« Jeunes Artistes en Europe. Les Métamorphoses » à la Fondation Cartier

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Comme toujours, trouver un Vélib a pris du temps, les stations sont vides ou les vélos cassés, depuis que Anne Hidalgo a eu la fameuse idée de changer un service qui fonctionnait très bien depuis des années pour un autre qui n’a pas fonctionné pendant des mois et fonctionne désormais très mal tout en étant plus cher. Les changements et autres métamorphoses ou renaissances, comme dit l’autre, quand c’est pour que ce qui était devienne pire, on s’en passerait. L’Europe a toujours existé et elle continue à exister en-dehors des politiciens médiocres, voire mauvais, qui prétendent s’en charger. Bref, je suis allée voir l’exposition des œuvres de quelques jeunes artistes européens à la Fondation Cartier, un lieu que j’aime bien, pour avoir une plus belle vue du jour que celle des panneaux de fer et de leurs tristes affiches devant les bureaux de vote.

 jeunes artistes en europe 3-minKostas Lambridis (Athènes)

*jeunes artistes en europe 4-minKris Lemsalu (Tallinn)

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jeunes artistes en europe 6-minCharlie Billingham (Londres)

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jeunes artistes en europe 7-minKasper Bosmans (Amsterdam et Bruxelles)

*jeunes artistes en europe 8-minAlexandros Vasmoulakis (Athènes)

*jeunes artistes en europe 9-min

jeunes artistes en europe 10-minKris Lemsalu (Tallinn)

*jeunes artistes en europe 11-minMiryam Haddad (Damas et depuis 2012, Paris)

*jeunes artistes en europe 12-minEvgeny Antufiev (Moscou)

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jeunes artistes en europe 13-min

jeunes artistes en europe 14-minRaphaela Vogel (Berlin)

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jeunes artistes en europe 16-minMagnus Andersen (Bruxelles)

*jeunes artistes en europe 17-minTenant of Culture (Londres)

*jeunes artistes en europe 18-minNika Kutateladze (Tbilissi)

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Et d’autres encore, que je n’ai pas photographiés. Sans compter les vidéastes. Beaucoup d’œuvres très intéressantes, et parlantes sur l’état d’esprit actuel – à la librairie, j’ai vu notamment le recueil d’articles de Milena Jesenska, Vivre, qu’il reste nécessaire de lire (ici vous pouvez aussi lire gratuitement mon livre sur Kafka et Jesenska, qui en reprend l’esprit).

Si vous pouvez y aller, c’est jusqu’au 16 juin.

Pour finir, l’autoportrait du jour avec t-shirt Totoro et autres symboles, depuis le jardin de la Fondation :

jeunes artistes en europe 1-minaujourd’hui à la Fondation Cartier, photos Alina Reyes

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La Joconde et l’Homme au sable

joconde

 

Dans le conte d’Hoffmann L’Homme au sable, où tout tourne autour de la question du regard, il est dit des yeux de Clara, l’une des deux femmes de l’histoire, qu’ils ressemblaient « à un lac de Ruisdael, où se réfléchit le pur azur d’un ciel sans nuages, le bois et la plaine fleurie, tout l’aspect vivant et coloré d’un riant et frais paysage. » Si l’on songe, en le lisant, à la Joconde, le texte d’Hoffmann, établissant ici une analogie entre des yeux et un paysage, et plus généralement faisant continuellement jouer le vis-à-vis regard-regardée, figure-reflet, animé-inanimée, réel-représentation, réalité-illusion, personne-artefact, être de chair-œuvre d’art, ce texte ouvre et éclaire le portrait de Monna Lisa de perspectives sans fin.

Hoffmann poursuit avec ces phrases qui pourraient s’appliquer directement à la Joconde : « Poètes et compositeurs renchérissaient encore et disaient : « Que parlez-vous de lac, ou de miroir ! Pouvons-nous jeter un seul regard sur cette jeune fille sans être frappés des accents célestes, des mélodies merveilleuses qui rayonnent dans ses yeux et qui nous pénètrent si profondément que tout notre être en est ému et inspiré ? Si nous ne faisons rien de vraiment beau, c’est qu’en général nous ne valons pas grand’chose, et cela nous le lisons clairement dans ce fin sourire qui voltige sur les lèvres de Clara, quand nous avons l’impertinence de lui rabâcher de ces lieux communs qu’on a la prétention d’appeler de la musique ou de la poésie, bien que ce ne soit qu’un vain assemblage de sons vides et confus. »

Regard céleste et fin sourire renvoient donc l’homme, après une extase, à sa petitesse et à son ignorance, dans un monde déstabilisé par une relativisation que nous pourrions dire encore une fois digne de la théorie d’Einstein. La « quiétude naturelle de Clara, son regard clair et son sourire plein d’une finesse ironique semblaient dire : « Mes chers amis ! Comment pouvez-vous prétendre me faire considérer comme des figures réelles, douées de vie et de mouvement, vos fantômes passagers et vaporeux ?… »

Qu’est-ce qui est réel, qu’est-ce qui est illusoire ? Le texte redouble la question avec la figure de l’autre femme, Olympe, qui, apprend-on, n’est en fait qu’un automate fabriqué par un alchimiste, avec des yeux récupérés, et qu’on retrouve finalement « assise à la porte d’une jolie maison de campagne auprès d’un homme agréable, sa main dans la sienne, avec deux beaux enfants jouant devant elle. »

Qui est le plus réel ? Le mortel ou la mortelle qui regardent la Joconde, ou la Joconde qui, depuis des siècles, avec un fin sourire, plante ses yeux dans ceux des mortels et des mortelles qui passent devant elle ?

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Mon texte précédent sur la Joconde est ici.

 

« Rouge », à l’école de l’image des Gobelins

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estelle hocquet« Meet me under the red tree », par Estelle Hocquet

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antoine bonnet« La danse des diablotins », par Antoine Bonnet

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fanny hagdhal sorebo« Sa gar det », par Fanny Hagdhal Sörebo

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lesego vorster« The Parade », par Lesego Vorster

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« Tien An Men », par Valentin Lucas

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louis thomas« Le livre rouge », par Louis Thomas

*mohammad babakoohl« La fleur de tapis », par Mohammed Babakoohl

*valentine zhang« Le baiser », par Valentine Zhang

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rougeBeaucoup d’autres œuvres des élèves sur ce thème à voir ou même à acquérir à petits prix à l’école des Gobelins

photos Alina Reyes

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Exposition Sylvia Plath/Edgar Poe à l’école des Gobelins, et « Une apparition »

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Le sourire des glacières m’annihile.
Si bleus courants dans les veines de mon aimée !
J’entends son grand cœur ronronner.

De ses lèvres, esperluettes et signes de pour cent
Sortent comme baisers.
C’est lundi dans son esprit : morale

Passe à la laverie et se présente.
Que dois-je faire de ces contradictions ?
Je porte blanches manchettes, je salue.

Est-ce l’amour alors, ce tissu rouge
Émis de l’aiguille d’acier qui file, si aveuglément ?
Il fera petites robes et manteaux,

Il couvrira une dynastie.
Comme son corps ouvre et ferme -
Une montre suisse, empierrée aux charnières !

O cœur, quelle désorganisation !
Les étoiles clignotent telles des chiffres terribles.
ABC, disent ses paupières.

Sylvia Plath, Une apparition (dans ma traduction)

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Khoo Jade, "Le Corbeau"

Khoo Jade, « Le Corbeau »

Holmes Louis, "Le Colosse"

Holmes Louis, « Le Colosse »

Almaida Emilie, "Edge"

Almaida Emilie, « Edge »

Barocca Sophie, "Opium"

Barocca Sophie, « Opium »

Leroux Agathe, "Coquelicots en juillet"

Leroux Agathe, « Coquelicots en juillet »

Prioul Ornélie, "Cornus"

Prioul Ornélie, « Cornus »

De Bernouis Grégoire, "Le scarabée d'or"

De Bernouis Grégoire, « Le scarabée d’or »

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Cazals Magaux, "La lettre volée"

Cazals Magaux, « La lettre volée »

Rey Mauzaize Léa, "Le chat noir"

Rey Mauzaize Léa, « Le chat noir »

Colombié Maïlis, "Les années"

Colombié Maïlis, « Les années »

Rey Mauzaize Léa, "Le chat noir"

Rey Mauzaize Léa, « Le chat noir »

Manesse Catherine, "Alone"

Manesse Catherine, « Alone »

Jouniot Maxime, "Le corbeau"

Jouniot Maxime, « Le corbeau »

Brocal Juliette, "The night dances"

Brocal Juliette, « The night dances »

Ce sont les œuvres des étudiants de l’école, je ne les ai pas toutes photographiées, pour en voir davantage aller sur place

Et mes traductions de Poe

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Histoire d’œuf, avec Piero della Francesca, Julio Cortazar et la poule d’eau

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Piero della Francesca, Retable Montefeltro, détail. Source

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« Devant les seaux qui adouciraient cette aube,
Masaccio entendit prononcer son nom.

Il partit, et déjà le jour
de Piero della Francesca se levait. »

Julio Cortazar, derniers vers de son poème Masaccio, trad Silvia Baron Supervielle

 

vignetteHier après-midi j’ai trouvé le nid de la poule d’eau, dont j’avais photographié la construction, puis où je l’avais photographiée en train de couver (cf notes des jours précédents), vide. C’est une question à la Petit Prince : les œufs ont-ils été mangés par un animal, ou bien ont-ils éclos, provoquant le déménagement de la petite famille ?

sorbonne nouvelleAu retour, j’ai vu cette nouvelle œuvre de street art, signée Arsène, sur un mur de la Sorbonne Nouvelle.

Alphachanneling, l’érotisme utopique

alphachanneling--i807037-600Un artiste qui réenchante la sexualité, et qui m’enchante aussi. Il qualifie son travail de « Utopian Erotic ».  C’est très joyeux, très sensuel, très léger, très rêveur. L’amour est utopie aussi chez Fourier, mais il prend ici des couleurs tendres qui n’empêchent pas la violence du plaisir, à la fois rayonnements, vagues déferlantes, fleurissements.

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pour en voir beaucoup plus : son site

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et chez moi, c’est en mots

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Les lignes et les couleurs époustouflantes de Judy Watson Napangardi

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Voici une présentation de cette grande artiste, puis des vidéos dans lesquelles on la voit peindre.

« Judy est née dans le milieu des années 1930 à Yanungkanji et morte en 2016. Judy montre une vigueur exceptionnelle pour une femme aborigène de son âge et de son gabarit (elle est petite et menue comme Minnie Pwerle). Les motifs, très probablement inspirés par le site sacré de Mina Mina sont particulièrement dynamiques et très riches en couleurs, marque des artistes de Yuendumu. Au Temps du Rêve, des Bâtons à Fouir (kuturu) ont émergé de la terre à Mina Mina et Kimayi.

Les Femmes vont s’en saisir pour leur voyage vers l’Est. Durant leur périple elles réalisèrent des cérémonies, chantant et dansant et créèrent des sites sacrés comme Janyinki. » Source et suite

« Il est dit que dans le temps du rêve, deux créatures ancestrales émergèrent du sol. Ces créatures plutôt femmes, avaient noms Napangadi et Napanangka. Autour d’elles la terre était sans relief, sans lumière et sans vie. Elle désirèrent alors ardemment que le monde prenne vie et se se mirent à le chanter, et par leur puissance mentale peut-on dire, l’eau parut sous forme des lacs Mina Mina.

Elles en furent joyeuses et se mirent à danser entre les points d’eau en formant deux lignes sinueuses qui s’entrecroisaient. Alors un végétal apparut : la liane Ngalyipi. (mot qui signifie « petit serpent »). Elles s’en firent des ceintures et continuèrent à danser. Alors surgirent les fruits et les racines qu’elles collectèrent avant de poursuivre leur route. »  Source et suite

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Pointillisme, sirène, chants et danses aborigènes

 

 

Prendre le temps de visionner, c’est puissant. Jusqu’à 30′,  musique et danse, puis dialogue avec la salle.

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Arabesques : Debussy, Arcimboldo, Diderot (et Malinowski) (et moi) (et autres)

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364px-giuseppe_arcimboldo_fire_kunsthistorisches_museumLe feu

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giuseppe_arcimboldo_-_spring_1573Le printemps

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« La réflexion attendue du lecteur est largement préparée par le texte, car les arabesques poétiques du XVIIIe siècle, avec leur narrateur dont les facéties soulignent souvent les artifices et les conventions propres à l’écriture romanesque, sont à considérer comme des œuvres qui incluent une part de réflexivité. En effet, le jeu avec les règles de l’écriture traditionnelle conduit au développement d’une forme de littérature « au second degré » qui ne puise plus son inspiration directement dans l’observation du réel, mais se greffe sur une littérature préexistante. Au cœur de l’ouvrage, on observe un déplacement du centre de gravité, car le moi espiègle et bouffon qui mène le récit à sa guise accorde au moins autant d’importance au monde de la représentation qu’au monde représenté. La littérature se prend pour objet de composition littéraire.

Ainsi, quand le narrateur de Jacques le Fataliste rappelle régulièrement à son lecteur qu’il pourrait choisir d’interrompre le cours de l’histoire qu’il raconte pour se lancer dans le récit d’autres aventures en emboîtant le pas d’un personnage secondaire qui croise la route des deux héros éponymes, que fait-il sinon discourir, sous couvert de plaisanterie, sur l’art de conduire une intrigue. De même, lorsqu’il ouvre une parenthèse pour faire le commentaire suivant :

Il est bien évident que je ne fais pas un roman, puisque je néglige ce qu’un romancier ne manquerait pas d’employer. Celui qui prendrait ce que j’écris pour la vérité serait peut-être moins dans l’erreur que celui qui le prendrait pour une fable.

son propos ne correspond pas seulement à une pirouette destinée à faire sourire, mais renvoie à une réflexion théorique sur le genre qu’il pratique. »

Alain Muzelle, L’Arabesque. La théorie romantique de Friedrich Schlegel à l’époque de l’Athenaüm

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Je pratique aussi l’arabesque en écriture, mais complexe plus que simple,  fractale, notamment dans Forêt profonde et dans mon dernier roman fini (j’emploie le terme de roman car je préfère tout faire admettre au roman plutôt que de le limiter à sa vieille forme usée qui règne sur le marché), roman pour lequel je n’ai pas encore trouvé d’éditeur – soit que le monde de l’édition ait décidé de m’empêcher de vivre, soit ou concouramment que le marché n’apprécie pas ce genre d’art, où je persiste pourtant dans mon nouveau roman en cours, et aussi dans ma thèse, et même dans mes articles de critique, en osant notamment l’anachronisme et autres déplacements d’analyse pour déterrer les textes. Car c’est ainsi que peuvent s’ouvrir les esprits.

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