Poésie, esprit de conquête. Armel Guerne, Melville, Rimbaud

bnf,-minAujourd’hui à ma table au rez-de-forêt de la BnF. Quelle merveille de pouvoir se faire apporter n’importe quel livre quand on a soudain envie, au cours du travail, de le consulter. Je m’y rends sur Turquoise, ma monture (mon vélo) et y passe des journées entières.

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Voici des passages de la très belle préface du grand Armel Guerne à sa traduction de Moby Dick – j’ai photographié la page, je la recopie ici, avec une pensée pour les chercheurs d’avant notre technologie, comme Marcel Schwob par exemple, qui devaient recopier à la main toutes les pages qu’ils voulaient conserver des livres consultés à la bibliothèque. N’importe, quand on aime, on ne compte pas son temps.

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« Laissons là la littérature. Expliquer l’homme par l’œuvre ou l’œuvre par l’homme, dès qu’il ne s’agit plus d’un simple littérateur, n’offre pas le plus petit semblant d’intérêt s’il s’agit de pénétrer l’un ou l’autre. L’homme et l’œuvre vivent ensemble, pour les mêmes raisons, sous les mêmes astres, et ils sont l’un et l’autre de sanglants et douloureux miroirs où se reflète différemment la même chose. La vie, comme l’œuvre, d’un authentique poète (non pas un « créateur », ainsi qu’on se plaît à dire, mais un « obéissant », un perpétuel conquérant spirituel à son corps défendant) est quelque chose sans loisir, un combat de tous les instants, un inimaginable duel à mort, sans repos de nuit, sans répit de jour, que ne comprennent absolument pas ceux qui ont du temps à perdre ici-bas – c’est-à-dire presque tous les hommes – ni et surtout ses plus proches témoins. Car les faits ne sont rien, je le répète, rien que des occasions apparemment visibles entre toutes les occasions manifestement invisibles et d’autant plus invitantes, d’autant plus importantes ; ce qui compte, ce sont les signes et le dessin que dessinent ces signes dans l’ordre où ils se sont présentés, lesquels restent toujours encore à découvrir, à inventer. »

Puis, à propos des folles aventures en mer et dans le monde du jeune Melville, qui, notons-le, ont précédé son œuvre comme celles de Rimbaud ont succédé à son œuvre, Guerne écrit :

« Latitudes, horizons, mondes et univers, terres et cieux – humanités prodigieuses… Comme à tous ceux qui ne traînent pas lamentablement derrière leur propre vie, mais qui portent en eux ce feu dévorant et sacré, on est frappé ici de la rapidité fabuleuse, du nombre et de la profondeur inimaginables de ces « expériences ». L’esprit est prompt, on ne le dira jamais assez. Le génie, de même. Et l’on fera mieux de ne pas trop prendre Herman Melville pour un voyageur. Ce voyage, il l’a habité à peu près comme un météore. Il y a mis autant de temps qu’il en a fallu à Rimbaud pour visiter le paysage de son génie. »

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La « pure langue » (dans La bénédiction de Babel, de George Steiner)

bnf-minDans un couloir de la bibliothèque des chercheurs, où je travaille avec grand bonheur en ce moment, dans l’une ou l’autre de ses salles, en rez-de jardin de la BnF

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« En écho à Mallarmé, mais en des termes manifestement empruntés à la tradition gnostique et kabbalistique, Benjamin fonde sa métaphysique de la traduction sur le concept d’une « langue universelle ». La traduction est à la fois possible et impossible selon une opposition dialectique propre au raisonnement ésotérique. Cette antinomie est due au fait que toutes les langues connues ne sont que des fragments dont les racines, au sens étymologique et algébrique, n’existent et de se justifient qu’à travers die reine Sprache. Cette « pure langue » – à d’autres moments Benjamin s’y réfère comme au « logos », qui apporte un sens au discours mais ne se retrouve dans aucune langue parlée individuelle – est comme un ressort caché qui cherche à se détendre dans les canaux ensablés de nos parlers divers. Lors de la « fin messianique de leur histoire » (autre formule kabbalistique ou hassidique), les langues divisées rejoindront leur commune source de vie. Dans l’intervalle, la traduction se voit confier d’immenses responsabilités philosophiques, éthiques et magiques.

La traduction d’une langue A dans une langue B concrétise l’implication d’une troisième présence active. Elle révèle la physionomie de la « pure langue » qui a précédé et qui sous-tend les deux langues. Une traduction authentique dégage les contours vagues mais reconnaissables du dessin cohérent dont, après Babel, se sont détachés les fragments torturés du langage humain. Certains des psaumes traduits par Luther, la Troisième Pythique de Pindare refondue par Hölderlin imposent, grâce au caractère étrange de leur évocation, la réalité de l’Ur-Sprache où se fondent, en quelque sorte, allemand et hébreu ou allemand et grec classique. Qu’une telle fusion est possible, qu’elle est nécessaire, est rendu évident par le fait que les humains veulent dire les mêmes choses, que leur voix sourd des mêmes espoirs et des mêmes angoisses, bien que les mots prononcés soient différents. Ou pour parler autrement : une mauvaise traduction ne manque pas d’énoncés apparemment semblables, mais c’est le ciment du sens qui lui échappe. La philologie est amour du Logos avant d’être science des racines. Luther et Hölderlin rapprochent sensiblement l’allemand de son point de départ universel. Mais, pour mener à bien cette alchimie, une traduction doit garder, par rapport à la langue visée, une étrangeté vitale, un côté « autre ». Il n’y a pas grand-chose dans l’Antigone de Hölderlin qui soit « pareil » à l’allemand ordinaire ; un rideau de barbelés acérés sépare les Fables de La Fontaine que nous donne Marianne Moore de l’américain parlé. Le traducteur enrichit sa langue en laissant la langue-source s’y insinuer et la modifier. Mais il fait bien plus : il étire son propre parler en direction de l’absolu secret de la signification. »

George Steiner, La bénédiction de Babel, trad. de l’anglais par Lucienne Lotringer et Pierre-Emmanuel Dauzat

Ce texte éclaire ce que j’essaie de faire dans mes traductions. Bien entendu un tel travail serait peu apprécié des universitaires et des éditeurs, qui veulent des traductions conformes à la langue cible. Alors que le travail dont parlent Benjamin et Steiner est un travail de poète œuvrant dans la profondeur des langues, de la langue.

 

Éclosions

 

Il est turquoise et je l’ai appelé Turquoise. J’ai demandé un vélo pour mon anniversaire et je l’ai eu (illico, en avance). Je suis allée au magasin de sport avec mon chéri, qui me l’a offert. J’adore la couleur turquoise depuis mon enfance. Mélange de vert et de bleu, couleur de pierre fine et d’eau pure, prouvant la parenté de l’eau et de la pierre. Comme j’aime l’orange, mélange de rouge et de jaune, de feu et de lumière. Ou le rose, mélange de rouge et de blanc, d’ardeur et de pureté. Des couleurs versatiles, en quelque sorte. Il est dit sur la notice de mon vélo qu’il est versatile. C’est ainsi que j’apprends que versatile, pour un vélo, signifie polyvalent. C’est la première fois de ma vie, je crois, que je prends plus de plaisir à aller dans les magasins de sport que dans les librairies. Mon corps est en train d’éclore, c’est un peu étrange à très bientôt 64 ans. Bien sûr ce n’est pas la première fois, mais on ne pense pas généralement que ça arrive à cet âge autant qu’à 14 ans, par exemple. Alors soudain j’ai eu envie d’avoir de nouveau un vélo. De faire du vélo, en plus du yoga. Je me sens perce-neige. Ça pousse en moi, le vert ! C’est véloce dans mes veines ! Comme on se sent léger après avoir perdu du poids, moi c’est d’un gros tas d’ans que je suis allégée. Soudain quinze années pesantes ont disparu, comme ravalées par l’océan au puissant reflux. Il les a éliminées, de gris plomb il est devenu turquoise joie ! O viride O ! O vélo, ma monture ! L’être toujours doit éclore, pour être pur !

 

Crète : Héraklion, Cnossos

« Je n’espère rien, je ne crains rien, je suis libre ».

Épitaphe de Nikos Kazantzaki (né à Héraklion), choisi par lui et extrait de son essai L’Ascèse

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Vue de notre chambre. Ce matin, tôt, les cloches ont longuement sonné, puis, trois heures durant, on a entendu la célébration religieuse donnée dans cette cathédrale orthodoxe pour les enfants des écoles, qui se pressaient très nombreux sur le parvis.

En Grèce le ministère de l’Éducation est aussi celui des Affaires religieuses ; écoliers, collégiens et lycéens commencent la journée par une prière collective et ont deux heures de catéchisme (une heure pour les lycéens) par semaine. Ils assistent à la messe et trois fois par an au moins, dont le 30 janvier, fête des Trois saints hiérarques, tous les élèves sont emmenés à l’église pour une grande célébration. Le poids de l’église se fait sentir comme il s’est fait sentir pour Kazantzaki, esprit libre qui n’a pu être inhumé au cimetière, sur interdiction des popes.

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Après avoir séjourné à La Canée puis à Chora Sfakion, nous sommes donc retournés à Héraklion. J’y ai visité aussi ce musée d’icônes anciennes, ici également vu de notre chambre.

Celle-ci représente la » Vierge Buisson ardent » ; elle est l’œuvre de Michel Damaskinos, qui fut sans doute le maître à Héraklion du peintre El Greco (dont deux œuvres sont visibles au musée historique de la ville) :

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Quel scandale que le guide du Routard, que j’ai emprunté à la bibliothèque avant de partir, juge rétrograde le fait que les élèves grecs aient une heure de cours de grec ancien par semaine ! Encore heureux qu’ils n’aient pas que la religion pour culture, qu’ils aient accès à leur immense culture antique et à leur langue magnifique.

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crete heraklion 5-minDans  cette galerie, une exposition d’un peintre crétois contemporain, Kostis Moudatsoscrete heraklion 6-min

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Au musée archéologique (dont les salles de l’étage n’étaient malheureusement pas ouvertes), beaucoup de figures minoennes, dont certaines très fameuses :crete heraklion 7-min

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…et cette femme assise en demi-lotus, ou siddhasana, comme on dit au yoga et comme moi tous les matins :crete heraklion 8-min

…et celle-ci avec des pavots sur la tête :

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… le disque de Phaïstos et son écriture toujours non entièrement déchiffrée:crete heraklion 10-min

…des taureaux bien sûr :crete heraklion 13-min

… et des doubles haches :crete heraklion 16-min

ainsi qu’une maquette du palais de Cnossos, où nous nous rendons le lendemain :crete heraklion 17-min

crete heraklion 21-minC’est ma troisième visite sur ce site, mais la première où nous y étions quasiment seuls, voire par moments complètement seuls (nous y sommes restés longtemps, à flaner ou nous reposer au soleil) crete heraklion 22-min

La reconstruction partielle du palais par Arthur Evans a été critiquée mais je l’aime bien, elle permet de se représenter mieux ce que fut le palais-labyrinthe en ces temps très anciens, avec ses centaines de pièces sur plusieurs étages, ses fresques et ses couleurscrete heraklion 23-min

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De retour à Héraklion, dans son vieux centre où la vie est bien douce, entre cafés, tavernes et marchécrete heraklion 32-min

…le lendemain visite du très intéressant musée historique, retraçant l’histoire mouvementée de l’île-continent.

« L’union ou la mort ». Le combat de la Crète pour se libérer du joug ottoman (après d’autres occupations) fut long et peut inspirer d’autres peuples aujourd’hui – je pense aux Palestiniens.

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Au dernier étage du musée, reconstitution du bureau de Kazantzaki à Antibes ; il comprend aussi, invisible sur la photo, un petit lit pour le reposcrete heraklion 34-min

Ce dessin d’un Indien dansant est de la main de l’immense poète :crete heraklion 35-min

Ces jours-ci à Héraklion, photos Alina Reyes

Toutes mes notes sur la Crète : ici

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Crète : Chora Sfakion, suite

« Venant de la mer,

une voix cachée,

voix qui pénètre

dans notre cœur,

le fait frémir

et le rend bienheureux. »

Ces vers de Constantin Cavafy (dans ma traduction) sont inscrits sur la montagne à Ilingas, face à la mer, près de Chora Sfakion où je suis allée me balader, comme on va le voir dans les images qui suivent.

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crete chora sfakion 24-minSur l’une des plages de Chora Sfakion, j’ai marché et marché dans l’eau, le ressac

*crete chora sfakion 25-minLe village, vu d’une autre des ses plages

*crete chora sfakion 26-minLe port

et sa petite église

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*crete chora sfakion 28-minJ’ai mangé tout le chocolat au cannabis acheté à La Canée. Chocolat sans THC, juste pour le plaisir de savoir qu’on profite des bienfaits du cannabis – le cannabis thérapeutique est autorisé en Grèce :-)

*crete chora sfakion 30-minEn chemin vers la plage d’Ilingas, cet oratoire dédié à une jeune femme médecin morte. À l’intérieur, des lampes à huile brûlent doucement.

La vue sur le chemin est splendide

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crete chora sfakion 32-minEt voici le poème de Cavafy, traduit plus haut, écrit à la main sur le muret. Tellement beau !

crete chora sfakion 33-minSur la plage j’ai ramassé neuf beaux galets et j’en ai fait deux petites veilleuses face à la Mer de Libye crete chora sfakion 34-min

*crete chora sfakion 35-minEn revenant j’ai encore admiré l’agilité des nombreuses chèvres et de leurs chevreaux dans les parois rocheuses crete chora sfakion 36-min

crete chora sfakion 37-minC’est une chèvre, Amalthée, qui a nourri Zeus dans son enfance !

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crete chora sfakion 38-minJe complèterai prochainement cette note avec les photos que O a faites dans les montagnes, jusqu’à hauteur de la neige !  autour de Chora Sfakion

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Ce matin, à l’aube, nous avons quitté ce paradis, mis dans le bus le VTT loué pour le rapporter à La Canée, puis pris un autre bus pour Héraklion. En chemin, nous avons admiré le Mont Ida, où naquit Zeus et où il fut nourri, donc, par la chèvre Amalthée, dans une grotte que j’ai visitée pendant mon adolescence.

crete mont ida-minCes jours-ci en Crète, photos Alina Reyes

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à suivre !

Crète : Chora Sfakion, célébration (en images, et avec Odysseas Elytis)

« Le voyage d’Odysseus, dont il m’a été donné de porter le nom, semble ne devoir jamais s’achever. Et c’est heureux. (…) En me consacrant, à mon tour, pendant plus de quarante ans, à la poésie, je n’ai rien fait d’autre. Je parcours des mers fabuleuses, je m’instruis en diverses haltes. »

« Oui le paradis n’est pas une nostalgie, encore moins une récompense. Le paradis est simplement un droit. »

Odysseas Elytis

J’ai préparé cette note en écoutant l’oratorio Axion Esti composé par Mikis Theodorakis sur les vers d’Odysseas Elytis (deux génies d’origine crétoise), oratorio que je connais par cœur (du moins pour la musique) depuis mon adolescence. Le titre de ce vaste poème païen vient d’une hymne à la Vierge Marie dans la religion orthodoxe.

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crete chora sfakion 1-minLundi, un arc-en-ciel nous a accompagnés, du bus pris à La Canée, jusqu’à l’arrivée à Chora Sfakion.

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Un village sans doute trop touristique en été, mais en ce mois de janvier nous y sommes apparemment les seuls venus d’ailleurs nous reposer ici. L’hôtel où nous avons loué une suite est fermé, nous y profitons d’une paix royale.crete chora sfakion 3-min

Première balade au coucher du soleilcrete chora sfakion 4-min

Et le lendemain matin, tandis que O part dans les montagnes à VTT, je monte voir une petite église bâtie dans une grottecrete chora sfakion 5-min

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  La vue en redescendant est toujours aussi splendidecrete chora sfakion 9-min

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crete chora sfakion 11-minEt je rencontre d’autres petites églises en chemin, il y en a vraiment partout

Le lendemain, je marche encore un moment avec O

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puis il part à VTT et je continue la balade à pied.

Ici on l’aperçoit sur le chemin, juste à l’aplomb de la première ruche :

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Je redescends par un autre chemin. Toujours des églises…

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et des oliviers

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et des oratoirescrete chora sfakion 18-min

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Chora Sfakioncrete chora sfakion 20-min

Un monument en hommage aux Crétois de Chora Sfakion exécutés par les nazis pour avoir aidé les soldats néo-zélandais à quitter la Crète en 1941. Des dizaines de noms y sont gravés, et derrière la vitre, en bas, ont été déposés des crânes.

crete chora sfakion 22-minà Chora Sfakion, photos Alina Reyes

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« Je considère la poésie comme une source d’innocence emplie de forces révolutionnaires. Ma mission est de concentrer ces forces sur un monde que ne peut admettre ma conscience, de telle manière qu’au moyen de métamorphoses successives, je porte ce monde à l’exacte harmonie de mes rêves. Je me réfère à une sorte de magie moderne dont la mécanique nous conduit à la découverte de notre vérité profonde. C’est pourquoi je crois, par idéalisme, que j’évolue vers une direction encore jamais atteinte. »

N’ayant pas les livres sous la main, j’ai trouvé les citations d’Odysseas Elytis ici. Pour d’autres évocations du poète sur ce blog, voir mot-clé Odysseas Elytis.

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à suivre !

Crète : La Canée en images, suite (street art, quartier turc, etc.)

crete la canee 39-minPendant que O arpentait de nouveau les montagnes à VTT (je ferai certainement une prochaine note avec ses images), j’ai découvert, en allant vers le jardin public, cette rue couverte d’œuvres de Street Art charmantes

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Nous avons visité le musée archéologique, installé dans un très beau lieu (ancienne basilique San Francesco, XIVe siècle). On ne peut photographier les œuvres exposées, mais j’ai particulièrement apprécié les taureaux de terre cuite en série de l’époque minoenne, ainsi que des statuettes de femmes à têtes d’oiseaux. crete la canee 50-min* crete la canee 51-minLe soir, notamment pour y dîner, et le jour, nous aimons aussi marcher dans l’ancien quartier turc (nous, nous logeons dans l’ancien quartier juif, très beau aussi, cf note précédente) crete la canee 52-minUne maison turque typique, avec les étages en bois crete la canee 53-min   crete la canee 56-minUn artisan coutelier arménien, que l’on peut voir travailler sur place crete la canee 57-minVers le port. La Crète a beaucoup souffert des destructions commises par les nazis et ne s’en est pas complètement remise, comme tant d’autres lieux en Europe. Dire que les Allemands ont été inflexibles avec la dette grecque dernièrement… L’Europe est-elle amnésique, ou traître ? crete la canee 58-min

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crete la canee 60-minLes chats sont partout

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Retour vers notre quartier

crete la canee 54-minoù ce matin la mer était déchaînée

crete la canee 55-minà La Canée ces jours-ci, photos Alina Reyes

à suivre !

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Toutes les images de Crète : mot-clé Crète

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Crète : La Canée en images

J’ai élu spirituellement domicile en Crète alors que j’étais toute jeune collégienne, puis dès que j’ai pu, à l’âge de dix-sept ans, j’y suis allée. J’y suis retournée quatre ans plus tard avec homme et bébé, et depuis tout ce temps-là je n’y étais pas revenue, quoique je sois repassée en Grèce. M’y revoilà, avec O cette fois, et mon amour de jeunesse pour ce pays, pour ce continent comme dit Jacques Lacarrière, est aussi intact que l’est l’esprit crétois. Joie parfaite.

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alpes-minSamedi dernier, départ

crete heraklion 1-minLe port d’Héraklion vu de notre hôtel, la nuit sous la pleine lune et le lendemain matin crete heraklion 2-min*

Nous y reviendrons, mais tout d’abord nous partons séjourner quelque temps à La Canée, ancienne capitale de l’île, à l’ouest crete la canee 1-min

Nous logeons dans la vieille ville, tout près de l’eaucrete la canee 3-min

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La ville fut un formidable melting-pot et conserve les souvenirs de ses cultures (et occupations) vénitienne et ottomane, entre autrescrete la canee 5-minMosquée…

crete la canee 9-minCathédrale orthodoxe…

crete la canee 36-minSynagogue

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Il fait très doux et la lumière est fantastiquecrete la canee 7-min

crete la canee 8-min   crete la canee 10-min

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crete la canee 12-minLes petits restos servent l’exquise cuisine crétoise, qui rend centenaire crete la canee 13-min

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crete la canee 17-minLes anciens arsenaux crete la canee 21-min« ACAB » (All Cops Are Bastard) et ALETEIA (la Vérité)crete la canee 22-minPlusieurs tags ici et là dénoncent le tourisme de masse. L’été la ville est sans doute bondée, mais en ce mois de janvier tout est très tranquille.

crete la canee 23-min« Le Verbe s’est fait chair » : la crèche dans l’église catholique

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crete la canee 30-minAu marché, crete la canee 31-minon déjeune, toujours aussi délicieusement, sur des tables en bois dans la cuisine crete la canee 32-min

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On passe et repasse avec bonheur par le lacis des ruelles, n’oublions pas que la Crète est le pays du Labyrinthe

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crete la canee 38-minO quitte notre rue Angélou pour aller explorer les montagnes à VTT ; moi je fais toujours mon yoga au lever

crete la canee 29-minen Crète ces jours-ci, photos Alina Reyes

à suivre !

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Suite des images de Crète : mot-clé Crète

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Qu’est-ce qu’un livre ?

mon sac

mon sac, rapporté d’Edimbourg

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Sur les rivages battus par l’océan, certaines pierres demeurent pierres à travers siècles, d’autres s’effritent, voire se dissolvent. Bibliothèque de sable construite par des enfants qui jouent aux dés, et que l’Esprit, de temps en temps, réarrange.

Des livres disparaissent des étals ? Les étals sont éphémères. Les livres sont des objets, qui ne sont pas plus sacrés que n’importe quoi d’autre. Seul importe ce qui est vivant : l’esprit. Qu’est-ce qu’un livre à l’heure d’Internet ? Internet rend à la littérature la part de liberté qu’elle a perdue depuis qu’elle n’est plus orale mais figée sur du papier. Je peux mettre certains de mes textes en ligne sous forme de livres, puis les retirer, les réécrire, les remettre en ligne, etc., à l’infini. Et qui lit ce journal peut le survoler ou l’explorer tout aussi librement. Cela n’enlève rien à l’intérêt des livres « officiellement » publiés ; au contraire, cela devrait ouvrir les lectures qu’on en fait ; conduire à réestimer leur prix, leur sens ; faire sortir de cette sacralisation ordinaire de l’objet, comme du texte, qui asphyxie les textes en les mettant tous dans le même panier de crabes ramassés sur la grève. Avant de les manger, ayons soin de rejeter ceux qui puent : ils nous rendent malades.

Je n’appelle pas à la censure, j’appelle au discernement. Du reste, qu’est-ce que la censure ? Les éditeurs publient qui ils veulent publier, refusent de publier qui ils ne veulent pas publier. N’est-ce pas là la première censure ? Il n’est pourtant pas possible de distribuer tout texte sous forme de livre papier. Un choix s’opère, et donc une exclusion, dont les raisons sont souvent autres que littéraires. Une très grande partie des livres qui sont publiés n’ont pas vocation à durer plus de quelques années, ils seront dissous par la vague du temps avant même d’avoir eu le temps de s’inscrire dans la mémoire de l’humanité. D’autres livres restent invisibles au moment où ils naissent et apparaîtront au moment où le monde commencera à rattraper l’avance qu’ils avaient sur lui. Tout change, et dans ce changement perpétuel ce que les hommes veulent fixer est balayé, éliminé dans le mouvement de la vie, où ne peut se mouvoir que ce qui est vivant, détaché des mortels. Ecce liber.

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Vanessa Springora, l’effet avalanche sur Saint-Germain-des-Prés

 

Plus fort qu’Héraklès, l’acte littéraire de Vanessa Springora nettoie les écuries germanopratines, plus crasseuses que celles d’Augias. Bienheureuse, amusée, satisfaite pleinement, je regarde tomber les masques, j’entends bafouiller les parleurs et les parleuses, je vois grimacer les amertumes, les jalousies, les dépits. Autant en emporte la neige ! La vie est de toute beauté.

En 2013, après que j’ai dû quitter, par la faute des porcs des écuries germanopratines, ma grange dans la montagne, la montagne a réagi, le village et la vallée ont subi avalanches puis crues exceptionnelles. Extrait de mon journal, tenu depuis Paris :

Là-haut, le village a dû être évacué. Tant de neige est tombée, il est menacé par les avalanches. Les journaux en parlent, les télévisions aussi. Patrick, un commerçant, répond à un journaliste qui lui demande en substance à quoi il s’attend, cette phrase merveilleuse :

« C’est ce qui est là-haut, tu sais, celle qui vient du Bon Dieu, celle dont nous avons tous besoin, la neige ! »

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toutes mes notes sur l’affaire Matzneff : ici

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Affaire Matzneff : le piteux spectacle du milieu littéraire

 

J’ai rencontré Matzneff (que je n’avais jamais lu) il y a une dizaine d’années lors du vernissage d’une exposition de photos de Sophie Bassouls qui s’accompagnait de quelques-uns de mes poèmes, dans l’espace culturel des Éditions des Femmes. L’attachée de presse de l’époque était l’une de ses amantes ou de ses ex, je ne sais plus. Jeune mais pas collégienne, ni petit écolier français ni petit garçon des rues de Manille comme tant d’autres de ses victimes. Elle me dit un jour qu’il la faisait souffrir, pour tenter de me convaincre que c’était normal. Il était donc là, avec un ami écrivain que j’avais déjà rencontré ailleurs et dont j’ai oublié le nom, Dominique quelque chose si je me souviens bien (façon de parler) – il est mort depuis. Il me parla d’Anna Akhmatova, sa poétesse préférée. Je faisais poliment semblant d’écouter, j’ai horreur de ces conversations lettrées, de ces afféteries, de ces préciosités qui font le milieu littéraire et sous lesquelles se cachent les plus grossiers sentiments, calculs, haines, jalousies, envies d’argent et d’honneurs, vanités démesurées, aptitudes à toutes les trahisons, toutes les oppressions, toutes les compromissions. J’aime la conversation des paysans, des artisans, des artistes, des soldats, des gens qui ont un métier, des gens qui font la cuisine, des gens qui font vraiment quelque chose. Le milieu littéraire est un milieu de gens qui ne font rien d’autre que branler la queue du chat. Bien sûr les écrivains écrivent, et ce n’est pas rien faire. Mais le milieu littéraire ce ne sont pas les écrivains, c’est le milieu où les écrivains naufragent. C’est « le monde », le monde mondain, le contraire du monde réel et spirituel où se déploie tout le vivant. Et ceux et celles qui vivent du milieu littéraire ne sont plus que des morts. C’est parce qu’ils sont morts qu’ils peuvent faire le mal et soutenir ceux qui font le mal tout en se croyants supérieurs au commun des mortels. C’est parce qu’ils sont morts et impuissants, hommes et femmes inachevés, incapables de vivre une vie d’homme ou de femme pleine et entière, qu’ils vivent de combines et d’abus de toutes sortes. Et au royaume des morts, comme le disent d’une façon ou d’une autre toutes les spiritualités du monde, vient toujours le moment de rendre des comptes. Matzneff qui se veut chrétien l’aurait compris, s’il lui restait assez de vie pour penser. Mais ces gens-là, qui se prennent pour des penseurs, ont le cerveau aussi bousillé que le cœur. Matzneff est en réalité aussi stupide que son éditeur Sollers, qui a remplacé son allégeance au nihilisme maoïste par une allégeance au nihilisme heideggerien, aussi stupide que son soutien Moix qui a remplacé son allégeance au nihilisme nazi par une allégeance au nihilisme heideggerien, qui est un nihilisme nazi… Aussi stupide que ses autres soutiens, le pubeux Beigbeder, l’éditocrasseux Giesbert, la grimaçante Savigneau, etc., etc. Sans eux, sans les soutiens publics par dizaines ou centaines de milliers d’euros et les soutiens privés (que leur fournissait-il en échange ?) qui lui ont permis de mener grand train pour ses chasses à l’enfant, combien d’enfants auraient été sauvés de ses griffes et de celles de tant d’autres confortés par son exemple célébré ?

Le milieu littéraire est celui où je me suis toujours le plus sentie mal à l’aise. Et je sais pourquoi. C’est le milieu le plus dépourvu de grâce. C’est un milieu sans aucune grâce ; raison pour laquelle, hélas, beaucoup de ses aliénés vont la piller ailleurs, là où elle vit, par exemple chez les enfants. C’est aussi un milieu dépourvu de virtus, comme celui des financiers et des technocrates. Un milieu qui ressemble beaucoup à la macronie, tout en superficialité et en fausseté, en en-même-temps (par exemple, comme Sollers, signer par deux fois des pétitions pro-pédophilie et publier pendant des décennies les récits abjects de Matzneff et en même temps se dire hostile à la pédophilie ; puis jouer les amnésiques et se terrer quand ça chauffe, comme en toutes circonstances avec le « courage, fuyons » pour seul viatique). Il y a cinq ans, Matzneff dans sa tribune au Point menaçait de se suicider parce que, comme tous les auteurs qui n’ont plus suffisamment de droits d’auteur (j’en suis), il avait été rayé de l’Agessa, l’organisme qui gère la sécurité sociale des auteurs. Quelle petite nature. Comme s’il était impossible de survivre sans l’Agessa, de trouver une couverture sociale autrement. Maintenant ses amis, comme Beigbeder, disent craindre qu’il ne se suicide si on continue à l’ennuyer. Oui, pas la moindre virtus chez ces gens gâtés-pourris, quand le vent tourne il ne leur reste que la pleurnicherie, le chantage, et d’énièmes trahisons et mensonges. Piteux spectacle.

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Mes précédentes notes sur Matzneff : ici

sur Sollers : ici

sur la pédocriminalité (Barbarin, Outreau…) :

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