Quenelle, queue basse

Que de bruit pour une quenelle. Ceux qui s’en montent la tête, dans un sens ou dans l’autre, feraient mieux de voir qu’une quenelle, c’est tout mou, et en plus dirigé vers le bas, ça bande pas, c’est impuissant. Quant aux velléités ministérielles d’interdire les spectacles de Dieudonné, c’est du délire idéologique. Avec leurs façons arrogantes de légiférer et gouverner, les socialistes sont-ils en train de virer fascistes ? Le spectacle, c’est eux qui nous le font, comme depuis le début, comme on a fait élire Hollande, comme ils montent en épingle leurs sujets sociétaux, et maintenant le sinistre Dieudonné, façon, dirait-on, de faire oublier leur impuissance.

Sortez d’entre les murs

Le problème de beaucoup d’hommes, surtout parmi les dominants – politiques, religieux, intellectuels, entrepreneurs, domestiques … est qu’ils ne savent pas faire l’amour. Leur mode d’existence est de se baiser les uns les autres, et de se faire baiser les uns par les autres. Ils ne connaissent pas le rapport à l’altérité. C’est pourquoi Jacques Lacan, croyant que son cas et celui de ses semblables était celui de tout le genre humain, prétendait qu’il n’y a pas de rapport sexuel. Ils sont enfermés. Le rapport profond à l’autre, celui que l’Église a théorisé comme rapport trinitaire, le rapport aux autres de Jésus et de ses semblables en Dieu, les affole, menaçant de faire tomber les murs où ils demeurent enfermés dans leur fausse sécurité. D’où les massacres, les abus sur autrui et autres crucifixions. D’où leur dévotion au faux : fausse puissance, fausse humilité, fausse parole. Il n’est pour eux de rapport que faussé, contraint par les murs du faussé – fossé, pourrait dire Lacan. Ainsi va ce monde, les dominants avançant à marche forcée dans le faux avec leurs dominés, qui souvent s’ignorent, chacun dans ce système étant à la fois dominant et dominé, n’agissant en fait que sur prescription de la domination.

L’autre jour en marchant, passant devant un bouquiniste, je me suis prise à rêver soudain de n’être pas l’auteur de Voyage ni de Francis K, et de découvrir ces livres par la grâce de ce qu’on appelle hasard. Comme il m’arrivait souvent quand je n’achetais mes livres que chez des bouquinistes, découvrant des titres ou des auteurs dont je n’avais jamais entendu parler, avec la joie d’avoir trouvé sur le bord de l’eau, portée par la mer, une bouteille ayant voyagé dans le mystère du temps avec son message encore inconnu. Oui, il est beau de le vivre comme lecteur, et aussi, très, comme auteur. Ma parole navigue, et je suis ma parole.

Honte sur les trafiquants d’hommes

Il faut absolument lire l’article de la Repubblica, en français sur Courrier International, sur « le sale business de l’accueil », à Lampedusa et ailleurs. Comment, au nom de la solidarité ou de la charité, voire de la « Miséricorde », des sociétés s’enrichissent sur le dos des migrants en encaissant de fortes subventions de l’État et de la Communauté européenne. Subventions visiblement non utilisées au profit des accueillis, instrumentalisés au contraire pour rendre ce commerce plus lucratif. Plus on les garde, plus on encaisse, pendant qu’ils sont condamnés à dormir et manger par terre dehors ou entassés dans des vieux conteneurs, et soumis à des traitements humiliants.

À lire aussi, dans PressEurop, le témoignage d’Ahmed, qui a tourné la vidéo de la séquence de désinfection à Lampedusa.

Dans le Sinaï, les migrants érythréens sont victimes d’un épouvantable trafic de la part de soldats érythréens et de Bédouins, avant de se retrouver, pour ceux qui y survivent, dans les centres de rétention d’Israël. À lire sur rfi. Ces jours-ci certains d’entre eux se sont échappés d’un centre et ont marché vers Jérusalem, pour faire entendre leur voix :

 

Prophétie

Les heideggeriens ont fait de leur maître leur messie. Sa parole est pour eux parole d’évangile. Son annonce est inverse à celle du Christ, à celle des messagers du Ciel. Ils annoncent un homme créé pour la vie éternelle et pour la vie en abondance, il annonce un homme comme « être-pour-la-mort ». Ils se sacrifient pour leurs prochains, il ne se sacrifie pas, accepte de prendre la place des sacrifiés par le régime inique, légitime intellectuellement l’envoi à la mort des hommes, qu’il voit comme êtres-pour-la-mort. Ses disciples sont spirituellement des esclaves de la mort, des serviteurs souvent involontaires, dans leur servitude volontaire, du satan. Ils nuisent mais leur nuisance n’est pas éternelle car ils mourront, leur croyance s’accomplira pour eux.

Flipper

Un tireur parcourt Paris en distribuant balles et douilles. Un jeune homme de trente-trois ans est entre la vie et la mort. La police est sur les dents, on voit ses agents quadriller l’espace et prendre des photos de tout ce qui circule.

Un président de la République française parcourt Israël et la Palestine en distribuant belles paroles aux uns et aux autres. À Genève, son gendarme soutient coûte que coûte Israël.

Ils perdent la boule, ou vont la perdre.

Christiane Taubira et ses défenseurs glissant sur les peaux de banane

J’ai voté pour Christiane Taubira aux présidentielles de 2002. Je ne le ferais plus aujourd’hui, car je trouve indigne, détestable et dangereuse l’instrumentalisation qui a été faite du « mariage pour tous » – voté dans d’autres pays dans le calme et la discrétion. La réaction des gens opposés à la loi fut encore pire, c’est malheureusement ce à quoi il faut s’attendre quand on joue à agiter des écrans de fumée : finalement, le feu arrive. Le feu qui sent mauvais, celui de la géhenne. Toute une vieille France momifiée s’est réveillée. Elle a appris aux enfants à scander des slogans racistes, répercutés par les adultes d’où ils venaient. La France vivante a eu honte, une honte de plus. Comme s’il ne suffisait pas de la honte que lui fait le gouvernement auquel appartient Christiane Taubira, avec son racisme d’État, notamment envers les Roms et les musulmans.

Maintenant voici que des écrivains, intellectuels et autres gens de cinéma s’expriment pour adresser leur soutien à Christiane Taubira, victime d’attaques effectivement ignobles. Et voici que le malaise s’accroît. Quand par exemple Christine Angot, voyant dans la banane proposée à manger à la ministre « le sexe masculin », nous force à voir cette dernière dans une posture insultante de plus. Quand Jeanne Moreau et ses amis déclarent dans le JDD « nous sommes tous des singes français », comme si cette affirmation dégradante équivalait à « nous sommes tous des juifs allemands », qu’elle paraphrase. Quand Caroline Fourest récupère l’antiracisme pour le droit au mariage homosexuel – si l’on va par là, l’accueil de l’hétéro, l’ « autre », est plus marqué dans l’hétérosexualité. Quand Bernard-Henri Lévy grandiloque qu’il est revenu « à un enfant de dire tout haut ce que la société pense de moins en moins bas », alors que ce groupe d’enfants n’a fait que répéter sa leçon bien préparée avec peau de banane à l’appui, ne disant pas ce que la société française pense tout bas contrairement à ce que certains voudraient faire croire, mais répétant la haine et la bêtise de leurs parents, leurs vieux démons certes bien accrochés à notre société mais pas à tout le peuple français. Le peuple français dans sa très grande majorité n’avait jamais songé à une guenon en voyant Christiane Taubira, de même qu’il n’avait pas songé que cette dernière était invitée à manger un sexe masculin. Le problème est qu’en voulant prendre la défense de la ministre chacun sort son propre refoulé ou ses propres obsessions.

Marie Darrieusseq a réagi plus posément dans Le Monde, et il aurait été bon qu’elle pousse un peu plus la réflexion à partir du fait, justement noté, que des immigrés blancs (Portugais, Espagnols… on pourrait ajouter Italiens, Polonais…) ont été victimes de racisme eux aussi de la part des Blancs. Le pompon revient à Yann Moix, déclarant sans le dire, comme, pour le coup, la vérité sort de la bouche des enfants, et comme les comédiens de « nous sommes tous des singes français », qu’en fait les singes, ce sont lui et ses amis : à lire dans les Inrocks.

Catastrophes

Marée noire, tout le monde est blanchi. Les villes du littoral souillé dénoncent un scandale. (Sud-Ouest)

Les pillages, plus terrifiants que le typhon. (L’Orient-Le Jour)

Comme après chaque catastrophe, certains posent l’éternelle question puérile et égocentrique : pourquoi Dieu l’a-t-il permis ? C’est pourtant simple. Nous ne sommes pas des automates, et la nature non plus. Nous ne serions pas libres si toute la création ne l’était aussi. Tout est lié. La nature réagit et fait sa vie selon ses propres raisons. L’homme n’est pas le roi du monde. La royauté qu’il peut connaître, celle à laquelle Dieu lui a donné accès et dont il est garant, fût-ce au prix de catastrophes naturelles ou humaines, est tout autre et infiniment supérieure. Elle est notamment dans une liberté bien exercée, ce qui est rarement le cas.

Les ruineurs de vérité

Maintenant on songe à renforcer notre présence militaire au Mali. Le bourbier continue. Le soir de l’élection de François Hollande, j’avais vu le radeau de la Méduse. Élu sur la com, donc sur le néant. Le naufrage est déjà là.

La com c’est comme les prix littéraires, il n’y a rien derrière, que des misérables combines. Du côté de l’autre François, celui de Rome, comme au Drouant : sourire et bonne figure. Tout dans la com. Ne sait-on pas où ça mène ? L’orchestre a beau fanfaronner, là aussi le bateau prend l’eau et coule.

Après les affaires de pédophilie, après les enfants des Manif pour tous utilisés comme boucliers face à la police ou dressés à scander des insultes ultra-racistes, voici l’enfant entraîné pour une opération de propagande mondiale. Décidément, on penserait que les catholiques ne peuvent pas s’empêcher d’instrumentaliser les petits. Mais la façon de faire des catholiques, c’est comme la façon de penser du FN, même quand ça n’a plus l’air d’exister, ça contamine tout le champ social. Les petits ne sont pas seulement les enfants, ceux que la police va chercher à la sortie des écoles pour les expulser ou ceux dont on se sert dans la propagande, ce sont tous les êtres humains qui ne se sont pas encore transformés en singes, qui ne sont pas néantisés par cette singerie qu’est la com, façade des maisons en ruines.

Toucher le fond

Ils sont censés montrer la voie de la vérité. Le Vatican a fait le buzz dans le monde entier il y a quelques jours avec, photos et vidéos à l’appui, l’histoire du petit garçon qui, « déjouant les services de sécurité », a réussi à aller s’asseoir sur le siège du pape, à embrasser sa croix pectorale, à guider une fille plus grande que lui qui doit offrir un présent au souverain pontife, etc. Mise en scène de télé-réalité, à laquelle les fidèles sont appelés à croire. C’est à quoi se réduit la foi, maintenant ? En tout cas tout marche ainsi depuis le premier instant de cette papauté, depuis l’apparition au balcon. Restez hypnotisés, croyants, la presse y concourt, et les services de sécurité ne laisseront nulle personne inappropriée – une petite fille par exemple – approcher un instant ce siège d’opérette. Il n’y a là-bas personne.

Genre, besoins

Tous ces vieux de la vieille qui réclament élégamment, ou non, leur «  droit à la pute », se posent en défenseurs de la différence des sexes, se voulant mâles consommateurs de femelles en oubliant qu’une bonne partie de leurs « putes » sont des travestis. En oubliant que même s’ils se paient plutôt des femmes, en vérité ils paient pour compenser leur peur suspecte de la confusion des genres, par besoin panique de nier la femme qu’ils voient confusément en eux-mêmes ou en d’autres hommes.

La prostitution n’a jamais été une soupape de sécurité pour l’homme ni pour la société, bien au contraire. Les opprimés oppressent les femmes, et les tyrans sont très souvent consommateurs de « putes », cela conforte leur délire de pouvoir et leur fait oublier leur impuissance face à ce qui leur est supérieur. Ce qui libère l’homme est gratuit.

Ceux qui prétendent que les hommes auraient des besoins sexuels qui justifieraient le recours au viol ou à la prostitution, sont restés au stade anal où l’on est dévot de ses besoins.

La société de consommation repose sur la dévotion aux besoins. La société de consommation se voue à la merde et la produit, pollution matérielle et spirituelle. La société de consommation a été élaborée par ces mêmes vieux de la vieille effrayés par l’amour gratuit. Les vieux de la vieille veulent pouvoir continuer à souiller la belle Bretagne avec leurs porcheries. Les vieux de la vieille veulent continuer à souiller de leur regard, à expulser ou à piétiner, ceux qui ne sont pas du même genre qu’eux, les étrangers, les pauvres, les femmes. Mais une nouvelle génération, qu’ils destinaient à être sacrifiée sur l’autel de leurs besoins, se relève, fraternelle et réclamant le respect d’autrui.

Otages

Les Chinois ont livré en Russie des fers à repasser et des bouilloires qui envoient des spams.

À lire sur la Russie d’aujourd’hui

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Eurodéputé et vice-président d’un parti d’extrême-droite, antisémite, il apprend qu’il est juif.

À lire sur Glamour

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343 salauds, ils signent « Touche pas à ma pute », et se font répondre par le syndicat des travailleurs sexuels : « Ils feraient mieux de fermer leur gueule ».

À lire sur les Inrocks

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Marine Le Pen aussi pousse les otages à lui répondre. Tout en travaillant à faire de nous tous les otages du délire, de l’égoïsme et de l’aveuglement.