Ô peuple !


Les mariées de la paix

 

C’est l’aube sur les villes, les champs gémissent, le peuple sort de terre, fleurs de charbon. Le ciel qui paraît se retire, le vent se lève et lent, puissant, commence la danse, bras arrondi moissonne sa partenaire, l’humanité. Il l’entraîne à tournoyer par les routes, chemins, saignées à travers les pays en dérive. Il crie leur douleur aux hommes, arrache du jardin leurs racines, arrache leur cœur noir du saint des saints vandalisé, les aspire vers où ils ne savent pas mais osent espérer.

Ô souffle de Dieu descendu pour nous accompagner dans le bannissement.

Ô notre terre hérissée des sarcophages des puissants, morts-vivants qui piétinent les fleurs, les dévorent à même la chair des enfants, des innocents.

Qui pleure au bord des fleuves ? Les yeux sont secs depuis longtemps. Les hommes ignorent même leur misère. Ô ciel, ouvrir les cœurs de pierre, que les larmes en jaillissent et lavent les rivières que nous avons salies !

Chaque jour dans des caves en béton, des robots étouffent les prophètes avec leur voix. Des rires gras, métalliques, veaux peinturlurés d’or, ont pris possession des oreilles, faisant des êtres des ruines de maisons, chassant de la cité ceux où demeure Dieu.

Dieu creuse le chemin de l’exil à même la terre, notre chair. À la pelle il excave notre âme, ouvre la trouée, la tranchée, d’où il nous extrait. Heureux les bannis du monde, le désert les attend, et dans le désert Dieu, plein de pitié.

Peuples à la dérive, vous êtes comme la terre que la charrue tranche, broie, retourne. Votre sueur, votre sang fermentent la poussée de l’arbre invisible qui va s’élancer vers le ciel. C’est une croix démesurée qui a pris chair en vous, portez-la bien, comme un jour les derniers d’entre nous porteront le dernier feu. Vous ne la voyez pas mais elle reverdit, se déploie, suscite des bourgeons où mûrissent les fleurs de flammes qui écloront quand le feu ancien sera finalement éteint.

Ne crains pas, petit peuple ! La route profonde où tu seras jeté, c’est la blessure de l’Amour qui l’a tracée. Ouvre les yeux, il te précède ! Il refera avec toi la traversée déjà faite, lui qui a déjà vaincu, lui qui ne veut pas vaincre sans toi. Viens, le chemin monte de la terre dans l’arbre, viens, sève, monte, répands-toi, petit peuple, dans les frondaisons de l’Amour ! Toi, l’homme que j’ai regardé, viens, je t’attends dans la fleur que je suis et qui vient.

 

extrait de Voyage

*

 

Écrit cette nuit

 

Le vent a soufflé cette nuit

le vent des anges qui tournaient

autour des villes des mondes et des âmes

accomplissant bruissants leur mission

pour l’instant de reconnaissance.

 

Le vent chargé de lettres aussi nombreuses que les hommes

et dont chacune a imprimé son sceau

sur chaque front.

 

La moisson faite, le vent avec ses anges

est remonté. Mais qui sait ce qu’ils ont moissonné ?

Ils reviendront.

*

Achoura, sortie de la mort par la mer du Parler

Maryam et le peuple louant Dieu par des chants, des danses et le tambourin, après le passage de la mer du Roseau (Exode chap.15), image Alina Reyes

 

Aujourd’hui je jeûne Achoura, n’ayant pu le faire avant-hier. Mohammed a souhaité célébrer la victoire de Moïse et de son peuple à la traversée de la mer Rouge (mer du Roseau), pour marquer son lien avec le peuple juif et l’universalité de l’islam, dans le temps comme dans l’espace. Je prie pour qu’advienne ce qui doit advenir, que toute l’humanité finisse par constituer ce peuple sauvé des eaux. Et je donne ma traduction bien particulière et mes commentaires (dans Voyage) des passages de la Bible (chapitres 13 et 14 de l’Exode) qui racontent cet événement.

*

13

17. Il advint, lorsque Pharaon envoya le peuple, que Dieu ne les conduisit pas sur la route du pays des Philistins, bien qu’elle fût proche. Car Dieu dit : il ne faudrait pas que le peuple change d’avis en voyant se profiler les combats, et retourne en Égypte. 18. Dieu fit faire au peuple un détour par la voie du parler, la mer du Roseau. Et c’est armés que montèrent les fils d’Israël du pays d’Égypte.

19. Moïse prit avec lui les ossements de Joseph, car ce dernier avait fait jurer, jurer les fils d’Israël, disant : «  Il vous cherche, il viendra vous chercher, Dieu, et vous ferez monter mes ossements d’ici, avec vous. »

20. Ils partirent de Soukkot, « Tentes », et campèrent à Étam, au bout du parler.

21. Le Seigneur marchait devant leur visage, le jour en colonne de nuée pour les conduire sur le chemin, la nuit en colonne de feu pour les éclairer, et marcher jour et nuit. 22. Elle ne se retirait pas, la colonne de nuée, le jour, ni la colonne de feu, la nuit, devant le visage du peuple.

 

Moïse est allé voir Pharaon, a déployé tous les prodiges de Dieu, mais Pharaon s’est extraordinairement entêté, comme font les hommes devant la voie de la raison et de la vie. Malgré tous les fléaux qui ont alors frappé l’Égypte, il a refusé de changer de comportement, comme nous le faisons aujourd’hui malgré tous les fléaux qui frappent notre monde. Après la mort de tous les premiers-nés du pays, Pharaon a finalement accepté que Moïse emmène son peuple. Moïse a reçu les prescriptions pour célébrer la Pâque, et les voici qui partent, six cent mille hommes avec leur famille, leur bétail, et la pâte à pain qui n’a pas eu le temps de lever.

Au verset 18, je traduis le mot midbar par le parler. Ce mot a trois sens : 1) prairie, pâturage ; 2) désert ; 3) action de parler, le parler. Et sa racine, c’est le verbe davar, parler. N’est-il pas intéressant qu’il désigne à la fois un pâturage et un désert ? C’est que la parole de Dieu nourrit, et en même temps envoie au désert.

La « mer Rouge » s’appelle en vérité « mer du Roseau » parce que le roseau parle – tous les contemplatifs le savent, la voix de Dieu passe par lui, et les mystiques soufis écoutent le souffle du Créateur et les soupirs de la créature via le ney, la flûte de roseau. La mer du Roseau est la mer du parler, donc de la Présence qui ouvre à l’extase, à la sortie de soi, tel le bateau ivre de Rimbaud dans le « Poème de la Mer ».

Dieu sait qu’il ne peut envoyer le peuple directement au combat, il reculerait. Il l’arme donc de sa parole, qui dépouille des vieilles habitudes et en même temps donne courage pour partir. Bien entendu le peuple retombera à toute occasion dans son désir de retrouver refuge dans quelque servitude, et pour l’en sortir la parole de Dieu se fera toujours plus précise, dans l’établissement de la Loi et des Commandements.

Pourtant quelle aventure, de marcher ainsi nuit et jour, guidé par Dieu dans la colonne de nuée et la colonne de feu. Que peut-on vivre de mieux ?

 

14

1. Le Seigneur parla à Moïse, lui disant : 2. « Dis aux fils d’Israël de revenir camper à la face de Pi-Hahirot, « Ma Bouche des canaux », entre Migdol, « Tour », et la mer, à la face de Baal Cephon, « Seigneur Défend ». Devant lui vous camperez, au-dessus de la mer. 3. Pharaon dira des fils d’Israël : « Ils sont égarés dans le pays, le parler s’est fermé sur eux. » 4. Je renforcerai le cœur de Pharaon, il les poursuivra, et je serai glorifié en Pharaon et toute son armée : ils sentiront, les Égyptiens, que je suis le Seigneur ! » Ainsi firent-ils.

5. On raconta au roi d’Égypte que le peuple s’était enfui. Alors se retourna le cœur de Pharaon et de ses serviteurs au sujet du peuple. Ils dirent : « Qu’avons-nous fait là, d’envoyer Israël hors de notre service ? » 6. Il attela son char et prit son peuple avec lui. 7. Il prit six cents chars d’élite et tous les chars d’Égypte, avec des officiers sur chacun.

8. Le Seigneur renforça le cœur de Pharaon, roi d’Égypte, et il poursuivit les fils d’Israël. Or les fils d’Israël s’en sortirent la main haute.

9. Les Égyptiens les poursuivirent et les atteignirent alors qu’ils campaient au-dessus de la mer – tous les chevaux, les chars de Pharaon, ses cavaliers et son armée, devant Pi Hahirot et à la face de Baal Cephon. 10. Pharaon fit approcher, et les fils d’Israël levèrent leurs yeux : voici, l’Égypte marchait derrière eux ! Ils eurent très peur, les fils d’Israël, et ils crièrent vers le Seigneur. 11. Ils dirent à Moïse : « Est-ce parce qu’il n’y a plus nul tombeau en Égypte que tu nous a pris pour mourir dans le parler ? Que nous as-tu fait en nous faisant sortir d’Égypte ? 12. N’est-ce pas là la parole que nous te parlions en Égypte,  disant : Laisse-nous servir les Égyptiens, car il est bon pour nous de servir les Égyptiens, plutôt que de mourir dans le parler. »

13. Moïse dit au peuple : « N’ayez pas peur ! tenez-vous ! et vous verrez le salut que le Seigneur fera pour vous aujourd’hui : les Égyptiens que vous voyez aujourd’hui, vous ne les verrez plus jamais, de toute l’éternité ! 14. C’est le Seigneur qui combattra pour vous. Et vous, vous vous tairez. »

15. Le Seigneur dit à Moïse : « Pourquoi cries-tu vers moi ? Dis aux fils d’Israël de partir. 16. Toi, lève ton bâton, étends ta main sur la mer et fends-la, que les fils d’Israël entrent au milieu de la mer à pied sec. 17. Et moi, me voici : je vais renforcer le cœur des Égyptiens, ils entreront derrière eux, et je ferai sentir mon poids dans Pharaon et toute son armée, dans ses chars et dans ses cavaliers. 18. Ils vont sentir, les Égyptiens, que je suis le Seigneur, quand je vais me glorifier en Pharaon, ses chars et ses cavaliers ! »

19. L’Ange de Dieu, qui marchait au visage du camp d’Israël, partit et passa derrière eux. Et partit de devant leur visage la colonne de nuée, pour se tenir derrière eux. 20. Elle vint entre le camp des Égyptiens et le camp d’Israël. Ce fut la nuée et la ténèbre, et elle illumina la nuit. Et celui-ci ne s’approcha pas de celui-ci de toute la nuit.

21. Moïse étendit sa main sur la mer. Et le Seigneur fit aller la mer dans un puissant souffle d’en avant, toute la nuit. Il mit la mer à sec et fendit les eaux.

22. Les fils d’Israël entrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux via eux formant rempart à droite et à gauche.

23. Les Égyptiens les poursuivirent, et entrèrent derrière eux tout cheval de Pharaon, son char et ses cavaliers, dans le milieu de la mer.

24. Et il advint, dans la veille du matin, que le Seigneur, en s’avançant dans la colonne de feu et de nuée, regarda vers le camp des Égyptiens, et confondit le camp des Égyptiens. 25. Il enraya la roue de ses chars, rendant leur conduite lourde. Les Égyptiens dirent : « Fuyons de la face d’Israël, car c’est le Seigneur qui combat pour eux contre les Égyptiens ! »

26. Le Seigneur dit à Moïse : « Étends ta main sur la mer, que retournent les eaux sur les Égyptiens, sur leurs chars et sur leurs cavaliers ! »

27. Moïse étendit sa main sur la mer, et revint la mer, aux tournants du matin, via son impétuosité. Les Égyptiens s’enfuirent à sa rencontre, et le Seigneur secoua les Égyptiens au milieu de la mer. 28. Retournèrent les eaux, couvrant les chars et les cavaliers via toute l’armée de Pharaon, qui était entrée derrière eux dans la mer. Il n’en resta pas un seul.

29. Les fils d’Israël marchèrent à pied sec au milieu de la mer, les eaux via eux formant rempart à droite et à gauche. 30. Le Seigneur en ce jour sauva Israël de la main des Égyptiens, et Israël vit les Égyptiens morts sur la langue de la mer. 31. Israël vit la grande main que le Seigneur avait déployée contre les Égyptiens, et le peuple craignit le Seigneur, et ils eurent foi en le Seigneur, et en Moïse son serviteur.

 

C’est un grand récit d’accouchement spirituel et de consécration. Dieu accouche son peuple, et ce faisant le consacre peuple de Dieu, comme il l’avait promis à Abraham. La consécration s’opère dans la séparation que Dieu réalise entre « celui-ci » et « celui-ci » (v.20), entre le camp de la mort et celui de la vie. Dieu sépare son peuple, et ce faisant l’unit, le fait communier par lui et avec lui dans une même aventure. Il le sépare et le libère de l’esclavage qu’est le monde. Dieu révèle où est le véritable esclavage, quelle est la véritable libération.

Les esclaves sont d’abord, en vérité, les hommes qui vivent selon le monde. Ils ne veulent pas obéir à Dieu, ils ne veulent pas Le reconnaître, mais ils veulent conserver sous leur main son peuple, et via son peuple l’asservir Lui, le Seigneur. L’envie qui s’ignore, la jalousie inavouée, le dépit de ne savoir servir Dieu ont toujours été motifs de haine envers ceux qui sont ses amis, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans. Motifs de l’antisémitisme qui continue plus que jamais à vivre, se manifester et agir secrètement derrière tant de faces bon teint, contre les « sémites » par l’esprit : quelle que soit leur religion les proches de Dieu, du Dieu Unique.

Plus Pharaon et ses serviteurs s’obstinent à Le contrarier, plus ils s’abusent sur son parler (v.3), plus les Égyptiens ont et auront à sentir (v.4) que Je Suis est le Seigneur. C’est même lui, Dieu, qui les pousse en ce sens, sur cette pente stupide qui est la leur, afin de leur ouvrir les yeux sur le caractère dérisoire de leur entêtement : la mer en les engloutissant ne fera qu’imager le fait qu’ils sont bornés et se promettent au néant.

Et voici que le peuple hébreu, lui aussi, se met à avoir peur et reculer. Ils ne comprennent plus, alors ils perdent la foi, leur regard devient borné, ils ne voient pas au-delà de leurs limites, ils oublient la valeur du temps, ils oublient que Dieu est en avance d’eux et qu’il voit, lui, ce qu’ils ne voient pas. Débâcle dans les membres. Ils préfèrent servir le monde plutôt que de mourir au désert, où les a conduits le parler de Dieu, où il les a conduits pour les faire mourir et revivre, libérés. Mais leur foi est  faible, ils ne voient pas plus loin que leur désir de se maintenir tant bien que mal dans un monde auquel il leur faut faire sans cesse allégeance.

À partir du verset 19, à partir du moment où Dieu prend complètement en main les opérations, tout se passe dans un ordre de perfection liturgique. Les mouvements sont précis. L’ange, la colonne de feu et de nuée, la ténèbre et la mer accomplissent leur office, réglé comme sur du papier à musique. Le peuple participe en avançant, « les eaux via eux formant rempart à droite et à gauche » (versets 22 et 29), comme si leur avancée ouvrait à mesure les eaux.

Finalement les Égyptiens meurent « sur la langue de la mer », la langue du mensonge. Et nous savons que c’est en chaque homme que l’ « Égyptien » doit mourir. Que s’il ne meurt pas par conversion, pour naître en Dieu et trouver la vie éternelle, il trouvera la mort éternelle (« vous ne les verrez plus jamais, de toute l’éternité ! ) (v.13) par retour de la mer sur lui : tué par son propre mensonge, l’éternelle répétition de son péché, de son entêtement, de son aveuglement.

Et nous savons aussi que l’histoire du salut nous est offerte, que nous pouvons à tout moment y entrer et en être. Que nous pouvons la reparcourir depuis ses débuts jusqu’à son accomplissement dans le Christ et dans l’attente participante de son retour en gloire. C’est pourquoi nous sommes tellement bienheureux : avant de commencer à nous laisser élever en compagnie de Moïse en enfants de Dieu, nous entonnerons avec lui son grand cantique de louange au Seigneur.

*

 

Sourate 20, TaHa, « Au puits de ma béatitude » (1)

au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

Nous continuons à tourner autour du Coran et à l’intérieur du Coran à partir de ce centre qu’est la sourate Al-Kahf – tout en nous rappelant avoir dit que le centre du Coran est partout dans le texte, où sans cesse sont repris et déclinés les mêmes thèmes, lesquels peuvent se résumer en un thème unique, le thème eschatologique de la source et de la fin dernière, du but de l’homme, de son passage ici-bas.

Commençons cette fois par resituer la descente du Coran dans son contexte anthropologique, en citant ce passage du livre de Jacqueline Chabbi, Le Seigneur des tribus, à propos du ‘ilm, le « savoir tribal » :

« Étymologiquement, le ‘ilm tribal est centré autour de la recherche des marques et des traces. Alam, de même racine (‘LM), désigne d’ailleurs ce « signe de piste ». Le savoir tribal est avant tout une science du déplacement. La connaissance, très prisée dans ces milieux, des généalogies et des alliances est aussi de cet ordre. Elle porte sur les relations et sur les réseaux. Comme la science de la piste, elle mobilise la mémoire et prépare à l’action. Il en va de même de ce que l’on pourrait appeler le « pistage du destin », c’est-à-dire du ghayb. »

Nous sommes ici dans le même type de savoir que celui des premiers Hébreux, nomades, ou des Aborigènes d’Australie, nomades aussi, dont Bruce Chatwin a décrit dans Le Chant des pistes la pensée complexe, si étrangère à la pensée des sédentaires. Un système de pensée où l’essence du monde est en quelque sorte semblable aux circonvolutions du cerveau, et qui atteint son but dans le monothéisme juif des origines, lui-même transcendé dans le monothéisme coranique, comme nous allons continuer d’essayer de le montrer, ou de le faire apercevoir.

Citons encore, en guise de mise en route, ce splendide passage d’une traduction par Jacqueline Chabbi, du « récit authentique, Khabar, mis sous le nom de Wahb (Ta’rîkh, I, 130-131) » :

« J’ai placé le premier bayt qui ait été édifié pour les hommes au creux du val de la Mekke, lieu béni (…) ils y viendront, des pieds à la tête couverts de la poudre des pistes, montés sur des chamelles efflanquées (tant ils seront venus de loin), par les gorges les plus profondes ; tout tressaillants de dire sans relâche : me voici venu ! me voici venu !, laissant sans discontinuer couler leurs larmes et rouler dans les gorges comme d’un grondement ininterrompu, le nom de Ma Grandeur. »

En notant que le mot Khabar, qui désigne les « récits authentiques » autour du Coran, est apparenté au nom qui désigne une « dépression toujours humide qui permet la pousse et la survie permanente des jujubiers » – arbres que l’on retrouve au paradis, et dépression qui rappelle celle où est bâtie la Kaaba, autour de laquelle les pèlerins tournent, comme nous autour de La Caverne, Al-Kahf.

Pourquoi certaines sourates commencent-elles par une succession de lettres qui ne veulent apparemment rien dire ?  Le Coran, Livre révélé, jongle avec la lettre à la vitesse de l’éclair. Génie de la langue, proche de celui dans laquelle s’écrivit la Bible, et où déjà, par-delà les deux dimensions visibles de l’Écriture, la littérale et la spirituelle, s’ouvrent secrètement d’autres dimensions, ouvrant sur d’autres sens, d’autres univers (où nous nous sommes aventurés dans Voyage). Nous avons vu que tel était le cas de la sourate Maryam, inaugurée par cinq lettres dont nous avons discerné un sens. La particularité de la sourate Ta-Ha est de porter en titre les deux lettres qui forment son premier verset. Comme dans Maryam, il s’avère que ces lettres indiquent quelque chose de capital qui est voilé par pudeur.

Cette sourate de 135 versets commence par le rappel de la Souveraineté de Dieu, qui « connaît le secret et même ce qui est encore plus caché » (v.7). Pour sa plus grande partie elle reprend l’histoire de Moïse, conclue par une méditation sur la Révélation (v. 9-114). Enfin, introduite par un rappel de l’histoire d’Adam, elle ouvre sur l’appel à suivre la juste voie en vue du Jour de la résurrection et de la rétribution.

« Ôte tes sandales, car tu es dans le val sacré de Tuwa », dit Allah à Moïse quand il s’approche du buisson ardent, au verset 12. Nul ne sait d’où vient ce nom, Tuwa. Mais il est certain que ce nom, placé en cet endroit absolument essentiel de la Révélation, fait signe. Et pénétrer dans ce signe, c’est rejoindre aussi les deux lettres initiales qui donnent à la sourate son nom. Pour cela il nous faut nous aussi ôter nos sandales, et entrer pieds nus dans le lieu immaculé de la langue. Ici ce n’est plus nous qui nous servons d’elle pour communiquer, mais elle qui vit, indépendante de nous, sans besoin de nous, souveraine et ne se laissant approcher que de ceux qui se sont dépouillés de toute protection et de toute prétention sur eux-mêmes et sur elle.

Avançons-nous comme des nouveau-nés dans les profondeurs de la langue, où elle palpite et évolue dans la lumière. Tuwa s’y trouve entre Tawa et Tuba. Nous y voyons Tawa désigner tout ce qui est plié ou qui se ploie, un rouleau ; un mouvement de va-et-vient ;  la maçonnerie intérieure d’un puits. Et Tuba, qui est aussi le nom d’un arbre du paradis, exprimer la béatitude.

D’autant plus qu’il est question de Moïse, nous nous rappelons que pour les juifs, la béatitude consiste à lire le rouleau de la Torah. Nous nous rappelons que nous avons vécu cette béatitude, que nous retrouvons en lisant le Coran, aussi près de sa langue que nous le pouvons. Et nous comprenons que le nom Tuwa exprime plus que cela encore. Le Ta initial de la sourate est aussi la lettre initiale de Tuwa (et de Tawa, et de Tuba). Quant à la deuxième lettre, le Ha, elle sert d’affixe pronominal. Sans fatha (accent-voyelle a), comme ici, elle indique le génitif ou le datif. Si bien qu’il nous est possible d’entendre, dans ce TaHa : « De mon T », ou « À mon T », T pouvant signifier le confluent de la béatitude et tout à la fois, comme nous allons maintenant le voir, des plis et du rouleau, du va-et-vient, du puits.

Rappelons-nous ce que nous avons indiqué, au début, de la pensée nomade. Je ne ferai pas ici l’analyse détaillée du contenu de la sourate, ce serait trop long et nous y reviendrons plus tard. Mais tout un chacun peut la lire en y notant le thème constant du déplacement, des allées et venues, tant dans l’espace physique, géographique, que dans l’espace mental et spirituel. Le texte arpente les pistes de l’existence et leurs replis, et c’est pour guider l’homme, lui éviter les égarements.

Au verset 39, Dieu explique à Moïse qu’il l’a sauvé des eaux, nouveau-né, afin qu’il soit élevé « sous mon œil », dit-il. Le mot Ayin, qui signifie en hébreu à la fois œil et source, signifie en arabe œil ; personne ; essence. Et encore, entre autres : pluie qui tombe plusieurs jours de suite. Ou : tourbillon d’eau dans un puits. Par où nous revenons à la source, à l’œil, au puits de Laaï Roï, « Le Vivant qui me voit » où Agar entendit l’Ange lui annoncer la naissance de son fils Ismaël. Voici comment nous commentions cet épisode dans Voyage :

« C’est là que l’Ange du Seigneur la trouve, à la source. La source se dit en hébreu : l’œil. Ici il est question de « l’œil des eaux ». Agar pleure, sans doute. Agar est révoltée par le traitement qui lui est fait. À l’œil des eaux, au lieu de désespérer, elle voit Dieu. L’Ange du Seigneur lui indique la voie du salut : voir plus loin. Plus loin que la tribulation immédiate, sa vie perpétuée dans une immense descendance – en laquelle se reconnaîtront les Arabes. »

Enroulement et déroulement vertigineux du sens dans le texte.

Je m’arrête là pour aujourd’hui, je reçois tous mes fils ce soir, j’ai à préparer. Lis ! Et sois bienheureux.

*

 

Chant de l’accomplissante

 

Trou de mémoire, univers blanc !

Où chuchotent les moires, j’arrive,

Jaillis, lumière parcourant

Les eaux de l’une à l’autre rive !

Ô banc de poissons que je suis,

Volants, pont d’amour qui se jette

Entre les cieux que tu poursuis !

Éclats de vie, trombes de fête,

Soudains affolements du vent,

Embruns salés dans la blessure

De la fille première, rêvant

Tout haut, folie ! son aventure,

Son advenue, son invention

Au sein de la beauté nouvelle,

Toute parole et vibration,

Incarnation montante, réelle !

Prairies de braises, ton regard

Profondément descend aux fentes

De mes yeux, de ma vie, hasard

Sans doute aboli dans les sentes

Connues de notre enfantement .

Écoute la rencontre voulue

D’un nord en marche et d’un aimant

Accomplir la vérité nue.

Amant, je déchire le soi,

Sais-tu ? Lutte perpétuelle

Des joies dans le lit de la foi,

Creusant chaque jour l’écuelle

Où viennent boire les grands lions

Dociles de nos chairs brûlantes !

Voici naître la faim, prions !

Dans nos paumes tendues, parlantes,

Coule le miel de cette mort

Dont toujours l’homme ressuscite.

Le combat de l’amour, plus fort,

Plus doux que toute paix, invite

En notre habitation les chœurs

De l’armée blanche, troupe d’anges

Fléchée de rires, de clameurs,

Murmures de neige, chants étranges

Des corps où vient souffler l’esprit.

Musique, voici le temps de l’être

En lequel l’être s’accomplit.

Plus rien ne demeure au paraître,

Et Dieu, pure essence de feu,

Pose lui-même sa brûlure,

Scellant l’alliance dans le jeu

Des sangs à leur réécriture.

Je, poussière dans le rayon

De l’universelle pupille,

Danse avec les photons, les ions,

Au sein de l’Esprit qui scintille.

Ma sainte famille des cieux,

De quelle branche, quelle essence

D’arbre cosmique par mes yeux

L’homme vient-il à sa naissance ?

Quand l’univers a défailli,

S’est déchiré de jouissance,

J’ai vu le temps humain jailli

À l’orient ouvert, sa chance

Dernière dans le tout-premier

Mot prononcé, si bref poème,

Silence presque, instantané.

Venue à la matière même,

Voyant peut-être au creux du noir,

Le long de ma descente altière,

Je réaliserai l’espoir

De rendre l’être à la lumière.

Frères mes hommes, et vous mes sœurs,

Reprenons de concert la trace

Du chemin quitté par erreur,

Où se révèlera Sa face.

*

(extrait de Voyage)

*

*

Sourates 18 et 19, Al-Kahf et Maryam, La Caverne et Marie (2). Le sens du hidjab

 

104 Ceux-là dont l’élan se fourvoya dans la vie d’ici-bas, et qui s’imaginaient que c’était là pour eux bel artifice,

105 ceux-là qui dénièrent les signes de leur Seigneur et Sa rencontre : leurs actions ont crevé d’enflure. Je ne leur attribuerai nul poids au Jour de la résurrection

106 telle sera leur rétribution : la Géhenne, pour avoir dénié, pour avoir tourné en dérision Mes signes et Mes envoyés

107 tandis que ceux qui croient, effectuent les œuvres salutaires auront en prémices les jardins du Paradis

108 où ils seront éternels, sans nulle envie d’y rien substituer.

La Caverne, traduction de Jacques Berque

 

Le Coran tourne autour de son centre, qui est partout. Partout reviennent les avertissements aux mécréants, la promesse à ceux qui croient à l’Unique source, créateur et vérité, révélée par le Prophète et ses autres messagers, la révélation eschatologique du sens de la vie, du temps, de l’univers. Nous avons reconnu (Al-Khaf, 1) l’un de ses centres en son centre phonologique, Al-Kahf, cette Caverne, ce trou noir de la mort qui ne retient la lumière que pour la libérer, splendide, dans l’éternité de la résurrection. Et nous allons lire le Livre en tournant autour de ce centre.

Nous l’avons dit, la sourate suivante, Marie, est comme une émanation de La Caverne.  Marie vient de la Caverne. Marie, mère de Jésus, l’un et l’autre intimement liés, témoignant de la Résurrection issue du temps de la Caverne, de la mort en Dieu, qui dépasse la mort. Nous sommes ici au plein cœur du seul thème qui compte : le voile et le déchirement du voile. La Caverne et Marie sont l’habitation de l’homme en ce monde, une habitation que Dieu voile afin d’y préserver la vie et lui donner, en la dévoilant, sa révélation, celle de la résurrection.

Marie, nous dit le Coran, s’isola des siens dans un lieu oriental (à la source donc) et mit « entre elle et eux un voile ». Un hidjab. Le verbe arabe contient aussi le sens d’élever un mur de séparation. De voiler, de garder l’entrée. Le nom désigne tout ce qui peut s’interposer entre l’objet et l’œil, aussi bien : un voile, la nuit, ou l’éclat du soleil. Le Coran lui-même est considéré comme hidjab, au sens de moyen le plus puissant pour détourner le mal. Le verbe signifie aussi le fait d’entrer dans le neuvième mois de sa grossesse.

Rappelons-nous la dernière histoire de La Caverne, la plus mystérieuse, avec ce mur de séparation qu’élève l’envoyé de Dieu pour protéger jusqu’au jour du Jugement le peuple primitif qui vit au bord d’une source en plein sous le soleil.

Rappelons-nous la Kaaba voilée, autour de laquelle tournent les fidèles.

Rappelons-nous la légende de la toile d’araignée et du nid de la colombe sauvant la vie du Prophète et de son compagnon de voyage, lorsqu’ils quittèrent La Mecque pour Médine, pourchassés par les ennemis. Quand ces derniers arrivèrent devant la grotte où ils s’étaient cachés, ils virent qu’une araignée avait tendu sa toile devant, et qu’une colombe y avait fait son nid, où elle couvait ses œufs. Ils en déduisirent que personne ne venait d’y pénétrer, et passèrent leur chemin. L’anecdote est légendaire mais la nuit dans la caverne est réelle et évoquée dans le Coran : c’est à partir d’elle que commence le temps de l’islam, le nouveau calendrier. Et il est clair que cette toile et que cette colombe signifient à la fois la virginité de Marie, sa grossesse miraculeuse et son prochain enfantement.

Voici aussi où nous voulons en venir. Quand dans l’adhan, l’appel à la prière, le muezzin dit : venez à la prière, venez à la félicité, le mot arabe pour dire félicité signifie aussi : lèvre fendue. La prière consiste à réciter la révélation venue de Dieu. À parler la parole de Dieu. À ouvrir la bouche, le voile qu’elle est, ouvrir la parole, pour en faire jaillir la vie, la lumière, la vérité. À en reconnaître et faire le centre autour duquel, cosmique, notre être tourne jusqu’en son accomplissement, éternelle et indestructible félicité.

*

à suivre

Chant de la désirante

« Je crois en la religion de l’amour où que se dirigent ses caravanes, car l’amour est ma religion et ma foi », Ibn Arabi, calligraphie de Abd elMalik nounouhi

 *

À bride abattue ma folie

Traversa, mongole, la lie

Des âmes folles de me voir

Tant étrangère en leur miroir.

Sur mon passage lits de roses,

Larmes d’amour, rivières de proses,

Constant poème du vivant

Débordé par sa crue, sauvant

Vos cœurs entre lesquels balance

Mon pendule. Quel sang s’élance

Aux isthmes, aux rives et aux ports

De mes côtes fractales, quels sorts

Se jettent, amers, aux embouchures

Des chants et des littératures ?

Hordes sans frein de mon désir

Exercées à bondir, brandir

L’épée, le cri et l’oriflamme,

Et qui se couchent comme une femme

Devant la parole de Dieu !

Que vos armées montent au lieu

De mon obéissance, hommes,

Enfants que la lumière nomme,

Que nos amours s’élèvent, soleils

Au ciel roulant pour nos pareils !

Toute bride abattue, ma danse,

Indestructible cœur d’enfance,

Course dans mes veines, réveil

Montant du bout de mes orteils

Aux oreilles du monde, moi-même,

Lovée dans l’hélice je-t-aime.

Qui m’enroule, me prend, me saoule,

Qui m’irradie, quelle houle

Me berce, me noie, me ravit,

Me transporte où tout vibre, vit,

Quel amour fou me tient éprise ?

Centre, je suis ta multiprise !

Creux de mes os, profond fourneau,

Creux de mes chairs, brûlant anneau,

L’arbre géant de la naissance

Souffle à pleins flux son essence :

Encore, je danse ! Déployant,

Vive, dans l’espace le temps

D’adorer, membres ouverts, l’homme.

Longue passion, agonie, somme

Des intelligences célestes

Combinant leur dernière geste.

Viens, mon amant, ta douce peau

Me chante le prochain berceau.

Sans bride, sans selle, sans monture,

Je poursuis seule l’aventure,

Par infimes avancées vais

Tout près des mystères derniers

Trouver ce qui ne peut se dire,

La joie qui se connaît, le rire

Final, entier, libérateur.

Plus aucun reste. Le moteur

S’allume à la prime étincelle

De la flamme que je fus, celle

De ma violente douceur,

Ô mon poème blesseur !

Au bout de la terre la pointe,

Flèche immobile, langue ointe.

Tout désir, toute à toi,

Celle qui te connut, te loua,

S’en revint au matin boiteuse,

Marquée, bénie et bienheureuse,

Eau poissonneuse, parfum

De sacrifice aux cieux, à l’Un,

Le Dieu dont l’être est une histoire,

Rapport entre l’homme et la gloire,

Mon seul époux, ma soumission,

Chevauchant la Révélation.

*

(un poème extrait de Voyage, mille et une pages de nouveau en cours d’écriture, en chemin dans l’islam)

*

Tôt ce matin en train de recopier en arabe Al-Fatiha, L’ouvrante, qu’il me faut apprendre par cœur, un ange, sous la forme d’une minuscule mésange bleue et jaune, est venu s’accrocher à ma fenêtre en pépiant.

 

L’appel

au "Donjon des Aigles", photo Alina Reyes

 

Depuis hier je ne cesse de chanter à voix haute la Marche turque sur ces paroles : « c’est la joie c’est la joie c’est la joie ». Je suis arrivée d’où j’étais partie : face à face avec Dieu et à l’Orient, où se trouvait depuis si longtemps mon désir. Je ne le ressens pas comme une conversion, c’est un passage. On n’apostasie pas en passant à l’islam. Tous mes frères, mes prophètes bien-aimés sont là, bien-aimés et hautement reconnus de l’islam, qui est de loin, des trois religions monothéistes, la plus ouverte. Le Christ vit en moi, plus vivant que jamais, c’est en cette qualité que je suis et deviens musulmane.

O comprend mon passage, il me rappelle la morbidité de l’éducation catholique qu’il a reçue, et dont comme beaucoup il s’est détaché assez violemment, à la mesure de la violence psychique subie. J’aurais sans doute pu rester chrétienne en Orient, où je voulais aller pour participer à renforcer l’entente entre juifs, chrétiens et musulmans. Mon but n’est pas perdu. Mais en Europe le christianisme s’est égaré depuis au moins deux siècles, le visage du Christ y est déformé comme dans cette peinture qu’une vieille dame espagnole a voulu restaurer – et il n’est pas sûr qu’il soit possible de rattraper ce désastre. Le désastre est ce que j’ai connu dans mes relations avec l’Église depuis quatre ans. J’ai fait tout mon possible pour le surmonter, les retourner, leur montrer ce qui n’allait pas,  qu’ils ne pouvaient pas user du mensonge et du mépris avec autrui, avec moi, sans conséquence. Mais cet esprit en quelque sorte colonial leur était visiblement si naturel qu’ils ne comprenaient pas mon refus de telles relations, et qu’ils s’y sont obstinés dans une sorte de folie suicidaire ahurissante. Puis j’ai compris que sans le dire ils n’avaient pas du tout la même intention que moi, quant à mon projet, sur lequel ils voulaient avoir la main. Ils n’ont cherché qu’à me manipuler, quand je ne cherchais qu’à coopérer. Malgré tout je suis demeurée bienheureuse et absolument confiante, car mon amour des êtres humains et du monde est demeuré intact, et je ne suis jamais sortie de la Voie.

Je ne m’arrête jamais et pendant ce temps-là comme toujours j’ai continué à marcher, vers là où Dieu m’appelait. Je suis entrée dans la splendeur du Coran, j’ai vu que Mohammed était réellement son Prophète, que ce Livre lui était vraiment descendu du ciel, qu’il ouvrait le temps promis antérieurement. Et me voici. Telle que j’ai été chaque fois que, demeurant pour quelques jours ou quelques mois en terre d’islam, j’ai écouté cinq fois par jour, avec un désir poignant, renversant, l’appel à la prière.

À Sainte-Sophie, la première fois, toute jeune fille encore et sans éducation religieuse, seule et sortie de tous mes repères, c’est par le son qu’Il m’a touchée. Les grands panneaux noirs et ronds où Son Nom était écrit en arabe, en lettres de lumière, entourant les fresques de la Vierge à l’Enfant et du Christ Pantocrator, se sont mis à résonner, à battre comme des gongs dans mon cœur, dans mes veines. Je L’aime. Je vais réécrire Voyage, toujours selon ce qui vient et viendra du ciel, comme un parcours de l’être sans Dieu à l’être en Dieu, en suivant le chemin que nous a donné dans le temps l’Esprit, de l’Ancien Testament au Nouveau Testament puis au Coran : trois plans et expressions de l’être différents, qui doivent demeurer vivants, nous rapprochant toujours plus et mieux de l’Être du ciel qui demeure en nos cœurs. Ce sera si léger à faire, puisque c’est Lui qui le demande.

à suivre, notamment sur ma page facebook

 

Aurore aux doigts de rose

ce dimanche au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

À l’aube, le ciel est entièrement lavé. Entre la mer bleue immobile et le ciel bleu immobile, une ligne blanche scintillante court au long de l’horizon, comme s’il avait été redessiné. Trois îles sont toutes proches.

Les marins viennent de lever les ancres, le bateau repart. Des planchers encore mouillés monte une forte odeur de sel. La révélation vient, grand voilier aux ailes de lumière crevant l’encre noire du monde. Le soleil levant peint le ciel d’un doux et puissant turquoise, strié de nuées rose doré, très lumineuses.

Enveloppée dans son voile et frissonnant dans la fraîcheur, Marie passe au milieu des corps encore endormis ou couchés, et rejoint la proue.

(extrait de Voyage, mille et une pages bientôt réécrites avec et pour l’islam, où je suis passée)

 

Belphégor

photo Alina Reyes

 

J’allais parler partout où l’on me demandait en refusant tout cachet, le falsificateur s’est mis à m’y tendre des pièges, j’ai cessé de le faire. Je voulais préparer ma confirmation, la falsification s’y est mise, je suis partie. Je voulais être bénévole dans une association de la paroisse, la falsification s’y est mise, je suis partie. Je voulais aller de temps en temps au monastère, la falsification s’y est mise, j’ai cessé d’y aller. Je voulais aller de temps en temps à la messe, la falsification s’y est mise, j’ai cessé d’y aller. Je voulais m’informer sur les sites internet chrétiens, la falsification s’y est mise, j’ai cessé d’y aller. Je voulais publier un grand livre chrétien et fonder un ordre monastique, la falsification s’y est mise, j’y ai renoncé. Je regardais du moins des émissions à la télé catho, la falsification y perdure, je ne la regarderai plus. Eh bien voilà, je crois qu’il ne reste plus rien ! Même plus un désir de faire tout cela dont j’ai été chassée par la falsification.

Enfin, les livres et l’Ordre, si. Mais bien plus tard, quand ils ne risqueront plus d’être abîmés par la falsification qui me ferait encore partir. Et l’Ordre sera bien indépendant de toute institution, comme il est d’ailleurs dit dans sa règle que j’ai toujours eu l’intention de respecter – même si elle évolue d’ici-là, ce point ne pourra pas changer.

La vie contemplative peut déployer une immense puissance dans le temps et ce que je vais faire dans ces mois qui du coup me sont libérés, finalement pourra être encore plus bénéfique qu’une action immédiate. J’ai absolument confiance et je suis extrêmement heureuse de ce qui s’annonce et vient.

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Une si belle journée

tout à l'heure au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

 

En train de préparer ce qui va nous occuper maintenant, une lecture du Coran. Passionnant. Nous allons faire un grand voyage ! Je lis en traductions françaises mais je commence en même temps à apprendre un peu d’arabe pour pouvoir ensuite aller voir le texte, comme je l’ai fait avec l’hébreu pour la Bible. Nous commencerons par « voir » la première sourate, qui ouvre aussi les prières. Si vous voulez vous pouvez commencer à la lire et l’écouter ici, en attendant.

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Foi

J’ai beaucoup donné pour les chrétiens, même s’ils n’ont encore rien reçu. Beaucoup de parole, de livres (les deux derniers, de loin les plus importants, ne se trouvent que sur ce site, en version numérique), de combats. Pour le moment je ne peux rien faire de plus, eux-mêmes m’en empêchant. Je pense avec amour en particulier aux chrétiens du Moyen Orient, victimes de la folie des occidentaux, entre autres. Je suis avec eux de tout cœur, et nous finirons par être ensemble sur cette terre.

Maintenant je veux travailler aussi pour les musulmans, et pour tous les hommes. Frères, nous ne perdons rien pour attendre, ayez confiance, je vous donne ma vie que Dieu est et qu’il est présent et agissant, même si plus personne dans le monde mondain et ses institutions n’en a le moindre sens.

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