Manifestation du 5 avril 2016 contre la loi Travail (photos)

J’ai entendu la manif de chez moi, mais le temps que je descende elle était déjà pas mal éloignée, j’ai dû lui courir après. Puis je l’ai remontée jusqu’au bout, place Denfert-Rochereau, en remontant d’abord le tas de camions de police et de nettoyage qui la fermaient. J’ai eu un peu de mal à faire mon reportage, les piles de mon appareil étant mourantes – une fois sur deux il s’éteignait, mais j’ai quand même réussi à faire quelques images jusqu’à l’arrivée. À l’heure où je poste ces images, les milliers de manifestants sont toujours sur place, entourés de centaines de policiers, j’espère que ces derniers ne les tabasseront pas. Voici donc mes photos :

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Fantastique Albert Kahn, en films

alknLe voyage d’Albert Kahn, un film de Lallaoui Mehdi
Ce beau film ne peut être partagé mais il est visible ici sur Viméo. L’oeuvre si étonnante de ce banquier qui voulait que soit connue la vie, que soit connu et unifié le monde dans sa diversité, et employa pour cela des moyens extrêmement personnels. Avec de nombreuses images d’archives, films et photos, des voyages autour du monde d’Albert Kahn et de ses opérateurs, et d’événements historiques.
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Robin Hunzinger à la recherche de la personnalité d’Albert Kahn, « homme étrange », paraissant presque fou, mais génial dans sa vision, son désir, son amour puissant.
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Voir aussi mes photos du jardin Albert-Kahn.
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Et puis ce petit film muet qui m’avait fascinée il y a quelques années, où l’on voit l’immense poète Rabindranath Tagore marcher dans les jardins d’Albert Kahn (et sans le connaître j’ai tout de suite aimé Albert Kahn)

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Sex Abuse Coverups : Cardinal George Pell in Cartoons

LeLievreLe cardinal George Pell, accusé d’avoir couvert d’innombrables crimes pédophiles en Australie (il y en eut des milliers, dont au moins des dizaines directement sous son règne) a été nommé par le pape François, en connaissance de cause, grand argentier, soit n°3 du Vatican. Immense scandale en Australie, où l’on n’hésite pas à le qualifier de diabolique. Il y a quelques semaines, il a répondu à la commission d’enquête qu’il était sans doute au courant mais qu’il ne se souvenait plus bien de tout cela, et que de toute façon cela n’avait « pas grand intérêt ». Dans la paroisse où il était évêque, ces viols commis pendant des années par plusieurs prêtres continuent d’avoir des conséquences, avec un taux anormalement élevé de suicides et de violence. Le cardinal Barbarin était papabile, soit l’un des cardinaux susceptibles de devenir le prochain pape. En attendant, le pape François a donc élevé ce type infect et poursuivi par la justice aux plus hautes fonctions dans l’Église, tout en mettant en place, pour la galerie, une commission chargée de gérer le problème de la pédophilie du clergé – commission inerte, dont un membre a pour cette raison déjà démissionné. (Voir aussi ma note -actualisée- avec les dessins de presse sur l’affaire Barbarin.) Voici donc, sur Pell, les cartoons, dont beaucoup de formidables, que j’ai collectés sur Twitter.

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Quelques réflexions sur le travail

travail*

Rappeler sans cesse, comme vient encore de le faire Arte avec sa série Trepalium (sic), que le mot travail vient du latin tripalium, désignant un instrument de torture, c’est aussi renforcer toujours le dolorisme chrétien du portage de croix, qui dans un double mouvement dont on comprend l’intérêt politique pour les classes dominantes, provoque le désir de s’en libérer et frappe de la nécessité de s’en accommoder. Double mouvement de désir et de frustration parfaitement semblable à celui qui régit la société de consommation, et en accord avec elle. N’est-ce pas lui, d’ailleurs, qui a créé cette société, qu’il entend faire perdurer, au bénéfice d’un nombre toujours plus réduit d’occupeurs de la place.

Selon la Bible, et selon les chrétiens, l’homme est condamné à souffrir (dans le travail de l’accouchement et dans celui de la terre) pour expier le péché originel. La doctrine du péché originel crée l’aliénation de l’homme et empêche sa libération. La fait désirer, et l’empêche en même temps. Il s’agit pour les classes dominantes de faire perdurer toujours cette double tension contradictoire, en laquelle se trouve la souffrance infligée à l’homme – non par Dieu en vérité, mais par l’homme, par les besoins des hommes qui vivent de l’exploitation des hommes et du pillage des produits de leur travail, libre ou non, et de ceux de la terre.

Ainsi la situation exposée dans la série d’Arte est-elle fausse. D’une part elle tend à dévaloriser et démoraliser les travailleurs, en les considérant comme des esclaves déshumanisés. D’autre part elle présente les pauvres comme des hommes et des femmes sans travail. Or, s’il est vrai que le partage du travail est une question qui se pose dans l’urgence, la question de fond est ailleurs. La pauvreté n’est pas synonyme de chômage. Beaucoup de pauvres travaillent, alors que beaucoup de riches vivent du travail des pauvres. Une aide-soignante en gériatrie, un ouvrier dans le bâtiment, des boulangers ou boulangères travaillant de nuit, accomplissent des travaux beaucoup plus durs que des chefs d’entreprise ou des responsables des médias. Ils sont aussi beaucoup moins payés, matériellement et symboliquement. Alors que nous ne pourrions pas nous passer de leur travail, leur noble travail. Ces personnes, pas plus que nous tous qui travaillons honnêtement, ne sont des esclaves mais des justes. Et ce sont ceux qui, confortablement installés, les dévalorisent et les démoralisent, qui sont en vérité aliénés et assujettis au faux, par amour d’eux-mêmes et vil et bas désir de se sentir en position dominante.

Guy Debord a dit « ne travaillez jamais ». Si on l’avait écouté, il serait mort de faim – une autre forme de suicide. Debord était suicidaire, Debord a fini par se donner la mort. Il n’était pas un « suicidé de la société », pour reprendre l’expression d’Artaud sur Van Gogh, il s’est tué à cause d’une contradiction fondamentale en lui, celle qui consiste à ne pouvoir vivre en accord avec son discours (car si lui pouvait se permettre de ne pas être salarié, il ne pouvait vivre sans le travail des salariés qui œuvrent pour la communauté). Debord contrairement à beaucoup de ses suiveurs n’était pas malhonnête, il était au contraire assez honnête pour ne pas laisser perdurer ce compromis et préférer y perdre la vie, comme pour la même raison Nietzsche préféra y perdre la raison. Ne répétons jamais la parole des penseurs sans l’avoir remise en question.

L’aliénation de l’homme en notre temps est moins celle des travailleurs que celle des faux travailleurs de l’esprit, qui pullulent dans les médias. Ceux-là ne font pas leur travail, ils ne connaissent pas leur métier, ce sont des fainéants de la pensée. Là est la défaite, mais ce n’est pas la nôtre.

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Quelques-uns de ces êtres de génie que ce monde rejette

camille-claudel-С2Camille Claudel, morte à l’asile où elle fut enfermée pendant trente ans par son frère et sa mère

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Rimbaud-377x600Arthur Rimbaud, mort d’avoir fui les miasmes du milieu littéraire

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nietzscheFriedrich Nietzsche, mort enfermé pour s’être élevé au-dessus de l’ « humain, trop humain » (et de sa mère et de sa sœur, ces « canailles »)

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van-gogh-autoritratto-1889-orsay-1Vincent Van Gogh, mort harcelé par des petits bourgeois, mort d’avoir peint plus puissamment que tout autre

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eriksatieErik Satie, mort dans la misère, dans un monde qu’il continue pourtant à enchanter

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artaud par artaudAntonin Artaud, enfermé et affamé pendant l’Occupation, mort de lucidité

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Bien entendu ils sont beaucoup plus nombreux, y compris parmi les scientifiques (voir par exemple Alexander Grothendieck, présent ici), et y compris aujourd’hui. Il faudrait s’interroger sur cette tendance de l’époque moderne à être incapable d’accepter le génie humain quand il est incarné, son incapacité à le laisser vivre librement dans la société.

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Roms en France : 25 ans de déni d’humanité

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La France, une honte avec ses évacuations inhumaines de campements de Roms. Le Conseil de l’Europe condamne, cela continue, encore et encore.
La SNCF a déporté 76 000 juifs dans des wagons de marchandises à travers le pays et vers les camps de 1942 jusqu’à 1944.
Hier matin elle s’est humblement contentée de faire expulser des centaines de Roms de leurs pauvres cabanes, de les jeter avec enfants à la rue, pour envoyer aussitôt les bulldozers raser la place, censée lui appartenir.
Beaucoup, craignant la violence qu’est une évacuation, avaient quitté le camp avant, pour la rue ou d’autres bidonvilles. D’autres seront logés pour 15 jours dans des hôtels en banlieue puis se retrouveront aussi à la rue. Leurs enfants déscolarisés, leurs affaires perdues. Vingt-cinq ans que cette politique dure, et ne fait que s’aggraver. Jacques Debot, lui-même Rom, dénonce cette situation et aussi le rôle des associations qui depuis tout ce temps n’ont jamais dépassé le stade de l’accompagnement, de la perpétuation des faits : à lire sur son blog, « Les Roms et la fumée des cierges ».
J’ai été bénévole dans une association et j’ai vu le calcul de la hiérarchie, la nécessité d’avoir des pauvres pour la perpétuation de l’organisation (en l’occurrence il s’agissait d’assurer la bonne com de l’église catholique). Le problème leur permet d’exister. Certes ce qu’elles font est « mieux que rien », et surtout les bénévoles sont dévoués – tandis que les cadres souvent font tourner la machine, et bien payés pour cela. C’est un système mental et politique. La transposition de la charité dans la laïcité, pour faire perdurer l’iniquité.
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