Quai 36, gare du Nord. Et retour à la normale

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J’ai bien fait de photographier les belles œuvres de street art ce matin gare du Nord, car je n’y retournerai peut-être pas de si tôt. J’ai dû y attendre mon transilien pendant une heure, les précédents annoncés ne sont jamais arrivés. Mais ce soir j’ai appris que la circulation avait repris dans la zone des bus caillassés, j’ai donc de nouveau pris cet itinéraire initial. Heureusement j’étais partie largement en avance et j’avais dans mon sac deux petits pains qui ont fait mon déjeuner express avant d’entrer en cours, après avoir couru à la salle de reprographie faire les photocopies à distribuer. Ensuite c’étaient les deux heures avec mes Seconde. La formatrice de l’académie devait assister à la dernière et elle l’a fait, quoique malheureusement elle n’ait pu qu’assister à la diffusion de la fin du premier épisode de Twin Peaks que je leur passais, ayant repéré de fortes ressemblances de fond avec La Petite Roque, que nous commençons à étudier. J’avais espéré qu’il nous resterait un quart d’heure avant la fin pour discuter avec eux en sa présence (comme quoi je ne suis pas tout à fait de mauvaise volonté), mais le temps que je leur présente la série etc., bref j’ai eu juste le temps de leur donner les devoirs pour la rentrée une fois les dernières notes de musique (sublime musique de cette série mythique, dont la première saison est un chef-d’œuvre) passées. Ensuite ce fut une heure et demie au moins de ratiocination avec formatrice et tutrice, répétant sur tous les tons (de plus en plus vifs) :

La formatrice : « Vous ne parlez pas assez avec votre tutrice ».

Moi : « Selon moi, si, c’est suffisant. »

Elle : « Nous vous demandons un effort ».

Moi : « NON ».

Elle, menaçante : « Il va y avoir un problème. »

Moi : « Pour vous, peut-être. Pour moi, tout va bien. »

Elle : « Il va y avoir un problème pour tout le monde. »

Moi : « Vous allez me virer en cours d’année ? Non. Donc, il n’y a pas de problème pour moi. »

Ma tutrice, logique : « Je démissionne. »

Bien, j’étais contente de l’avoir débarrassée de moi. Moins d’une heure après, en quittant mes Première, du moins celles des élèves qui étaient encore là, les autres étant parties à cause de mon retard, j’ai croisé la formatrice. Sur le moment, je ne l’ai pas reconnue (grâce à Dieu, mon cerveau est très performant pour oublier les moments inutiles) et quand elle m’a dit « ça va ? » je lui ai répondu « très bien, et vous ? » Sur ce, elle a essayé de me « rassurer » : ils vont tâcher de me trouver un autre ou une autre tuteur ou tutrice. Mais ça ne va pas être facile :)

Bon, c’est les vacances, demain je retourne à ma thèse, la vie est belle. Et regardez un peu ces belles images, en commençant par la Seine vue du métro dans la lumière ce matin, puis toujours du métro un décolleur colleur d’affiches, puis les œuvres du quai 36 de la gare du Nord :

 

seine

affiche

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street art gare du nord 18aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

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Enseigner

tiktoy,

 tiktoy*

Demain une formatrice académique vient juger de mon travail en classe. Je n’ai rien prévu de spécial pour cette visite, je me tiendrai à ce que j’avais prévu depuis longtemps, même si cela peut décevoir son attente. Ma tutrice du lycée m’avait dit on pourra en parler, préparer ensemble. Mais préparer quoi ? Tout ce qui compte à leurs yeux c’est de suivre une pédagogie bien reconnaissable. Le sens de ce que nous avons à enseigner est complètement oublié. Je suis allée voir dans deux de ses cours ma tutrice du lycée : en prof expérimentée, elle « gère » très bien la classe et le cours, tout s’enchaîne comme à l’usine. Mais selon moi être expérimenté n’est pas tant une affaire de gestion qu’une question d’intelligence, de sensibilité, de profondeur, face aux textes comme face à l’humanité des élèves. Lorsque, par exemple, une élève remarque que dans Première neige de Maupassant, qu’ils sont en train d’étudier, il y a un manque d’amour dans le couple, sans discuter elle lui réplique que non, ce n’est pas ça, l’amour ne manque pas – alors que le texte dit que la femme manifestait plus d’affection aux chiens de la maison qu’à son mari, puis qu’elle ne pourrait pas avoir d’enfants, puis qu’ils faisaient chambre à part. La lecture s’en tient à des considérations formelles sur le texte (sur la place qu’il accorde aux différentes saisons) et pour ce qui est du sens, sur l’égoïsme du mari qui ne veut pas acheter de calorifère et le caprice de la femme qui tombe malade pour être enfin prise en compte. Rien ou à peu près rien sur la critique sociale, et absolument rien sur la dimension philosophique de l’ennui ni sur la métaphysique de la mort qui vient compenser le manque d’amour et de vie. Voilà un cours avec des élèves calmes et disciplinés, pour ne pas dire infantilisés et mécanisés voire éteints, et des enchaînements impeccables, qui aurait été fort bien vu de toute inspection officielle. Or est-ce enseigner la littérature, que de se borner à y faire lire ce qui pourrait aussi bien s’y dire dans un bavardage ou un commérage ? Je donne cet exemple non contre ma tutrice, sympathique comme les autres par ailleurs, mais contre toute la pédagogie en cours, du moins pour ma discipline, la littérature, dans l’Éducation Nationale. Le problème étant aggravé du fait que la plupart des professeurs n’ont jamais quitté l’école, passant du statut d’écolier à celui de collégien, puis de lycéen, puis d’étudiant, puis d’enseignant (auquel on demande à l’Espé d’oublier son savoir universitaire), sans connaître d’autres possibilités, d’autres formes de penser – sauf exceptions, sans doute. De même lorsque je critique vivement la formation dispensée par l’Espé, je ne désire pas m’attaquer aux personnes chargées de cette formation, visiblement formatées et inconscientes de l’être, mais je m’emploie à dénoncer une situation néfaste pour le développement intellectuel des élèves. Une formation pour les enseignants, oui, mais alors, qu’elle ait vraiment du sens au lieu d’être le plus souvent un ramassis d’inutilité, et pire, de bêtise.

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keith haringstreet art Tiktoy et « à la Keith Haring », à Paris 5e hier, photos Alina Reyes

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Le beau, le bon, la vie. En couleurs, en musique, en cours

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J’étais en train de préparer mes cours (j’y passe un temps fou, les pensant dans leur ensemble comme une œuvre ), on a sonné à la porte. Le jeune homme qui venait relever les compteurs d’électricité m’a dit, voyant au mur mes peintures, dont les masques ci-dessous : « c’est très beau, ce que vous faites. » Puis : « et en plus, vous écoutez de la bonne musique ». Je lui ai dit que c’était mon fils qui était en train de jouer du piano. « Vous en avez de la chance ! pas besoin d’écouter Radio France ! », il a dit. Puis, encore une fois, avant de partir : « C’est vraiment très beau, ce que vous faites ».

Hier j’ai fait faire à mes Seconde un atelier écriture-dessin. Pour leur rappeler la valeur du geste d’écrire, et pour compléter la partie enseignement de l’histoire des arts qui revient au professeur de lettres. Je voudrais leur apprendre quelques rudiments de solfège, aussi, puisque l’école ne le fait pas. Cela participe de l’écriture/lecture et c’est tout aussi important, cela fait partie du phénomène « littérature », comme le dessin, la peinture, le théâtre. Je ne veux rien leur enseigner sans leur enseigner aussi la possibilité de le pratiquer. (Malheureusement, impossible d’en faire autant avec les Première, qui ont moins d’heures de cours en français et qui doivent préparer ce foutu bac de français pour la fin de l’année ; espérons que ça changera).

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De Transilien en Transsibérien, la vie est mon métier

croissant de lune

Aujourd’hui j’ai commencé avec mes élèves de Première ST2S (filière des métiers du secteur médico-social) la lecture du livre que j’ai choisi pour elles (il y a plus de filles) et eux, Le canapé rouge de Michèle Lesbre. Ce livre les décontenance, ce n’est pas de la littérature comme ils en ont l’habitude, genre à la Maupassant pour ce qui est du scolaire, ou du moins avec une histoire bien ficelée comme il continue à s’en produire à la chaîne. Ils n’arrivent pas à le lire seuls. Alors je vais les accompagner dans la lecture, je leur donne des repères, des aides pour s’y retrouver, et je leur lis des passages à haute voix pour leur faire entendre sa douce et parfois âpre musique de train en mode mineur. Un soir il y a longtemps, une demi-heure durant, j’ai lu à la Maison de la Poésie La Prose du Transsibérien de Cendrars que je savais quasiment par cœur, maintenant je lis à des adolescents qui sont pour ainsi dire aussi loin de la littérature que Blaise à Irkoutsk de Montmartre, cette autre prose d’une femme embarquée à bord du train mythique comme je me sens moi-même embarquée à bord d’un train mythique, à bord des RER ou des Transiliens que je prends pour aller là-bas, oui, bien loin de Montmartre dont je vois au retour apparaître les dômes, porter la parole poétique. Quel beau métier.

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boulevardAvant le métro puis le transilien puis le bus, quelques centaines de mètres à pied dans la ville avant l’aurore, avec un fin croissant de lune dans le ciel croissant de lune

et puis au retour je trouve si beau et si puissant le train qui m’emporte (j’ai changé d’itinéraire, suite à la suppression « pour une durée indéterminée » des bus suite à des caillassages et incendie sur mon itinéraire précédent) que je le photographie aussi de l’intérieur, avant que les gens ne s’y installent, avec ses vives couleurs

transilienaujourd’hui, photos Alina Reyes

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Journal de notre corps et âme

transilien

Maintenant on est soudés, a dit l’un, à la fin. Mes deux demi-groupes de Première, 17-18 élèves chacun, ont passé leur heure respective, l’un après l’autre, à parler. C’était l’atelier parole orale, aujourd’hui, leur premier, après trois ateliers d’écriture et lecture. D’abord ça leur a fait peur, comme d’habitude quand ils abordent un exercice pour la première fois. J’avais seulement donné comme sujet : « Un moment particulier. Racontez. » Pour leur donner un exemple, je leur avais moi-même raconté mon histoire de l’homme aux oiseaux. J’ai entendu toutes les protestations : « on n’a rien à raconter ; notre vie n’est pas intéressante ; on ne sait pas non plus imaginer ; on n’a rien à dire ; je trouve rien », etc. Je suis passée de l’un à l’autre, pour encourager chacune, chacun, et puis j’ai dit allez on y va, qui veut commencer ? Malgré tout, il y a toujours quelqu’un qui veut commencer. C’est donc parti. Et c’est sorti. Avec un effet domino. Toutes les histoires, les tragédies, les drames de chacun. De la parole assumée, entrecoupée de sanglots, accompagnée des pleurs de tous les autres qui écoutaient, mais ça y allait, je n’avais absolument rien à dire, rien à faire, à la fin de la deuxième heure quand la fin de la journée a sonné ils ont dit on reste là tant que tout le monde n’a pas parlé, ils n’ont pas bougé, jusqu’à ce que ce soit fini. « Maintenant on est soudés » avait dit l’un du premier groupe, à la fin de la première heure. « Merci Madame pour cette psychothérapie », a dit l’une du deuxième groupe, les yeux encore gonflés et rouges, à la fin de cette deuxième heure. C’est le mot qu’elle a trouvé et il était juste mais en même temps c’était bien mieux et bien plus que ça. Il sont partis paisibles. Ce qui s’est passé entre eux était infiniment compassionnel et respectueux.

J’ai mis beaucoup de temps pour rentrer chez moi. Aujourd’hui, au lieu d’un aller-retour de quatre heures, cela m’a pris cinq heures. Nouveaux caillassages et incendie d’un bus : plus aucun bus ne circule, pour une durée indéterminée, entre le RER où je descends et mon lycée. J’ai dû faire des détours, ce fut long.

A quoi sert la littérature, à quoi sert la parole, si ce n’est à libérer la parole, purifier l’être de la souffrance ? Aristote ne disait pas autre chose. Il faut commencer par la base, si on veut éviter que les cailloux parlent, à la place des mots qui ne le peuvent pas.

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transilience soir d’un Transilien, photo Alina Reyes

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Lumière et nuit. Avec Papusza

aujourd'hui, photo Alina Reyes
aujourd'hui, photo Alina Reyes

aujourd’hui, photo Alina Reyes

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Je suis partie à six heures du matin, il faisait nuit ; je suis revenue à huit heures du soir, il faisait nuit ; mais quand voit-on mieux la lumière que la nuit ? En quittant le lycée j’ai la douce nostalgie d’avoir à attendre pour retrouver mes classes. Hier je me suis rappelé ma prophétie d’enfant, quand à sept ou huit ans je disais qu’un jour j’aurais trente enfants de toutes les couleurs. C’est arrivé, et même multiplié. En leur honneur j’ai cherché en rentrant un poème de Papusza, parce que la première chose que j’ai écrite au tableau pour eux, à la rentrée, c’est cette phrase de cette poétesse rom : « Le talent sans instruction est un loup sans forêt ».

Voici donc en partage ces quelques vers :

Bercée au son des arbres, rythmée au bruit du sol.
La rivière me transforme telle une mélodie
dans une chanson tzigane.
Je rejoins les montagnes,
dressées haut dans le ciel,
J’ai mis ma plus belle jupe,
cousue avec des fleurs

extraits de ce poème

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Ce dont je les instruis, c’est d’eux-mêmes et d’eux tous.

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Progresser

street art en face de la librairie à Paris 5e, cette semaine, photo Alina Reyes
street art en face de la librairie à Paris 5e, cette semaine, photo Alina Reyes

street art en face de la librairie à Paris 5e, cette semaine, photo Alina Reyes

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Encore un dimanche passé à corriger des copies, mais quel bonheur de constater, aux résultats, à quel point nous travaillons bien. La progression de tel ou tel peut me donner, de joie, les larmes aux yeux (et la démission passagère de tel ou tel autre m’attrister), mais ce qui touche aussi c’est la dynamique générale, les résultats obtenus par l’ensemble, spécialement en atelier.

Vendredi m’a été remise une fiche sur certaine élève qui aurait des difficultés particulières pour s’exprimer à l’écrit, soi-disant atteinte de dys- divers et variés, et qui demanderait donc un « plan d’accompagnement personnalisé ». Foutaise de la médicalisation à outrance du moindre problème de tel ou tel élève envoyé se faire dépister, et qu’il faudrait ensuite traiter spécialement (tout en s’occupant de classes de 35 ou 36 élèves aux niveaux très disparates). Cette élève est l’une de celles qui obtiennent les meilleurs résultats dans mon cours. Il faut croire que mon cours lui est donc tout à fait adapté, en conséquence je ne vois pas pourquoi je devrais la traiter autrement que les autres. Les élèves connaissent le truc, l’un d’eux est venu me dire après la classe vendredi que s’il bavardait, c’est parce qu’il ne pouvait pas s’en empêcher, qu’il en était désolé mais que c’était malgré lui, sous-entendu un genre de handicap. Je lui ai répondu eh bien fais effort et tu y arriveras, il n’y a pas de déterminisme.

Un truc pire que la médicalisation de la pédagogie, c’est la culpabilisation (comme la pratique Macron pour tout le pays en insultant ses concitoyens). D’une part les profs sont implicitement culpabilisés des dysfonctionnements et des faiblesses de l’institution. D’autre part, ce qui est pire, on apprend aux profs à culpabiliser les élèves. Une formatrice de l’Espé nous a raconté la semaine dernière, toute fière, comment, un jour où elle avait écrit un titre au tableau avec une grosse faute, et l’y avait laissée une heure entière, étant prise d’un doute à la pause entre les deux heures de cours elle avait vérifié et constaté son erreur. Qu’a-t-elle alors fait ? Au lieu de corriger devant les élèves en s’excusant (cela peut arriver à tout le monde d’avoir un doute sur l’orthographe), elle les a culpabilisés en leur disant : c’est resté là une heure et vous ne l’avez même pas remarqué – comme si elle l’avait fait exprès pour les prendre en défaut. Dans mon lycée, ma tutrice m’a conseillé aussi d’interpeller le bavard depuis ma place afin de lui faire honte devant toute la classe plutôt que d’aller vers lui comme je le fais souvent. Autre exemple, le plus terrible : sur un site de pédagogie officielle, réservé aux profs, une prof présentée comme excellente pour sa gestion de classe explique tranquillement comment elle s’y prend pour obtenir le silence : quand quelqu’un bavarde ou s’agite, sans que les élèves s’en rendent compte elle s’arrange pour les mettre de son côté contre le bavard, afin qu’il se sente culpabilisé (c’est son mot) par tout le groupe. Voilà les méthodes ignobles qu’on nous donne en exemple. Comment veut-on éduquer ainsi des gens à la citoyenneté, au respect de l’autre ? C’est du microfascisme, mais tellement répété cela finit par faire énorme.

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Inventer en didactique et en pédagogie

Le Pont des Arts, sans cadenas et vu du bus, photo Alina Reyes
Le Pont des Arts, sans cadenas et vu du bus, photo Alina Reyes

Le Pont des Arts, sans cadenas et vu du bus, photo Alina Reyes

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J’ai inventé en littérature (et je continue), j’ai inventé en théologie, et maintenant j’invente en didactique et en pédagogie. Du moment que j’invente, je suis heureuse : voilà justement ma didactique et ma pédagogie, ce que je veux transmettre et comment je le transmets. Du moment que vous inventez, vous faites un bond hors du rang de la mort, de la répétition, de la pensée inculquée, de la facilité besogneuse. Vous voilà projeté dans la difficulté, dans la lumière, dans la vitesse, dans la joie. Cela vous arrache à vous-même, vous êtes dans le risque, vous dansez sur un fil, vous vivez royalement, libre. Voilà ce que vous transmettez, à qui veut l’entendre, voilà ce que m’ont transmis les textes et la nature, voilà ce que je suis et que je donne, à qui écoute. La didactique officielle du français a trois dimensions tout au plus, c’est une didactique de technocrate, froide et qui tourne en rond, se mordant la queue. Je lis dans une tout autre dimension, et je n’estime pas que les autres sont incapables d’y accéder, au contraire je m’emploie à la leur faire découvrir et à les y guider. Je le fais en requérant leurs propres forces, que leur paresse élève contre l’effort que je leur demande : une fois qu’elles sont levées, il faut les diriger vers là où elles trouveront à propulser l’être dans une autre dimension, hors de la caverne où ils regardent défiler des figures factices qu’ils ont appris à considérer et à commenter pour vraies. Je ne suis pas d’accord avec Platon quant à la souffrance qu’il y aurait à sortir de la caverne. Certes qui en sort déclenche des envies de meurtre de qui y reste. Mais ce n’est que l’une des preuves que l’ataraxie qui peut sembler régner dans la caverne n’est qu’une masse d’énormes souffrances déguisées, alors qu’une fois dehors, ce tas d’ordures s’éparpille comme de la laine cardée, et les papillons jouissent dans la lumière.

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