Stupidité de l’essentialisme

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photo Alina Reyes

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Parce qu’il est juif, « n’oublie pas que je suis ton aîné spirituel », m’assène-t-il. À ce compte, il pourrait aussi bien dire, en fils de Caïn : « n’oublie pas que je suis l’aîné de toute l’humanité dans le crime », ou encore, en fils de Judas : « n’oublie pas que je suis l’aîné de toute l’humanité dans la trahison », ou bien tout simplement : « n’oublie pas que je suis celui qui a crucifié le Christ ». Il est vrai que la caste des prêtres et les Romains pourraient lui disputer cette dernière essence.

Parce qu’ils sont hommes, et moi femme (et circonstance aggravante, femme ayant une parole, une œuvre, une vie) tel ou tel ou tel, tels des coqs montant sur leur tas de fumier pour mieux surplomber le monde, m’assènent leur mépris, d’une façon ou d’une autre me traitent de stupide, tantôt agressifs, tantôt patelins comme s’ils s’adressaient à autre chose qu’à un être humain.

Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, disait un best-seller particulièrement bête. Degré zéro de la pensée partagé par nombre d’intellectuels ou prétendus tels, secrètement épouvantés par les personnes de l’autre sexe, comme ils le sont par tout Autre. Le mur ou le gouffre qu’il leur faut mentalement placer entre leur ego et toute humanité autre ressort du même essentialisme de fumier. N’était-ce pas là, finalement, le coq que le condamné Socrate, par dérision, voulait offrir à Esculape ?

En Christ il n’est ni juif ni grec, ni homme ni femme. Seulement le chemin, la vérité et la vie. L’essentialisme est un existentialisme exacerbé. Ce que l’existence, via l’histoire, a déterminé que vous étiez, vous le serez. Les jeux sont faits, chacun est à l’abri d’autrui sous sa carapace stéganausorique, et qui en sortirait, qu’on le cloue ! En vérité l’essence précède l’existence, mais l’essence n’est pas ce qu’ils croient. L’essence n’est pas cette construction humaine qu’ils prennent pour une définition naturelle. L’essence de chacun de nous, elle est de Dieu et de Dieu seul. D’elle nous venons, à elle nous allons. Elle nous dépasse, elle n’est en rien figée, elle est chemin, vérité et vie, toujours surprenante, comme tout ce qui est vivant.

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Banalité du mal, essentialité du bon

à Paris, photo Alina Reyes

 

« Malgré tous les efforts de l’accusation, tout le monde pouvait voir que cet homme n’était pas un “monstre” ; mais il était vraiment difficile de ne pas présumer que ce n’était pas un clown. Et comme une telle présomption aurait été fatale à toute l’entreprise, comme il était aussi assez difficile de la soutenir vu les souffrances qu’Eichmann et ses semblables avaient infligé à des milliers de personnes, ses pires clowneries passèrent quasiment inaperçues et l’on n’en rendit jamais compte. » Clowneries, ou, comme je les appelle dans Voyage, singeries de l’homme qui se ment.

« Il est dans la nature même du totalitarisme, et peut-être de la bureaucratie, de transformer les hommes en fonctionnaires, en “rouages” administratifs, et ainsi de les déshumaniser », écrit aussi Hannah Arendt dans Eichmann à Jérusalem. J’ai trouvé ces extraits de son livre, que je n’ai pas lu, sur internet, tout à l’heure en revenant du cinéma où je suis allée voir le film Hanna Arendt, dont j’ai aimé le caractère très incarné, la mise en place assez puissante des questions du mal et de la vérité. Aujourd’hui la thèse de la philosophe sur la banalité du mal est largement reconnue, l’histoire et le recul ont mis en évidence cette vérité qui fit scandale à l’époque. Les totalitarismes déshumanisent les hommes, notamment par la machine bureaucratique, en sorte qu’ils soient amenés à obéir aux ordres sans pouvoir distinguer le mal du bien. C’est ce que Arendt observa chez Eichmann et tous les exécutants de son genre, des hommes ordinaires et non pas des monstres, qui n’ont aucun sentiment de culpabilité, se justifiant par le fait qu’ils obéissent à la loi. Une loi inversée : ce n’est plus « tu ne tueras point », mais « tu tueras ». Or, dit-elle en substance, le rôle de la pensée est de permettre de distinger le bien et le mal ; l’horreur est rendue possible du fait que ses exécutants, déshumanisés, ne pensent pas.

Je ne prétends évidemment pas entrer en discussion avec la pensée d’Hannah Arendt, que je n’ai pas encore lue. Seulement donner quelques éléments de méditation à partir de ces grands axes de sa pensée exposés dans le film. Montrer, comme elle l’a fait, comment des systèmes totalitaires en viennent à produire et faire produire le plus grand mal constitue un dévoilement capital de la vérité, et nous sommes avisés si nous continuons à débusquer les formes de totalitarisme qui se cachent derrière des systèmes politiques plus… politiquement corrects. Mais ceci fait, reste à se poser la question : pourquoi cela fonctionne-t-il ? Pourquoi l’homme se laisse-t-il déshumaniser ? Pourquoi obéit-il quand on lui demande de faire quelque chose de mal ? Je ne me situe pas ici depuis le terrain de l’organisation politique, mais depuis le cœur de l’homme.

Il me semble que la déshumanisation n’intervient pas sans son accord. Le totalitarisme a besoin pour fonctionner d’un réseau auquel l’individu abdique son libre arbitre. Le réseau le séduit en pensant pour lui et en le déresponsabilisant des actes qu’il lui fait accomplir. Cela suffit-il à le déshumaniser ? En partie seulement. Car si puissant soit-il, le réseau ne peut arracher du cœur de l’homme ce qui y est inscrit de toute éternité : la connaissance du bien et du mal. (Rappelons que dans la Bible, c’est Dieu qui donne à l’homme cette connaissance, en lui désignant le bon et le mauvais, le bénéfique et le mortel, l’interdit – le serpent ensuite ne fait que singer Dieu en prétendant offrir la connaissance du bien et du mal, cette connaissance qu’Ève et Adam ont déjà, et que la parole du serpent inverse, comme le fait le discours totalitariste). Il se peut que cette connaissance du bien et du mal soit tellement enfouie dans le cœur de l’homme qu’il l’ait comme oubliée. Mais elle y est, et au moment de faire le mal qui lui est suggéré ou ordonné, l’homme sait qu’il s’agit du mal. S’il l’accepte, c’est qu’il ne veut pas le savoir.

Si l’homme ne savait pas qu’il va faire quelque chose de mal, la propagande ne serait pas obligée de lui représenter que c’est « pour la bonne cause ». L’homme qui accepte d’entrer dans la voie du mal, même s’il a l’impression que c’est celle du moindre mal, ou d’un mal insignifiant, entre dans la voie de sa déshumanisation. Il peut y avoir alors en lui un combat pour le repentir et la réintégration de sa pleine humanité, de sa liberté perdue. Et le combat peut être gagné. Cela se produit sans cesse. Mais autre chose peut se produire et se produit aussi, c’est que l’homme n’ait pas la force de gagner le combat. Ou qu’il n’en ait pas le désir. Alors s’installe une épaisse cuirasse autour de son cœur, où se trouve la connaissance innée du bien et du mal, qu’il lui faut absolument enterrer. Une fois enterrée la source de son humanité, l’homme est spirituellement mort, déshumanisé. L’homme s’est déshumanisé pour ce frisson qu’il s’est donné de transgresser. La banalité du mal vient du désir secret de transgression, comme frisson qui fait sortir de la banalité de l’être. Très bien cachée ou non, il y a une jouissance du mal, la jouissance de satisfaire le ressentiment de l’homme envers ce qu’il est. Et cette satisfaction est décuplée si elle peut s’exercer à l’encontre de ce que l’on soupçonne d’être moins banal que soi-même, d’une façon ou d’une autre.

Si bien que nous pouvons retourner la vision de la banalité du mal. Au plus profond, ce n’est pas le système politique qui crée la banalité du mal, c’est le sentiment de la banalité de soi qui crée le système politique qui va permettre de prendre la voie de la banalité du mal, la justifier, la fournir comme un infaillible fournisseur de drogue. Et si l’absence de pensée, involontaire ou délibérée, facilite la sujétion au mal, il est encore plus remarquable que bien souvent c’est l’élaboration d’une pensée qui lui sert de porte et de marchepied (pensons au cas d’Heidegger, dont la pensée du Volk et de « l’être pour la mort » continue dans le temps, de façon ouverte ou non, son œuvre morbide comme justificatif philosophique de maints nationalismes, de l’impérialisme à l’occidentale au sionisme et à l’islamisme politique). Les systèmes totalitaires sont les instruments de vengeance que se créent les hommes contre ce qui est libre et vivant, et dont ils se sentent incapables, ou dont ils ne se sentent pas à la hauteur. C’est pourquoi il faut inlassablement enseigner aux hommes combien, du seul fait d’être, ils échappent en vérité à la banalité, combien ils ont été conçus uniques, grands et beaux dans leur humilité, et combien leur salut et leur bonheur se trouvent dans le refus du mal et le choix de la bonne voie, toujours de nouveau possible.

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Mortel

 

Un écrivain de talent s’est suicidé hier. Vers la fin, il était devenu islamophobe, selon ses propres dires. L’antisémitisme, très vieille maladie européenne, se manifeste souvent aujourd’hui sous les formes de l’islamophobie et de la christianophobie. (Juifs, musulmans et chrétiens sont tous, par le sang et/ou l’esprit, descendants des Sémites). Il s’agit en vérité d’un ressentiment envers Dieu, envers la Vie. Cette pathologie est directement liée aux pulsions de mort. Des individus se suicident, comme lui ou cet autre écrivain il y a quelques semaines à Notre Dame de Paris, d’autres se transforment en activistes nihilistes, par les armes ou par la pensée, de façon ouverte ou cachée. Cette maladie qui n’est qu’un symptôme du mal-être profond de ceux qui l’ont (mal-être souvent compliqué de problèmes de honte sexuelle), essaime en tant que telle comme une peste au sein des peuples, qu’elle menace eux aussi de mort.

 

Poupée, banale nationale

La chef des Femen, notre nouvelle Marianne sur les timbre-poste, rêve selon ses propres dires, de se faire lécher le cul par les homophobes. Je continue à taper Poupée, anale nationale, qu’il me semble urgent de reproposer à lire ici sous forme numérique. Poupée l’avorteuse se délire au pouvoir et de même que dans le livre elle regarde le sexe du « PD » Pipo, dans notre République elle fait péter les couleurs gay sur le phallus de Paris, dans le livre jurant à tout bout de champ « Dieudemerde », dans notre monde sciant des croix et déclarant que rien n’est plus ugly que l’islam, comme, chez nos voisins, ce sénateur de la Ligue du nord qui mena un cochon pisser sur un terrain destiné à une mosquée, et maintenant compare une ministre italienne noire à un orang-outan. Antisémitisme (l’antichristianisme et l’islamophobie en font partie ou en sont des succédanés), racisme, analité et pipi-caca régressifs, trafics de toute sorte avec les embryons : symptômes d’une même maladie, celle du triomphe de la médiocrité, celle de la banalité.

Antigone (4) Sauveteurs vs associateurs

à Lampedusa, photo AFP/Mauro Seminara

 

La hantise de la confusion des générations entraîne-t-elle celle de la confusion des genres ? L’Antigone de Sophocle est en tout cas d’une modernité parfaite – alors que celle d’Anouilh, avec ses relents pétainistes, est déjà dégoûtante, comme tout ce qui est impur, corrompu à la base, et va vers la décomposition. Nous vivons un temps marqué par la hantise de la disparition des « vrais pères », des « vraies mères », de la « vraie famille », comme dans l’histoire d’Œdipe et d’Antigone, hantise qui se double de celle de la disparition de la différence sexuelle, et du soupçon que les femmes voudraient prendre la place des hommes – comme Créon, incarnation du pouvoir patriarcal, soupçonne Antigone de vouloir « commander ». Incapable qu’il est de comprendre une autre logique que la sienne, en l’occurrence, comme le lui a dit Antigone, celle de l’amour. Cette logique de témoin de la vérité qui, si elle n’atteint pas chez Antigone son plein déploiement salvateur comme dans le Christ, n’en reste pas moins scandale et folie pour les menteurs, ceux qui associent le mensonge à la vérité. (Et contrairement à ce que croient les musulmans, les associateurs, ce ne sont pas forcément les autres : comme les autres ils sont innombrables, parmi ceux qui se croient de purs monothéistes, ceux qui comme Anouilh se compromettent avec le mensonge).

 

Antigone (3) Partage des chemins

 

« Je suis née, non pour le partage de la haine, mais pour le partage de l’amour », déclare Antigone à Créon. Lequel lui répond : « Descends donc chez les morts, si tu es aimante, et aime-les. Moi vivant, une femme ne commandera pas. » (v. 523-525, ma traduction)  « Je la tuerai », dit-il plus tard à son fils, fiancé d’Antigone (v.659), dans un discours où revient sans cesse l’obligation d’obéir à son père et l’obsession de la différence sexuelle, le rejet de la liberté de la femme. Et comme Hémon, son fils, essaie de le raisonner, de le détourner de sa pulsion meurtrière, de l’amener sur la voie de la sagesse en lui exposant que le peuple est du côté de cette femme qui malgré son interdit a rendu les hommages funéraires à son frère, Créon, tout en s’entêtant à se réclamer du pouvoir absolu du tyran, a cette réplique en forme d’aparté : « Il combat, semble-t-il, pour cette femme ». À laquelle Hémon répond : « Si tu es femme. Car je prends soin de toi. » (v 740-741)

Nous voilà ici à la croisée des chemins, les chemins contenus dans le nom d’Antigone, les chemins de la génération et du genre, ceux de la gentillesse aussi, mot de la même origine dont le sens premier est noblesse. Noblesse d’Antigone qui obéit à la loi de l’amour plutôt qu’au tyran. Noblesse d’Hémon qui parle avec cœur et sagesse. Noblesse, gentillesse de ces deux jeunes, l’une prenant soin de la dépouille de son frère, l’autre prenant soin tout à la fois de sa fiancée et de son père, contre la brutalité d’âme de ce dernier. « Si tu es femme », lui dit Hémon, touchant de façon saisissante au nœud de l’affaire, la hantise cachée de Créon : être femme. Son « être femme », nous le voyons, il lui faut absolument éviter qu’il ne se libère, il lui faut, via la figure dressée d’Antigone, l’envoyer aux enfers, au néant. Néant (du latin ne gens, du grec gonè) est la négation linguistique de tout ce que le nom d’Antigone contient. Néant signifie non-gens, non-génération, non-gentillesse. « Jamais tu ne l’épouseras vivante », dit Créon. (v.750), qui multiplie les formules enragées à l’encontre d’Antigone, qu’il appelle objet de sa haine (v.760). Mais, dit le Coryphée, « seule entre les mortels, libre et vivante, tu descends chez Hadès » (v. 820, trad. Leconte de Lisle)

Comme dans notre dernière lecture du Courage de la vérité, nous sommes arrivés avec Antigone au point du prendre soin d’autrui et du prendre soin de sa propre âme, au risque de la mort mais pour le profit de toute la cité.

à suivre

 

De la chute, mortelle, et de la descente, vitale

 

Le diable, le malin, est l’ange qui est tombé du ciel par orgueil. À l’homme aussi il arrive souvent de tomber de la même façon : refuser de se soumettre à Dieu, se croire plus fort, ou bien assez fort soi-même, c’est ce qu’on appelle le péché, c’est ce qui est la source de tous les péchés du monde. Il faut voir les choses très simplement : nous tombons sur le chemin si nous faisons les malins, si nous nous croyons plus fort que le chemin, si nous voulons ignorer la pente dans un chemin de montagne, si nous voulons ignorer le courant ou la crue dans un chemin d’eau, si nous voulons ignorer la circulation dans un chemin de ville, etc. Toutes ces situations physiques ont leurs correspondances spirituelles. Il y a une autre façon de tomber, c’est quand nous sommes poussés par un méchant ou un meurtrier, ou lorsque nous butons sur un caillou (un « scandale », c’est pourquoi Jésus a averti de ne jamais scandaliser un innocent, c’est-à-dire mettre sur son chemin un caillou pour le faire chuter), ou lorsque nous sommes accablés d’un poids que le monde a mis sur nous, comme la Croix sur le dos du Christ.

Mais en aucun cas tomber n’équivaut à descendre. Descendre n’est ni un péché ni une conséquence du péché, comme l’est tomber. Descendre est un geste d’amour. Dieu descend vers l’homme par amour. L’homme descend vers autrui et vers lui-même par amour de Dieu – même s’il l’ignore. Et si j’ai bien écrit que c’est tout au bout de la nuit que se trouve la lumière, il ne s’agissait en aucun cas d’une nuit du péché, ni d’une nuit de la perte de foi, ni d’une nuit du malheur, que nous en soyons responsables ou innocents. Mais de la nuit que constitue la descente. La descente n’est pas une chute. C’est dans la nuit al-Qadr et dans la nuit de Noël que descend la révélation de ce qui était caché, que vient la lumière de la vérité. Et quand l’homme par amour descend au fond de la nuit de l’homme, c’est dans la descente que se fait la mise à nu qui permet le passage dans la lumière.

« Lis ! » C’est le premier mot adressé par Dieu à son Prophète Mohammed. Mais lire sans descendre dans la profondeur du texte, sans descendre dans la profondeur de l’être en même temps, n’est pas lire mais mal comprendre et se tromper. La lecture est une ascèse, ou elle n’est pas. Lire engage tout l’être. Sinon, croyant lire et ne lisant pas, lisant superficiellement, l’être se perd par son erreur, répand l’erreur et la sème comme autant de scandales sur le chemin des innocents. De faux penseurs, voire de faux « mystiques » (à la façon de Georges Bataille) ont pu s’imaginer que le péché était une façon de trouver la vérité, la lumière et la grâce. Ils ont peut-être cru les trouver, alors qu’il ne leur venait que ces exclamations qu’on fait devant un feu d’artifice. « Pourquoi ? » demandait tout à l’heure Mgr Fouad Twal dans sa déchirante homélie de supplication pour le Moyen Orient, la Palestine, Jérusalem. Parce que les hommes, sur toute la terre, ne sont pas assez attentifs à distinguer entre le bien et le mal, et à rejeter le mal. Et ceci tout d’abord dans l’esprit. Car donner des gages à l’esprit du mal, ou se compromettre avec lui, c’est entraver le combat que l’Esprit Saint mène avec ses anges sur la terre comme au ciel. Tournons-nous vers le Miséricordieux, au ciel et en nous, accomplissons nuit après nuit, jour après jour, cette descente miséricordieuse qui est aussi ascension pour la Vie.

 

Onzième lecture

 

Qu’est-ce qu’on peut entendre comme bêtises. Des gens qui confondent tomber et descendre. Non, ce n’est pas du tout la même chose, c’est même tout le contraire. Dieu descend, le diable tombe. Des gens qui disent « on retombe tout le temps, c’est ça qui est merveilleux ». Non on ne retombe pas tout le temps, on peut tomber, se relever et ne plus retomber. On peut aussi ne jamais tomber, même si le pied trébuche souvent sur les chemins. Et pour ceux qui retombent tout le temps, cela n’a rien de merveilleux, c’est terrible, pour eux-mêmes et pour ceux qui sont autour d’eux. Des gens qui disent que Lazare est le symbole du « mourir à soi-même ». C’est complètement faux. Mourir à soi-même est bon et ne pue pas. Mourir à soi-même exhale un parfum de roses innombrables. Ce qui est arrivé à Lazare, c’est de se laisser gagner par la mort. C’est tout autre chose.

Tout cela dit en quelques minutes à la télévision. Par des auteurs de livres sans doute tout aussi pleins de faussetés. Et personne pour entendre combien c’est faux, combien on assomme les hommes de parole fausse. Partout, tout le temps. Le mal que cela fait, le mal que cela propage, le mal dont cela couvre la terre comme une énorme pollution dont on peut se demander s’il est encore possible de la sauver. Après le dernier enfant, « les hommes seront pareils à des bêtes », dit Ibn Arabî. Voilà où mènent les bêtises. Et Michel Chodkiewicz, à la toute fin de son livre Le Sceau des saints, ajoute :

« Alors aussi le Coran, qui est le « frère » de l’Homme Parfait, sera en l’espace d’une nuit effacé des cœurs et des livres. Vide de tout ce qui reliait le ciel à la terre, un univers glacial et dément s’enfoncera dans la mort : la fin des saints n’est qu’un autre nom de la fin du monde. »

Lisez bien cela, avant de dire n’importe quoi. Ignorants qui paradez dans le monde. Abrutis qui ne comprenez rien à rien. Vicieux qui vous trompez tout le temps. Pourris qui paradez dans les maisons de Dieu. Maniganceurs, fourbes et rusés qui vous posez en vrais. Inclinez-vous donc vraiment devant Ce qui est tellement plus grand que vous, inclinez-vous devant l’enfant dont la bouche dit la vérité, et servez-le plutôt que d’en faire le dernier.

« Écologie humaine », singeries et barbarismes

tout à l'heure au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

Sachant quelle pollution morale et politique, avec ses mouvements d’extrême-droite, a charriée la Manif pour tous, il est permis de s’interroger sur le mouvement « Écologie humaine » qui en sort maintenant. Mauvais signe, cette tendance lourde, dans la Manif pour tous et ses dérivés, à singer, à plagier. Et pire, à plagier pour dénaturer ce qu’on plagie. Après que Frigide Barjot a lancé le mouvement en s’appropriant les codes et l’esthétique gay, après que la Manif pour tous a utilisé nombre de démarquages intellectuellement frauduleux d’autres mouvements ou partis politiques, après que sont nés dans son sillage des micro-mouvements à caractère plagiaire aussi comme les Hommen, voici maintenant Tugdual Derville et ce think tank qui s’approprient un terme, écologie humaine, inventé par un géographe américain au début du vingtième siècle, et devenu une discipline universitaire dont l’enseignement est « complètement différent », dit l’un de ses enseignants, notamment parce qu’il cherche à dépasser l’opposition entre nature et culture.

« L’homme est la seule mesure ! » clament les « inventeurs » de l’ « écologie humaine », inventée un siècle avant eux et disant tout autre chose qu’eux. Que font donc ces chrétiens du Christ ? Les voici rembourbés dans un humanisme sans Dieu, où l’homme est si bien la seule mesure qu’on peut se passer de la Vérité, plagier ceux dont on s’approprie la parole en la dénaturant sans état d’âme, où l’homme est si bien la seule mesure que, comme toujours dans ce cas, il finit par n’être la mesure que d’un objet que l’on instrumentalise au service de soi-même.

« Journal du Vatican / La diplomatie du bâton et de la carotte », titre un vaticaniste. Autant dire, une politique de singe – et certainement pas du respect d’autrui. Un honnête homme n’emploie jamais une telle diplomatie, ni envers ses enfants, ni envers personne. Décidément, il faut tout leur apprendre. Les défenseurs du mariage et de la famille feraient mieux de commencer par défendre la nécessité de ne faire couple et famille que dans le respect absolu d’autrui, à l’intérieur et vers l’extérieur. Car ce n’est pas une paperasse délivrée par M. le maire qui rend légitimes et bons aux yeux de Dieu un couple et une famille, mais seulement le respect et l’honnêteté que les personnes ont les unes envers les autres, au sein de la famille ou de la communauté quelles qu’elles soient comme entre les membres des diverses familles ou communautés.

 

Le temps de la perversion


La Résurrection des morts et le jugement dernier, acrylique sur bois, 25 x 20 cm. Une oeuvre de Dimo, à voir en grand, ainsi que d’autres, sur son site.

 

Pour être libérées, les Femen européennes arrêtées en Tunisie ont présenté leurs excuses et se sont désavouées. Tu parles de militantes. Au premier problème, elles se déculottent. Voilà ce qu’il en est des soumis au système qui les emploie : achetés, ni courage ni honneur.

En Europe, elles sont assurées de n’être sanctionnées ni pour leurs attentats à la pudeur ni pour leurs manifestations non autorisées. Alors qu’un jeune manifestant du mouvement les Veilleurs a écopé de quatre mois de prison, dont deux avec sursis, pour refus d’obtempérer. Mais lui n’était pas une serpillière au service de la cause de l’Occident contre les Arabes ni contre l’honneur de l’être humain.

Toujours pas de nouvelles de ce qui s’est passé à Argenteuil il y a quelques semaines, où des femmes voilées ont été agressées, l’une d’elles en perdant le bébé dont elle était enceinte. L’enquête avance-t-elle vers la mise au jour de la vérité, ou vers l’enfouissement de la vérité ?

Un médecin italien se déclare prêt à greffer des corps de morts en bonne santé sur des têtes bien vivantes, qu’il couperait de leur corps handicapé ou malade. Dans la deuxième partie du dix-neuvième siècle, des médecins multipliaient les expériences d’électrisation de têtes guillotinées, pour les voir faire d’horribles grimaces et tenter de les rendre à une vie. L’un d’eux alla jusqu’à injecter son propre sang dans une tête coupée. Et l’on rêvait de pouvoir interroger les têtes de meurtriers ainsi ravivées pour obtenir leurs aveux.

Aujourd’hui le mal se cache mieux que ça. Et il ne faut pas y aller de main morte pour libérer les hommes qu’il enterre.

 

Histoire d’art

Entre un art contemporain, qui sur l’invitation du Vatican représente « Noé, Abraham et la nouvelle humanité, par de la toile de sac, du fil et des ampoules », dans une esthétique non pas pauvre mais misérable et misérabiliste, et un art liturgique néo-catéchuménal centralisateur, centré non sur le Christ mais sur un gourou omniprésent et omnipotent, excluant Dieu, le Vivant, qui se donne dans la diversité de sa beauté… l’article salutaire de Sandro Magister – dont, en lien, « Seule la beauté nous sauvera ».

Bien-pensance, confusion. Salut


oeuvre de Françoise Burtz

 

Les racistes français font trop souvent la confusion entre Arabes et musulmans ; leur racisme historique envers les Arabes alimente leur islamophobie. Mais les musulmans français font trop souvent aussi cette même confusion. Leur islam est identitaire, et leur identité est moins islamique que maghrébine. Les femmes doivent se voiler comme elles le faisaient dans de vieilles sociétés patriarcales (dont les Maghrébins du Maghreb cherchent à se libérer), la rupture du jeûne de ramadan est présentée comme une occasion de retrouver encore les traditions de « là-bas », mets typiques etc. Ce repli identitaire, comme bien d’autres, a ses raisons – il n’en demeure pas moins mauvais. Laissons l’identitaire à sa place, ne confondons pas tradition et religion, cherchons davantage l’esprit universel de l’islam.

Quoique mon parler y ait toujours été respectueux, et quoique je sois des très rares commentateurs qui parlent à visage découvert, je ne peux plus commenter sur saphirnews.com, ni sur oumma.com ; mes commentaires sont systématiquement censurés chez le catholique Patrice de Plunkett, chez BHL et sa Règle du jeu aussi ; j’ai proposé un blog à Rue 89 sur des questions de religion liées à l’actualité – ils m’ont demandé un premier post pour voir, puis n’ont pas répondu. Athée, juive, chrétienne ou musulmane, la bien-pensance dans ses divisions œuvre en commun contre la parole libre, la parole de vérité. Rien de nouveau sous le livide soleil des hommes.

Hier était la fête de Jean le Baptiste, qui a perdu la tête par la faute d’Hérode, et non par celle d’une petite danseuse manipulée. La danseuse, le danseur en Dieu, eux, font tomber les têtes d’Hérode – car il en a beaucoup, comme la bête de l’Apocalypse. Autant de têtes qu’il y a en ce monde d’abuseurs et manipulateurs en tous genres, et notamment tous ceux qui sur internet ou ailleurs parlent sous diverses identités et commettent des abus de pouvoir répétés. Jean crie encore dans le désert contre bien des faux pieux, qui vont jusqu’à le confondre avec la bête.

La vidéo de la bagarre qui a coûté la vie à Clément Méric révèle semble-t-il qu’il a attaqué le premier. Je désapprouve entièrement une telle attitude, mais il n’en reste pas moins que c’est lui qui est mort, que c’est du côté des skinheads que se trouvait un poing américain, que les antifas n’ont jamais tué ni été animés par la haine raciste et homophobe, que les skinheads ont fait d’autres morts bien avant que les antifas n’existent, que les antifas se sont constitués en réaction aux agressions multiples des skinheads, à une certaine période qui semble-t-il se réactive. Encore une fois, évitons de tout confondre.

«Je suis Moïse sauvé des eaux. Je ne voulais pas partir. On a dû laisser le manger sur la table. Je suis née le 5 septembre 1932 sous le signe de la Vierge. Dimanche, je suis allée remercier la Vierge de m’avoir sauvé la vie. Avec les habitants du village, on s’est rassemblés à l’église, puis à la salle des fêtes, et on a chanté «Douce Vierge de nos vallées», confie Marie-Antoinette Destrade. Le texte de ce chant se trouve dans Voyage.