


Grande Mosquée et Jardin des Plantes, aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes
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Grande Mosquée et Jardin des Plantes, aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes
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Cette nuit en rêve parcouru le monde, avec des proches, des compagnons, à pied, en bateau… Voyant le terrain depuis la terre et en même temps depuis le ciel, haut depuis le ciel et comme sur une carte, avec des écritures. Faisant halte sur une île dans une bonne maison, humble et infinie, avec des baies vitrées au cœur de la verdure luxuriante, puis reprenant le bateau à son prochain passage pour passer sur l’autre continent…
Les hommes doivent se remettre en chemin, réarpenter les Écritures, les redécouvrir. Il nous faut toutes les assumer, c’est notre vocation. Voyage est un livre chrétien mais aussi islamique par excellence, dans le sens où c’est un livre de lecture, de lecture des Écritures saintes – répondant ainsi à la première injonction faite au Prophète – et en même temps de témoignage d’une vie tout entière soumise à la Voie et tout entière combattant dans la Voie, pour la Voie. Que nous continuerons à suivre jusqu’où elle veut nous mener, au renouvellement de toute chose.
Après cinq ans de service mon ordinateur devenait inutilisable, je l’ai changé hier soir. Pour la première fois, depuis mon premier ordinateur il y a vingt-quatre ans, je n’ai pas pris un mac mais un pc, un tout petit pc à tout petit prix, qui change un peu mes habitudes, très voyageable et dont je suis toute contente.
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cet après-midi à Paris 5e, photos Alina Reyes
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La ville est un poème, la ville est un roman ! Y marcher c’est les lire.
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des mûres, des raisins, des pommes, une poire, des courges, des tomates, des aubergines… et une rose,
tout à l’heure au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes
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cet après-midi à Paris, photos Alina Reyes
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Après avoir publié son petit livre sur la Dame à la licorne, qui était le thème de mon roman La Chasse amoureuse, paru juste avant, après avoir, dans un gros roman grassement payé et promotionné, repris des dizaines de figures de Forêt profonde et de quelques autres de mes livres (voir A la Grande Ourse), voici que Y.H., en cette rentrée, publie un roman dont les thèmes sont aussi essentiels dans Voyage (et d’autres de mes livres précédents) : dormir dehors, relever les inscriptions dans les rues, sortir du système par la marche. Bien entendu ces thèmes ne m’appartiennent pas, je n’en suis pas non plus l’inventeur, et j’aime les trouver dans la littérature – mais ici, cela fait pitié.
En exergue de son livre cette citation de Walter Benjamin : Vaincre le capitalisme par la marche à pied. Programme un peu étriqué par rapport à celui de mes Pèlerins d’Amour, qui, marchant à pied, voient un peu plus loin et un peu plus profond que le fait de vaincre le capitalisme, mais c’est quand même un bon programme. Seulement, il ne suffit pas de marcher dans les rues, il faut aussi et d’abord renoncer à marcher dans le système. Renoncer aux avantages et aux positions que confère le système quand on accepte ses compromis, ou quand on fait même pire. Je le dis parce que je crois qu’il a besoin que je le dise. Dans quel enfer il s’est ferré. Alors que je ne lui en veux pas. Tout homme qui fait de lui-même un parasite, et tout homme qui s’enferme dans une obsession, se fait beaucoup de mal. Ne te fais pas de mal, cela suffit ainsi. Que Dieu te délivre.
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Bien malheureux l’homme victime d’une injustice, non d’une injustice qui lui a été faite, mais d’une injustice dont il a profité.
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Je continue à travailler pour faire vivre ce site et participer à ma façon à la rentrée littéraire par des éditions et rééditions – ma façon de dire que contrairement à la loi du système, la littérature n’est pas un produit éphémère et saisonnier – rééditions de livres dont Voyage fera partie. Il sera bientôt disponible en format numérique sur ce site, et en promotion à bien moindre prix sous sa forme papier, incha’Allah.
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Je suis partie avec mon ordi en bandoulière, travailler à la bibliothèque. Moi aussi je prépare la rentrée littéraire : de nouveaux livres numériques à venir sur ce site, et puis quelque(s) cadeau(x), nous verrons. Puis Sydney m’a rejointe, et nous avons fait quelques photos pour renouveler celle de la page d’accueil, dans quelques jours. La vie devant nous, le bonheur partout. Nous allons tout réinventer. Que la joie soit sur vous !
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Avant de m’endormir, les yeux fermés, j’ai vu un ruisseau humble et splendide qui traversait tout le jardin, tout droit, parsemé de lumières et de couleurs, comme si l’eau était en fleur. Une petite enfant arrivait perpendiculairement et l’enjambait aisément, bien qu’il fût pourtant large pour sa taille, quoique sa tête fût au ciel.
Saint Augustin (il faut citer ses sources), dans un même paragraphe de son sermon sur Moïse et le buisson ardent, a appelé le Christ piscine de l’Envoyé (Siloé), et, d’après Isaïe (« un enfant nous est né »), l’Ange du grand conseil. Et nous, ses humbles Pèlerins, ses anges de la terre, nous nous rappelons que plus nous nous rapprochons du point où se croisent la terre et le ciel, plus les anges et archanges, avec les âmes, avec les éléments, sont proches les uns des autres et de l’Unique, en lequel ils se fondent en communion.
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je suis allée me faire couper les cheveux…

puis au Jardin


photos Alina Reyes
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tout à l’heure au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes
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Sydney, août 2010, photo Alina Reyes
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J’aime beaucoup l’image retenue par Youtube pour ma vidéo sur la Pitié-Salpêtrière, une image du milieu de la vidéo. Joachim semble marcher en lévitation et avoir des ailes, il marche derrière un vieux musulman – ne dirait-on pas qu’il est l’ange Gabriel ?
Ainsi font les anges, ils s’incarnent ou même agissent ici ou là, en tel ou tel instant, non pas mûs par leur propre volonté, mais par celle de Dieu. C’est très sérieux ce que je dis. Soyez attentifs, ils sont là, là ou là.
J’aime aller à la mosquée pour la prière du vendredi, la libéralité de l’islam est grande. J’aime aller prier dans les églises aussi, et si je retourne à la messe je m’abstiendrai de communier, un tas de gens n’en ont pas le droit et je ne vois pas pourquoi je n’en ferais pas partie. C’était déjà ma position au tout début, en 2008, je me souviens que je m’étais abstenue à Lourdes lors du voyage de Benoît XVI (sur lui ma prière), par solidarité avec ceux qui en sont exclus.
En avançant, je vois mieux ce que je suis chargée de faire. Désacraliser les religions. Les religions ne sont pas Dieu. Les sacraliser, les idolâtrer comme on le fait, c’est entraver le chemin de la paix. Je veux ouvrir à chacun la possibilité (et non l’obligation, bien sûr) de pouvoir pratiquer plus d’une religion, en profonde connaissance de cause, et en toute harmonie intérieure. Dieu seul est l’Unique. Accueillir tout ce qui vient de lui, voilà ce qui unifie profondément l’être. Le Coran le dit, « Il [l´homme] a par devant lui et derrière lui des Anges qui se relaient et qui veillent sur lui par ordre de Dieu. En vérité, Dieu ne modifie point l´état d´un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. » (13, 11)
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Marie fait la vaisselle. Elle frotte, frotte la marmite. Les assiettes, une à une, retrouvent leur belle propreté. Ce soir de nouveau elle préparera un repas, toute la famille mangera, puis il faudra relaver les assiettes et les plats. Ainsi va la vie. Marie approuve. Marie voit que cela est bon. Le travail qui fait vivre l’amour, la vie. Qui se mélange au bonheur. De donner, de partager, d’être ensemble. D’avancer doucement dans le temps, pas après pas, respiration après respiration. Le souffle rend l’avancée légère, fait monter l’âme et le corps au ciel.
Marie étend sous le ciel la lessive. Le linge blanc resplendit au soleil, il sent bon. Il a touché le corps bien-aimé de Jésus, le corps bien-aimé de Joseph, son propre corps à elle. Corps humain, petit âne fidèle qui porte notre sang tout au long de notre voyage ici-bas. Le linge aussi aime servir, puis aller à l’eau, puis au soleil. Les années l’affinent comme elles affinent la peau des hommes, la rendent de plus en plus fragile. À la fin le tissu laisse tout à fait passer la lumière. Marie dit oui au mystérieux travail du temps. Marie habite au paradis.
Marie sort. En chemin elle sourit, à tout, à tous. Elle n’en revient pas de la beauté du monde. Toujours, c’est comme si elle le voyait pour la première fois. Tout est splendide. L’olivier au bord du sentier poussiéreux. Les pauvres maisons de pierre et de terre. Le chant des oiseaux. Les mouvements d’une nuée. La vie nue des animaux. Et surtout, surtout, les yeux des enfants, des hommes, des femmes. Des puits vivants, où l’on voit Dieu. Marie est celle qui dit oui, sauf quand il faut dire non. Sans quoi, elle ne serait pas la Vierge Marie. Oui à tout ce qui vient de Dieu, non à ce qui vient du serpent. La douce Marie connaît le combat pour protéger la pureté, et aussi la force d’inertie comme résistance aux violences. Marie songe, et parfois Marie pleure.
Marie se lève la nuit pour l’enfant Jésus quand il pleure. Pourquoi pleurent-ils, les petits ? Si c’est de faim, heureux sont-ils, car leur mère se lève et ils sont rassasiés. Si c’est de mélancolie, si c’est de sentir les premières douleurs du pèlerinage terrestre, si c’est d’obscur désir de la lumière, heureux sont-ils aussi. Car leur père ou leur mère vient à eux et les prend dans leurs bras. Heureux sont-ils, car ils sont consolés. Et la béatitude se lit sur leur petit visage, se reflète sur celui de qui les regarde. Ainsi en est-il de l’homme avec Dieu : Marie rend grâce.

Marie et Joseph ont perdu leur enfant. L’angoisse étreint leur cœur, ils le cherchent dans la ville. Mais non, il n’était pas égaré. Détaché, simplement. Ils le retrouvent dans le temple, occupé à débattre avec les savants. Aux affaires de son Père, comme il dit. Ainsi il n’est plus leur petit. Il prend la liberté que lui donne le ciel. Le cœur de Marie se fend un peu, un temps est passé, un autre vient. Et elle approuve.
Marie est au pied de la Croix. L’abîme s’ouvre sous son corps tout entier. Les enfers, elle y descend avant même le corps de son fils mort. Mais il est mort d’amour, par amour pour ce monde, ces enfants, ces femmes, ces hommes, tout cela que Marie aime tant. Et elle accepte. Comme lui. Comme elle l’accepte lui, comme elle l’accepta tout entier, tout entière, depuis la visite de l’ange qui le lui annonça.
Marie continue à vivre. Joseph son mari n’est plus de ce monde, mais leur fils qui était mort, il est vivant. C’est ainsi, il n’y pas à donner d’explications. L’explication est dans le cœur de chacun, s’il l’y cherche. Le cœur de Marie, le coquelicot de sa jeunesse, n’est plus qu’un brasier d’amour et de douleur. Marie sourit. Ce qu’elle donne à voir, c’est sa joie.
Marie parle avec le ciel, où est son enfant. Parfois il s’y fait voir, il y fait signe. Là-haut, ou bien ailleurs. On le sait à quelque chose dans la lumière qui devient vivant, et se met à parler sans paroles. Marie fait la vaisselle, étend la lessive, s’occupe des enfants, des faibles. Et pendant tout ce temps elle converse en secret avec la lumière qui vit, là dans le silence de l’aube, le mouvement de la nuée, la danse des arbres sous la caresse du vent, et surtout, surtout, dans les yeux des enfants, des femmes et des hommes. Et bien avant son heure, bien avant l’heure pour elle de quitter cette terre, c’est bien au ciel qu’elle est montée déjà et qu’elle vit, étrangère ici-bas où il lui est demandé de demeurer quand même. Répondre oui, il y a longtemps qu’elle n’y songe plus. Elle est devenue elle-même le oui.
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image, texte et photo Alina Reyes
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