Ce que dit le nard de Marie

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Photo prise par Luc Joubert en 1998, deux ans après la naissance de mon quatrième fils, dans l’atelier de Claude Mary, l’un des sculpteurs pour qui posa mon cousin Libero, également photographié par Luc. « Tu as de belles cuisses », me dit Sarane Alexandrian quand il la vit, et je ris. Mon corps est plein d’esprit.

Il ne faut pas croire que les corps ressusciteront à partir des cadavres. C’est une image qui induit en erreur. Les corps ressusciteront à partir de leur vivant, après qu’ils seront morts et enterrés ou incinérés ou mangés ou noyés ou décomposés par n’importe quelle voie. J’expliquerai cela dans un prochain livre.

Soyez heureux, vous êtes éternels. Jusqu’au Jour du départagement.

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Création

Dieu est son propre modèle.

C’est dans mon propre sang que je trouve la source.

C’est-à-dire, sa propre Parole,

seule capable de continuer à créer la lumière, l’univers, l’homme.

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Sa parole que les hommes cherchent en tel ou tel temps, tel ou tel lieu, tel ou tel maître, tel ou tel modèle, alors qu’elle vient d’ailleurs. D’ailleurs que de l’espace et du temps, d’ailleurs que des hommes toujours occupés, par peur de l’ultime, à s’aliéner à des modèles et des maîtres.

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Ailleurs, d’où je viens, est là où je continue à conduire.

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Après la fin

Je ne prie presque plus maintenant selon les prières des religions. Les religieux et les adeptes des religions, ou les défenseurs de telle ou telle religion, m’ont dégoûtée des religions, même si je garde mon affection et mon amour à tous ceux en elles qui sont sincères et marchent d’un cœur pur. Ce qui est arrivé, ce qui continue d’arriver au monde contemporain avec les religions, la sécularisation ou la sectarisation, que je pouvais comprendre comme tout le monde, je le comprends maintenant en plus grande profondeur. Mais ma foi est intacte, et nous réinventerons tout. Car il nous faut toujours atteindre Cela à quoi les religions devaient nous ouvrir l’accès. Nous réinventerons tout, et si un jour, par la faute des hommes, tout ce que nous aurons réinventé pourrit, alors quelqu’un d’autre, avec d’autres, viendra et à partir de nous réinventera tout, comme nous réinventons à partir de ceux à qui le Ciel a parlé avant nous. Il me parle directement, comme au début. Je sais que nous habiterons où ils ont habité, quand ils étaient encore vivants. Je viens d’avant le début, je serai là après la fin, et d’autres aussi.

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S’arracher, et marcher

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tout à l’heure avenue des Gobelins, Paris 13e

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J’aime les chantiers. J’aime les défis. Plusieurs de mes livres sont nés de défis d’écriture que je me suis donnés. Ce sont aussi ceux qui ont le mieux « marché », ou qui sont les plus efficaces, parce qu’on y sent la tension qui me tenait en les écrivant. Minimum cinq pages par jour jusqu’à ce qu’il soit fini, c’est le défi que je me suis donné pour le livre commencé ce matin. C’est comme une source : vous faites le trou au bon endroit, ensuite il n’y a plus qu’à la laisser jaillir. Le tout est de trouver le bon endroit. L’écrivain est un sourcier.

Avant, pendant des années, quand je me lançais ainsi, je m’isolais. Le plus souvent dans ma grange, ou si mes proches étaient à la grange, ailleurs, dans des chambres d’hôtel ou des studios que je louais. C’était des moments de violente solitude, je les aimais violemment. Là je ne peux pas le faire, mais je trouverai un autre moyen de produire un arrachement. L’arrachement nécessaire à toute réelle création. Il me faut sortir un livre frappant qui soit aussi un livre à succès, j’en ai besoin pour la suite. Dieu ne m’a jamais privée de cette ressource quand c’était nécessaire, nous verrons bien, incha’Allah. S’arracher, et marcher. Comme Abraham. Notre descendance sera aussi nombreuse que les étoiles au ciel, « si tu peux les compter », si tu souffres de les écrire, ai-je aussi traduit dans Voyage.

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Lion

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Retrouver ces écrits de jeunesse m’a remise sur la voie de l’écriture romanesque. J’ai commencé trois romans, dont l’un, celui dont je viens à l’instant d’écrire les trois premières phrases, pourrait être terminé dans quelques semaines.

Le Verbe est notre roi.

Ayez foi.

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Ce qui est rare est cher

L’un de mes frères, musicien (ils le sont tous les deux), me raconte que quelqu’un lui ayant demandé de venir faire l’animation musicale d’une soirée, assez loin de chez lui, il a annoncé qu’il demandait un cachet de 300 euros. Le demandeur aussitôt s’est récrié, c’était trop cher, et Untel, lui, ne demandait que 200 euros. « Alors pourquoi vous ne le prenez pas ? », demande mon frère. « Parce qu’il ne peut pas venir », répond le gars. « Bon, dit mon frère, s’il vous le fait à 200 euros, moi je vous le fais à 150 ». Soupir de satisfaction du demandeur. « Mais je ne pourrai pas venir », conclut mon frère.

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Allez au jardin

Dans le bac de terre accroché à ma fenêtre, je laisse les graines venir du ciel, sans arroser ni rien faire moi-même. Il y pousse de la mousse, de toutes petites herbes à quatre feuilles qui se serrent comme un petit peuple, d’autres ont de longues tiges et montent droit dans la lumière, certaines portent de minuscules fleurs jaunes ou blanches, l’une est si fine et haute qu’elle se balance dans la brise à tout instant, avec ses micro-soleils qui s’ouvrent, se referment et se réouvrent. Jamais sans le ciel. N’oubliez pas votre jardin !

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Lumière à travers temps

J’ai compris quelque chose d’absolument essentiel et immense pour toute l’humanité, je vais l’exposer dans mon prochain livre. Je vais tout expliquer. Quel dommage que tant d’hommes se dépensent dans tant de choses vaines, des choses d’hommes, entre hommes, entre aveugles, au lieu de s’intéresser à ce à quoi il faut s’intéresser. S’ils savaient quel est l’enjeu, en vérité, pour eux-mêmes et pour ceux qu’ils entraînent à leur suite ! Heureusement beaucoup d’autres, même s’ils ne le savent pas, font ce qu’ils ont à faire, et nous approchons de la Vérité.

Je ne l’ai pas compris en spéculant, je l’ai compris en le vivant et en avançant, en voyant le paysage à mesure, en voyant où j’arrivais. Il ne faut jamais s’arrêter. Je ne m’arrête jamais. J’entends les dominos tomber derrière, ceux qui voulaient se construire Babel, mais je sens aussi avancer avec moi les humbles, les sincères, les désintéressés, les passionnés, les déjà sauvés, co-sauveurs de tous ceux qui marchent avec eux.

Oui ce que nul n’a dit je le dirai, je l’ai déjà écrit en résumé ce soir, nul ne l’a dit parce que nul ne l’a vu comme je l’ai vu, mais d’autres l’ont su par la parole qui leur a été donnée pour le dire sans pouvoir l’expliquer. Il ne faut jamais quitter de vue la vérité, ne jamais cesser de la désirer et de désirer la servir en la trouvant. Alors le mot béatitude est trop faible pour dire ce qui se présente, cette plénitude, cette joie, cet accomplissement.

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