À la Caverne de l’Apocalypse

La grotte de Patmos, semblable à la caverne du Coran (image trouvée ici)

 

Un dimanche de juillet 2007, sur l’île de Patmos, je me levai à l’aube et partis par la forêt, seule, monter à la grotte où saint Jean écrivit l’Apocalypse. J’y avais déjà passé du temps la veille, mais quelque chose me pressait d’y retourner. En arrivant, je découvris qu’il s’y célébrait une messe. Voici le récit que j’en fis dans mon journal.

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La grotte était occupée par une assemblée assez nombreuse, mais seulement composée de fidèles grecs. C’était la première fois que j’assistais à une messe orthodoxe. Une iconostase double le fond de la grotte, qui est de dimensions assez modestes. Le pope allait et venait de chaque côté de la paroi, agitant son encensoir, chantant et lisant. Sachant la prononciation moderne du grec, je reconnaissais beaucoup de mots. Les fidèles, très pieux, n’hésitaient pas à passer devant l’officiant pour aller baiser les icônes, se prosterner devant l’endroit de la roche où Jean reposait sa tête pour dormir.

Assis sur d’étroits bancs de bois ou debout, ils se signaient très souvent, dans le sens inverse du nôtre et de nombreuses fois à la suite, très rapidement, comme pris d’urgences répétées. Des jeunes filles semblaient vouloir rivaliser de ferveur, à qui s’agenouillerait le plus longtemps – et les plus vilaines étaient les plus ferventes, mais de belles femmes étaient aussi très émues, et les hommes paraissaient tout pénétrés et forts de leur foi. L’ensemble de la cérémonie était tout vibrant de beauté, essentiellement grâce aux textes dits et chantés, de densité, de mystère (notamment par les allers et retours derrière et devant l’iconostase), et en même temps, dans cette atmosphère de rigoureuse observance des rites, d’une singulière liberté de l’assistance qui pouvait aussi aller et venir – à moment donné, un homme est même passé derrière l’iconostase avec le pope.

À la fin vint le moment de la communion. Du pain normal coupé en cubes fut distribué aux fidèles qui sortaient, mais avant cela le pope donna à chacun, à la petite cuillère, ce que je supposai être un vin épais. Je me demandai si j’irais aussi, mais une petite scène m’y fit renoncer. La plupart des femmes s’étaient couvert la tête, et j’avais mis aussi le foulard que j’avais dans mon sac, mais lorsque se présenta devant le pope une jeune femme qui s’était entouré le visage à la façon d’une musulmane, le barbu lui demanda, d’une voix forte et sévère : « Istè orthodoxi ? » (« Tu es orthodoxe ? »)

« Nè », répondit-elle, « Oui », et il accepta de lui donner la communion. Je compris que je n’avais nul droit de prendre ma place dans le défilé, et que si j’osais me présenter devant lui, le regard du pope à la barbe noire aurait tôt fait de m’identifier comme iconoclaste. Je me suis sentie toute joyeuse.

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Je suis fidèle à ce voyage que je fis dans ce triangle d’or, Patmos-Éphèse-Samos (île de Pythagore), songeant aussi à Rûmi, un peu plus loin dans les terres. Je ne suis à personne, je suis pour tous, en tous, et mon amour scintille, brûle et s’étend dans mon corps comme tout le cosmos.

 

Parole de Parole

Paolo Uccello

 

Aujourd’hui est la fête de Notre Dame de Fatima. Depuis quelques jours, je m’intéresse de près à cette révélation privée, qui dépasse en vérité le christianisme, tout en touchant l’Église au cœur. Je cherche quelque chose, voilà ce qu’est avancer, je cherche vivement et doucement, je cherche le sens sur ses chemins, c’est un exode, une extase, une promesse. Rien n’est fini, et tout vient à son heure.

Depuis vendredi je révise Forêt profonde, que nous allons bientôt publier en version numérique. Je l’ai allégé d’une centaine de pages, en coupant çà et là ce qui n’était pas indispensable. C’est un livre qui terrasse le lecteur, avait dit un critique – mais c’est le dragon en l’homme qu’il terrasse. Et après cette cure de minceur et de jeunesse, il sera plus terrassant encore. Comme fut terrassé saint Paul.

Ce matin une palombe bleue est venue par trois fois se poser au bord de ma fenêtre, en me regardant. Ensuite elle s’envolait, je regardais ses ailes se déployer dans la lumière, ses petits cris déchirant l’espace. Puis le ciel a parlé, avec une voix de basse. Plus tard j’ai marché dans la ville, bienheureuse dans le souffle léger du vent.

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Royaume

 

Toutes les nuits je fais des rêves d’une splendeur indicible. Villes, paysages, êtres humains, ciels et eaux, nuits et jours, lumières, jaillissements, couleurs et mouvements inouïs, tout se révèle et monte à travers moi comme le temps, frayant son chemin à travers la lumière, frayant comme le poisson fraie après avoir remonté la rivière. Des rêves pleins de rencontres, avec des humains, avec de tout ce qui est vivant, avec de tout ce qui est, des rencontres substantielles, des face-à-face, des trajets souples, vifs et lents en même temps, des projections adorables, de l’être à l’être où même ce qui a lieu dans les couloirs sombres appartient à la paix, plus puissante que tout.

Le Royaume est proche, tout proche, plus proche de vous que votre veine jugulaire, à chaque instant, à chaque pas vous pouvez le saisir, l’insaisissable, sachant que vous ne l’aurez jamais, heureusement, heureusement, mais que, peut-être, vous y serez, vous y êtes.

 

Les larmes de Bernadette, et la source de Lourdes

cet après-midi au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes


(cliquer pour agrandir)

 

Je viens de regarder ce film, que je n’avais pas encore vu. Il est bien fait, même si ce n’est pas tout à fait ça. J’ai reçu ce vieux livre en cadeau il y a quelques jours, Notre Dame de Lourdes, Album du Pèlerin, par André Rebsomen. Toutes les nuits je reçois signe sur signe. Ils me réveillent, et puis je me rendors. Recevoir ce qui vient, réveiller le monde. Ce matin j’ai peint, avec du vert – vert d’eau et vert olive -, du bleu nuit – outremer clair et noir d’ivoire -, du blanc – blanc de titane -, du doré – or clair.

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Bonne nouvelle

 

« Un marathon, mais c’est que j’ai une bonne nouvelle à apporter ! », a-t-il été écrit dans Voyage il y a quelques mois. L’une de mes dernières publications sur ma page facebook fut, ce dimanche, une image du marathon de Bethléem, avec des coureurs portant en banderole le portrait de Samer Issawi. Le lendemain  matin on apprenait qu’il avait conclu un accord avec Israël pour cesser sa grève de la faim, la plus longue de l’histoire, entamée en août dernier. Âgé de trente-trois ans, il était près de mourir, maintenant il pourra rentrer chez lui à Jérusalem la veille de Noël. Il a été arrêté (sans charges contre lui) pour son activité au mouvement laïque Front démocratique pour la libération de la Palestine, il est musulman, son prénom signifie « Veilleur de nuit » ou « Conversation agréable pendant la nuit », son deuxième prénom, Tariq, signifie La Voie, et son nom « de Jésus ».

Moi aussi j’ai une bonne nouvelle à vous apporter, une surprise se prépare, Voyage pourrait apparaître très très bientôt, oui vraiment il est proche, tout proche.

 

Lumière en Voyage

La beauté de Voyage fait mourir de joie. Je n’y suis pour rien, c’est la beauté de Dieu.

Le livre n’est plus comme il est sur ce site, sa forme a complètement changé et il est beaucoup plus complet , accompli. Je réfléchis à la façon dont je vais, selon la volonté de Dieu, le faire paraître au monde.

Le livre vous jette dans le cœur Lumière, je suis sa première lectrice, je peux vous renouveler la Promesse. Il n’abolit aucune religion, il les exalte. Le Pèlerin d’Amour, fidèle absolu de Dieu, n’est inféodé à aucune, et amoureux de toutes. Il est lui-même leur lien d’amour, et ainsi sera-t-il, par sa vie.

 

 

La source de la grâce infinie

 

Ma main juste sous ma clavicule, contre le grand pectoral, par un mouvement de vagues produit un chant. Un chant infime, qui rappelle très humblement celui d’un oiseau. Par un semblable mouvement il doit se former dans sa gorge, nous venons tous du même lieu, du même ordonnancement.

De même que Dieu a fait descendre le Coran, le Coran nous fait descendre au fond du puits en nous, où veille la source. « Il est le Premier et le Dernier, l’Apparent et le Caché ; Il est l’Omniscient. » (Coran 57,  3) « Je suis le Premier et je suis le Dernier, à part moi il n’y a pas de dieu » (Isaïe 43, 6). « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin » (Apocalypse 22, 13).

Le Coran est la grâce, le Christ est la grâce, l’Univers est la grâce : le Verbe de Dieu, reçu dans l’Esprit, tourne autour de la Source en nous comme la danse d’un soufi, le rituel des pèlerins, la valse des planètes et des astres. Et la Source toujours de nouveau flue dans son Verbe, et elle est Lui. « Car Dieu est le Maître de la grâce infinie » (Coran 57, 29)

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Merci à eux

 

Il se tient debout contre le mur, près de cette porte par où les gens vont et viennent. Chaque fois que j’y vais, je le vois. Avant même que je n’aie traversé la rue, nous échangeons un signe de reconnaissance. Ses vêtements sont sales, mais son sourire est propre est doux. Il ne parle pas français, mais il sait dire « bonjour madame », « merci madame », « bonne journée madame ». Quelques piécettes au fond de son vieux gobelet en carton en appellent d’autres. Seraient-elles des billets de cinq cents, si dérisoire resterait cet argent. Je m’incline aux pieds de l’homme pour déposer moi aussi quelques piécettes, une misère.

Parfois l’homme s’accroupit, mais quand quelqu’un arrive, il se lève. Il déchire l’espace. La rue tangue. L’enfant toujours présent à côté de lui demeure assis, paisible, dans son pauvre sac de couchage crasseux. L’enfant joue consciencieusement avec les minuscules pétales jaunes d’une toute petite fleur. Les disposant et les redisposant sur le rebord du sac qui enveloppe ses jambes. Chaque pétale est peut-être un personnage pour lui, et l’ensemble un univers dont il chorégraphie les étoiles, les âmes.

L’enfant aussi sourit, parfaitement paisible et doux, levant la tête quand il entend votre « bonne journée à vous » en retour. Dieu est là.

 

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Les légumes du jardin partagé, et les fleurs de la Pitié

tout à l'heure dans un jardin partagé du 13e arrondissement, puis dans les jardins de la Pitié-Salpêtrière, photos Alina Reyes

 

J’ai rêvé cette nuit que j’étais debout sur le rebord de la fenêtre de ma chambre, à la montagne. Une biche et son faon, juste au-dessus, étaient là, paisibles. Nous nous regardions, comme chaque fois je le fais avec les animaux sauvages. Le faon est venu à ma fenêtre, il a commencé à essayer d’y monter. Alors, d’où ils étaient, est apparu une très nombreuse troupe, multicolore et joyeuse, de pèlerins, de moines et moniales, de soldats. Ils sont descendus chez moi, se sont installés dans la maison autour de la table. Je leur ai proposé de l’eau, ils ont mangé. Je suis retournée voir le faon, je me suis réveillée.

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