Pendant la Seconde Guerre mondiale, des enfants juifs sont sauvés par l’imam de la Mosquée de Paris. Une histoire touchante, d’après l’histoire de Si Kaddour Benghabrit.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, des enfants juifs sont sauvés par l’imam de la Mosquée de Paris. Une histoire touchante, d’après l’histoire de Si Kaddour Benghabrit.
Si un seul des caricaturistes de Charlie Hebdo avait été tué, l’émotion aurait été considérable aussi. Toute la presse en aurait parlé, toute la classe politique se serait emparée du sujet. Rappelons-nous par exemple l’émotion suscitée par l’assassinat de Daniel Pearl. Car ces assassinats sont aussi symboliques : à travers des dessinateurs de presse ou des journalistes, c’est la liberté d’expression qui est visée.
Au début de cette semaine à Dresde, un jeune réfugié érythréen et musulman a été poignardé à mort par des néo-nazis. La presse allemande et la presse britannique en parlent longuement, mais en France personne n’en parle. Ni les médias généralistes, ni même les médias musulmans (je n’en ai trouvé référence que sur une page d’antifas, Soyons sauvages). Cet assassinat n’est-il pas pourtant lui aussi hautement et dramatiquement symbolique ?
Pourquoi ce mutisme ? Les Français seraient-ils pris d’une frénésie de ne pas voir ? De se raccrocher, pour ou contre, à un seul mot d’ordre et de ne plus rien voir qui n’entre pas dans le cadre de ces œillères ? Nous avons beau chanter, ou refuser de chanter, la Marseillaise, nous ne pouvons pas, saisis par la peur malgré nos dénégations, nous replier sur nous. Il nous faut voir le tableau de plus loin. La montée des néo-nazismes dans toute l’Europe. Ne pas voir l’assassinat de Khaled Idris est un signe de xéno-indifférence, d’indifférence à ce qui ne touche pas directement la France, à ce qui ne semble pas nous toucher directement, de quelque bord que nous soyons dans ce drame. De la xéno-indifférence à la xénophobie, il n’y a qu’un pas. Ouvrons les yeux, toute l’Europe marche sur la même falaise, et le bord n’est pas loin.
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On ne peut blasphémer que Dieu, puisque lui seul est saint. Le blasphème est une affaire entre le blasphémateur et Dieu, elle ne regarde personne d’autre. Le blasphème ne peut faire aucun mal à Dieu – rien ni personne ne peut lui faire du mal -, il ne fait du mal qu’au blasphémateur – à lui de se débrouiller avec sa haine, son injure faite au principe même de la vie. Le blasphème n’a pas à être jugé par la justice des hommes. Il regarde la justice de Dieu, c’est tout.
Les caricatures ordurières du Prophète ne sont pas des blasphèmes, et si on considère qu’elles insultent Dieu à travers son Prophète, c’est une affaire entre le caricaturiste et Dieu, c’est tout. Ceux qui considèrent que Dieu a interdit de représenter les prophètes doivent aussi considérer que la transgression d’un tel interdit, comme le blasphème, est une affaire entre le transgresseur et Dieu, et non une affaire que les hommes doivent régler à la place de Dieu. Mais ces caricatures ne sont pas cela, ou pas principalement cela. Principalement, elles sont des injures faites, à travers la figure de Mohammed, sémite, arabe et prophète de l’islam, aux sémites, aux Arabes et aux musulmans.
Il s’agit là d’une affaire d’hommes. D’une incitation à la haine entre hommes. Et cela, les hommes doivent se charger de le réglementer et de le juger. Nos lois interdisent l’appel au racisme, ne le considérant pas comme liberté d’expression mais comme délit. Les régimes répressifs usent depuis longtemps des caricatures pour asseoir leur domination sur les peuples, en les divisant et en incitant les uns et les autres à la haine, soit agressive, soit défensive. C’est une manipulation qui fait aujourd’hui passer la caricature ordurière des musulmans pour une caricature religieuse. En réalité, nous sommes bien sur le terrain du politique, comme le prouve la montée des néo-nazismes un peu partout en Europe. Et c’est sur ce terrain que nous devons nous placer et demander justice.
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Khaled Idris, Érythréen vraisemblablement assassiné par des néo-nazis à Dresde, où des manifestations anti-islam se déroulent depuis octobre.
Lire l’article de l’AFP ici.
J’ai trouvé cette information cette nuit. La presse anglo-saxonne en parle abondamment (voir par exemple l’un des articles du Guardian), mais la presse française se tait. Sujet trop sensible ?
Liberté d’information, où es-tu passée ?
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voir aussi : La vie d’un homme ne vaut-elle pas celle d’un autre ?

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Christiane Taubira estime qu’en France on a tout à fait le droit de représenter Mohammed comme le fait Charlie Hebdo, de façon ordurière ou en tête de bite comme sur sa dernière Une à cinq millions d’exemplaires. Mais elle a trouvé normal que Minute soit condamné à 10 000 euros d’amende pour l’avoir qualifiée en Une de « maligne comme un singe ». Mohammed ne vaudrait-il pas Christiane ? C’est ce que pense, apparemment, l’intelligentsia de notre beau pays.
A-t-on jamais stigmatisé les Basques dans leur ensemble parce que quelques-uns d’entre eux posaient des bombes ? A-t-on jamais stigmatisé tous ceux qui votent soit à droite soit à gauche parce que certains groupuscules d’extrême-droite ou d’extrême-gauche ont commis des attentats terroristes ? Non : si on stigmatise les musulmans, c’est par racisme.
Le pape, le patriarche des Coptes et le patriarche de l’église latine de Jérusalem se sont déclarés, plus ou moins directement, contre les caricatures du Prophète par Charlie Hebdo. Il faut apprécier la parole de ces chrétiens qui parlent pour une affaire qui touche en ce moment les musulmans, mais le blasphème n’est pas interdit dans notre pays, qui respecte la liberté d’expression. Par contre l’incitation à la haine, le racisme et l’antisémitisme ne sont pas considérés comme liberté d’expression mais comme délits. Il faut donc montrer qu’en fait il s’agit de racisme, que ce sont les musulmans qui sont visés via le Prophète ou directement, et c’est là qu’il faut combattre, puisque le droit est de ce côté. Encore faut-il que les pouvoirs publics reconnaissent la nécessité de le faire respecter.

Valeurs Actuelles, autre champion de l’islamophobie, ne veut pas être en reste en ces temps où l’on ne parle que de Charlie. Le magazine a donc publié sur son site une vidéo où l’on apprend cette chose affreuse et terrifiante : dans la bibliothèque de l’Institut du monde arabe, il y a plein de livres de la culture islamique !!! Les grands livres de la tradition musulmane s’y trouvent, y compris les traités de droit ou charia. Ah mon Dieu, ils auraient dû créer une section Enfer pour les y mettre, comme on faisait jadis pour les ouvrages pornographiques ! Et il faudrait penser aussi à expurger la Bibliothèque Nationale de tous les livres d’auteurs dont la pensée ne nous semble pas correcte. Allez, un grand autodafé ! Et vive la liberté d’expression !
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… j’ai trouvé les images sur la page fb de Julien Salingue
François Hollande déclarait ce matin à l’Institut du Monde arabe que les conflits au Moyen Orient ne pouvaient être « importés en France ». Traduisons : que les musulmans français ne se mêlent donc pas de politique extérieure. Bernard-Henry Lévy et ses amis, eux, ont tout à fait le droit d’importer en France le conflit ukrainien, le conflit libyen et tout autre conflit dans lequel il leur est loisible non seulement d’étaler leurs avis dans la presse et les grands médias, mais aussi d’intervenir directement, comme s’ils avaient été élus par le peuple pour cela. Mais quand des Français, et parmi eux beaucoup de musulmans, veulent protester contre les tueries israéliennes à Gaza (soutenues par François Hollande), on leur refuse le droit de manifester – et s’ils manifestent quand même, jugeant inique un tel refus, rarissime, on les tabasse copieusement, ou même on les condamne à de la prison. Dans le même discours, François Hollande affirme que les musulmans français ont « les mêmes droits et les mêmes devoirs » que les autres Français. Vraiment ?
Dans son discours d’avant-hier à l’Assemblée, discours ovationné par la quasi-totalité des députés, Manuel Valls décrète que Dieudonné est antisémite et doit donc être poursuivi, mais que Charlie Hebdo, qui s’en prend aux musulmans, exerce seulement sa « liberté d’impertinence ». De quel droit prend-il ainsi parti ? Est-ce à un ministre de décréter quels artistes sont à bannir, et quels artistes sont à monter au pinacle ? Comment peut-il décréter que les insultes répétées de Charlie Hebdo à l’encontre des musulmans ne sont pas de l’islamophobie mais de l’impertinence ? Comment peut-il se faire juge à la place des juges ? Et cependant la France presque entière applaudit. Le dernier Charlie Hebdo s’arrache, mais que les musulmans ne se désespèrent pas, ce n’est pas seulement pour flatter l’islamophobie des Français, c’est aussi le fait de la cupidité de beaucoup, qui se sont empressés de mettre en vente leurs numéros à prix d’or sur les sites de ventes aux enchères. Ambiance.
Philippe Tesson, repris par tous les médias, éructe que « ce sont les musulmans qui amènent la merde en France ». Lui aussi fait dans la scatologie, comme Charlie parlant de sa dernière Une. C’est que la merde, c’est dans leur tête qu’ils l’ont. Tout ça n’annonce rien de bon. Les actes islamophobes se multiplient, ils se comptent par dizaines ces derniers jours. Des impertinences, peut-être ? La pression sur les musulmans est énorme, le but en est clair et il se fait sentir : les amener à raser les murs, à faire profil bas, à courber l’échine comme au bon vieux temps d’avant et d’après l’énorme ratonnade d’État de 1961. Et à se taire. À se laisser insulter sans rien dire. Les Zemmour et autres haineux ont un boulevard devant eux. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire qu’on voit ça, on sait où conduit la stigmatisation d’une communauté par la parole de haine : aux actes de haine. Que reste-t-il du grand show de l’unité nationale du 11 janvier ? Je pensais tout à la fois, en regardant la manifestation, aux foules de Paris acclamant Pétain, puis quelques années plus tard, De Gaulle. Sans doute les manifestants de dimanche dernier avaient-ils pour la plupart un vrai désir d’union nationale, mais sous quel genre de bannière l’exerceront-ils ?
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Dans l’atmosphère de malheur qui endeuille en ce moment la France, après la mort tragique de vingt personnes, dont trois assassins, et avec ce qui s’ensuit : la négation de la pensée organisée par les pouvoirs publics, il est plus que jamais nécessaire de ne pas se taire. Et en ce jour de sortie d’un Charlie Hebdo des survivants, tiré à trois millions d’exemplaires, si rien ne nous oblige à acheter ledit numéro, il ne faut pas pour autant, comme le font trop de responsables (institutionnels ou intellectuels) musulmans, détourner le regard de la Une dont la vision est imposée à tous les Français et même au-delà de la France, par la grande majorité des médias. Il faut, plus que jamais, exercer notre intelligence et notre courage, et faire l’exégèse de ce qui nous est donné à voir.
Que nous dit cette Une, et les dessinateurs de Charlie qui l’ont choisie ? Que Charlie Hebdo, bien malgré lui, sous la pression médiatique qui l’a transformé en parangon de la liberté d’expression, a renoncé à ce qui le faisait jouir, à savoir le ressassement raciste dans la représentation sexuelle du Prophète, et à travers lui des musulmans. Je vais pour expliquer ce qu’elle dit sans paroles employer des mots grossiers, c’est nécessaire pour traduire un dessin grossier. Le Prophète y est donc représenté en « tête de bite ». Un petit peu discrètement parce que l’heure l’impose, mais visiblement quand même – comme l’ont noté plusieurs médias. Et que dit l’équipe survivante de Charlie à propos de cette Une ? Qu’elle a été « dure à chier » (en ajoutant encore quelques détails scatologiques). Cela veut dire tout simplement qu’ils se faisaient jouir par sodomie (mentale) avec la tête du Prophète (et des musulmans) dont ils se payaient (c’était même leur gagne-pain). Voilà ce qu’ils ont fait pendant des années, de façon beaucoup plus ordurière qu’ils ne peuvent se le permettre aujourd’hui. Aujourd’hui ils ont « chié » cela dont ils se délectaient, ils ont dû y renoncer, même si cela a été « dur ». (Voyez mon livre Poupée, anale nationale).
Voilà, il fallait le dire, c’est fait. Ils l’ont fait longtemps à l’abri des regards, c’est-à-dire sous le regard de leurs seuls complices (leurs lecteurs) dans cette jouissance malsaine partagée à la façon d’un viol en réunion, mais aujourd’hui où tous les regards convergent sur eux, il leur faut mettre la pédale douce. Ils le font avec beaucoup d’hypocrisie, mais ils le font. En affichant « tout est pardonné » ils prennent une pose christique, référence subliminale au Christ mourant sur la croix en demandant le pardon pour ceux qui l’ont condamné sans savoir ce qu’ils faisaient – à moins qu’ils ne veuillent dire, masochistement, que la tuerie a effacé leur péché. Pose et rien que pose, puisque dans le même temps ils perdurent dans leur désir d’offense aux musulmans, l’affichant en Une de façon voilée. Cependant, si cette Une est une sorte de « chant du cygne » du corbeau, elle nous permet d’espérer, malgré la nuit actuelle, prochainement un jour nouveau, un jour où la France se sera enfin débarrassée des restes de son racisme colonial et de son antisémitisme séculaire.
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L’obsession de Charlie Hebdo à montrer le Prophète (et à travers lui, les musulmans) en position sexuelle, ou comme sur la caricature d’aujourd’hui, en tête de bite, en dit assez long sur la sexualité ou homosexualité refoulée de ces dessinateurs, et à travers eux, de leurs lecteurs.
La sexualité mal assumée des mal à l’aise dans leurs caleçons – malaise auquel sont directement reliés leur cerveau et leur main – engendre toujours une fascination épouvantée pour la figure de l’Autre (autre sexe ou autre culture). Cela vaut pour beaucoup de cathos et pour les athées hantés d’un vieux fond catho, comme pour beaucoup d’hommes d’autres traditions et religions quand elles sont mal enseignées, frappées par la honte du sexe.
Racisme, antisémitisme et sexisme sont des symptômes de la même maladie. Qu’ils se soignent, qu’ils lisent mes livres, du Boucher à Forêt profonde en passant par Poupée, anale nationale et Nus devant les fantômes, et qu’ils y réfléchissent au lieu d’en devenir fous, comme certains ! Et qu’ils deviennent vraiment libres.
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Voici deux des petites histoires du fameux sage plein d’humour subtil de la tradition musulmane :
C’est en courant et sautant dans tous les sens qu’un jour de marché Nasreddine Hodja cria dans la foule « Dieu soit loué ! Dieu soit loué ! ».
Tantôt en faisant une accolade à l’un, tantôt en embrassant le front de l’autre, et de répéter incessamment « Dieu soit loué ! Dieu soit loué ! ».
Surpris par si peu de pudeur et de retenue de la part de Nasreddine dans sa joie, un commerçant lui demande :
– Eh ! Nasreddine ! Quelle est cette si bonne nouvelle pour toi ? Ne nous laisse pas assister à ta joie sans qu’on en sache la raison !
– La bonne nouvelle, répondit-il d’un air surpris par la question ? J’ai perdu mon âne ! Dieu soit loué !
– Comment ? Tu te réjouis de la perte de ton âne au lieu d’en être triste, continua interloqué un autre villageois ?
– Evidemment, rétorqua Nasreddine d’un air innocent ! Si j’avais été dessus je serais moi aussi perdu!
***
Un jour au café, tous sont en train de se vanter de leurs exploits militaires. « Et toi ? », dit quelqu’un, en se tournant vers Nasreddine ?
« Moi ? Un jour, sur le champ de bataille, j’ai coupé la jambe d’un ennemi d’un seul coup d’épée. »
« Pourquoi pas sa tête, comme font les autres ? »
« C’était impossible : quelqu’un lui avait déjà coupé la tête. »
***
Laissons l’âne nommé Pensée Unique se perdre sans nous, avec ses adeptes aux têtes coupées.
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Paix et prière sur lui, notre bien-aimé.

« Cette une a été dure à chier ». Les dessinateurs de Charlie, à propos de leur une de ce mercredi représentant le Prophète Mohammed.
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Ils déclarent avoir « chié » la couverture de leur numéro de ce mercredi représentant Mohammed. Voilà, ils le disent eux-mêmes, Charlie, c’est de la merde. « Journal irresponsable », écrivent-ils. Non : journal responsable. De quoi ? Qu’ils se le demandent. Comment les meilleurs d’entre eux ont-ils pu se laisser aller à continuer de collaborer à ce qu’était devenu Charlie, voilà ce que de mon côté je me demande. L’homme est bien faible.
Que Charlie reparte sur de nouvelles bases, sans haine, je le leur souhaite. Le magazine était moribond et serait vraisemblablement mort d’ici peu si des tueurs n’avaient malheureusement assassiné la majeure partie de son équipe. Avec le soutien dont il bénéficie maintenant, il peut avoir l’occasion de renaître. Mais une époque est finie, celle où ils ont pu faire leur œuvre raciste en toute impunité. Oh, ils pourront certes continuer à faire des dessins racistes, il y a un public pour ça. Mais pas de façon aussi ordurière, outrancière et obsessionnelle que ces dix dernières années. Maintenant qu’on les a fait passer pour des chantres de la liberté d’expression auprès d’un grand public ignorant, il leur sera difficile d’afficher de nouveau la face hideuse de leur production. Ou bien c’est que la France de Zemmour aura fini par être la norme.
Je propose qu’on ne dise plus islamophobie, mais antisémitisme. Parce que l’islamophobie est un antisémitisme. Parce que cela aurait l’intérêt de rappeler à ceux des musulmans qui sont antisémites et à ceux des juifs qui sont islamophobes qu’ils s’en prennent à eux-mêmes. Et parce que cela aurait l’intérêt de rappeler à tous les islamophobes qui honnissent l’antisémitisme, que leur maladie est pourtant bien un antisémitisme.
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