Des sages, des philosophes et de la joie


tout à l’heure avenue des Gobelins, un sage asiatique dans sa boutique de vieux appareils photo, où reste juste une place pour sa chaise, photo Alina Reyes

 

« L’homme juste est le plus tranquille de tous les hommes », dit Épicure. Je sors de la FNAC avec mes courses pour des élèves de terminale : Le crépuscule des idoles de Nietzsche, Lettres et sentences d’Épicure, Apologie de Socrate par Platon, Le Prince de Machiavel et le Discours de la méthode  by Descartes. J’ai mis tous mes amis dans un léger sac en tissu chinois, que je balance joyeusement au bout de mon bras en marchant, telle Perrette avec son pot au lait mais sans le moindre calcul, heureuse comme on n’en fait plus, aspergeant libéralement du lait invisible de la vie toute l’avenue, toute la ville, tout le ciel et leurs passants. Et vous aussi !

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La Vie !

dans nos montagnes, photo Alina Reyes

 

D’avoir parlé hier soir avec O, je me sens renouvelée, vibrante, prête comme un jeune lion à l’aube. Je vois la lumière d’or. Je me suis levée ce matin, je me suis mise à retravailler à mon livre, je sens la peinture me sortir des veines comme l’encre et l’infinie succession des aurores. Oh, adorez la vie !

 

Oreille profonde

au square René Le Gall, photo Alina Reyes

 

Sa maison n’est pas construite sur le roc. Trop fuyant pour le faire lui-même, il a fait faire à tant d’autres des livres avec plein de choses censées m’insulter, et qui ne m’atteignent pas – je suis seulement consternée par la stupidité de cette démarche, de ce désir de vengeance obsessionnellement répété. Jamais je n’aurais imaginé qu’on puisse avoir un ego si monstrueusement enflé qu’on ne puisse supporter d’avoir inspiré des mots et des phrases « désagréables ». Une telle réaction n’est-elle pas signe d’une coquille creuse, d’une construction de soi complètement factice ? En vérité rien n’est désagréable en littérature, en littérature tout est littérature, tout écrivain et tout lecteur devraient le savoir.

Nous n’avons absolument pas la même vision de l’existence, ni de l’être. Elles sont absolument incompatibles. C’est la raison pour laquelle, en plus de ses manies vengeresses et de ses velléités de manipulation et de domination, il m’est impossible d’œuvrer avec S. Ce n’est pas moi que je veux protéger, c’est l’œuvre qui doit être faite, et qui est mieux faite en ce moment même dans l’abstention que si elle était mise en route selon une pensée fausse, comme il en était question. Je pense que nous n’avons pas besoin de stratégie de communication, ni du renfort de stars, ni de rien d’emprunté au système du monde tel qu’il ne va pas. Nous voulons toucher beaucoup de personnes, mais par le profond de notre être et de notre parole, par la vérité de notre amour et de notre démarche, non par ce que nous espérons en retirer par rapport à notre situation dans le monde, même « pour la bonne cause ». Je pense que nous ne devons pas chercher le brillant, la surface, les apparences. Je pense que nous devons au contraire nous retirer de tout ce système. Je pense que nous ne devons pas viser des efficacités qui seraient aussi immédiates qu’immanentes et éphémères, je pense que nous devons être un humble surgissement de l’éternité dans le temps, conscients que notre œuvre dépasse de loin nos personnes, le temps de nos vies, le temps de notre temps. Je pense que nous devons être une apparition, venue du profond du cœur pur, venue de Dieu, et promise à propager ses ondes plus loin que nous ne pouvons le voir dans l’espace et le temps. Je pense que Dieu est déjà vainqueur.

Heureuse de réentendre tout à l’heure que le prêtre dit Effata ! à l’enfant qu’il baptise. Je sais que même nouveau-né, et surtout nouveau-né, nous entendons la parole du ciel, et c’est ainsi que mon oreille s’est ouverte aux langues dans lesquelles Il s’est dit.

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Septième ciel

photo Alina Reyes

 

Voulez-vous nous faire la grâce de monter au septième ciel et au-delà ? Laissez le ciel entrer en vous. Une fois plein de ciel (ce qui se dit aussi : plein de grâce), vous êtes en apesanteur. Vous êtes. Tout ce qui est pesant est mortel. Le ciel vous a fait de ciel, puis vous a envoyé sur terre, vous a lié à la loi de la pesanteur, afin que vous puissiez connaître que vous n’êtes pas d’elle, mais du ciel, et partir à la recherche, à la rencontre du ciel. Vous devenez la conscience du ciel dans sa créature, dans sa création.

Hier soir au Petit Bar comme l’autre jour sur la Seine j’ai regardé rougir les feuilles au-dessus de nos têtes. C’est la rentrée, j’ai un désir immense de travailler. Je pense à Sufjan Stevens, à André Gouzes, au frère Cassingéna-Trévedy, aux mélodies anciennes et nouvelles à la fois, aux fines pointes, aux avancées délicates, exquises, inquiètes et renversantes de l’esprit, je pense au rouge sur le monde, doux comme un été indien qui vient, flamboyant, avant la grande neige, enceinte de la prochaine vie. Je pense l’amour, je le suis, main dont les doigts parcourent le monde en frémissant, ruisseaux chargés de nutriments, de senteurs, de larmes et de consolations.

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Quant à son immense beauté, quant à sa fantastique vitalité, quant à son drame époustouflant, quant à son éclatante possibilité de résurrection

photo Alina Reyes

 

Voici venir la rentrée littéraire. Je jette un œil sur Internet, je vois. De plus en plus de livres sortis de l’usine. Glosant à perte de vue, souvent comme les magazines féminins sur les rapports hommes-femmes. La littérature même masculine est devenue une succursale des magazines, féminins ou à scandale ou politiques ou généralistes, que sais-je encore. Contrairement à tout ce petit monde je n’ai jamais été sadique ni masochiste ni les deux, ne le serai jamais, passons. Pour les autres, les plus personnels essaient de dénoncer la folie du monde, je suppose. Quant à son immense beauté, quant à sa fantastique vitalité, quant à son drame époustouflant, quant à son éclatante possibilité de résurrection, j’ignore si quelqu’un en parle, je veux dire, avec son sang.

Que viendrait faire là-dedans quelque œuvre unique, hors-normes, voyante, sinon déranger ? Un écrivain parmi eux a été pillé, occulté, et maintenant est empêché de publier. Si c’était l’effet d’une fatwa, tollé à Saint-Germain-des-Prés ! Mais c’est l’effet de Saint-Germain-des-Prés, plus fou que le monde qu’ils dénoncent mais auquel ils sont aliénés : de ce fantôme, de ce crime ils ne disent rien, sinon par la honte qui transpire en secret de leurs productions.

Hier soir je m’amusais à inventer des événements d’activisme que je pourrais faire par exemple devant Notre-Dame ou Gallimard ou encore ailleurs, rien que pour les titiller, ces sérieux si accrochés à leurs planchers, si pleins de foi en leur importance et leurs affaires terrestres. J’étais de très bonne humeur, riant toute seule. J’adorerais faire ce genre de choses, si je n’avais pas mieux à faire : écrire. Ce que je fais. Et puis Voyage  finira par être publié et il trouvera ses lecteurs tout ira bien, pour Forêt profonde cela prendra plus de temps, du reste j’aurai peut-être repris l’un et l’autre avant qu’ils ne deviennent visibles, on verra bien. La nuit j’ai rêvé que je dansais, d’abord chez moi dans un immense appartement très haut de plafonds avec des musiciens africains, et c’est en apesanteur que je dansais, très haut au-dessus du sol, dans une joie extraordinaire. Puis je sortais avec d’autres, nous nous retrouvions ailleurs près de la Seine et là il y avait des DJ et de la techno excellente, de nouveau je dansais en l’air, très haut, sentant tous les mouvements de l’air très sensuels autour de mon corps qui le déplaçait comme de la soie frémissante par vagues et vaguelettes tout autour, l’univers entier vibrant en moi, à travers moi, avec toutes les âmes présentes.

 

Les apparitions de Marie

Église des Templiers à Luz-Saint-Sauveur, photo Alina Reyes

 

J’étais un été à l’église fortifiée de Luz-Saint-Sauveur, dans la chapelle latérale, où parfois un chat roux dort sur les chaises empilées, devant la statue de Marie. À Dieu je ne demande rien, sinon sa bénédiction sur ceux que j’aime. Dieu me donne vie, joie et puissance (pas au sens du monde évidemment), je n’ai rien à lui demander, nous sommes unis comme le cœur et le sang, c’est tout. Mais j’étais venue spécialement voir Marie, pour lui parler d’une question profonde de notre vie et lui demander son aide afin que les choses s’arrangent comme il me semblait bon qu’elles le fassent. Quelques semaines plus tard, c’était fait.

Maintenant je sais que pour tout ce qui concerne notre vie avec nos proches et la vie de nos proches, nous pouvons compter sur son aide puissante. J’en fais de nouveau l’expérience ces jours-ci.

Même si vous ne l’avez jamais fait, allez-y, n’ayez pas peur de lui parler. Elle écoute. Il se peut que nous nous trompions dans ce que nous demandons, mais si nous sommes patients et si nous continuons à chercher à demander le mieux adapté à la situation, elle finit par le faire apparaître. À nos yeux, et aussi en le réalisant dans notre âme et dans celle des personnes concernées, doucement.