Le roi est nu

Les États-Unis annoncent des preuves de ceci, de cela. Malheureusement ils nous ont trop fait le coup pour qu’on puisse leur accorder quelque crédit. Voilà où mène le mensonge : après avoir fait beaucoup de mal à autrui, il perd le menteur lui-même. Certes les États-Unis ne sont pas les seuls à mentir. Les autres mentent aussi, mais comme les Américains sont ou étaient le roi du monde, les voici aussi dotés du triste privilège d’être pour tous les autres le roi nu.

Rêvé que j’étais de passage chez François. En faisant un faux mouvement, il se luxait un muscle de la poitrine. Je m’inquiétais pour lui, je lui donnais des recommandations. Pendant qu’il allait se faire soigner, je partais me promener partout, dans la ville, dans la forêt, au soleil, sous la pluie, bienheureuse. Au retour, je lui demandais si cela allait mieux. Oui, cela allait mieux. J’étais contente. Je préparais le campement pour moi et mes enfants, avant le dîner.

Une star vend son château. Si j’avais un château, j’y fonderais une communauté. Je n’ai pas de château, je n’ai plus de maison, mais je fonderai quand même une communauté. Et nous réinventerons la vie, la famille, la communauté, et nous serons joyeux !

Manne, Cène, Ramadan

Dans la première sourate révélée au Prophète – paix et bénédiction sur lui -, sourate 96, dite « des Croyants », il est dit que Dieu a créé l’homme d’une adhérence. Tel est le sens du mot alaq, qui signifie par là également l’attachement amoureux, et peut aussi désigner un sang épais, du vin, une nourriture.

En cela nous pouvons voir notamment que le geste du Christ lors de la Cène est profondément sémitique. En donnant son corps et son sang, sous les espèces du pain et du vin, c’est l’amour de Dieu qu’il donne, cet attachement qui est aussi l’adhésion de la foi par laquelle nous avons été créés.

Le Coran dit que Dieu a fait descendre le Coran (20, 113), et avec le même verbe, que Jésus, fils de Marie, a fait descendre une table servie (5, 112). Dieu ne fait-il pas descendre sa parole comme nourriture pour les croyants ? C’est ce que manifeste aussi le jeûne du Ramadan, pendant lequel le croyant est appelé à se nourrir de la lecture du Coran.

La première sourate, Al-alaq, commence par le tout premier mot que l’Ange adressa à Mohammed – paix et bénédiction sur lui – : « Lis ! » Ce qui signifie, pour les lecteurs du Coran : essaie de comprendre ce que tu lis, ne t’arrête jamais de le lire, au sens de l’interpréter, car la compréhension de la parole de Dieu ne s’arrête pas, jusqu’à la fin des temps. Et cette parole qu’il faut lire, c’est Al-alaq, le sang dont nous avons été créés, l’écriture originelle, à la fois dans la langue de l’ADN et dans celle de l’Amour, qui nous donne la vie et chaque jour nous la redonne, comme une nourriture, comme la manne dont il est question dans la Bible (Exode chapitre 16) et dans le Coran (sourate 20, v. 81).

Manne en hébreu signifie : « qu’est-ce que c’est ? » Qu’est-ce donc qui nous tombe du ciel ? Se sont demandé les hommes en découvrant, au matin, « le pain du ciel » descendu pour eux pendant la nuit. De même les hommes auxquels il est dit « Lis ! », par la parole descendue via Mohammed une nuit, se demandent, devant le mystère du Coran : qu’est-ce que cette mystérieuse parole ? « Lis ! » : comme la manne, recueille-la et nourris-t’en. « Lis ! » : ne cesse jamais de t’interroger sur ce qu’elle signifie.

Pâques, la Compassion du Christ

En joignant le geste de l’eucharistie (rendre grâce à Dieu) à celui de la communion (nourrir les hommes de son être pour leur montrer que Dieu est uni à eux et qu’il les unit en Lui), Jésus lors de la Cène fait signe que sa Passion est en vérité une Compassion. Il ne souffre pas seul pour tous, il souffre avec tous ceux qui souffrent. Et c’est pourquoi il souffre plus que ne peut souffrir un homme, et c’est pourquoi il en meurt, et c’est pourquoi aussi il en ressuscite. Il ressuscite parce qu’il n’a pas souffert seul, il a souffert pour tous, les vivants et les morts. Sa mort n’est pas en lui seul, elle est aussi en tous les morts et en tous les vivants, qu’il ne peut pas abandonner à la mort. Quand il demande de manger, via le pain et le vin, son corps et son sang, en mémoire de lui, cela signifie : nous coressusciterons. En mangeant ce morceau de pain devenu son corps et en buvant ce vin devenu son sang, nous le prenons en nous corps et âme, parce que c’est notre propre corps, notre sang, notre chair, nos os, qui donnent corps à son âme. Et quand nous donnons corps à son âme, elle emporte notre corps dans son éternité. Et le temps des vivants et des morts devient une éternité prise en commun, en communion, une coéternité avec toute l’humanité, transportée en Dieu, l’Éternel.

Une preuve de cela est donnée dès le lendemain, au Golgotha. Jésus n’est pas le seul à être crucifié. Deux autres hommes souffrent aussi sur une croix. Sans doute, contrairement au Christ, chacun des deux souffre-t-il pour lui-même. Mais l’un d’eux va sortir de lui-même pour entrer en compassion avec Jésus, et aussitôt Jésus lui annonce que le jour même, il sera au paradis avec lui. La compassion transporte les mortels dans une autre dimension.

Du côté des enfants

On invente un nouveau barème pour noter les dictées, afin que les notes soient moins calamiteuses. Il faudrait surtout enseigner correctement la langue, les mathématiques, l’histoire et la géographie aux élèves. C’est-à-dire, en prenant le temps, au lieu de zapper constamment dans l’apprentissage, de fuir en avant et dans tous les sens alors que les bases ne sont pas acquises, et de faire ainsi souffrir les enfants. Cela me rappelle que lorsque j’avais douze ans, j’ai été embauchée pour donner des cours d’orthographe à un enfant de primaire en grande difficulté. Il fit plus de cinquante fautes à la première dictée que je lui donnai. Au bout de quelques semaines, il n’en faisait presque plus. Il n’y a pas de fatalité, il faut seulement prendre les choses à bras-le-corps. Ensuite je ne suis pas une puriste, la langue supporte quelques écarts d’orthographe, jadis cette dernière n’était même pas fixée. C’était le temps de la jeunesse du français, c’est ainsi qu’il a pu évoluer, et même s’il a atteint un certain âge il doit rester souple.

Un sociologue préconise de placer en institution les enfants roms contraints de mendier. Prudence avec ce genre de solution ! Ne renouvelons pas les fautes commises au détriment d’autres pauvres en d’autres circonstances et en d’autres endroits dans le monde, l’enlèvement des enfants d’indigènes ou de personnes en difficulté et leur placement en institutions, catholiques ou autres, « pour leur bien ». Sauf exception, le bien des enfants est de rester avec leurs parents. L’amour vaut davantage que le confort. Les problèmes de délinquance et de criminalité doivent être traités par la police, les problèmes de misère doivent être traités par les pouvoirs politiques. Chasser les populations d’un quartier à un autre, d’un pays à un autre, ou retirer les enfants à leur famille, n’est pas traiter les problèmes mais les fuir et les laisser s’amplifier, au risque de les voir déborder.

Les députés votent pour que les animaux soient reconnus comme « des êtres vivants doués de sensibilité », et non plus seulement comme des « biens meubles ». Il était temps. Puisque le progrès existe, on peut espérer qu’un semblable statut sera bientôt reconnu aux enfants.

Habiter les ruines, et reconstruire

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Cette idée commune à beaucoup de religieux de diverses traditions, selon laquelle les épreuves purifient l’être, ne tient pas dès qu’on la confronte au réel. Le mal fait du mal, il rend mauvais et violent, les délinquants et les criminels sont le plus souvent des gens qui ont subi trop d’épreuves, Primo Levi des décennies après les camps s’est suicidé. Et quand nous réussissons à surmonter une épreuve, pouvons-nous vraiment dire que nous en sommes purifiés ? N’avons-nous pas plutôt à espérer ne pas en avoir été trop abîmés ? Ne pas en avoir trop perdu notre fraîcheur ? Notre intégrité ? Ne nous trouvons-nous pas plus purs à mesure que nous reculons dans le temps ? Et si nous sommes arrivés à sortir des épreuves en gardant notre pureté, cette pureté n’est-elle pas désormais celle d’une ruine ?

Cette idée est une consolation que l’homme invente pour ne pas accuser Dieu des iniquités qu’il subit, mais elle est aussi le signe d’une relation incomplète avec Dieu. Dieu nous envoie des épreuves pour nous purifier, disent-ils, dans leur désir de trouver une excuse à Dieu (ce qui leur laisse tout de même un parfum de ressentiment enfoui envers Lui). Mais Dieu n’a pas besoin d’excuse. Car il ne nous envoie pas d’épreuves. Dieu ne nous envoie ni la maltraitance ni les camps de concentration ni les guerres ni les maladies ni les malheurs, Dieu simplement laisse sa création libre de suivre son cours comme il nous laisse libres. De rester dans le chemin de la vie (de la vérité, de la compassion), ou de prendre celui de la mort (du mensonge, de l’abus, de l’égocentrisme). Si nous n’avions pas cette liberté, nous ne serions pas des hommes, quand nous abdiquons cette liberté nous perdons notre humanité.

Dieu nous donne la vie. La vie est une expérience pleine d’expériences, dont beaucoup sont des épreuves. L’épreuve est consubstantielle à la vie. Naître et donner naissance sont déjà des épreuves. Elles ne sont pas destinées à nous purifier, ni à quoi que ce soit d’autre. Elles ne sont pas destinées, elles arrivent et passent, c’est tout. Elles n’ont pas d’être, seulement une existence. Seul l’être est destiné. Il n’a pas besoin d’épreuves pour accomplir son destin, mais seulement de conserver sa fraîcheur, sa grâce, son intégrité. Les épreuves ne sont que des obstacles et des accidents sur le chemin. On peut en rencontrer beaucoup, ou moins. On peut s’y casser les jambes et y rester. On peut aussi en réchapper. Mais les épreuves, au final, ne sont que des déchets. Les épreuves font partie des énormes déchets que produit la vie pour se maintenir comme création. Ce qui est écrit dans notre être depuis le commencement jusqu’à sa fin, c’est autre chose, cela vient d’ailleurs, c’est ailleurs, et immortel.

Récupération, réinvention…

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Le rhinocéros de Dürer, la Nuit étoilée de Van Gogh… devenus Le rhinoballeur et Dans la nuit… J’ai ouvert une nouvelle galerie sur mon site de peintures pour ces toutes-premières oeuvres d’art récupéré. Il y en aura d’autres.

J’y ai aussi mis, dans cette autre galerie, de nombreuses photographies colorées à la main.

Tout cela toujours dans un esprit de cueillette, de récupération, de réinvention, comme avec les objets transformés ou les peintures sur planches de bois (chutes chez le marchand ou trouvées dans la rue), sur carton… À voir dans l’ensemble des galeries du site alinareyes.eu.

Et bientôt, ici même sur alinareyes.net, de nouveaux titres en ebooks. J’écris, aussi. Haut les coeurs !