
rue Mouffetard à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes
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La mode est à résumer sa thèse en 180 secondes. Voici le résumé de la mienne en 180 signes :
J’ai écrit dans ma thèse qu’elle était semblable à un biface et aussi à un ruban de Möbius. Cela revient à dire : sa bifacie est une illusion. Là est le sujet, le sens de ma thèse.
Et voici ce que j’ai écrit dans ma thèse à propos de ma thèse :
« … sur l’autre face de notre ruban, de notre fil d’or dans le labyrinthe – autre face elle-même composée, comme ces bifaces à fines et nombreuses facettes que taillaient les humains préhistoriques, de deux faces »
Plus précisément :
« Notre cheminement tient du ruban de Möbius, sauf que nous ne tournons pas sans fin dans la nuit ni ne finissons consumés par le feu, comme le dit en en palindrome latin Guy Debord : le ruban sur lequel nous évoluons a bien davantage de dimensions que celui de Möbius. Si bien que nous ne repassons jamais exactement aux mêmes points, les courbures de l’espace-temps changeant continuellement le paysage. Ce qui semble fermé s’ouvre, et de même que nos ancêtres gravèrent des signes sur les coquilles ou à l’intérieur de ces autres coquilles que sont les grottes, un poussin de signes a grandi dans notre thèse, et voici que, frappant en sa conclusion, il la fend et en sort, tel Athéna de la cuisse de Zeus, ou Ulysse de la pensée d’Athéna-Pénélope, sans primauté de l’œuf ou de la chouette, car il n’est dans cette dimension ni premier ni dernier, et qu’il déplie ses ailes en d’autres textes, des traductions et un roman initialement intitulé Histoire de l’être, que voici sur l’autre face de notre ruban, de notre fil d’or dans le labyrinthe – autre face elle-même composée, comme ces bifaces à fines et nombreuses facettes que taillaient les humains préhistoriques, de deux faces : lecture (traduction), et écriture (fiction). Car de même que « dans le système de Poe », écrit Valéry, « la consistance est à la fois le moyen de la découverte et la découverte elle-même (…) L’univers est construit sur un plan dont la symétrie profonde est, en quelque sorte, présente dans l’intime structure de notre esprit. »
Qu’est-ce qu’un labyrinthe ? En grec ancien, le mot s’employait aussi bien pour désigner un lieu rempli de détours que pour qualifier une poésie, une danse, un coquillage. Nous pourrions aussi bien répondre : un cerveau – et j’ai cité dans ma thèse Michel Foucault parlant ainsi de sa tête : « ouverte sur le monde extérieur par deux fenêtres, deux ouvertures, j’en suis bien sûr, puisque je les vois dans le miroir, et puis, je peux fermer l’une ou l’autre séparément ; et pourtant, il n’y en a qu’une seule, de ces ouvertures, car je ne vois devant moi qu’un seul paysage, continu, sans cloison ni coupure ».
Seulement, la plupart du temps, les humains ne savent pas s’y retrouver. Ils oublient, comme les enfants sans pensée de Sa majesté des mouches, qu’il faut faire signe pour pouvoir être retrouvé, sauvé. Ils oublient pourquoi le feu. Et leur monde sombre dans la barbarie. Il y a des masses de livres, en particulier ceux qui se vendent le mieux, que je ne peux pas lire car ce sont des livres barbares, qui ne font signe de rien, qui sont froids comme des cadavres – ce qui se traduit par un manque de style, ou même une langue assassinée. Comment les gens font-ils pour avaler ça, ce massacre de la musique ? Le plus inquiétant est que beaucoup ne savent plus avaler que ça, qui ne fait que les cadenasser dans les oubliettes de leur tête, où ils restent enfermés, incapables de se déplacer.
Voir aussi, à propos du labyrinthe, ma note Joie de la recherche
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Hier après-midi au jardin des Plantes, photos Alina Reyes





Hier au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes
C’est parti pour deux heures de balade dans le sud du 13e, côté asiatique. Comme j’ai maintes fois photographié les très nombreuses œuvres de Street Art qu’on peut y admirer, je ne les ai pas rephotographiées, sauf quelques petites œuvres nouvelles ou changées avec le temps, comme celle-ci. Pour les grandes fresques et autres, suivre le mot-clé street art.

Il y avait là une fête nord-africaine avec de la bonne musique, tambour et une espèce de cornemuse.
En approchant de la fac de Tolbiac, la rue Nationale a été renommée rue Clément Méric.


Où les restos asiatiques peuvent se fournir en chats porte-bonheur

Un oiseau peint sur une feuille de journal chinois

À l’entrée du parc de Choisy












Place de la mairie, un jour de mariages








Ce vendredi après-midi au jardin des Plantes à Paris, photos Alina Reyes


Sachant que j’aurais trois-quarts d’heure de battement entre deux rendez-vous, j’ai saisi dans ma bibliothèque le minuscule La grande ville de Nina Berberova et je l’ai glissé dans mon sac en partant. Un peu plus tard, assise sur un banc au fragile soleil dans la verdure de l’Allée haute de la Salpêtrière, j’ai relu lentement ces trente pages lues il y a longtemps. Toujours avec la même joie, le même transport littéraires. Voici un bref passage de ce texte tout entier dansé :


Ces jours-ci à Paris 13e et 5e, photos Alina Reyes
Le travail ne s’exerce pas seulement sur les muscles et les articulations, mais aussi sur les organes, la circulation du sang, l’oxygénation, notamment du cerveau. Dès le premier cours, il est clair qu’il s’agit d’une pratique puissante (d’ailleurs dangereuse pour les personnes qui ont ou ont eu des problèmes psychiatriques). Une pratique spirituelle autant que physique. Kundalini, du mot sanskrit kundala qui signifie « entouré en spirale », désigne « une puissante énergie spirituelle lovée dans la base de la colonne vertébrale », une « énergie cosmique » (article détaillé :
Je devais aller chercher un livre que j’avais commandé. Sur le chemin, boulevard de l’Hôpital, j’ai photographié les inscriptions sur le trottoir
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Sa fille était en train de finir de l’installer, j’ai parlé avec elle.
Shanping Liu peint beaucoup, à l’encre, les cyprès, nommés en Chine arbres de vie, et qui peuvent vivre 5000 ans
C’est très très beau. Et aussi la montagne, et ses monastères



Sur le petit panneau en haut de celui-ci, on pouvait lire : « anarchie végétale pour un monde moins brutal »

My Favorite Thing is Monsters, le roman graphique d’Emil Ferris, tout au stylo. Il vient de paraître aussi en traduction française, mais je préférais avoir la version originale. Magnifiquement dessiné, mis en page, raconté.

