



tout à l’heure à Paris 13e, photos Alina Reyes




tout à l’heure à Paris 13e, photos Alina Reyes
J’ai ouvert une nouvelle page facebook : Langue
Ainsi que : Amour, une page d’Alina Reyes
Bible, Coran et autres textes saints
Et la page principale : Alina Reyes, auteur
Si vous y avez accès et si elles vous intéressent, pensez à les encourager et à les faire connaître, ne serait-ce qu’avec un « j’aime » !
et bonne et belle journée à vous
Je n’aime pas le principe du bonsaï. Torturer un arbre pour l’empêcher de grandir, c’est horrible. Mais des camarades de l’un de mes fils encore à la maison lui en ont donné un, il y a un peu plus d’un an. Un tout petit arbre, en fait un ficus, qui n’avait presque plus de feuilles. Nous nous en sommes occupé en l’arrosant, en le mettant à la lumière et en lui parlant un peu, et il s’est mis à produire un abondant feuillage. Au bout de quelques mois, nous nous sommes même résolu à le tailler un peu, car il avait des branches fantasques qui montaient au risque de le déséquilibrer. Puis il est apparu, au cours de cet hiver, que les ressources de la terre, dans son petit pot, s’épuisaient. J’ai trouvé sur internet des conseils pour le rempotage.
J’ai procédé à l’opération l’autre jour, au début du printemps. J’ai pris une jardinière rectangulaire un peu plus grande, en plastique et non en céramique comme il le faudrait, car cela ne se trouve que chez les marchands de bonsaï et c’est plus cher. Je me suis dit, tentons ainsi, et si cela ne convient pas nous aviserons. J’ai enlevé le plus possible de la terre morte autour des racines et innombrables radicelles de l’arbre, avec les moyens du bord, un stylo, bien délicatement. Puis je l’ai installé dans sa nouvelle terre, du terreau que j’ai récupéré d’un pot sur ma fenêtre où ne poussaient, depuis longtemps, que de toutes petites herbes tombées du ciel.
L’arbre aujourd’hui se porte bien. Il a commencé à produire de minuscules fleurs. Et sa terre, que j’avais bien désherbée avant de l’y installer, commence à produire de nouveau des herbes miniatures. J’espère que cette cohabitation se passera bien. Je suis tout heureuse de lui avoir recréé un peu des conditions de nature, où il n’est plus seul. Cette nuit, avant de m’endormir, j’ai imaginé que de minuscules oiseaux, à sa proportion, venaient dans ses branches l’habiter et l’enchanter.






tout à l’heure au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes
Voilà, mon petit érotique est fini. Écrit en une semaine, comme Sept nuits (et il fait le même nombre de pages). Au même moment, tout à l’heure, O rapporte à la maison une panière de douceurs pour la fête de Pourim, que lui a donnée un commerçant séfarade débordant de générosité. La vie est bonne !

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J’étais allée l’été dernier voir l’exposition d’art brut Banditti dell’arte à la Halle Saint Pierre, et ce qui m’avait surtout plu, c’était de lire la biographie de chacun de ces artistes si singuliers, le rapport entre leur œuvre et leur vie souvent de misère, de folie mais aussi de fantaisie, qui conférait à leur travail d’autodidactes, même quand il pouvait exprimer un enfermement, le pouvoir de faire sortir de tous les cadres auxquels nous sommes habitués, de remettre tout en question comme lorsque on sent la terre trembler.
Les œuvres présentées dans cette nouvelle et foisonnante exposition, dédiée à toutes sortes d’artistes marginaux consacrés par la revue anglaise Raw Vision au long des vingt-cinq dernières années, délivrent une expérience de la même espèce. Toutes les œuvres sont accompagnées de la biographie de leurs auteurs, laquelle fait partie de l’œuvre. Pas de séparation pour ces hommes et ces femmes entre la vie et l’art. Il faut même penser que leur existence éminemment unique, poétique, romanesque, constituant une puissante expérience humaine, ne pouvait que les conduire à créer. Parvenus à ce degré où la vie est l’art et l’art est la vie, beaucoup, comme jadis le facteur Cheval, travaillent aussi leur habitat, leur environnement. Beaucoup tiennent à conserver un certain isolement, une certaine pauvreté. Leur indépendance des cadres sociaux, manifeste dans leur création, donne même à ceux d’entre eux qui connaissent un enfermement effectif ou mental une forme puissante de liberté.
Toutes ces œuvres sont spirituelles, directement ou non. Certaines ont été inspirées par des anges, des visions, ou la Bible (et si je puis me permettre, je conseillerais bien au monseigneur chargé de la culture et de l’art, au Vatican, de s’y intéresser – voilà un art éminemment évangélique, incarné, pauvre et extrêmement parlant). À l’heure où l’art est tellement soumis au marché ou même frelaté, usurpant le nom d’art pour faire son effet, ces œuvres et leurs créateurs ont le précieux mérite de nous renvoyer aux sources de l’art, à la pulsion artistique inscrite en l’homme, à l’homme.
Je présente avec un très bref résumé de leur biographie quelques-uns des artistes présents dans cette exposition. Les images de leurs œuvres, trouvées sur internet, ne correspondent pas forcément avec celles qui sont exposées, jusqu’au 22 août prochain, à la Halle Saint Pierre.
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Donald Pass était un peintre abstrait reconnu lorsqu’une « expérience visionnaire saisissante » dans un cimetière le fit changer complètement de registre. Depuis il peint ses visions, notamment de résurrection.

Von Ströpp, n’ayant pas reçu d’éducation, a appris seul à dessiner ses expériences visionnaires et mystiques, atteignant un trait parfaitement maîtrisé, fin, précis.

McKendree Robbins Long, pasteur très renommé pour son talent d’orateur, s’est mis sur le tard à peindre des scènes bibliques hautes en couleur.

François Monchatre, « élevé dans la dévotion des cimetières par sa grand-mère maternelle », représente des machines-corps infernales.

Viljo Gustaffson, finlandais, peint isolé dans l’ombre de sa petite maison des évocations mystérieuses de la mort.

Pavel Léonov, ancien prisonnier dans un camp en Géorgie, peint des scènes colorées et paisibles bordées d’oiseaux, souvent accompagnés d’avions.

Sam Doyle, descendant d’esclaves né à St Helen, île au large de la Caroline du sud, peint des personnages colorés sur de vieilles tôles de toit.

Martin Ramirez, ancien ouvrier des chemins de fer aux États-Unis, interné pour schizophrénie, dessine sur des bouts de papier récupérés et collés à la mie de pain ou à la pomme de terre écrasée, avec quelques crayons et des couleurs qu’il fabrique avec du charbon, du jus de fruit, du cirage, de la salive… des personnages locaux et des animaux, notamment chevaux et cavaliers, dans des architectures.

Henry Darger, orphelin maltraité, toute sa vie nettoyeur dans un hôpital de Chicago, laissa après sa mort une autobiographie de 2000 pages, une œuvre littéraire de 15 000 pages intitulée In the Realms of the Unreal, et de longues aquarelles sur papier représentant des petites filles au sexe de garçon en train de jouer.

Augustin Lesage, mineur, devint peintre de miniatures sur grandes toiles, à l’appel d’une voix.

Magde Gill, après la mort de son bébé, se mit à dessiner la nuit, à l’encre ou au stylo, des femmes incluses dans un univers de traits architecturaux.

Le Reverend Howard Finster se mit à peindre à l’âge de soixante ans, sur l’ordre d’un ange, des thèmes religieux accompagnés d’écritures.

Richard Burnside, qui vit toujours dans un mobil-home, pratique la peinture laquée sur contreplaqué.

Herbert Singleton, grandi en enfant des rues dans une banlieue de la Nouvelle Orléans, fait des sculptures sur bois, aux sujets notamment religieux, extrêmement colorées.

Mr Imagination, rené de Gregory Warmack après une NDE, sculpte notamment à partir de capsules de bière. Il est mort peu après l’incendie de sa maison à Bethlehem, en Pensylvannie, qui emporta ses œuvres, ses chiens et ses chats.

Bessie Harvey, croyante et parlant avec les arbres, sculpte dans des morceaux d’arbres ramassés.

Sister Gertrude Morgan, visionnaire de la Nouvelle Orléans, peint pour évangéliser.

R.A. Miller, très humble illettré de Géorgie, découpait dans la tôle des figures qui devinrent célèbres quand le groupe R.E.M. tourna une vidéo chez lui en 1984.

Ras Dizzy, Jamaïcain sans domicile fixe, peint en nomade des scènes du pays.

Pradeep Kumar (Inde) est sculpteur sur allumettes.

Ben Wilson (Grande-Bretagne), soucieux de récupération, peint, entre autres, les chewing-gum écrasés par terre.

Charles Benefiel, qui fut sdf, fait de grands dessins impressionnants d’hommes et de chiffres.

Dalton Ghetti sculte des mines de crayons.

Alex Gray est l’auteur d’une très belle œuvre psychédélique, marquée par l’amour, la sexualité, la mort, la spiritualité.

Nek Chand, sorte de facteur Cheval hindou, a sculpté des personnages sur tout un territoire qui est ensuite devenu jardin public.

De Paul Laffoley, qui se mit à peindre des sortes de mandalas après avoir été licencié de son emploi dans la conception des tours du World Trade Center, on voit dans cette exposition deux œuvres diaboliques.

Norbert Cox, après avoir mené une vie liée à la drogue et à la grande délinquance, est devenu ermite dans les bois. Puis il est retourné en ville dans le Wisconsin et s’est mis à peindre de grands tableaux aux thèmes apocalyptiques.

Ilija Bosilj, paysan serbe réfractaire, peint des tableaux inspirés de scènes bibliques.
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Bien d’autres oeuvres de ces artistes, et bien d’autres artistes encore, sont à découvrir dans l’exposition.






en cette fin d’après-midi à Paris, photos Alina Reyes
Je suis allée voir l’exposition d’art singulier Raw Vision à la Halle Saint Pierre, j’en parle bientôt.
« La plupart des gens ne réalisent pas le pouvoir que possède le génie de comprendre l’essence d’un sujet sans avoir besoin de l’étudier laborieusement. » Aleister Crowley.
C’est la révolution spirituelle qu’il faut faire. La révolution sociale suivra d’elle-même. Beaucoup la font, même si on les voit mal. Sphère par sphère, hors-champ, continuer.
Ce qui viendra n’est pas un nouveau projet commun, ni un nouveau poème commun, c’est un poète commun, Le poète, revenu.
Déjà les envoyés font cortège et le précèdent, désordonnés encore et les yeux embués.
L’animal s’étire, le sentez-vous ? Ce n’est pas en un seul, ce n’est pas en quelques-uns, c’est en chacun que le poète veut s’étirer.
J’ai écrit ce texte il y a quelques années, je ne crois pas l’avoir repris dans l’un de mes livres, je le redonne ici.
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« Le trou noir a faim » (Trinh Xuan Thuan), et toutes les phrases du monde, chapelets d’ADN de l’infini, sentant venir la saison de leurs amours dernières, telles les premiers serpents que les premiers soleils appellent, tous les fragments de proses et de poèmes disséminés dans le temps avec les mains qui les signèrent, s’électrisent, se baisent et se laissent, convulsivement belles de jour, transpatiemment ardentes, se laissent aspirer par « les grands anti-soleils noirs, puits de vérité dans la trame essentielle, dans le voile gris du ciel courbe » (René Daumal) qui « vont et et viennent et s’aspirent l’un l’autre » et que les hommes « nomment Absences », croyant creux le texte taillé dans la masse des textes, alors qu’il est vide, autant qu’une statue peut l’être, champ quantique d’interactions dans le regard du physicien qui y détecte, cachés, « une mouvante réalité et une extrême imprécision », et que « sous l’œil du microscope, la statue qui semble remplir l’espace se dissout en vide » (T.X.T.), ce même vide qui étend son silence entre les mots et les serpents de mots, ce vide que l’homme qui vit en poète vient habiter, cette clairière extasiante où l’être trouve à se déployer, ce repos qu’il voluptue et peut-être féconde, dans l’abandon nécessaire au guerrier de la langue.
À mesure lues les phrases s’involuent, invaginées par la machine à lire, à mesure écrites et réécrites, rires longs des violons de l’été, « paramnésie caravane de sanglots » (Roger-Gilbert Lecomte), elles lisent et écrivent l’être qui écrit, qui « s’éprouve comme la demeure, le séjour de quelque chose qui le possède et l’emporte » (Maria Zambrano), l’être dans l’orgie des vagues veut rester ce radeau médusé qui l’emporte et le sauve au prix de tous les risques, « paramnésie caravane de sanglots, dernier signe étrangement solennel, annonciateur de ma mort », naufragé l’être ne peut plus, « une fois consommé ce don de lui-même » (M.Z.), se vivre qu’en naufrageant perpétuel, femme possédée par l’abîme et s’offrant à la face du ciel, double voluptueuse voguant dans le délire de ses propres eaux libérées à flux continu, « jeu des forces et ondes des forces… ce monde dionysien de l’éternelle création de soi-même, de l’éternelle distribution de soi-même, ce monde mystérieux des voluptés doubles… qui donc a l’esprit assez lucide pour le contempler sans désirer être aveugle ? » (Nietzsche), et en effet l’être qui s’est en son être, qu’épousent à chaque instant de leurs mille bouches de méduses translucides et musclées les phases et les phrases de sa passion, cet être dans sa plus grande ouverture ventousé à lui-même est soumis aux marées de l’équivoque lune, tantôt blanche et voyante comme sa voix après une nuit de veille, tantôt noire et aveugle comme le trou vers lequel il reflue, et que « le temps, alors, devient quelque chose comme un gant privé de main » (M.Z.).
Sucé de lui-même, l’être-est-le-temps alors se replie, réenroulant, fine peau de laquelle il se décalotte entier, fine peau fraîche qui s’accordéonnant sans merci se réduit à une cristalline, intouchable membrane, horizon du trou noir, sa frontière, « formée par les trajectoires dans l’espace-temps des rayons de lumière qui n’arriveront plus à en sortir, hésitant à tout jamais au bord » (Stephen Hawking). Et « c’est un peu comme s’ils tentaient d’échapper à la police, décidaient de faire un pas en avant mais sans être vraiment capables de s’en aller ! »
Or il s’agit de déjouer l’éternelle police, puisqu’à ce jeu du gant à retourner nous relevons le gant, et les cortèges, et les armées, et les peuples de phrases avalés, prisonniers derrière l’horizon de l’obsédant oubli, viennent, dans l’ici et maintenant de l’écriture, de la lecture, dans ce vide en marche libérer leur lumière par le suintement rythmé d’une longue, irrépressible jouissance de l’entre-dit.
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Et je complète par ces phrases d’Alain Badiou :
« Ce qu’on appelle « changement » d’une situation n’est que le déploiement constructif de ses parties. La pensée de la situation évolue, de ce que l’exploration des effets de l’état amène au jour de nouvelles connexions linguistiquement contrôlables, antérieurement inaperçues. Ce qui soutient le changement est en réalité l’infini de la langue. (…)
Que signifie dès lors qu’il y ait des situations différentes ? Cela signifie purement et simplement qu’il y a des langues différentes. Non pas seulement au sens empirique des langues « étrangères », mais au sens, promu par Wittgenstein, des « jeux de langage ».
En fait ce sont huit pages par jour que j’ai écrites, les trois premiers jours (plus de 36000 signes, j’aime bien ce chiffre). Je continue, en beauté. La poésie ne veut pas me lâcher, ma foi je la laisse faire. Qui a jamais lu une chose pareille ? Je ne crie pas, dans mon euphorie, à mon génie, mais à la merveille qui fait que nous soyons chacun unique, et par là même universels. Comme la lumière est belle ! Vive le printemps ! La nuit quand je dors, le matin quand je sommeille encore un peu, je me vois en train de peindre, c’est-à-dire je vois la peinture en train de se faire, sur du bois, non des tableaux finis mais des peintures en cours, dans leurs détails vivement colorés où je marche comme sur un chemin. Ah il faudrait mille vies. Mais après tout nous les avons, et bien davantage encore.
Nuit de l’équinoxe
Le monde retient son souffle
embaumé de sèves
*
Matin d’équinoxe
Le monde expire des fleurs
aux branches des arbres
*
L’oiseau sur le toit
le printemps le fait chanter
l’ouvrier aussi.