Singesques


Les sept péchés capitaux au banquet de la Mort, une oeuvre d’Alain Vulliermet

 

C’est un signe intéressant et encourageant pour ceux qui manqueraient de foi : une simple personne vraie, du seul fait d’être vraie, fascine malgré elle les regards de Méduse elle-même, en tous ses avatars. Le dernier Angot parle de la domination et de la manipulation d’une fille par un père. À part son expérience personnelle en la matière, elle est encore poursuivie par le même parasite mental que la présidente d’Art Culture et Foi, qui voit ce mois-ci « dans le ventre de Marie, la semence du Père » (Misère… que Dieu ait pitié de ce qui reste du christianisme). Mais où est, madame, le faon qu’on fantasmait ligoté, dans votre précédente livraison ? Toujours pas pris ? Toujours faon et vivant, et non pas chasseur affamé ? Toujours fidèle à ce qu’il est et fut, et non pas ficelé dans le filet d’erreurs où l’on voulut le prendre, et où l’on se prit soi-même, à défaut de lui ? Il faut parler de fantasme de manipulation, de tentative vaine de manipulation. Qui a été, qui est dominé et manipulé, sinon le manipulateur lui-même et ses comparses, s’agitant obsessionnellement dans le même panier de crabes ? Menteurs associés, possédés par vos hantises et vos jalousies, vous n’avez ni n’aurez pas la Vérité, mais comme l’a dit le pape, elle vous possède, aveugles, et je la vois. Libérez-vous donc du sale sac de nœuds où vous êtes empêtrés. La vie est si belle, dehors. Seule la liberté peut donner une parole capable de dépasser son temps. Contrairement à vous, je ne peux plus publier, mais je suis libre – et vivante avec ma parole vive et vraie pour l’éternité.

 

Autour de la sortie de prison de Michelle Martin (3 – résumé et conclusion)

mon amie du Jardin des Plantes

 

On nous dit que Michelle Martin souhaite se racheter. Mais si elle souhaitait vraiment se racheter, au lieu de songer à sauver ses meubles, elle parlerait. Elle dirait aux familles des victimes, qui ont le droit absolu de le demander, comment ont vécu et sont réellement mortes leurs enfants, pendant que Dutroux était en prison et qu’elle en était responsable. Et surtout, elle dirait à la justice et à la presse comment et avec qui sont organisés les réseaux mafieux auxquels elle et son mari louaient ou vendaient, pour être suppliciés, les enfants qu’ils avaient enlevés. Elle cesserait d’être leur complice en les protégeant par son mutisme afin de se protéger elle-même.

On nous dit que Dutroux et Martin sont des tortionnaires solitaires, agissant pour eux-mêmes, et que la thèse des réseaux n’est qu’un fantasme. Mais des enfants continuent à disparaître, soit pour quelques jours, soit pour toujours, et des vidéos et photos pornographiques les utilisant parfois jusqu’à leur mise à mort continuent à être produites et vendues. Et les Dutroux-Martin, censés vivre de leurs pensions d’invalidité, possédaient cinq maisons et plusieurs comptes en banque sur lesquels des virements étaient faits après les enlèvements. Et pendant l’enquête sur cette affaire, entachée d’innombrables irrégularités, au moins vingt personnes qui s’apprêtaient à témoigner de ce qu’elles savaient de cette organisation criminelle sont mortes de mort brutale.

On nous dit que la charité des religieuses envers Michelle Martin est admirable. Mais la bienveillance conjointe des pouvoirs politico-judiciaires et d’une certaine partie de l’église belge envers la criminelle, les uns la relâchant, les autres l’accueillant, n’a rien à voir avec une quelconque charité. Le fait est, quoique soigneusement non établi, que dans les milieux politique, judiciaire et même religieux, bien des personnes sont impliquées à divers degrés dans ces mafias de pédophilie, soit comme témoins, soit comme acteurs. Soit comme terrorisés, soit comme terroriseurs. D’après ses déclarations anciennes, le cardinal qui fut primat de Belgique jusqu’en 2010 semble en savoir long sur la question ; et son rôle personnel dans cette histoire est loin d’être clair. Comme ceux de bien des magistrats, policiers ou politiciens autour desquels aucune enquête sérieuse ne paraît possible, à cause de la terreur organisée par cette mafia interne aux pouvoirs, et qui a déjà fait beaucoup de morts.

On nous dit que la haine du peuple envers Michelle Martin est détestable. Mais cette haine est l’expression d’un rejet horrifié devant ce scandale plus qu’énorme. La haine envers les tortionnaires n’a pas à nous effrayer. Elle est moins effrayante et plus saine que la haine envers la vie. Elle traduit la haine envers l’aberration du nihilisme. Cette haine est saine dès qu’on aide les âmes à avoir conscience qu’elle est en fait dirigée non contre une personne, mais contre le mal qui a pris possession d’une ou de nombreuses personnes. En définitive, cette haine, correctement comprise et dirigée, est salutaire. Dans le sens où elle exige que vérité et justice soient faites. Alors que la fausse compassion des « bonnes âmes » et autres « élites », quand elle n’est pas le masque d’une duplicité monstrueuse visant à protéger le crime, n’est en vérité qu’idéologie, stupidité, sécheresse de cœur et d’intelligence, défaut de discernement, indifférentisme moral, aveuglement, lâcheté, dilution des responsabilités dans un grand système d’irresponsabilité générale, d’acquittement général du crime, qui peut ainsi continuer à s’étendre comme dans toute organisation génocidaire.

Car si le crime ainsi commis contre les enfants n’est pas spectaculaire, ni en nombre ni en manifestation, puisqu’il est tellement caché, il n’en est pas moins excessivement grave et immense. Il s’agit d’un crime contre l’humanité qui s’en prend à même sa source. Guy Debord avait très justement prophétisé la société du spectacle. Ajoutons qu’elle a son corollaire, qui se développe en même temps qu’elle : la société de l’occulte. Les deux n’en font qu’une. On montre beaucoup d’inessentiel, on enterre plus encore d’essentiel. Société de fausse transcendance, creusant sa « fosse de Babel » comme le prophétisa Franz Kafka. D’une telle société, qui se tait pendant que ses puissances occultes dévorent ses enfants, nous pouvons prophétiser la chute, la désintégration par aspiration dans la fosse. Cela ne se passe pas qu’en Belgique, cela se produit dans des ramifications mondiales, et cela nous concerne tous. Que chacun se réveille, cesse de croire tout ce qu’ « on nous dit », cherche la vérité et prenne ses responsabilités, chacun selon son domaine et ses possibilités. La vie l’exige, et elle est belle.

 

Autour de la sortie de prison de Michelle Martin (2)

« Combien de temps pouvons-nous tenir le coup, détendus et joyeux ? »

Cardinal Danneels, homélie pour les 75 ans de Caritas en Belgique

« Au XVIIe siècle, le poète néerlandais Jacob Revius écrivait déjà : « Ce ne sont pas les Juifs, Seigneur Jésus, qui t’ont crucifié… C’est moi, ô Seigneur, c’est moi qui t’ai fait cela. » »

« Seigneur Jésus, Agneau de Dieu,
conduit à l’abattoir,
muet devant celui qui le tond,
sans défense,
sans personne pour s’en apercevoir…
Apprends-nous que seuls les agneaux
sont suffisamment solides et forts
pour porter les péchés,
que le salut du monde
exige cette rançon :
la mort de l’Agneau innocent
et les souffrances de tous ceux qui le suivent… »

Cardinal Danneels, Si tu connaissais le don de Dieu

« Dieu s’est rendu si vulnérable : Il est et il veut être un « sans-défense », un nouveau-né livré entre nos mains pour tout : pour être vêtu, nourri, soigné. Dieu a voulu être dépendant de nous en tout et pour tout. Voilà tout autre chose qu’une émotion devant un berceau. Et Cet Enfant-Dieu incapable encore de dire un seul mot, ne l’entendez-vous pas crier haut et fort : « de grâce ayez pitié de moi ». (…)

Il y a beaucoup plus d’agneaux qui sont venus chercher refuge dans la crèche : une foule innombrable d’autres agneaux, invisibles à nos yeux mais si visibles aux yeux de Dieu : la grande famille des « sans-défense », des enfants au sens étymologique de ce terme – in-fans – celui qui ne sait pas encore ou ne sait plus parler. Leurs cris sont plus forts que le chant des anges. (…) »

Cardinal Danneels, homélie de Noël

*

Je ne me souviens plus où j’ai lu que les cris poussés par les enfants torturés étaient insoutenables, dans la vidéo du viol et de la torture (jusqu’à leur probable mise à mort) des deux petites filles de huit ans que Martin aurait livrées à une douzaine de personnes, dont des politiciens, pendant que Dutroux était en prison. Cette cassette existe-t-elle vraiment ? Rien ne le prouve. Le 5 février 2004, le député belge Mahieu, à qui un certain X en a parlé, prend rendez-vous avec le cardinal Danneels et lui raconte que X prétend détenir une vidéo avec laquelle il voudrait le faire chanter : selon Mahieu, aujourd’hui mort, le cardinal serait resté froid à l’évocation des sévices subis par les enfants et aurait seulement demandé, avec un peu d’insistance, si on le voyait sur cette cassette. Mahieu n’en savait rien, ne l’ayant pas visionnée. Puis il aurait dit à Mahieu de garder la plus grande discrétion sur cette visite (racontée en détail ici).

En admettant qu’Albert Mahieu ait rapporté correctement les réactions du cardinal, celles-ci ne prouvent pas qu’il s’agissait de sa part d’un aveu implicite, comme il en a déduit. Cela pouvait vouloir dire : je ne peux pas y être, je n’ai donc aucune raison de craindre un chantage. Un mois plus tard, le député se rendait à Rome pour rencontrer des responsables du Vatican, dont Josef Ratzinger, pour leur raconter l’histoire.

Que sait le cardinal Danneels ? Nous l’avons vu dans la note précédente, dans sa lettre au prêtres de 1996, il parle de l’existence des réseaux de pédophilie criminelle, de leur lien avec l’affaire Dutroux. Il y parle aussi de ramifications mondiales, et du trio Argent, Pouvoir et Sexe. Il l’a même dit à la télévision belge en 2000 : comme un train peut en cacher un autre, cette affaire cache de vastes réseaux, qui eux-mêmes cachent le train de la protection des criminels aux plus hauts niveaux. Il est bien regrettable qu’il ait depuis développé une tendance à l’amnésie, pour reprendre l’expression employée par les policiers qui l’ont interrogé pendant dix heures en juillet 2010 au sujet des affaires d’abus dans l’Église.

Je pense à ces mots qu’il prononça lors d’une autre homélie de Noël : « Il y a, en effet, la foule innombrable des enfants qui n’ont rien, si ce n’est la faim et la soif, la maladie, la violence et les abus. (…) Pire encore, il y a les enfants soldats : leurs jouets sont remplacés par un fusil. Leur jeu est de tuer. (…) Enfin, plus près de nous, je ne puis m’empêcher en cette nuit de penser à ces enfants qui sont dans des centres fermés. Ils ne sont pas loin. Ils sont parmi nous. (…) Car ils sont plus proches de nous tous, ces petits mendiants d’amour – beaucoup plus proches – que nous ne le pensons. »

Si près de nous qu’ils pourraient être nous, aussi bien les mendiants d’amour que ceux dont le jeu est de tuer ? Le jour où il se trouva entre l’évêque de Bruges et le jeune homme que ce dernier avait abusé pendant des années, Danneels (enregistré à son insu), après avoir demandé à la victime de ne rien dire et avoir insinué qu’elle aussi pourrait demander pardon, dit à l’évêque : « oui, je le vois, toi aussi tu souffres… » Attention à ne pas tout confondre. Attention à ne pas croire qu’il nous faut resacrifier l’agneau. C’est avec de tels raisonnements qu’on met à mort et enterre les victimes, une première et une deuxième fois. Je ne peux m’empêcher d’y penser aujourd’hui où tant d’inconscients affichent leurs bons sentiments envers Michelle Martin. Pendant ce temps, la meurtrière continue à protéger par son mutisme les réseaux qu’elle servait, et qui continuent à supplicier des enfants, dans le silence assourdissant de la presse. Quelques citoyens, sur internet, sont courageux (j’ai cité plusieurs sites ces derniers jours sur ma page facebook). N’abandonnons pas les enfants.

 

Autour de la sortie de prison de Michelle Martin (1)

 

« Les mille ans accomplis, le satan sera relâché de sa prison » Apocalypse 20, 7 (début du second combat eschatologique)

 

«  La  cave  de  Marcinelle  n’est  que  le  vestibule  d’un  lieu  de  torture autrement  plus  vaste  et  ce  qui  s’est  passé  là  est  une  petite  émergence  de  toute  une  industrie  souterraine  en  pleine  expansion.  La cave  de  Marcinelle  avait  plus  d’un  niveau.  Les  enfants étaient destinés à l’usage d’un réseau de vidéos pornographiques enfantines. » Cardinal Danneels, lettre aux prêtres en vue des prédications de Noël 1996, quelques mois après l’emprisonnement de Dutroux.

Aujourd’hui la thèse des réseaux est officiellement niée. Comment expliquer pourtant, si Dutroux agissait pour lui seul, non seulement les innombrables irrégularités de l’enquête, mais aussi qu’une vingtaine ou une trentaine de personnes prêtes à témoigner dans cette affaire soient mortes brutalement, alors que Dutroux était en prison ? Comment expliquer les virements d’argent sur ses différents comptes après les enlèvements d’enfants, comment expliquer ses cinq maisons et ses divers placements, lui qui vivait avec sa femme d’une escroquerie aux services sociaux ? Parmi ces morts, le curé confesseur de Michelle Martin, et dont Dutroux, à peine emprisonné, se montra très proche. Que savait l’Église de toute cette atroce criminalité ? (Rappelons que Dutroux et Martin commencèrent à sévir dans les années 80, furent emprisonnés une première fois, puis libérés… et récidivèrent, avec les enlèvements et les meurtres qu’on sait, et d’autres trafics moins connus de filles de l’Est).

Aujourd’hui Michelle Martin est relâchée de sa prison, accueillie dans un couvent où elle a fait déposer ses meubles dès 2001 (ayant donné la maison dont elle héritait de sa mère à ses enfants, afin de ne pouvoir indemniser les victimes – le père de l’une d’elles a porté plainte contre elle, l’accusant d’avoir organisé, avec la complicité des sœurs, son insolvabilité).  Déferlement d’angélisme à propos de la merveilleuse charité de ces sœurs. Mais c’est angélisme des anges de satan. Des bêtes qui font l’ange, à tous les sens du mot bête : soit stupides, soit couvrant le scandale, le crime énormes par une totale duplicité. De toute évidence, depuis le tout début, depuis bien avant leur arrestation et leur procès, les Dutroux-Martin sont protégés à divers niveaux de la société. Et cette libération anticipée de Martin, qui pourrait être suivie de celle de Dutroux (il y compte bien, comme il l’a déclaré), est la suite logique de cette protection qui leur garantit bienveillance et mise à l’abri en échange de leur silence sur le système de leurs acheteurs d’enfants.

Le cardinal Danneels, qui fut le chef de l’Église belge jusqu’en 2010, a une tendance certaine à se mettre les doigts sur la bouche. En tapant son nom sur google images, j’ai trouvé ces treize images de lui la bouche ainsi fermée. La même recherche sur le nom de quelques autres personnes, dont d’autres cardinaux, ne donne qu’une ou deux images semblables, voire pas du tout. Cela signifierait-il qu’il se tait encore plus que les autres ? Je ne l’affirme pas, bien qu’il soit avéré qu’il a occulté délibérément des dizaines de cas de pédophilie de prêtres. Raison pour laquelle son archevêché a été fouillé par la police. Au cours de la perquisition, ont été trouvés des dossiers sur l’affaire Dutroux et sur l’autopsie des deux enfants séquestrées que sa femme dit avoir laissé mourir de faim dans leur réduit pendant que son mari était en prison (nous verrons que cette version est contestée). Sur l’ordinateur du prélat, a été trouvée aussi cette photo sordide d’une fillette nue, accroupie dans la baignoire, le pommeau de la douche aspergeant son maigre corps, ses cheveux collés ébouriffés, son petit visage esquissant un sourire de grande misère. Finalement, il est apparu que la photo venait d’un site tout à fait sérieux, et qu’elle ne se trouvait sur l’ordinateur que parce que ce site avait été visité, ce qui suffit à enregistrer paraît-il les fichiers, de façon provisoire et non délibérée. Une « photo d’art » d’une jeune photographe, que l’on peut toujours voir sur le site en question, avec les commentaires alléchés de quelques visiteurs.

Mais revenons à cette propension à placer sa main sur sa bouche. Elle renvoie aussi à l’infantilité : l’enfant, in-fans, étant celui qui ne parle pas et en même temps se trouve dans la phase de la satisfaction par l’oralité (téter, manger, porter les objets à sa bouche). Je ne cherche pas à me lancer dans une psychanalyse sauvage de cet homme, ce serait d’autant plus stupide qu’un même geste peut être le signe d’un état d’être positif (intériorisation favorisant la pensée, la création, le recueillement) ou négatif (peur, dissimulation, régression). En réalité, les textes et les faits prouvent bien que Godfried Danneels est capable de pensée élevée, mais aussi de très néfaste occultation de la vérité. Je veux seulement essayer de donner un éclairage humain face aux terribles accusations, sérieusement fondées (l’étouffement obstiné des cas de pédophilie qui lui étaient soumis) ou infondées, qui pèsent sur lui.

Quelles sont ces accusations infondées ? Une histoire circule sur internet, si atroce qu’elle fait sérieusement regretter qu’il ne soit pas intervenu pour que son nom cesse d’y être explicitement et horriblement mêlé. Oui, pourquoi ne le fait-il pas ?

Nous évoquerons cette histoire la prochaine fois, son contexte, et nous partirons de là dans une exploration humaine tout à fait inédite.

 

La fosse de Babel

photo Alina Reyes

 

Guy Debord avait excellemment prophétisé la société du spectacle. Ajoutons qu’elle a son corollaire, qui se développe en même temps qu’elle : la société de l’occulte. Les deux n’en font qu’une. Société de fausse transcendance, creusant sa « fosse de Babel » comme le prophétisa plus synthétiquement encore, et splendidement, Franz Kafka. Où est le spectacle, là est la fosse. Nous pouvons prophétiser la chute de cette société, sa désintégration par aspiration dans la fosse, aussi sûrement que le Christ vint abolir le monde païen en sa décadence et mit au rencart ses quantités de divinités et son système devenus dépourvus de sens, coquilles creuses, goulues, dévorant la vie à sa racine. Dieu, ou la vie si vous préférez, finit toujours pas avoir le dessus. Dieu finit par venir rendre la vie à l’homme. Notre monde meurt, mais c’est parce que nous sommes au bord de la résurrection.

Je reviens bientôt avec un texte suscité, entre autres, par la sortie de prison de Michelle Martin.

 

Le mal

photo Alina Reyes

 

Ne croyez pas tout ce qu’  « on » vous raconte pour justifier le mal qu’on fait. Je suis qui je suis et je dis, clair et net : j’ai toujours détesté le mal et ne lui ai jamais fait allégeance. « On » voit partout le mal qui le possède. Même en Dieu, et d’abord en lui, fût-ce en secret. Telle est la cause de l’antisémitisme et de ses variantes, dont j’ai déjà parlé. « On » en veut à Dieu, et aussi à ceux qui l’aiment ou sont censés l’aimer, soit parce qu’ils renvoient l’image de Dieu, soit parce qu’ils ne la renvoient pas : dans les deux cas le mal vainc dans l’esprit de ce « on » que Louis-Ferdinand Céline éructa, lui le rescapé des tranchées, le grand déçu des hommes et de Dieu. Ne soyez jamais « on », ne vous laissez pas manipuler, même pour la prétendue bonne cause, soyez Je, debout devant la face de Dieu, qui est Amour.

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L’Alpha et l’Oméga

photo Alina Reyes

 

Tel anonyme, mécontent de mon amitié pour l’islam, m’envoie ce message : « alina reyes virée de l’église », aussitôt suivi de celui-ci : « alina reyes juive ». L’islamophobie est une variante de l’antisémitisme. Qui se déclare contre l’antisémitisme sans se déclarer contre l’islamophobie est au fond antisémite, fût-il juif. Et qui se déclare antisémite est également au fond islamophobe, fût-il musulman. Quant au chrétien, qu’il prenne soin de ne pas croire que sa religion met l’homme à la place de Dieu. L’antisémitisme, et ses variantes l’islamophobie, voire l’antichristianisme, sont le symptôme d’un refus du fait qu’en premier comme en dernier lieu, l’autorité n’appartient pas à l’homme, mais à Dieu. Le judaïsme et l’islam étant les religions qui affirment avec le plus de force l’unicité de Dieu et de son autorité sont évidemment les cibles premières de l’homme qui veut s’imposer au lieu de Dieu, ou qui se sert du nom de Dieu pour imposer une volonté toute humaine. En vérité tout vrai croyant, ou pour le dire mieux tout vrai pauvre, quelle que soit sa religion ou son absence de religion, parce qu’il manifeste malgré lui que l’homme n’est pas le détenteur ni du premier ni du dernier pouvoir, déclenche le malaise, ou même la haine, ou l’acharnement destructeur, de l’homme qui refuse de voir en ce miroir sa propre petitesse.

C’est pourtant ainsi, petits, que nous sommes aimés, et que nous sommes grands.

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Cercle vicieux

photo Alina Reyes

 

Si seulement ils connaissaient un tout petit peu Dieu, s’ils avaient seulement un commencement de foi, ils ne se croiraient pas obligés de faire son job à sa place. Comme ils croient qu’il n’existe pas, ils s’y collent, veulent imposer des choses et des épreuves aux autres, qu’ils prennent pour leurs créatures, trafiquent la création et le créé à défaut de pouvoir créer, mentent énormément, s’empêtrent dans une fuite en avant pathétique, qui n’empêche évidemment pas le sol de se dérober sous leurs pieds.

Mais c’est qu’ils ne voient pas comment faire autrement ! Ils ont les paupières collées, les malheureux. Puisqu’ils n’ont jamais vu Dieu. Je ne demande qu’à voir, me dit un jour l’un d’eux, qui venait de participer à un coup tordu. Eh bien Père, si vous voulez voir, commencez donc par renoncer aux diableries, si petites semblent-elles (vous ne connaissez pas leur grandeur), et purifiez votre cœur. Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu. Qu’est-ce à dire, voir Dieu ? Voir la Vérité, et la vivre. Comment cela vient-il ? En embrassant le réel, le cœur pur. Ils sont abstinents du réel parce qu’ils en ont peur, ils vivent dans un ersatz de réel, dans des limbes où la relation humaine est entachée de cachotteries, de non-dits, de veules sinuosités, voire de manipulations et de mensonges. Et c’est dans ces limbes qu’ils veulent attirer les hommes, en leur promettant le Royaume. Imposteurs.

Ensuite bien sûr il devient plus que jamais hors de question d’accepter de voir Dieu face à face. D’assumer le fond de son être, son système, ses actes. Ce qui est du démon ne connaît pas Dieu, mais en a tout de même peur, comme le vampire a peur de la lumière du jour. Pourtant, si ce n’est en ce monde, le face à face est tout de même inéluctable, et rien ne sert de le retarder, bien au contraire. C’est par souci de leurs âmes que nous les appelons à changer de comportement, radicalement.

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Libre

Albert Camus/Henriette Grindat, éd Gallimard - cliquez pour voir en grand

 

Un jour une internaute anonyme m’a dit sur le blog de passouline qu’elle se souvenait de moi dans nos vingt ans, et que je voulais déjà en découdre avec Sollers. Certes il n’était pas le seul avec qui je voulais en découdre, mais il me fut bon de constater par ce rappel que mon désir de révéler l’imposture que lui et d’autres de cette génération, de cette nomenklatura, représentent (et que beaucoup de penseurs sérieux ont vue bien avant moi) ne date pas d’hier. Car l’imposture fait du mal, beaucoup de mal. Dieu m’a choisie pour la combattre parce que, comme d’autres, je suis petite et démunie : ainsi je ne peux faire que sa volonté, non la mienne. Le moyen que j’ai pris pour en découdre n’est donc pas le plus facile, mais sans doute le plus profond, le plus efficace, puisqu’il va à la racine puis s’étend, bien au-delà de sa personne qui n’est qu’un symptôme et qui comme toute personne appelle la compassion, à tout un système de pensée et d’existence qui ruine le monde, l’amour, l’esprit, en faisant mine de travailler pour la vie. Le diable fait mine, c’est pourquoi « le troupeau de porcs qui cherche sa nourriture » comme dit l’Évangile, l’adopte… et finit dans le ravin. Pendant ce temps, la vie continue son chemin, où qui l’aime peut la suivre.

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Convertissez-vous


photo Alina Reyes

 

Ce ne sont pas les hommes du monde, si séduisants soient-ils, qu’il faut suivre. Vous savez bien qui il faut suivre : qui est vrai. Qui vit et agit en accord avec sa parole. Qui ne vous conduit pas à faire le mal, en vous convainquant que c’est pour la bonne cause. Vous savez bien qui parle ainsi aux hommes. Vous savez bien où cela les mène. Loin de l’Éden, où leurs yeux sont fermés, où ils ne savent même plus distinguer ce qui est mal de ce qui est bien. Où tout est corruptible, et où tout en effet pourrit.

Ouvrez les yeux, convertissez-vous, préparez-vous à être de ceux qui pourront être relevés, à la fin.

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Star Wars


photo Alina Reyes

 

Il ne faut pas lire les livres au pied de la lettre. Il faut comprendre que l’auteur, à travers son « je » ou ses « il » ou « elle », endosse l’homme. Quand Flaubert dit « Madame Bovary, c’est moi », cela signifie qu’il endosse le bovarysme, et non pas qu’il est particulièrement atteint par cette maladie. Et pourquoi l’endosse-t-il ? Pour la mettre en lumière, afin que nous en soyons prévenus et puissions nous en garder ou nous en sortir.  Le « je » de l’auteur véritable est composé indifféremment du je de sa propre personne et de celui des hommes en général. Car il ne s’agit pas d’un égo mais d’un je compassionnel, qui prend sur lui tout l’humain. La mauvaise réputation des auteurs courageux vient du fait que les mauvais lecteurs croient que tout ce qu’ils endossent est la peinture de leur propre personnalité, de leur propre vie. Et Flaubert, sous un prétexte ou un autre, se retrouve en butte à la censure. Inversement les auteurs pleins d’ego, sans courage mais malins, s’arrangent pour se rendre prestigieux à travers leurs écrits, leurs dires et leurs remuements, ne faisant qu’attirer les lecteurs dans l’illusion d’une fausse vie et d’une fausse pensée, qu’ils désirent pour se sentir à leur tour vernis de brillant. C’est ainsi que peu à peu le mensonge gangrène le champ social et les âmes jusqu’au plus haut niveau, que les collabos du mensonge passent pour des coopérateurs de la vérité même là où l’on est censé connaître et promouvoir la vérité, et que là, si le discours sur la vérité perdure, il s’avère que le mode d’existence, de relation à soi et à autrui, est fondé sur le mensonge. Et c’est ainsi, comme nous le savons, que les maisons menacent de s’écrouler – s’écroulent si on ne refait pas les fondations à temps. Évidemment cela demande de creuser, de se salir les mains et d’en suer, mais c’est une question de vie ou de mort.

Quand le nouveau pape a été élu, j’ai posté sur mon blog de l’époque une image humoristique, trouvée sur Internet, dans laquelle il était assimilé à l’empereur Palpatine, dans Star Wars. Bien sûr c’était irrévérencieux, mais l’image disait pourtant quelque chose de très vrai. J’ai toujours dit par la suite que ce pape était le bon pape, ne serait-ce que parce que d’une certaine façon il unit en lui Pierre et Paul, le pasteur et le penseur. Je dis aussi que tout pape est de toute façon le bon pape, car voici où l’image est juste : même si se révèle en lui « le côté obscur de la force », Dieu s’en sert pour détruire et replanter selon son propre plan, qui n’est autre que le rétablissement de la vie en vérité.

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