Demain 2014

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L’arbre de vie dans la forêt la nuit, acrylique sur bois (Isorel) 18×30 cm

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Et malgré tout ce que m’ont fait subir un tas d’imbéciles, je suis et je serai toujours la même, la même que celle que j’étais aussi loin que je m’en souvienne, à l’âge de quatre ans, à l’âge de sept ans, à l’âge de quatorze ans, à l’âge de dix-sept ans, à l’âge de trente ans, de quarante-quatre ans, de cinquante-cinq ans. Et ainsi en est-il de chacun de vous. Certes il est possible de tuer un être humain, à force de lui faire du mal, mais pas de le changer, ni de le détruire. C’est-à-dire que même une fois mort, il est toujours ce qu’il fut toujours.

Alors qu’est-ce que l’appel à la conversion, au changement ? Un appel à vivre. Non pas à changer d’être, mais à changer de milieu. À quitter le milieu de la mort pour le milieu de la vie. À se laisser arracher à la mort par la vie. Qu’est-ce que le milieu de la mort ? Le mensonge. Qu’est-ce que le milieu de la vie ? La vérité.

Chaque homme sait très bien, au fond, s’il vit dans le mensonge ou dans la vérité. Souvent il ne le sait que très au fond, là où c’est sombre d’être si au fond, là où il ne regarde jamais. Mais s’il va y voir, il saura.

Chaque homme sait très bien, aussi, que le mensonge le perd, et que la vérité le sauve, même si elle semble moins facile, plus risquée, presque impossible parfois. Mais comme c’est le métier du skieur d’affronter la pente, c’est le métier de l’homme d’affronter la vérité. C’est alors, quand il s’y lance, qu’il peut commencer à connaître la délivrance qu’elle donne, et puis la grâce, et l’assurance de l’éternité. C’est alors qu’il peut savoir ce que c’est de marcher sur les eaux. De voler mieux qu’un oiseau. D’habiter partout. D’être pour toujours, au-delà du temps.

Femme dans la mosquée

Une femme dans la mosquée par Zarqa Nawaz, Office national du film du Canada

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Je ne suis pas allée à la Grande Mosquée de Paris depuis que les femmes doivent y prier à l’entresol. Je ne peux donc parler de cette nouvelle salle de prière. Je peux dire ce qu’il en était avant, avant novembre. Nous y priions alors au fond de l’unique salle de prière, dans un espace séparé par un rideau épais, qui ne nous empêchait pas d’entendre l’imam mais nous empêchait de le voir et de profiter de la vision de l’espace entier de la salle. Du moins entrions-nous par la porte principale et traversions-nous la magnifique mosquée, comme les hommes, pour nous rendre à la prière. Ce qui ne semble plus être le cas. Aux hommes qui prétendent aujourd’hui que peu importe le lieu où l’on prie, il faudrait demander : alors pourquoi l’architecture a-t-elle une si grande importance dans la construction des mosquées ? N’est-ce pas parce qu’elle est justement apte à faire entrer dans la prière ? Et s’il est aussi bon de prier dans un entresol à l’écart de la beauté de la mosquée, ou derrière un rideau ou une barrière, pourquoi ces hommes n’y vont-ils pas eux-mêmes et ne laissent-ils leur place aux femmes ? Ne serait-ce qu’en alternance ?

Je suis un peu étonnée de l’argument de la Grande Mosquée selon lequel l’affluence nécessitait ce déplacement des femmes dans une salle plus grande à l’entresol. Chaque fois que j’y suis allée prier en semaine, il y avait largement la place pour tout le monde. Le vendredi, la mosquée est comble et alors, les femmes comme les hommes prient également dehors dans la cour, les halls et le jardin de la mosquée. Les femmes se disposent derrière, selon la recommandation du Prophète -paix sur lui- et l’usage (qui doit éviter aux hommes la tentation de se laisser distraire par les derrières des femmes), mais il n’y a aucune séparation ; dans certains endroits, par manque de place, hommes et femmes sont tout proches, et tout se passe parfaitement bien.
Une jeune femme avec qui je priais m’a dit un jour qu’elle se faisait importuner dans la rue, à la sortie de la mosquée, par des hommes qui sortaient eux aussi tout juste de la prière, les jours de semaine. Cela lui était évidemment pénible. Il n’est quand même pas logique que ce soient les femmes qui paient de leur mise à l’écart les obsessions puériles de certains hommes. Que les imams leur fassent la leçon ! Et que les parents éduquent leurs filles et leurs garçons au respect de soi et de l’autre.

Quenelle, queue basse

Que de bruit pour une quenelle. Ceux qui s’en montent la tête, dans un sens ou dans l’autre, feraient mieux de voir qu’une quenelle, c’est tout mou, et en plus dirigé vers le bas, ça bande pas, c’est impuissant. Quant aux velléités ministérielles d’interdire les spectacles de Dieudonné, c’est du délire idéologique. Avec leurs façons arrogantes de légiférer et gouverner, les socialistes sont-ils en train de virer fascistes ? Le spectacle, c’est eux qui nous le font, comme depuis le début, comme on a fait élire Hollande, comme ils montent en épingle leurs sujets sociétaux, et maintenant le sinistre Dieudonné, façon, dirait-on, de faire oublier leur impuissance.

Sortir de soi

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Je suis allée voir Snowpiercer, qui m’a fait une forte impression. Avec ses thèmes du passage de portes (comme dans Derrière la porte), du chemin dans la neige (comme dans Voyage), du mal et du monde gelé (comme dans Forêt profonde), de l’avalanche (comme dans La Chasse amoureuse), de l’arche de Noé (comme dans Le Boucher, entre autres), d’un(e) grand(e) ours(e) (comme dans Lucy au long cours et À la Grande Ourse, texte ici présent), ce film coréen tiré d’une bande dessinée française rencontre ma sensibilité comme elle a rencontré celle de millions de spectateurs et de la quasi-totalité des critiques, tant en Corée qu’en France. Or il n’est pas encore distribué aux États-Unis. Pourquoi ? Parce que le producteur américain qui en détient les droits pour le monde anglophone veut pouvoir le couper et l’arranger de façon à ce qu’il puisse rencontrer le public américain. Ce que le réalisateur refuse. Nous voici devant l’un de ces cas d’enfermement des dominants dont je parlais il y a quelques heures. Ils ne peuvent pas rencontrer l’altérité, il leur faut d’abord la manipuler pour la rendre moins étrangère, moins universelle, plus assimilable, plus contenable entre leurs murs. Une telle humanité est une humanité en train de se nécroser.

Tout cela est bien imagé dans le film – et je me rappelais aussi, en le voyant, le jour où par erreur je suis entrée dans un train vide, qui est parti aussitôt. J’ai remonté interminablement tous les wagons déserts, jusqu’à la locomotive, où je suis entrée dans la cabine du conducteur. Le train s’est arrêté dans une lointaine banlieue, où il est passé au lavage automatique, comme les voitures – sauf que l’opération est évidemment beaucoup plus longue pour un train. Enfin j’ai pu descendre, traverser les voies, monter dans une draisine à bord de laquelle des mécaniciens m’ont ramenée à Paris. J’avais raté mon train mais j’ai pris le suivant et je suis arrivée à bon port, en Normandie, sur une plage du Débarquement. Ce fut une bonne expérience.

Honte sur les trafiquants d’hommes

Il faut absolument lire l’article de la Repubblica, en français sur Courrier International, sur « le sale business de l’accueil », à Lampedusa et ailleurs. Comment, au nom de la solidarité ou de la charité, voire de la « Miséricorde », des sociétés s’enrichissent sur le dos des migrants en encaissant de fortes subventions de l’État et de la Communauté européenne. Subventions visiblement non utilisées au profit des accueillis, instrumentalisés au contraire pour rendre ce commerce plus lucratif. Plus on les garde, plus on encaisse, pendant qu’ils sont condamnés à dormir et manger par terre dehors ou entassés dans des vieux conteneurs, et soumis à des traitements humiliants.

À lire aussi, dans PressEurop, le témoignage d’Ahmed, qui a tourné la vidéo de la séquence de désinfection à Lampedusa.

Dans le Sinaï, les migrants érythréens sont victimes d’un épouvantable trafic de la part de soldats érythréens et de Bédouins, avant de se retrouver, pour ceux qui y survivent, dans les centres de rétention d’Israël. À lire sur rfi. Ces jours-ci certains d’entre eux se sont échappés d’un centre et ont marché vers Jérusalem, pour faire entendre leur voix :