blouse blanche de chimiste, celle que je mets à la maison pour peindre, et je commençais à laver le sol d’un immense hall. J’étais seule et c’était vraiment très sale, je n’arrivais pas à tout enlever, à mesure que j’étais passée d’autres saletés apparaissaient, il y avait même des branchages morts, c’était vraiment beaucoup de travail. Mais j’avançais, toute joyeuse.

J’étais presque au bout du hall, et sachant qu’il allait falloir que je recommence depuis le début. Un homme de ménage est arrivé, celui que j’ai photographié un jour en train de balayer dans la grotte de Lourdes, autour de la montagne de cierges. Il m’a informé que j’avais pris mon service très en avance, que les équipes allaient arriver maintenant en fait, et que je ne portais pas la blouse réglementaire. Il m’a dit de ne pas m’inquiéter de n’avoir pas tout nettoyé, c’était normal, les équipes qui arrivaient allaient prendre la relève pour finir le travail. Et voilà soudain qu’un homme arrive vers moi, c’est Benoît XVI. Je suis si contente de le voir ! Alors qu’il est encore à quelques mètres, je lui dis tout simplement, toute sourire : « bonjour, vous allez bien ? » Et il me répond sur le même ton tranquille, tout sourire. Nous nous mettons à marcher doucement en parlant de tout et de rien. Au début il était en pape mais en fait il est un homme normal et nous sommes les plus vieux amis du monde. Nous arrivons au bout du hall, la lumière entre à flots par de vastes baies vitrées. Tantôt derrière la vitre et tantôt de l’autre côté, dans l’herbe, nous regardons la route où commence à affluer le peuple, en une intense circulation. Les gens se déplacent en masse car une très grande fête se prépare dans le monde. C’est d’ailleurs pourquoi il me fallait nettoyer ce hall, afin qu’il soit propre pour la célébration, d’autant que pendant ces jours de fête ce sera congé pour tout le monde. Benoît XVI me parle maintenant de son fils, je ne savais pas qu’il en avait un, au début je me dis qu’il a peut-être été marié avant d’entrer dans les ordres, que c’est sûrement pour cela qu’il est si à l’aise avec moi, une femme, que nous nous entendons si bien. Mais en fait il semble que son fils soit encore un petit enfant, ce qui est merveilleux. Je lui demande comment il est venu ici, jusqu’à ce hall où je travaille, et il me dit à pied, ce que je trouve merveilleux. 

Un pas dans l’éternité

Il est recommandé de retourner chez soi, en sortant de la mosquée, par un autre chemin que par celui où on y est allé. Cela me rappelle l’histoire des rois mages qui repartent de la grotte de Bethléem par un autre chemin que par celui où ils y sont venus. Je suis bien certaine qu’ils n’ont pas agi ainsi seulement pour échapper à l’inquisition d’Hérode. Hérode était bien ignorant de compter qu’ils allaient repasser par chez lui. Il y a là une même science, chez ces traverseurs de terres et de déserts, que chez le fondateur de l’islam. Une même science chez l’évangéliste hébreu issu d’un peuple de nomades et chez les nomades arabes des premiers temps coraniques. Après être allé à la rencontre de Dieu, il est bon de s’en retourner par un autre chemin. Changer pour être fidèle à Ce qui est venu nous réveiller. Changer de chemin, c’est s’en retourner les yeux ouverts, plutôt que de rentrer comme on est venu, le regard borné par les œillères de l’habitude. Changer de chemin, c’est s’exposer à faire d’autres rencontres, voir d’autres choses, et surtout, voir ce qu’on n’aurait pas regardé si on venait d’y passer. Voir un nouveau monde, changer le temps confortable de l’éternel retour en temps de l’éternel renouvellement : faire un pas dans l’éternité, le temps de la résurrection.

Lever de terre

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« Nous nous remettions à peine de la révolution autour de la Lune, le soir de Noël. Nous avons regardé au-dessus de la surface lunaire et elle était là, la Terre. Elle était tellement magnifique avec toutes ses couleurs différentes. Je pense que nous étions, tous les trois, fascinés ». (à lire sur Maxisciences)

Bientôt nous n’écrirons presque plus le chiffre 2013, pensai-je en l’écrivant une énième fois à l’instant dans mon Journal. Cette nuit en dessinant à l’encre noire, rouge et violette Poème, j’ai pensé que je faisais de la calligraphie extra-terrestre.

Hier soir O m’a rapporté un panneau d’Isorel d’1,35 m sur 87 cm, encadré de fer, qu’il a trouvé dans la rue, près de la fac. Voici que je vais pouvoir peindre quasiment une fresque ! Je ne sais comment je vais m’y prendre, dans mon si peu d’espace, mais je vais le faire.

La joie est comme l’amour, sans mesure.

Passage à la peinture

Adam et Eve sans haut ni bas va être le premier d’un petit triptyque. Je suis très très heureuse de peindre. Depuis que j’ai acheté pour la première fois de la peinture acrylique, il y a exactement quatorze jours, je n’ai pas arrêté : dix-huit œuvres d’autodidacte débutante, et justement j’aime être débutante. Je l’ai écrit quelque part, quand j’étais enfant je voulais être écrivain parce que j’aimais lire et écrire mais aussi parce que ce qui m’attirait, c’était la vie d’écrivain. Non bien sûr celle de l’écrivain salonnard, qui croit ne rien pouvoir, mais celle de l’écrivain sur l’île déserte, qui la peuple de lui-même, de ses écrits et de ses lecteurs. Je n’ai jamais quitté l’île déserte, le royaume. Et maintenant je la peuple en peignant. La vie du peintre aussi m’a toujours attirée. J’ai vécu plus d’un an avec des artistes du monde entier, à la Cité des Arts, rue Norvins à Montmartre puis quai de l’Hôtel de Ville. C’était le paradis, comme ensuite l’atelier où j’ai vécu quelques mois en colocation avec un peintre rue Albert dans le 13ème. C’est seulement depuis le paradis que l’on peut recréer le monde, de même que Dieu se tient dans son royaume et crée de là. Au paradis, Dieu y est, c’est pour cela que la création advient à travers qui s’y tient, et s’y laisse traverser. Pour tout le monde.

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En peignant, je me rappelle quand j’ai peint le mur du fond de la grange, en blanc, et les encadrements des portes et des fenêtres, en rouge. Avec mon frère et d’autres personnes, nous avons transformé cette étable d’estive en maison. Je ne l’ai plus mais d’autres très chers l’ont, et c’est toujours le paradis. Je me rappelle aussi quand nous vivions en colocation avec un peintre, O et moi, combien j’aimais aller dans son atelier, un autre paradis. Mon atelier ici à Paris est un tout petit espace, une table sur tréteaux dans la pièce commune qui nous sert de salon, de bureau et de chambre. Au fond de la table, contre le mur, sont alignés mes Bible, mes Coran, mes dictionnaires d’hébreu et d’arabe (pour le grec, j’utilise les dictionnaires numérisés), le Mathnawî de Rûmi, Voyage. Puis le pot à stylos, crayons et marque-pages, le pot à pinceaux, et la panière à peintures et autres couleurs. Quand je veux peindre, je pousse mon petit ordi et je mets le chevalet de table à la place. Je peins debout pendant des heures, oubliant de boire et de manger tant que ce n’est pas fini. J’aime beaucoup le côté chantier, comme quand j’allais sur les chantiers avec mon père, plâtrier, dans mon enfance. Quand je vois ce qui peut paraître à d’autres des scènes de démolition ou même de ruines, j’en suis bienheureuse car pour moi ce sont des scènes de construction. Les Pèlerins d’Amour sauront comment être Pèlerins d’Amour en voyant dans quel esprit je vis, j’ai vécu. Il ne suffit pas par exemple de dire que nous sommes indépendants des institutions, il faut le prouver. Les œuvres de bienfaisance sont des pansements sur les plaies du système, elles ont leur utilité mais ce qui sauve c’est le pouvoir de voir derrière la façade du système ses ruines, et dans ses ruines un chantier. Ma parole n’est pas un prétexte ni un paravent ni un instrument, elle est au fondement, à la racine, elle est la racine et l’accomplissement, le chantier et la maison construite, elle est l’alpha et l’oméga. C’est ainsi seulement, par la manifestation d’une parole et d’une vie indissolublement épousées, unies, que vient aux hommes la lumière, la libération.

L’histoire

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photo Reuters

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« Quoi qu’il en soit, les Roms ne sont pas vraiment les bienvenus à Mitrovica. En 1999, Roma Mahala, le quartier rom de cette ville industrielle peu attrayante, avait été entièrement pillé, brûlé et ses 8000 habitants chassés (photo ci-dessus) par la résistance albanaise antiserbe, l’UCK, qui s’installait au pouvoir dans le fourgon de l’Otan – de l’armée française en l’occurrence. Durant l’été 1999, des gendarmes français patrouillaient dans cette zone dévastée où le moindre montant de porte avait été détruit. Il n’y avait plus âme qui vive : les habitants avaient fui vers la Serbie, le Monténégro voisins, voire en Europe occidentale.Les Roms du Kosovo subissaient alors la vengeance de la majorité albanaise, qui les accusait d’avoir collaboré avec le régime nationaliste serbe, honni et vaincu.L’histoire récente du Kosovo – qui a été placé sous protectorat de l’Otan et administré durant dix-huit mois (1999-2001) par Bernard Kouchner pour le compte des Nations unies – a aggravé la situation des Roms ». L’article entier de Jean-Dominique Merchet est à lire sur son blog Secret Défense.

Mitrovica est paraît-il une ville très pauvre, mais très belle. J’en suis heureuse pour Leonarda et sa famille. Dommage que leur promenade de ce dimanche ait été gâchée par une agression. Un peu comme, géographiquement et dans l’histoire de Cortazar, Budapest est séparée en deux, Mitrovica est, géopolitiquement, divisée par la rivière qui sépare Serbes et Albanais, deux communautés restées hostiles l’une à l’autre depuis la guerre, et que le pont lancé au-dessus de l’Ibar ne suffit pas à réunir.

En dormant, depuis hier, je croyais que c’était Leonarda qui dormait à ma place, je me sentais ronde comme elle, d’ailleurs j’ai pris un kilo d’un matin à l’autre. Je sais que c’est en lien avec La Lointaine, l’histoire de Cortazar d’où je tiens mon nom, je sais qu’il a vu quelque chose et que cela vit.

À l’heure où j’écris ceci il fait 13 degrés à Mitrovica, demain il fera 20, soleil et doux. En fait c’est toute la France qui est aussi là-bas, et même plus que la France puisqu’on parle de cette histoire un peu partout dans le monde. Que cela leur plaise ou non, les destins des hommes s’entrecroisent. Et ceux qui sont bien installés feraient mieux de penser qu’un jour, eux ou leurs enfants pourraient avoir à se retrouver à mendier l’aide de mieux lotis.

Météorite

« Impossible de ne pas faire un peu de mysticisme.

« Il semblerait que certains « petits hommes verts » refusent de laisser des humains s’emparer de cet objet céleste, commente Maxime Chipouline. Nous pensions que nous allions pouvoir récupérer la « grande » météorite à une profondeur de 14 mètres, mais elle s’est enfoncée de plus en plus profondément dans la vase et nous parlons déjà de poursuivre les recherches à une profondeur de 16-20 mètres. Nous avons même inventé une nouvelle expression : « la vase consciente ». Par ailleurs, il se passe des choses incroyables : le canot a disparu 5 fois, les moteurs tombent en panne, les appareils s’affolent : cette zone est apparemment remplie d’anomalies ! » »

À la recherche de la météorite de Tcheliabinsk : l’article entier dans La Russie d’Aujourd’hui.

Voir aussi : l’Église de la météorite de Tchéliabinsk, dans La Voix de la Russie

Et je ne savais pas que des fragments de la météorite sont tout près de chez moi, au Jardin des Plantes.

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Machines qui broyez les muscles et le sang

ouvrez un hublot pour l’orage,

que soit le roc visité par la foudre

humilié d’amour des pieds jusqu’à la tête.

 

Que soit le nom crié de sommet en sommet

frotté comme un galet de mer par les figures,

comme un galet blessé, une biche souffrante,

au bord des grandes eaux.

 

Le tremblement de terre est en route. Quel est

le mot de passe cri ou chanson ou sésame ?

L’arbre de l’existence

sera-t-il le premier des arbres foudroyés ?

 

Benjamin Fondane, Titanic

 

Le sens de l’humus, son blé, son pain

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La revue Mouvements présentait son dernier numéro, consacré à La transition, une utopie concrète ?, ce vendredi soir à la Maison d’Amérique Latine, à Paris. Avec Vincent Bourdeau, l’un de ses rédacteurs en chef, Bastien Yverneau, du collectif Montreuil en transition, Cyrielle Den Hartigh, de l’association Le sens de l’humus, et Miguel Benasayag, qui a participé à ce numéro de la revue. Ce dernier a tout d’abord attiré notre attention sur le cas d’un ancien tortionnaire argentin dont le procès d’extradition aura lieu mercredi prochain, 9 octobre, et nous a invités à signer et faire connaître une pétition pour demander qu’il soit remis à la justice de son pays. L’affaire est expliquée ici, avec la pétition.

Bastien Hyverneaud a parlé de cette mouvance protéiforme et disparate, la transition. Le livre de Rob Hopkins publié en France en 2010, Manuel de transition – de la dépendance au pétrole à la résilience locale, est une référence pour les militants de ce mouvement fondé sur diverses initiatives citoyennes, comme les jardins partagés dont a parlé ensuite Cyrielle Den Hartigh. J’ai été frappée par le retour fréquent dans leur discours du thème de la catastrophe, économique et peut-être politique, à laquelle il faut s’attendre et se préparer, afin d’être en mesure d’assurer, justement, la transition – voire la survie, quand il s’agit d’aller jusqu’à imaginer comment les villes pourraient cultiver elles-mêmes de quoi se nourrir.

Miguel Benasayag, après avoir estimé que tous les penseurs jusqu’à présent, y compris Badiou, s’inscrivaient dans le courant hégélien dont dérive « une centralité très dangereuse », ajoutant amusé : « Tous les grands militants hégéliens disent la même chose que les curés du Vatican – je ne parle pas de mon compatriote Francisco qui fait des efforts jésuitiques pour séduire tout le monde… », a aussi alerté sur le danger de passer de la globalité à la dispersion. Question de la dispersion qui venait d’ailleurs d’être évoquée par Bastien Hyverneaud. Comment œuvrer dans le local tout en s’inscrivant dans l’universel ? Ceci dans un monde qui pratique la « politique de la dispersion totale », qui s’adresse au bonheur des individus. Il faut « être d’une exigence totale ». « Moi qui ai connu la dictature et la guerre, je n’ai jamais connu de société aussi violente que celle d’aujourd’hui, c’est une société qui écrase la vie. » « Ceux qui œuvrent dans le local le font avec des corps et c’est important, c’est avec les corps qu’on peut résister. » Miguel Benasayag a aussi souligné la différence de nature entre la militance en France et en Amérique Latine, où la pauvreté est bien plus grande et les affrontements beaucoup plus violents. « Les réels efforts démocratiques n’empêchent pas, par exemple, que des Indiens se font tuer tous les jours par des assassins commandités par les grands groupes, les Monsanto ou autres, qui ont besoin de les chasser de leurs terres pour les leur prendre. Si vous voulez aller les défendre, vous vous faites tuer aussi. » « Les alternatives mises en œuvre ici sont complémentaires car elles peuvent penser la complexité, mais elles doivent être pensées en relation avec ceux qui sont en première ligne des combats. »

Comme il a aussi évoqué les caves des banlieues où certains se retrouvent en communauté, j’ai pensé en même temps aux jardins partagés, au « sens de l’humus », de l’enterrement qui inaugure les germinations et précède les résurrections. Dieu seul sait comment, et quand, le monde sortira de terre dans la lumière. Continuons à marcher.

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Intégration et désintégration

Manuel Valls, Français de fraîche date, en dépit des apparences ne s’est pas encore intégré, comme on dit. Il n’a pas encore assimilé dans sa chair ce qu’est la vocation de la France, terre d’accueil, patrie des droits de l’homme, république de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Malheureusement beaucoup de Français de longue date, eux, se sont désintégrés. Eux non plus ne portent pas dans leur chair ces valeurs, ils les ont évacuées. France, où est ta mémoire ? Où est ton esprit ? Tant que tu ne les auras pas retrouvés, tu ne feras que te perdre un peu plus, t’enfoncer dans l’histoire jusqu’à y quasiment disparaître, comme il est arrivé aux Grecs.

Être terre d’accueil, patrie des droits de l’homme, république de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, c’est très beau, c’est être phare. Cela ne va pas sans coût, sans un effort constant de la conscience, un réveil permanent. On n’est pas phare sans lumière, et un phare sans homme, un phare inhabité, ne fait plus de lumière. Soyez des hommes, Français. Sois un homme, Français, Française de fraîche ou de longue date, sois clair, à la pointe, gardien de la vie de tes frères humains qui naviguent sur les océans difficiles mais essentiels de notre commune existence.

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En vivant

12 jours, 64 pages. Le livre avance, semblable à nul autre. Comme, dès le départ, mon premier livre, et les suivants. J’ai écrit des romans de plus en plus gros et improbables, comme Derrière la porte, Lilith, Forêt profonde, Voyage. J’ai écrit des romans de plus en plus minuscules et improbables, comme Le Boucher, L’Exclue, La Dameuse, Notre femme. J’ai écrit des romans de plus en plus choquants, comme Poupée, anale nationale, Le carnet de Rrose, Forêt profonde. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour réveiller les êtres humains, j’ai fait mon travail d’écrivain. Je continue.

Que le grand cric ne vous croque pas ! Soyez vivants, jour après jour, nuit après nuit, instant après instant. Franchissant les frontières du temps.

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D’ici la fin de la semaine, incha’Allah, plusieurs nouveaux titres numériques sur ce site, et Voyage à petit prix, en papier et en ebook.