Joie du combat

J'ai fait ces photos hier au centre d'animation de mon quartier, où se terminait une exposition "Sumo d'Afrique et d'Asie", par Soumaïla Ouedraogo

J’ai fait ces photos hier au centre d’animation de mon quartier, où se terminait une exposition « Sumo d’Afrique et d’Asie », par Soumaïla Ouedraogo

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Eric Drouet arrêté sur les Champs Élysées. Sa figure monte, le pouvoir s’enfonce. Quelle époque fantastique à vivre et à observer.

En Inde, les femmes ont formé une chaîne humaine de 620 kilomètres pour défendre leurs droits.

Picasso disait vivre comme un pauvre tout en étant riche. Nul inventeur, dans quelque domaine que ce soit, ne peut vivre comme un riche. Les riches sont ficelés, leur possibilité de génie encore plus entravée que celle des pauvres.

J’ai tiré à la carabine à Noël dans la montagne. Ni collectivisme ni libéralisme, la liberté invente d’autres solidarités, d’autres existences.

Une autre façon de vivre en combattant est de vivre comme un·e sans-pouvoir tout en étant plein·e de pouvoir. Telle est la révolution du génie, celle que le peuple peut accomplir.

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soumaila ouedraogo 2-min

soumaila ouedraogo 3-minsoumaila ouedraogo 4-min*

Bonne année !

Nous nous souhaitons bonne année pour l’année qui vient, c’est bien, mais n’oublions pas de nous dire aussi, intimement, bonne année pour l’année passée : de nous rappeler tout ce que nous estimons digne d’être retenu dans le temps vécu.

fevrier,,-minAprès la crue de la Seine en janvier, à Paris la péniche en béton de Le Corbusier a coulé

fevrier,-minNeige en février à Paris, ici en face de la Grande mosquée

fevrier,,,-minFévrier à Édimbourg, l’université la nuit

mars,-minMars à Edimbourg, encore plus magnifique sous la neigemars-min

mars,,,-minMars, après un cours au Collège de France

mars,,-minMars, sous-sol du château de la Roche-Guyon, où j’ai participé à une journée d’étude

avril,,-minAvril sur l’île Saint-Louis à Paris, j’étais en heureuse compagnie

avril,-minToujours en avril à Paris, manifs et cerisiers en fleur

avril-min

mai-minAvril-mai : à la fac de Tolbiac occupée et taguée, où j’ai animé un atelier d’écriture

mai,-minMai, la façade du McDo face au Jardin des plantes, après la manif où Benalla s’illustra

mai-minMai à l’université de Cergy-Pontoise, où je suis allée remettre ma thèse

juin-minJuin à Paris, je colle des post-it un peu partout

juillet-minJuillet, vue de ma chambre d’hôpital à la Pitié-Salpêtrière

juillet,-minJuillet, lotus au Jardin des plantes

octobre-minOctobre, travaillant à la bibliothèque des chercheurs du Muséum

octobre,-minOctobre, au Mont-Saint-Michel

octobre-minOctobre, à Saint-Malo

novembre-minNovembre, à la Pitié-Salpêtrière, où je continue les soins après une deuxième opération en septembre

novembre,-minNovembre, au bord de la Loire, où nous sommes allés notamment à Chambord et dans la maison de Léonard de Vinci

novembre,,-minFin novembre, place d’Italie où tous les travaux vont être promptement terminés avant la manif des Gilets jaunes

décembre-minDécembre, mes quatre fils réunis dans les Pyrénées et un Noël en famille, de 4 à 62 ans

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2018, photos Alina Reyes

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Bonne année !

Mes phrases à travers siècles

lilithEn ces jours symboliques de passage du temps, quelques phrases de mes livres et autres écrits comme autant de projecteurs sur ce qui est passé, ce qui se passe, ce qui se passera.

Dans mon roman Lilith (éd Robert Laffont, 1999, anticipation située dans Lone, une ville-monde, et dont la narratrice est paléontologue, directrice du Muséum d’histoire naturelle, livre préfigurant entre autres l’effondrement d’un ordre inique du monde, la crise dévastatrice du réchauffement climatique et la vague #MeToo) :

 » – Il y a toujours eu des dominants et des dominés, vous savez, disait une mère de bonne famille interrogée à la sortie de l’école. Ils seront pareils une fois adultes, c’est normal !
– Et ton gosse, pétasse, c’est un dominant, évidemment ! hurla le chauffeur. Si tu te fais braquer dans la rue par un camé, ça sera qui, le dominant ?  Ces conneries me tuent, conclut-il en me regardant dans le rétro. Ils sont en train de tuer Lone. Ils ont peur de la fin, alors ils la précipitent… Moi je vais me casser. Je tiens pas à être là quand ça va péter. »

« À travers Lone de grands primates policés par millions se croisent et se désirent, enfermant leur désir derrière des murs et des vêtements, l’évacuant dans l’art, la folie ou la mort – mais bien plus nombreux sont les fous et les morts, mêmes vivants. Car le singe nommé homme est un génie, et un dégénéré. »

« Ce millénaire sera celui du temps du rêve, où l’esprit humain et le monde ne feront plus qu’un même et vaste espace mental, peuplé de rêves et de visions…
– Ou bien celui du temps de la guerre…, dit Leïla. »

« Dans la bagarre je lui arrachai sa barbe, qui était fausse. Je ne m’en rendis pas compte sur le coup mais j’en ris beaucoup, après. Quand tout fut fini, son visage enfin immobile, son postiche arraché et son chapeau tombé, je reconnus T. T., Thomas Tuvu, un ami de Rudolf, et le plus célèbre présentateur du journal télévisé. »

« Les premières émeutes naissent spontanément dans les quartiers est de la ville. Sauvagement réprimées, elles font deux morts et plusieurs blessés parmi les manifestants. »

« Depuis des années beaucoup s’attendaient à une révolution violente. Mais la violence s’est infiltrée si profondément au cœur des corps qu’elle ne sait plus en sortir et les mange de l’intérieur.
La ville restait sans maire, la préparation de nouvelles élections se trouvant sans cesse retardée par des problèmes administratifs aussi complexes qu’incompréhensibles. Depuis longtemps l’administration n’était plus qu’une énorme ogresse impotente, une grosse machine aux rouages rouillés et dangereux. (…)
Cependant les balayeurs continuaient à balayer, les éboueurs à ramasser les ordures, les flics à faire leurs rondes, les écoles à encadrer les enfants, les médias à médiatiser, les spéculateurs à spéculer, les hôpitaux à se cogner la douleur de la ville, les morgues à encaisser les morts et les incinérateurs à les faire cramer.
Lone était un paquebot géant affairé à sombrer très lentement dans l’insondable océan et bien sûr quelques-uns, trop lucides ou paniqués, sautaient par-dessus bord avant la fin, mais la plupart fermaient les yeux sur le naufrage et continuaient à nettoyer les ponts et à entretenir les salons et les cabines, comme si cela devait suffire à maintenir le bateau sur l’eau. Fluctuat et mergitur.« 

« À cause de la chaleur les plus faibles, vieux, jeunes enfants et malades commencent à mourir. Des bouches de métro et d’égout on voit sortir des larves humaines par centaines, souvent mortes, mais parfois encore horriblement vivantes. Microbes et  virus se propagent à toute allure, semant la mort avec une gloutonnerie sauvage. »

« José erre dans l’hôpital, en quête d’un médecin ou d’une sage-femme, elle est seule dans le couloir avec sa douleur. Des allées et venues se produisent autour d’elle, mais personne ne semble la voir ni l’entendre. »

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titre-minCes thèmes, ainsi que ceux du racisme, du sexisme, de l’immigration, de la domination politique et religieuse, sont mis en scène dans beaucoup de mes livres, notamment dans Poupée, anale nationale, dans Moha m’aime, dans Corps de femme et dans Politique de l’amour, tout particulièrement dans Forêt profonde, également dans Souviens-toi de vivre… Je ne vais pas tous les citer, voici simplement quelques phrases de ma thèse Écrire (2018, en ligne sur ce site) :

« L’homme est un être qui trace : qui suit à la trace, et qui trace ce faisant des lignes, de ses doigts sur toutes sortes de parois comme de tout son corps dans l’espace où il se déplace (j’aime spécialement l’emploi intransitif du verbe tracer pour exprimer le fait de marcher à vive allure, ou, en botanique, l’action de ce qui est traçant : des racines notamment). »

« L’art, la littérature, ne sont pas des reproductions de l’être mais des mécanismes à réveiller la conscience de l’être. Mécanismes comparables à l’allégorie de la Caverne de Platon, faite pour réveiller la conscience des hommes face au mur de représentations humaines qui ne sont pas plus des êtres humains que la pipe ou la pomme peintes par Magritte ne sont une pipe ou une pomme. »

« L’écriture pourrait être considérée comme une lecture de notre sang, une traduction, une interprétation de la langue portée par l’écriture qui constitue notre sang. »

« À ce stade de notre histoire, il nous faut toujours continuer à chercher la lumière, et dans cette quête le sang que nous devons faire couler, dans un cadre bien pensé, n’est pas d’hémoglobine mais d’esprit : ce qu’il nous faut tuer, c’est ce qui a rassis en nous au cours des millénaires, ce qui continue à œuvrer mécaniquement, ayant perdu son sens. »

« Notre cheminement tient du ruban de Möbius, sauf que nous ne tournons pas sans fin dans la nuit ni ne finissons consumés par le feu, comme le dit en en palindrome latin Guy Debord : le ruban sur lequel nous évoluons a bien davantage de dimensions que celui de Möbius. Si bien que nous ne repassons jamais exactement aux mêmes points, les courbures de l’espace-temps changeant continuellement le paysage. Ce qui semble fermé s’ouvre, et de même que nos ancêtres gravèrent des signes sur les coquilles ou à l’intérieur de ces autres coquilles que sont les grottes, un poussin de signes a grandi dans notre thèse, et voici que, frappant en sa conclusion, il la fend et en sort (…) »

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Mes 13 femmes de l’année et de l’avenir

Elles sont ce que je peux souhaiter de meilleur pour l’humanité qui vient. Mes femmes de l’année et de l’avenir sont d’abord deux jeunes filles de 16 et 14 ans, scientifiques et artistes, polyglottes, sportives et lectrices, fortes psychiquement et physiquement, d’un grand courage, sachant vivre dans différents pays et différentes conditions, en ville et dans la nature, à la dure, en route vers leur liberté accomplie. Les voyant, je vois sortir de moi, de nous, un peuple de justes.

Et de ma tête, et de mes mains, sortent des personnages qui s’écrivent, des figures qui s’esquissent et se dessinent. Voici celles de cette année 2018 qui s’achève  :

joconde roulée-min

h-min-1

t-min

la pensée-min

J'ai fait ce collage ce soir et je l'intitule Autoportrait en fête

obliques-min

h-min

evolution-min

figure-min

h,-min

t,-min

parfum-min

rando-min

 dessins et collages Alina Reyes

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Vallée de Barèges

Dans la série « Habiter poétiquement : des lieux en photos », voici celles que j’ai faites ces jours derniers dans la vallée de Barèges. Par un Noël sans neige mais doux et radieux (alors que plus bas, Lourdes est restée sous une chape nuageuse de plomb), ce fut l’occasion de faire de magnifiques balades en famille – il va falloir s’y habituer, et les stations devraient s’y faire, au lieu d’investir dans de dévastateurs et coûteux équipements pour maintenir les domaines skiables : il n’y a pas que le ski dans la vie, et la montagne fait toujours un bien fou.

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barèges 2-minFace à la grange, les crêtes à isards et les couloirs d’avalanche

barèges 1-min*

barèges 2-min-1Du plateau du Lienz, la vallée de la Glère, un départ pour l’ascension du pic du Néouvielle

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barèges 1-min-1La Piquette. Tout change tout le temps à la montagne, tout en ayant l’air immobile. Selon les lumières, les heures, les saisons… et aussi selon la perspective. Le même massif, vu d’un autre côté le lendemain :

barèges 12-minLe triangle pierreux à gauche de la photo est celui de la photo précédente, mais cette fois la perspective ne cache pas la crête saupoudrée de neige qui le surmonte à l’arrière.

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barèges 4-minLe gave qui a dévasté la vallée en 2013 coule maintenant dans son lit élargi.

barèges 5-minUn tag dans un recoin en haut du village de Barèges

barèges 6-min

barèges 3-min-1Apparaît au-dessus des toits le splendide massif de l’Ardiden

barèges 8-min

barèges 9-minEncore la Piquette, à l’arrière-plan, et devant à gauche la forêt de la Laquette

barèges 10-minDe nouveau l’Ardiden

barèges 11-min

bois et os ; et lux perpetua luceat eis

barèges 13-min

barèges 14-minLe pic de l’Ayré avec sa forêt (« ma » forêt)

barèges 15-minMontagnes à estives et pics altiers, les Pyrénées encaissées et sauvages

barèges 16-minDerrière la crête, le pic du Midi avec son observatoire et son antenne

barèges 17-minLe village de Sers ; à l’arrière-plan celui de Betpouey. La route et le gave descendent vers Luz

barèges 18-minLa lumière dessine

barèges 19-minLe ciel et la montagne s’épousent

barèges 20-minRetour de balade, à Barèges la nuit tombe

barèges 3-minet à la grange, c’est toujours Noël

ces 25, 26 et 27 décembre 2018, photos Alina Reyes

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Le temps de lire, de penser, de rêver, de marcher, d’aimer

sapin de livresC’est tout le temps que je souhaite en cette fin d’année à celles et ceux qui peuvent prendre quelques jours.

J’ai reçu cette image de sapin de livres dans un mail de la Sorbonne, je vous la partage. Si vous êtes loin des librairies et des bibliothèques (et même si vous êtes près), n’oubliez pas qu’ici à cette adresse vous avez de nombreuses lectures disponibles, que ce soit le blog lui-même, notamment avec ses notes de lecture, son Journal de mon corps et âme…, ou les livres mis gracieusement en ligne, ainsi que ma thèse, qui comporte une partie théorique et une partie fictionnelle. Sur le site se trouvent aussi une petite quinzaine de mes livres numérisés, téléchargeables à tout petit prix. Et le grand livre Voyage en papier, édition et couverture maison, un beau cadeau.

Bonnes lectures !

* Vous pouvez aussi voir mon compte twitter, actif surtout en « réponses », et refusant les followers anonymes

Danser. Sur les cendres et sur l’herbe verte

Le terroriste de Strasbourg a été abattu par les forces de l’ordre. Tous les scénarios possibles de son acte devaient aboutir à cette conclusion, tôt ou tard.

Le ministre de l’Éducation nationale veut interdire aux enseignants de critiquer l’Éducation nationale sur les réseaux sociaux. Prochaine étape : le Premier ministre voudra interdire aux citoyens de critiquer le gouvernement. Tout va très bien, madame la marquise.

La seule façon de soutenir ceux qui luttent contre le monde inique c’est d’être soi-même en lutte, réellement, par toute sa vie, tout son corps, pas seulement en discours et autres divertissements (au sens pascalien) militants.

Je suis retournée danser avec un appétit féroce, cet après-midi, après le cours de danse de mardi et avant le cours de yoga de demain. Le corps exulte, il le faut ! pour la paix de l’esprit.

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paris 13e 10-mincet après-midi à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Pas un jour sans danser

Hier matin dans la salle de danse, photo Alina Reyes

Hier matin dans la salle de danse, photo Alina Reyes

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Effet du hasard ou d’une communication des âmes ? Sans nous être concertées, nous sommes arrivées toutes les trois vêtues de rose vif et de noir pour le cours de danse. La prof nous a fait répéter la chorégraphie en nous tenant les unes les autres par l’épaule, afin que nous dansions vraiment ensemble, que nous sentions physiquement les vibrations et les mouvements d’un corps à l’autre, que nous les accordions ainsi plus finement, avant de danser à la fois individuellement et ensemble. Avec nos morphologies différentes, nos peaux de couleurs différentes, nos âges différents, nos personnalités différentes, nous avons été, chacune et ensemble, heureuses.

Il faut savoir danser seul·e pour pouvoir danser ensemble, et réciproquement. L’une des plus belles inventions des Gilets Jaunes est cette façon de faire mouvement ensemble, en réunissant différentes sensibilités sans pour autant se ranger rigidement derrière une idéologie directrice. Jusqu’ici, ils ont réussi cette chose difficile sans se laisser défaire par les tensions qu’une telle composition génère, et cette réussite est ce qui stupéfie le plus les classes représentantes et garantes de l’ordre social institué, de plus en plus raide à mesure qu’il vieillit. Cette souplesse du mouvement, qui évoluera, s’effacera peut-être mais pour réapparaître plus forte, est un signe de jeunesse à venir pour notre monde.

En face, du côté de l’ennemi (ce n’est pas le peuple qui en fait son ennemi mais lui qui se prouve chaque jour ennemi du peuple), rigidité des genoux et vieilles ficelles machiavéliques. Un attentat tombant à point pour alimenter les « théories du complot », cela prouve seulement que le peuple ne peut avoir confiance en un président et un pouvoir utilisant obscènement au 20 h à la télé le drame des migrants et la question pourrie de l’identité nationale pour détourner des exigences de justice sociale, des exigences de justice. La justice demande la justesse, et pour trouver la justesse, il faut apprendre à danser.

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détail d'une de mes anciennes peintures

détail d’une de mes anciennes peintures

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Voir aussi le mot-clé Danse

et notamment ces vidéos de marches et danses

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Ubu est nu. Faux princes et vrais rois

La chute d’Emmanuel Macron me rappelle celle de Tariq Ramadan, autre faux gourou, autre personnage faux. Ramadan, de toute évidence plus instinctivement talentueux pour subjuguer, a duré bien plus longtemps et a réussi à se faire idolâtrer des pauvres et à convaincre des riches de lui fournir argent et position. Macron a réussi à faire des riches ses supporters, mais n’a pu que se rendre insupportable aux pauvres. Sa stratégie était beaucoup trop calculée et surjouée. Hier soir il s’est avéré de nouveau calculateur et surjoueur, incapable d’une parole d’homme à homme, d’une parole directe, humaine – seulement d’un message enregistré sentant à plein nez les petits calculs. Macron et Ramadan, imposteurs parmi d’autres, ont également la lâcheté en commun. Pris la main dans le sac, ils essaient de se faire plaindre, se mortifient, ravalent ostensiblement leur peine, rajoutent de la comédie à la comédie, de la farce à la farce. Ubu est nu.

Le fil une fois tiré, c’est tout l’habit qui vient. Le reste, le si peu de corps et d’âme qui reste, le temps en décide.

Les gens de la caste ont horreur des déshabilleurs, des déshabilleuses. Que ce soit pour le critiquer ou pour prétendre le comprendre, ils ne savent voir le peuple que dans une condescendance qui sanctionne ce qui est à son sens mauvais en lui (comme si le racisme, le sexisme, l’homophobie et autres incorrections politiques n’étaient pas aussi répandues dans la caste que dans le peuple – la caste ayant seulement plus souvent soin de les cacher, l’hypocrisie étant sa loi et son gage de réussite), et pour le reste ne voient que misère matérielle et intellectuelle chez ce peuple, même quand il arrive qu’ils en soient issus et veulent à ce titre se persuader et persuader qu’ils le défendent. J’ai déjà évoqué au passage le texte pleurnichard d’Édouard Louis dans Les Inrocks, je pense aussi aux mots indigents d’Annie Ernaux hier dans Libé – dont je ressens d’autant mieux la condescendance qu’elle l’a exercée un jour à mon égard, me faisant une leçon pitoyablement maternaliste du haut de sa renommée : selon elle, je ne devrais pas écrire de textes excitants – je l’ai dit, ces gens ont horreur des femmes et des hommes qui déshabillent les faux princes et les fausses princesses.

 

le fil du temps,-min-1

 

Les maîtres des horloges, les rois du monde, ce sont les pauvres, ceux qui vivent sans chercher à tromper, ceux qui appartiennent à la vérité nue. J’ai trouvé en ligne ces phrases de Cornelius Castoriadis :

« Dans le pays d’où je viens, la génération de mes grand-pères n’avait jamais entendu parler de planification à long terme, d’externalité, de dérive des continents ou d’expansion de l’univers. Mais, encore pendant leur vieillesse, ils continuaient à planter des oliviers et des cyprès, sans se poser de questions sur les coûts et les rendements. Ils savaient qu’ils avaient à mourir, et qu’il fallait laisser la terre en bon état pour ceux qui viendraient après eux, peut-être rien que pour la terre elle-même. Ils savaient que, quelle que fût la « puissance » dont ils pouvaient disposer, elle ne pouvait avoir des résultats bénéfiques que s’ils obéissaient aux saisons, faisaient attention aux vents et respectaient l’imprévisible Méditerranée, s’ils taillaient les arbres au moment voulu et laissaient au moût de l’année le temps qu’il lui fallait pour se faire. Ils ne pensaient pas en termes d’infini – peut-être n’auraient-ils pas compris le sens du mot ; mais ils agissaient, vivaient et mouraient dans un temps véritablement sans fin. »

Les carrefours du labyrinthe, II, 1986

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Repos de la guerrière

repos de la guerrière-min*

Après une journée de grande bataille, je me suis reposée le soir en faisant ce dessin dans mon carnet tout en écoutant le mantra Ong Namo.

À la maison, vers 13h, sans nous être concertés, nous nous sommes tous mis à nettoyer quelque chose – ce qui n’arrive pas si souvent, car nous ne sommes pas des fans du ménage. J’ai passé du temps à débarrasser la succulente des parasites qui y avaient proliféré. À chacun, à chacune sa façon de participer au combat.

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Kundalini yoga et batiks d’Akiko Iwasaki

Akiko Iwasaki, "Notion d'inexistence du temps"  (avec mon reflet en train de le photographier)

Akiko Iwasaki, « Notion d’inexistence du temps » (avec mon reflet en train de le photographier)

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Comme coussin de yoga, j’ai pris mon livre Voyage, épais avec ses mille pages, et je l’ai enveloppé d’un chèche, retenu autour du livre par un lacet de chaussure. J’aime bien savoir que je médite et pratique des exercices assise sur mon travail, sur toutes ces pages entièrement dédiées à la spiritualité, entourées d’un foulard de nomade du désert. Au jour où, pour les chrétiens, le Christ a été crucifié, au jour et à l’heure où les musulmans, à la mosquée toute proche, se rassemblent pour la grande prière, je pratique avec d’autres femmes et hommes, dans une salle de danse, le kundalini yoga, qui exerce l’esprit à travers le corps et donne paix, joie et vision de la vérité.

Les catholiques m’ont très maltraitée, par sexisme, puritanisme, autoritarisme et imbécilité. Après avoir voulu les aider, je les ai quittés, les voyant décidément irrécupérables. Les musulmans m’ont laissée tranquille, du fait qu’ils n’ont quasiment pas de clergé. La spiritualité islamique me convient parfaitement, et la grande prière où nous étions tous et toutes réunies dans le jardin intérieur de la Grande mosquée constituait un moment absolument splendide. Malheureusement le recteur a décidé de mettre les femmes à part en leur assignant une salle à l’entresol ; ne pouvant accepter ça, j’ai cessé d’aller prier à la mosquée. Au même moment, donc, dans notre salle de danse toute proche, guidée par la professeure, nous récitons le mantra Ong Namo Guru Dev Namo, c’est-à-dire : « Je m’incline face à la l’énergie première et créatrice, je m’incline face à la sagesse subtile et divine » ou : « Je m’incline devant la subtile sagesse divine, le divin enseignant intérieur ». Nous enchaînons les postures et les exercices, les chants, les récitations, les souffles, les méditations (tête voilée parfois), et pour finir nous récitons le mantra Sat Nâm, qui signifie « Je vois, je suis (être), la vérité », puis nous nous inclinons comme dans la prière islamique et nous nous redressons avec le sourire.

Akiko Iwasaki, une artiste qui organise des stages de batik, exposait les siens jusqu’à hier dans un couloir du même bâtiment. Leurs titres à eux seuls constituent des poèmes, et, associés à leur dessin, un beau support de méditation, de rêverie, de réflexion :

"Examen de la double fente, Mécanique quantique"

« Examen de la double fente, Mécanique quantique »

"La gravité"

« La gravité »

"Le jardin du temple au pavillon d'argent"

« Le jardin du temple au pavillon d’argent »

"Printemps"

« Printemps »

"Sukhumvit soi"

« Sukhumvit soi »

"Sutra du cœur"

« Sutra du cœur »

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