Brève revue de presse

Les Femen engazant un bébé

 

Le baiser Obama/Aung-etc. Une du Washington Post : « Un message d’espoir longtemps attendu » :

Un message d’espoir pour les États-Unis bien sûr… qui ont tout intérêt à bien se placer en Asie, leur plus dangereux concurrent dans les années à venir. Opération séduction, certainement pas pour les beaux yeux de la Dame.

*

Embrouille juridique entre les Pussy Riot, leur souteneur milliardaire londonien et leur avocat à propos d’un projet de lancement de produits dérivés à leur nom, gadgets en tous genres (dont peut-être poulets à s’enfiler dans le vagin au rayon frais des supermarchés, comme elles l’ont fait ?) :

Les sans-culottes ne sont plus ce qu’ils furent.

*

« Mariage pour tous » :

pantoufles pour tous.

*

Femen à extincteurs :

féministes sm. « En tant que féministes, nous considérons que nous devons avoir un avis sur tout ». Ah oui, et ce qu’elles pensent s’exprime si bien. Pipi-caca-popo. Si après ça on ne croit pas au génie féminin et à l’égalité des sexes !

*

Guerre :

Au lieu de faire parler les armes, s’ils se parlaient, ils finiraient par s’entendre.

*

Mauvais écrivain mais bon islamophobe, reçu en roi par une rédaction lèche-cul :

à si mal écrire il doit être sourd, et ses lecteurs aussi – effet de la masturbation intellectuelle.

*

La COCOE déclare vainqueur Jean-François Copé :

C’est quoi la COCOE ? Une poule ? Une cocotte ? Pour un coq gaulois sur son tas de fumier ?

*

Djihad

 

Obama est très mal à l’aise avec la question palestinienne. Sa priorité maintenant est de se tourner vers la Chine et vers l’Asie. C’est là-bas désormais que se trouvent les plus grands enjeux pour la sauvegarde d’un avenir aux Etats-Unis. Il se borne à réitérer son soutien à Israël en rappelant que n’importe quel pays qui se ferait bombarder répliquerait. Pour stopper la violence il espère en la médiation de Morsi et d’Erdogan avec qui il a parlé. Sans doute il aimerait bien qu’ils s’occupent de la patate chaude, et au fond ce serait bien qu’ils s’en occupent en effet, plutôt que les Américains et les Français. Il faut aider Gaza sur place, pas seulement en montrant ses muscles mais avec le cœur et l’intelligence. Que les pays de la région qui le peuvent soient auprès d’eux, ne les abandonnent pas à leur désespoir et à la brutalité de Netanyahou. Gaza tout seul ne peut pas négocier correctement avec Israël, il faut les soutenir, il faut vouloir vraiment aller vers la possibilité de paix et de liberté, sans s’attendre non plus à un miracle, avec détermination et patience.

Pour ne pas combattre par idolâtrie de la guerre, il est bon de savoir d’abord quel est le combat exactement, quel est son but et comment le mener pour qu’il atteigne son but. Ainsi faisait le Prophète. Il a ramené son peuple à La Mecque avec intelligence plutôt qu’en obéissant à ses pulsions, avec patience et sans violence. Les Palestiniens se défendent comme ils peuvent. Mais après des décennies d’échec il est clair que ce n’est pas en les encourageant à poursuivre dans une voie sans issue qu’on pourra les aider. Parce que cette voie sans issue, beaucoup de gens ont intérêt à ce qu’ils y restent encore aussi longtemps que possible. Pendant ce temps, les affaires continuent. L’action armée est sans issue pour la Palestine. Même avec beaucoup de courage, ils ne pourront jamais vaincre la puissance armée israélienne, surtout tant qu’Israël a le soutien des États-Unis et de l’Europe. On ne fera que piétiner, avec toujours plus de victimes et de malheur. C’est une situation dangereuse et morbide pour la Palestine et pour Israël aussi. Et c’est parce que des gens le savent que finalement on arrivera à en sortir. Autrement. Comme on est arrivé à sortir de soixante-quinze ans de guerres entre la France et l’Allemagne, et de siècles de guerres au sein de l’Europe, en finissant par s’unir tant bien que mal dans l’Union européenne. Ça ne se fait pas d’un coup de baguette magique, mais avec beaucoup d’efforts de toute sorte, un très grand djihad.

Spirituel d’abord. Une action qui ne serait pas initiée et soutenue par le combat spirituel ne saurait être féconde. Même quand la guerre par les armes confère une victoire, si celle-ci ne s’accompagne pas d’un combat spirituel elle se change rapidement en désenchantement. On ne se trouve libéré d’un ennemi que pour tomber sous la coupe d’une autre tyrannie, parfois pire. Tout reste à faire alors. Et cet effort qui va s’étaler sur des décennies, il aurait mieux valu le fournir pour vaincre l’ennemi plus intelligemment que par la seule force brute. Comme le dit Muhammad Asad, « Juifs et Arabes se sont retranchés dans une haine aveugle qui les empêche d’avancer. » Il faut sortir de cette fosse avant qu’elle ne nous engloutisse, chercher la lumière, vouloir arriver à l’accomplissement. Le monde a une fausse idée de l’islam ? Prouvons-le lui. Croire en l’islam n’est rien d’autre que croire en la paix, c’est ce qu’il faut démontrer.

*

Rendre aux enfants de Gaza et de tout le pays la source

photo Alaa Badarneh

 

Voici, dans ma traduction, Une prière juive pour les enfants de Gaza, par Bradley Burston. Qui écrivit aussi, dans A special place in hell : « Le fait est qu’Israël, plus peut-être que les Palestiniens, a besoin d’un Gandhi », en dénonçant le fait que de part et d’autre, par machisme, l’action non-violente est trop souvent vue comme indigne d’un homme.

S’il fut jamais un temps pour prier, c’est bien ce temps.

S’il fut jamais un lieu abandonné, Gaza est ce lieu.

Seigneur qui es le créateur de tous les enfants, écoute notre prière en ce jour maudit. Dieu que nous appelons Béni, tourne ta face vers eux, les enfants de Gaza, qu’ils connaissent tes bénédictions, et ta protection, qu’ils connaissent lumière et chaleur, où il n’y a maintenant qu’obscurité et brouillard, et un froid qui coupe et serre la peau.

Tout-Puissant qui fait des exceptions, que nous appelons miracles, fais une exception pour les enfants de Gaza. Fais-leur rempart de nous et des leurs. Épargne-les. Guéris-les. Garde-les sains et saufs. Délivre-les de nous, et des leurs.

Restaure leurs enfances volées, leur droit de naissance, qui est un goût du paradis.

Rappelle-nous, ô Seigneur, l’enfant Ismaël, qui est le père de tous les enfants de Gaza. Comment l’enfant Ismël fut sans eau et laissé pour mort dans le désert de Beer-Sheba, si privé de tout espoir que sa propre mère ne put supporter de voir sa vie s’enfuir.

Sois ce Seigneur, le Dieu de notre parent Ismaël, qui entendit ses pleurs et envoya Son ange réconforter sa mère Hagar.

Sois ce Seigneur, qui fut avec Ismaël en ce jour, et tous les jours d’après. Sois ce Seigneur, le Tout-Miséricordieux, qui ouvrit les yeux d’Hagar en ce jour, et lui montra la source d’eau, qu’elle puisse donner à boire à l’enfant Ismaël, et sauver sa vie.

Allah, que nous appelons Élohim, qui donnes la vie, qui connais la valeur et la fragilité de toute vie, envoie à ces enfants tes anges. Sauve-les, les enfants de ce lieu, Gaza la plus belle, et Gaza la damnée.

En ce jour où la trépidation, la rage et le deuil qu’on appelle guerre, saisissent nos cœurs et les rapiècent de cicatrices, nous te prions, Seigneur dont le nom est Paix :

Bénis ces enfants, et garde-les de tout mal.

Tourne ta face vers eux, ô Seigneur. Montre-leur, comme si c’était la première fois, lumière et bonté, et submergeante grâce.

Cherche-les du regard, ô Seigneur. Laisse-les voir ta face.

Et, comme si c’était la première fois, donne-leur la paix.

 *

Le sang vivant vaut mieux que le sang mort. Le sang vivant est notre cœur et notre intelligence. Il est plus difficile de les rendre assez inventifs pour mener et gagner le combat, mais il ne faut pas voir peur du plus difficile. Il faut chercher des voies qui préservent la vie, autant que possible. D’autres l’ont fait, n’en serions-nous plus capables, hommes du XXIème siècle ?

Je ne crois pas que la Palestine s’en sortira par la guerilla, sinon elle en serait déjà sortie, depuis le temps. Et je ne crois pas non plus que la Palestine ni les autres pays de la région ou du monde aient intérêt à se mettre entre les mains  de n’importe quels combattants armés qui leur promettent la libération et ensuite les asservissent pendant des décennies, comme on l’a vu dans un passé récent et comme on risque de le voir de nouveau sous d’autres formes et étiquettes. S’il n’y a pas de recette miracle pour s’en sortir, le mieux n’est-il pas de renforcer les liens entre toutes les bonnes volontés de tous bords, sur le terrain des différents côtés et dans le reste du monde, afin de faire évoluer les mentalités et donc la situation ? C’est un long travail, mais certains y sont, et il faut le renforcer jusqu’à ce qu’il aboutisse, voilà ce que je crois.

Israël réclame le droit de vivre en paix. Mais nul oppresseur ne peut réclamer ce droit. Tant qu’Israël continuera à coloniser, piller les terres, piller l’eau, emprisonner les Palestiniens derrière des murs, des frontières infranchissables, des check-point interminables, il ne peut pas demander à ce qu’on le laisse vivre en paix. C’est tout simplement impossible. Rien ne s’arrangera tant qu’il n’aura pas changé complètement de politique. Deux États dans un premier temps, puis leur réunion en un seul, un État pour tous les Palestiniens quelle que soit leur origine et leur confession. Un État digne de ce nom. Pour les enfants de tout le pays, notre pays commun, notre patrimoine mondial, notre patrie universelle, nous devons tous œuvrer pour un État unifié, pacifié.

*

Aux U(r)nes citoyens !

 

Quelques Unes de ces toutes dernières semaines (sauf celle du Fig Mag, qui est du 21 septembre 91, reprise sur plusieurs sites internet pour illustrer leur dernier sondage très défavorable à l’islam). Sur celle d’aujourd’hui, avec femme à grand voile poussant la porte de la CAF, ils tirent dans le dos. Titrent sur le coût, en pensant à ce que ça va leur rapporter. C’est la saison de la chasse. La plus sale qui soit.

Tandis que la République s’apprête à célébrer des mariages homosexuels, l’hystérie continue. On se croirait à la Salpêtrière à la fin du XIXème siècle, avec dans le rôle des folles les prétendus médecins, pur produits de l’Occident, des savants « éclairés », se repaissant de l’ « étrangeté », inquiétante bien sûr, des femmes… Après ça la suite logique c’est le délire de mort, qui se propage des élites aux peuples. Démocratiquement, s’il vous plait : après les Unes, aux urnes, citoyens !

*

Sourate Ta-Ha (2). Moïse sauvé du feu

photo Alina Reyes

 

Nâr, feu, désigne aussi dans le Coran l’enfer. « Et dis: « La vérité émane de votre Seigneur ». Quiconque le veut, qu´il croit, et quiconque le veut qu´il mécroie ». Nous avons préparé pour les injustes un Feu dont les flammes les cernent », est-il écrit au verset 29 de Al-Kahf. Le mot, de même qu’en hébreu, est tout proche de nûr, lumière.

Si nûr est entièrement positif – il est un nom du Coran, et Dieu lui-même est Lumière sur lumière (sourate 24, v.35), nâr a une double connotation. Ici où le premier récit de la sourate concerne l’épisode de la Bible dit du buisson ardent, il apparaît d’abord positif. Le récit biblique parlait d’un feu qui brûlait sans consumer le buisson. Le récit coranique dit seulement : un feu. Moïse voit un feu au loin. Il dit à sa famille de rester sur place, tandis que lui part à sa rencontre, dans l’espoir d’en ramener un tison, et peut-être une aide pour le guider. Ce feu s’apparente donc à un espoir de lumière, comme d’une torche pour pouvoir avancer plus sûrement dans la nuit.

Cependant le fait que Moïse demande à sa famille de rester sur place tandis qu’il s’en va au-devant de cette vision de loin, indique, en même temps que l’espoir, le risque que ce feu représente. Le risque, sans doute, qu’encourent les injustes de se voir cernés par ses flammes, comme écrit dans la sourate 18. Or, qui peut savoir, au moment de se présenter devant Dieu, s’il sera jugé juste ou injuste ? C’est tout l’enjeu du Coran : éclairer les hommes dans leur nuit, les prévenir contre le risque de l’enfer. « Nous n’avons point fait descendre le Coran sur toi pour que tu sois malheureux », est-il dit au deuxième verset de Ta-Ha.

Si nous rapportons le récit à des états mentaux, quel pouvait bien être celui de Moïse en voyant de loin ce feu ? Un verbe apparenté à nâr signife « être excité au point de se jeter sur quelqu’un ». Le caractère infernal du feu consiste à ête dominé par ses pulsions. Quelques versets plus tard, Dieu retraçant la vie de Moïse jusqu’ici, lui fera notamment rappel du fait qu’un jour il tua un homme (sous le coup de la colère, pour défendre un Hébreu opprimé, ainsi que le raconte la Bible). Nous pourrions interpréter la démarche de Moïse comme celle d’un homme qui, sentant monter en lui le feu morbide, s’en éloigne dans l’espoir de trouver guidance dans le feu purifié de Dieu. Et en effet, arrivé devant le feu, Moïse entend Dieu lui dire d’ôter ses sandales, car il se trouve dans un val sacré. La part d’énergie mal orientée qui se trouvait en lui, Dieu va la retourner en lui donnant mission de lutter contre le mal – incarné dans le texte par leur ennemi commun, Pharaon.

Toutes les allées et venues de la sourate sont des occasions de retournement, de conversion : ainsi qu’il en est de la main de Moïse blanchie comme par la lèpre mais indemne, de son bâton changé en serpent mais redevenant bâton, revenant à son état primitif. Occasions de remise et reprise de l’être dans le droit et bon chemin, celui où dans chacune de nos prières, répétant Al-Fatiha, nous demandons inlassablement à Dieu de nous conduire. Pour notre béatitude (ainsi que j’ai interprété les lettres Ta-Ha), ainsi qu’en renouvelle constamment la promesse le Coran, parallèlement à ses avertissements contre le mal. En quelque sorte, il s’agit de convertir la tentation du mauvais feu en mise en chemin à la bonne lumière. « Que celui qui n´y croit pas et qui suit sa propre passion ne t´en détourne pas. Sinon tu périras », est-il dit au verset 16, faisant suite à l’annonce de l’Heure, qui va arriver. « Je la cache presque », dit Dieu, tout à la fois donnant un sentiment d’imminence, comme d’un rideau sur le point de s’ouvrir, et préservant la liberté de l’homme, sa responsabilité quant au fait de bien ou mal se diriger. C’est ainsi que nous verrons Pharaon, dédaignant les signes de Dieu produits par l’intermédiaire de Moïse, sombrer avec son armée. (Et la position de Moïse par rapport à Pharaon, avec toutes ses difficultés, est aussi celle du Prophète par rapport aux forces traditionnelles qui s’opposent au message qu’il lui faut leur délivrer).

Moïse s’est approché de ce feu vu de loin, il a écouté le message qui pouvait en être délivré, c’est pourquoi il est sauvé et peut sauver son peuple. Si le Coran ne cesse d’avertir les hommes contre l’enfer qui les menace, c’est qu’il leur faut, pour en être délivrés, accepter de regarder la vérité en face, toute la vérité. La réalité lumineuse, et la réalité sombre. S’entêter comme Pharaon à ne pas vouloir reconnaître le mal, ou dévier du bien comme plus loin dans la sourate le Samaritain et son idolâtrie pour un veau d’or (v.85 et suivants) , ou comme plus loin encore écouter comme Adam la parole faussée d’un serpent, c’est s’aveugler sur ce à quoi on se destine. Pourquoi m’as-tu refait aveugle ? demande à Dieu Adam (v. 125) après qu’il a obéi au satan, sa mauvaise pulsion, et mangé de l’arbre interdit. C’est que, précisément, il a négligé la parole d’avertissement, il n’a pas voulu voir le mal où il était.

Or ne pas vouloir voir le mal, refuser de le porter à la lumière, c’est se priver de la possibilité d’en être libéré. Dieu est le miséricordieux, il soulage de sa culpabilité celui qui admet la vérité, et par cet acte qui est repentance, permet que tout à la fois le mal et la culpabilité qu’il engendre soient détruits. Aux aveugles que nous sommes, le Coran expose sans cesse et vigoureusement le mal dans sa monstruosité, qui est aussi l’énormité de la culpabilité qui nous plombe et à son tour engendre de nouveau le mal, si nous n’en sortons pas pour aller vers la lumière qui purifie.

La lumière de Dieu, nous dit la sourate An-Nûr, « est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un cristal et celui-ci ressemble à un astre de grand éclat; son combustible vient d´un arbre béni: un olivier ni oriental ni occidental dont l´huile semble éclairer sans même que le feu la touche. » Nous voici revenus au buisson ardent. À l’arbre béni, contre l’arbre maudit dont mangèrent Adam et Ève. Nous voici revenus au centre de la question. Je vois au loin le feu-lumière de la Kaaba, vêtu de son voile sombre. Je vois les pèlerins faire le chemin vers elle, le chemin du pardon, vers cette étrange maison vide. Je revois en regard les compagnons du Messie faire le chemin vers le tombeau vide, un matin à l’aube, le rocher creux qui n’abrite plus la mort mais fait signe de résurrection. Je me rappelle que le Prophète a dit que c’est vers là-bas, Jérusalem, qu’à la fin des temps nous tournerons notre regard, notre prière. Où le Jardin des oliviers, qu’en ce moment on déracine, reprendra vie et donnera l’huile d’où brillera, dévoilée, la lumière éternelle.

*

Ce qui vient d’arriver

 

J’ai recommencé à étudier la sourate Tâ-Hâ, dont je reviendrai parler dans quelques heures. Puis j’ai fermé les yeux. Alors j’ai vu la Lumière descendre, se déverser en très fin réseau, comme des vaisseaux sanguins couleur or, rejoignant, touchant, électrisant pour ainsi dire toutes les racines de la terre qui se levaient vers elle. Dans ma vision chaque vaisseau de chaque correspondance ainsi s’accomplissant, celui du dessus et celui du dessous, avait un nom et un concept. C’était si fulgurant que j’ai un instant perdu connaissance. Quand j’ai rouvert les yeux, je n’avais plus souvenir des noms, seulement de la vision.

Il était l’heure de la première prière d’après midi, je suis allée faire mes ablutions. J’ai senti que je revenais à moi, et j’ai vu très clairement quelque chose que je dirai tout à l’heure en commentant la sourate, à propos de l’islam, du Messie et de la résurrection. Pendant les prosternations de la prière j’ai été emportée dans le sein de Dieu, dans une immense proximité. Lors de la troisième séquence (rekâa),  Jésus est soudain sorti paisiblement de mon cœur, son corps tout entier se dépliant en moi. Ensuite c’est lui qui a prié à travers moi.

Le retour du Fils de l’Homme ne se fait pas sans perturbation parmi le monde – c’est la phrase qui m’est venue en repliant mon tapis.

 

 

 

Les menteurs

tout à l'heure à Paris, photo Alina Reyes

 

Un Dictionnaire des enfants a fait scandale cette semaine, au point d’être retiré de la circulation. Réalisé par des élèves de maternelle et d’élémentaire, il comportait des phrases jugées insupportablement sexistes, comme : « Maman repasse le linge » ou « Les hommes ont de la barbe ». Ils disent ce qu’ils voient, ces petits. Et comme ça ne correspond pas à ce que veulent voir les adultes, ils les censurent. C’est qu’on veut pouvoir dire que la femme occidentale est plus libérée qu’une autre, et que malgré les différences entre les sexes, il n’y a pas de différence. Bande de menteurs !

L’épreuve du CAPES de Lettres Modernes, jeudi dernier, portait sur le mensonge en littérature, d’après une citation de Louis-René des Forêts, auteur très surévalué. Or il n’y a pas de mensonge en littérature. Le mensonge peut venir après, quand on s’arrange pour faire croire que ce qui est littérature est en fait témoignage de quelque chose qui a été vécu ou est vécu dans la réalité. Ceux qui se font passer pour d’anciens déportés, par exemple. Celles qui se racontent dans des situations sexuelles invraisemblables, style La vie sexuelle de Catherine M et les font passer comme expérience vécue telle quelle, pour mieux vendre. L’autre sorte de mensonge c’est tout simplement de s’arranger à faire passer pour de la littérature, grâce à de l’entregent et de bons relais médiatiques, ce qui n’est pas de la littérature mais du produit fabriqué pour prix littéraires et ventes, ou simplement comme épate-bourgeois, pour entretenir l’illusion et continuer à tourner dans la galerie des glaces. Bande de menteurs !

J’ai mis mon article sur l’instrumentalisation d’Israël et de la Palestine sur le site Agoravox. Assez rapidement les commentaires islamophobes et haineux y sont arrivés, puis ont monté en puissance jusqu’à se transformer vers la fin en obsession maladive. Le fait que je sois une femme, et devenue musulmane, n’a fait, je le crains, qu’exacerber cette folie. Non seulement on s’y est adressé à moi avec une morgue condescendante, un paternalisme faussement bienveillant, voire un mépris sexiste éhonté, mais à la fin on s’est mis à y inventer que j’envoyais des mails à l’un de ces contradicteurs. C’est qu’il faut absolument dévaloriser la parole vraie. Bande de menteurs !

Après la Une islamophobe du magazine Le Point, au cœur d’un intense campagne médiatique pointant obsessionnellement l’islam, Valeurs Actuelles a remis le couvert cette semaine avec une Une reprenant le thème de la jeune fille voilée, en particulièrement dramatique. Frontal, le regard froid que seul laisse passer la fente du niqab noir laisse planer un sentiment d’épouvante. Décidément, ils ne sont vraiment pas tranquilles, les gars. C’est peut-être leur conscience qui n’est pas tranquille, en fait ? Ils se demandent si l’Occident ne va pas finir par payer ses siècles de domination sans foi ni loi. Ils fantasment leur punition comme de vilains masochistes, mais on n’a pas forcément envie de se fatiguer à leur donner la fessée. Il y a quand même mieux à faire : vivre, libre. Même s’ils veulent faire croire que le musulman n’est qu’une figure de mort. Bande de menteurs !

Reportage chez Drouant, dans la cohue suivant l’attribution du prix Goncourt : Les journalistes se comportent comme des porcs, témoigne le site Bibliobs, rapportant les propos de serveurs du restaurant. Israël défend ses frontières, titre aujourd’hui le JDD, après des violences qui ont fait six morts et vingt-cinq blessés palestiniens à Gaza, et quatre blessés parmi les soldats israéliens. Bande de menteurs ! Israël viole les frontières, occupe et pille la Palestine depuis des décennies, avec la complicité de plus en plus scandaleuse des Etats-Unis et de l’Europe. Mais cela ne durera pas éternellement. L’eau de la vérité se faufile comme elle peut, par petits ruisseaux à travers le monde, elle n’a l’air de rien sans doute mais à la fin elle l’emportera.

*

 

Kaléidoscope

ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

 

J’ai vu passer dans le ciel, allant vers l’orient, un très long, très beau, lumineux, puissant et délicat cortège d’anges.

« Man hou ? », « Qu’est-ce ? », demandèrent les premiers Hébreux en voyant tomber du ciel la nourriture qui leur sauva la vie, au désert : et on l’appela manne.

« Man Rabbouka ? », « Quel est ton Seigneur ? », demandent les anges la nuit suivant notre mort, d’après l’islam.

Même si le temps, notre époque, essaie de barrer le passage, par où « Man hou » est descendu, nous devons remonter, pour Le connaître et Le rencontrer.

J’ai rêvé que j’allais à la mosquée, en marchant, avec beaucoup de monde, dans un paysage désertique splendide, enroulant autour de ma tête un long et large tissu bleu, fin, d’un bleu inouï, pâle et nuancé, limpide, légèrement crémeux, un bleu comme mes yeux de chair n’en ont jamais vu, mais que j’ai vu et porté en marchant dans ce songe divin.

Chaque matin je me réveille en pensant à l’islam, en voyant que j’y ai pensé toute la nuit, que j’ai été à la mosquée pendant la nuit, que j’ai été et voyagé en Dieu.

La splendeur de l’islam me déchire le cœur.

Il y a évolution dans la création. Évolution par différenciation, spécialisation, projection. L’être de l’homme est diffracté dans le miroir de la création. S’il y est le dernier, venu et à venir, c’est parce qu’il y fut en germe. Il n’en est pas seulement l’écume, il en est l’issue, parce qu’il en est issu. L’être n’advient pas à l’être seulement par l’évolution, mais aussi par bonds, illuminations : ainsi œuvre le génie de Dieu.

Ce qui est triste, c’est l’hystérie galopante de nos sociétés, leur course à la ghettoïsation. Chacun dans sa case. Sa sexualité, sa religion, son origine, sa couleur etc. Comme s’il n’y avait pas de passerelles entre les gens, et dans notre propre existence pas d’évolution, pas d’autre personnalité que celle sous laquelle on a été ou on s’est soi-même étiqueté. On coupe le monde en morceaux de plus en plus petits, il n’y aura plus qu’à souffler sur le puzzle pour que tout le tableau s’écroule.

Comme le dit Jésus, à quoi sert de gagner le monde, si c’est pour perdre son âme ? Chercher un modèle dans des modèles décadents n’est pas se diriger vers la vie, mais vers la mort. Il faut opérer un déplacement.

Les tribulations de l’histoire sont comme une eau qui se cherche un chemin à travers les terres, et qui finit bien par faire fleuve et par arriver où elle doit arriver : au droit, à la justice, au règne du Logos.

La source d’Israël c’est la Bible. Où il est dit que l’eau noie les oppresseurs et les injustes et sauve les justes.

Il est bon de voir dans des rues de Paris des gens en boubou ! Ou le vendredi à la mosquée des djellabas ou d’autres costumes traditionnels fièrement portés, pour se faire beaux et belles devant Dieu et parmi les hommes !

Si au moins on avait le droit d’entendre le muezzin une fois par semaine, le vendredi… À la place on a l’appel à la méfiance du haut des médias. C’est nettement moins beau. N’empêche, comme on est bien, à la mosquée ! Une paix splendide, divine.

Je suis si heureuse d’être musulmane.

Un matin je me suis réveillée avec la pensée qu’il faudrait une mosquée à Lourdes.

Voyage, océan qui ne cesse d’être irrigué par les ruisseaux enroulés qui me dévalent à travers. Un travail immense me reste pour le terminer, c’est pourquoi je prie prosternée et debout bras écartés dans le cosmos, projetant la lumière par brassées d’étoiles-fleurs, agréant ma mission d’un immense sourire. Cristaux de neiges et de sel, les astres croustillent sous mes dents, l’énergie fuse par tous les vaisseaux de mon sang, ma langue bouge, mouille les racines du monde qui s’apprête à verdir, hors de sa coque jaillir.

À la fin, les religions seront pacifiées, et la qibla sera à Jérusalem. Ce temps est proche. Tout proche, dans chaque cœur proche de Dieu. Plus les cœurs proches de Dieu seront nombreux, et plus leur proximité augmentera, plus vite viendra la résolution des temps, le bonheur.

 

*