Palestine, in extremis

58s,

image Alina Reyes

*

La nuit dernière j’ai rêvé que je prenais dans mes bras un bébé de dix-huit mois qu’un blindé menaçait.

Tout à l’heure j’ai découvert cette page, 58 seconds, où des photographes peuvent proposer une image que leur inspire le fait d’avoir 58 secondes devant soi pour quitter avec sa famille sa maison qui va être bombardée, comme cela se passe à Gaza. Que sauver, qu’emporter, quelle priorité, quel sentiment… ? Aussitôt j’ai fait cette image (à partir d’une photo prise à l’instant où mon troisième ou quatrième fils venait de naître), je l’ai envoyée. Elle ne sera peut-être pas retenue, mais la voici du moins ici.

Over the Rimbaud

jolie lumière

*

Après avoir passé un bon temps sous terre, telle la graine, voici que je sors et monte, avec mes livres tout prêts à éclore. Le roman que j’ai terminé hier. Et puis au moins trois autres livres encore en bourgeons mais prêts à éclore, à partir de dizaines de pages de notes et autres écrits : un livre de spiritualité, un livre de politique, un livre de poésie. Plus le nouveau roman que j’ai commencé à écrire. Plus d’autres projets auxquels je pense, dans la photo, dans l’art… Et puis la suite de ce que Dieu veut, comme il voudra. « David » a pris cette photo d’arc-en-ciel au-dessus de nous juste après notre longue conversation hier, en sortant du café. La vie est splendide.

La vie afflue

Quel rêve puissant j’ai fait ! Tour à tour dans la montagne la nuit sous la pluie, chez moi là-haut la montagne avec sa terre sa roche sa forêt son ciel comme mon propre corps, et de grands camions clairs dans le chemin portant leur cargaison inconnue dans des maisons, et aussi à l’aube dans le désert splendide trouvant les cailloux laissés au sol par un camp de pèlerins voyageurs réunis un peu plus loin très nombreux pour prier, désert se couvrant ensuite de végétation, un fleuve puissant passant au milieu, des chevaux courant dans l’eau et marchant à leur suite dans le courant, de l’eau jusqu’à la ceinture, un jeune couple, homme et femme avec leur bébé, puis me voici dans une maison en roseaux pleine de pièces et de vie, où habitent des jazzmen d’Afrique – je suis eux, et de nouveau chez moi là-haut à la montagne et partout…

Mon voyage en religion

arbre de vie,

*

J’ai été élevée sans religion, quoique baptisée bébé pour contenter mes grand-parents. Mes parents étaient farouchement athées et anticléricaux, ils nous avaient instruits sur les méfaits du clergé, qu’ils avaient connus pendant leur enfance. Mais ils étaient communistes et croyaient au progrès, à la nécessité de libérer les peuples opprimés. Ce n’était pas une religion mais cela y ressemblait, la lecture quotidienne de l’Huma et les réunions de cellule en formant la liturgie. Comme je m’intéressais à la politique mais critiquais le communisme, mon père m’emmena un jour à l’une de ces réunions afin que je puisse en parler avec les camarades. Toute gamine, j’exposai à ces messieurs mes vues, essayant de les convaincre qu’une anarchie régulée par la responsabilité personnelle et le sens de la communauté formerait un monde bien plus accompli que leur système. Ils m’écoutèrent poliment, par respect pour mon père sans doute, et nous en restâmes là.

En 6ème je commençai le latin, en 4ème le grec. Avec ces langues, je découvris la mythologie antique, qui constitua pour ainsi dire ma première religion, une religion à laquelle il n’y avait pas à croire. Cela me convenait tout à fait : un enchantement du monde, sans contraintes. Je me mis à explorer aussi la mythologie égyptienne, puis je m’intéressai à l’hindouïsme, au taoïsme, au bouddhisme. Je recopiais dans un cahier les éléments que je trouvais dans des livres, avec aussi des écritures en langues orientales, sans les connaître mais pour le bonheur des signes. Parallèlement j’explorai aussi l’esprit en lisant Freud et un peu Jung, et toujours beaucoup de littérature et de poésie, notamment française et russe, bien sûr imprégnées de christianisme.

À dix-sept ans, lors de mon premier voyage, j’eus un contact inattendu, précis et extrêmement fort avec Dieu dans l’église-mosquée de Sainte-Sophie, à Istanbul. Je me cachai pour pleurer. Pendant très longtemps je demeurai comme je le disais « mystique mais athée ». C’est-à-dire, vivant dans l’expérience de Dieu, mais sans croire en Dieu, au sens où je voyais les gens croire en Dieu un peu comme au Père Noël. Je m’intéressai à l’art pariétal, visitant des grottes préhistoriques, allant voir des spécialistes, m’interrogeant sur le sens liturgique de ces œuvres. À la montagne, et notamment au cours de mes ermitages, mes expériences mystiques devinrent de plus en plus fortes et je finis par me tourner plus concrètement vers le christianisme, d’autant que la première ville en plaine était Lourdes. Je fis des retraites au carmel, où j’appris à prier selon le catholicisme. À Paris j’allai un peu au catéchisme, puis je retournai dans mes montagnes, munie d’une Bible en hébreu, d’un dictionnaire et d’une grammaire d’hébreu, et je me mis à apprendre, seule, suffisamment de cette langue pour traduire et commenter de longs passages de la Genèse et de l’Exode. Je me remis aussi au grec, et traduisis et commentai aussi de larges passages des Évangiles. Tout cela entra dans la composition de mon livre Voyage.

En retournant vivre à Paris, je passai régulièrement devant la Grande mosquée, tout près de chez moi. Je commençai à lire le Coran, un peu plus que je ne l’avais fait jusqu’à présent. Un jour, j’allai à la mosquée et demandai la permission d’y prier. On me demanda si je voulais me convertir. Je dis que je voulais seulement prier. C’était le milieu de la matinée, on me laissa aimablement entrer dans la salle de prière des femmes, en me disant que le Prophète avait dit qu’il était permis au musulman de prier partout. Je priai debout en silence pendant un peu plus d’une demi-heure, en compagnie des moineaux qui se faufilaient sous le toit. Quelques semaines plus tard, j’allai trouver un imam (du moins je suppose que c’en était un) dans un bureau de la mosquée, pour qu’il me fasse prononcer la shahâda.

Ainsi donc, des premières à la dernière religion, j’ai fait le parcours. Et je continue à marcher.

Du ciel vient ce qui sauve

J’ai plusieurs livres en cours, dont un roman presque fini, mais à cause de la surveillance organisée depuis quelques années pour me forcer à livrer Voyage et l’ordre des Pèlerins d’Amour à qui je ne veux pas les livrer, je ne peux écrire tranquillement ni publier librement. Or voici qu’un nouveau livre m’est venu, par la grâce d’un rêve que le ciel m’a envoyé hier. Hier j’ai commencé à l’écrire et ce matin, au réveil, je suis restée longuement sans bouger, à mettre en place la suite dans ma tête. Je crois que celui-ci dénouera la situation. Du ciel vient ce qui sauve. Il sauvera non seulement ma famille et moi, mais aussi beaucoup de monde.

Socrate avec moi

extrême...orient,

*

J’ai ouvert mon école sur Internet, avec ce site (Journal et ebooks) et mes différentes pages Facebook, comme Socrate avait ouvert la sienne dans les rues d’Athènes. Loin de moi l’idée de déprécier ce média, comme le font beaucoup, notamment parmi les intellectuels. Internet est l’agora mondiale de notre temps.

Ayant prononcé la shahada, la profession de foi musulmane, parce que je suis effectivement entièrement soumise à Dieu, c’est-à-dire à la Vérité, je n’ai renoncé en rien aux acquis du christianisme et du judaïsme, que l’islam assume. Je n’ai renoncé en rien à trouver et reconnaître la Vérité partout ailleurs où elle se fait également jour. Et logiquement, je veux pouvoir prier aussi bien à l’église qu’à la mosquée, ou en n’importe quel temple ou lieu où je pourrai rendre louange à Dieu. Et ce que je veux, c’est initier la formation d’une humanité apte à comprendre les diverses religions et traditions, à les voir de très haut, et à prier en tout lieu.

Mes détracteurs m’accuseront de syncrétisme, mais il n’y a pas de syncrétisme dans ma méthode, qui est au contraire une méthode de discernement et de distinction, conditions indispensables au dialogue intérieur entre les différentes spiritualités, et à leurs retrouvailles éclairées à mesure que leurs chemins s’avancent vers le point unique où elles se rejoignent, en nous et au ciel. Mes détracteurs m’accuseront peut-être aussi de faire des religions des temples de la consommation religieuse, où se rendre comme en autant de supermarchés de la spiritualité. Or ma démarche est l’exact contrepoint aux méfaits à la fois spirituels, politiques et sociaux du libéralisme comme de tous autres systèmes idéologiques. Comme Socrate, je ne quitterai pas ce monde sans avoir rappelé que nous, humains, devons un coq au ciel, celui de notre réveil.

Mobile home

12 3 4 5 6

7,8,

 Mobile en cartons à pizza industrielle peints à l’acrylique et vernis, reliés par un fil d’or. Comme c’est très léger, ça bouge tout le temps, faisant jouer les deux faces de chaque pièce les unes avec les autres.

*

Continuant à faire ce rêve récurrent depuis des décennies, dans lequel je découvre toujours de nouvelles pièces, insoupçonnées, dans l’appartement ou la maison où j’habite.

Levons la tente

le fil du temps,

*

J’ai essayé pendant des années d’apporter aux catholiques une voix et une voie de renouvellement. Ils en voulaient, mais à condition que je me soumette au clergé. C’était absolument impossible. Je le leur ai répété, ils ont continué à croire qu’avec tous leurs moyens de pression et de manipulation, ils finiraient par me faire céder. Cette croyance absurde était bien l’un des signes de ce que je voyais chez eux, à savoir qu’ils ne connaissent pas Dieu. Le catholicisme a perdu complètement la voie de Dieu. Pour certains elle s’est réduite à un humanisme, pour d’autres à un bazar idolâtrique et superstitieux. Et Rome ne fait que pousser en ce sens, avec la canonisation hâtive de papes comme renforcement du pouvoir du clergé -combien ne prient plus Dieu mais Jean-Paul II ! J’ai fait tout ce que j’ai pu pour leur rendre le sens de Dieu, mais tout ce qu’ils voulaient c’était faire de moi un instrument pour renforcer leur emprise défaillante sur le monde. Et cela avec leurs moyens habituels : le mensonge, l’hypocrisie, les manœuvres souterraines qui furent toujours la marque de l’Église mais prennent aujourd’hui une ampleur inédite, de par les moyens de communication exploités pour la propagande. Comme dans les autres secteurs de l’industrie et de la politique, tout tient sur la publicité, la parole illusionniste.

Je suis du Christ selon l’Évangile, et il est aujourd’hui impossible d’être, en même temps, du Christ selon l’Église. Dieu ne se trouve plus dans cette institution. Je suis entièrement soumise à Dieu, c’est le sens du mot musulman, je suis en ce sens musulmane. Le Prophète Mohammed, alayhi salat wa salam, a rencontré Jésus dans son voyage nocturne ; il lui a alors demandé de diriger la prière, mais Jésus a préféré que Mohammed le fasse, et il l’a faite avec lui. Cela se passait en avant de nous, vers la fin des temps. Et moi qui suis du Christ, Dieu m’a conduite à prier avec les musulmans. Je continue à être là (notamment ici) pour eux, pour les chrétiens et pour tous ceux qui veulent continuer à marcher sur la Voie de vérité. Comme Abraham, nous irons, et notre descendance aussi, où elle, où Dieu, nous conduira.