Actualité de « Totem et Tabou », au prisme de la Bible et du Coran

image-20160816-13028-196kroa« Le Sacrifice d’Abraham », Charles Le Brun, vers 1650-1655 (détail). Louvre Lens, exposition « Charles Le Brun, peintre du Roi Soleil ». Gregory Lejeune/Flickr

Alina Reyes, Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Universités

Les religions abrahamiques reposent sur le sacrifice consenti par Abraham de son fils. La fin heureuse rapportée au chapitre 22 de la _Genèse _, avec le remplacement in extremis de l’enfant par un bélier (objet de remplacement qui évoque davantage un mâle mûr, un père tyrannique, qu’un enfant), ne suffit pas à apaiser les consciences.

Anthony van Dyck Crucifixion.

Le christianisme viendra apporter une justification supplémentaire à celles déjà données par la Torah en réaffirmant avec force que le sacrifice du fils, bel et bien « agneau » et non bélier, est la volonté de Dieu lui-même, identifié au père. L’islam reprend l’histoire biblique (Coran 37, 102-111) et tout en refusant vigoureusement son développement chrétien, la crucifixion de Jésus, trouve un autre moyen de racheter le geste d’Abraham, hautement loué dans le Coran comme acte de soumission à Dieu mais continuant à travailler souterrainement les consciences.

Matthias Stomer (1600-1650) : le sacrifice d’Abraham.

Abraham sacrifiant son fils est l’anti-Oedipe. Ces deux pôles du psychisme et de la pensée permettent de mesurer l’écart entre l’esprit sémitique et l’esprit grec. On ne peut considérer le meurtre involontaire de son père par Oedipe en faisant abstraction du sacrifice délibéré de sa fille par Agamemnon.

Frans de Jong. Le sacrifice d’Iphigénie (vers 1700).

La tragédie grecque, telle une Dikè, équilibre les mythes et les fautes des hommes, égarements dont elle les purifie en leur enjoignant d’en assumer les conséquences, tout en les dédouanant de l’énormité de la culpabilité par la mise en avant du rôle des dieux dont ils sont les jouets – autrement dit le poids de la condition humaine, où l’horreur se compense par la grandeur, et où l’insoumission ou la soumission au destin se dépassent par l’affirmation de l’humain, de sa pensée, de sa volonté, de son aspiration à la lumière par-delà ses aveuglements.

Freud et le meurtre du père originaire

Freud a développé sa version du péché originel dans _Totem et Tabou _ :

« Un jour, les frères qui avaient été chassés se coalisèrent, tuèrent et mangèrent le père, mettant ainsi fin à la horde paternelle. […] Le père originaire tyrannique avait certainement été le modèle envié et redouté de chacun des membres de la troupe des frères. Dès lors, dans l’acte de le manger, ils parvenaient à réaliser l’identification avec lui, s’appropriaient chacun une partie de sa force. Le repas totémique, peut-être la première fête de l’humanité, serait la répétition et la commémoration de ce geste criminel mémorable qui a été au commencement de tant de choses, organisations sociales, restrictions morales et religion. »

Saturne (Francisco Goya).

Ce tableau saisissant, digne d’un Goya, tel un repentir de son Saturne dévorant un de ses enfants, n’est étayé par aucune étude anthropologique à ce jour, et plus que jamais largement contesté par la communauté scientifique. Il s’agit en fait d’une profession de foi.

Ce fantasme spectaculaire est l’aveu d’une croyance en la culpabilité de l’homme, indépassable car inscrite à jamais dans sa chair à travers les générations (rien à faire, le père a été mangé, la victime de ses fils, nous, habite dans notre chair, un peu comme, dirait Hugo, « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn »), doublée d’un assentiment au crime qui a été commis : puisqu’il a permis le développement de la culture.

La faute liée à la connaissance

Comme dans la Bible, la faute est liée à la science et au progrès. Adam pèche en goûtant, après Ève, le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le premier meurtre de l’histoire sera commis par l’un de leurs enfants. L’assassinat d’Abel par le cultivateur Caïn est un fratricide. La civilisation est désormais en marche, comme Caïn condamnée à courir le monde.

Caïn tuant Abel par Rubens.

En déplaçant la culpabilité sur tous les fils alliés, Freud perpétue en sous-main le rejet de la faute originelle sur la femme (les frères agissant selon lui pour la possession des femelles, nous pouvons en conclure que le crime est la faute des femmes… comme le viol est la faute des minijupes), et élimine la possibilité du juste, de l’innocent (Abel) ou même, comme le figurent les Évangiles, du bon larron – le pécheur que son bon cœur rachète.

Alors que sa dernière fille était adolescente, Freud s’est-il résolu à inventer ce mythe originel jusque-là tenu caché sous son complexe d’Oedipe pour échapper à sa culpabilité de père ? A-t-il préféré s’investir dans la posture du père (de la psychanalyse) « mangé » par ses disciples ? Et plus largement, se reconnaître coupable, et avec lui toute l’humanité, d’un crime justifiable, commis en tant que fils envers un père tyrannique, plutôt que d’assumer les erreurs commises par tout parent envers ses enfants faibles et innocents, erreurs qui sont parfois des fautes, voire des crimes ?

Au cœur de la sourate de La Caverne

Le Coran, troisième ensemble d’écrits découlant du mythe abrahamique fondateur, a perçu ce risque fatal, cette chute de l’homme dans le nihilisme intégral, cette vision de l’homme comme indépassablement marqué par et pour la mort – nihilisme dans lequel, au nom de ces mêmes écrits, des hommes n’ont cessé ou ne cessent de tomber, en contradiction avec les solutions de guérison apportées par leurs textes.

Au centre phonologique du Coran, le verset 74 de la sourate La Caverne raconte le meurtre, par le guide de Moïse, sans raison apparente, d’un jeune homme rencontré en chemin. La situation est a priori l’inverse de celle présentée par Freud. Ici c’est un idéal de père, le « guide », l’esprit du patriarche, qui tue un jeune homme.

L’heureux dénouement du sacrifice abrahamique n’ayant pas suffi à libérer l’homme de sa culpabilité, au lieu d’essayer de l’en délivrer comme Freud en inversant le sens du sacrifice et en diffusant la faute dans toute l’humanité, ce qui revient à la fois à la condamner spirituellement et à lui éviter d’en assumer la responsabilité, comme dans les systèmes de délégation totalitaires, le Coran soudain la regarde en face et laisse au lecteur, via Moïse, le temps de la stupeur puis de la révolte devant une si monstrueuse iniquité.

Avant de dérouler une explication laborieuse, dont Voltaire se moquera de façon détournée : la mise à mort du jeune homme était destinée à l’empêcher de commettre les crimes qu’il aurait commis s’il avait vécu.

Le désir du meurtre (de qui ?)

Andrea del Sarto, Sacrifice d’Abraham (vers 1528).
Art Gallery ErgsArt — by ErgSap/Flickr

D’un point de vue psychanalytique, nous retombons parfaitement sur nos pieds : le désir originel de meurtre ne vient pas du fils, mais du père. C’est lui qui, par conviction paranoïaque que l’enfant est habité par ses propres pensées criminelles, et par désir de les cacher au monde et à lui-même, tend à vouloir l’éliminer.

Voilà une leçon politique pour tous les âges : pris dans les rets du mensonge originel, qu’il soit religieux ou athée, des hommes réagissent en décidant de vouer l’humanité à la mort. De jardin et pour la vie, le monde est changé en cimetière. Aux jardiniers de débroussailler l’affaire, afin de la rendre vivable en neutralisant ses effets dévastateurs, pour les hommes et plus encore pour les femmes, éternelles suspectes à mettre sous voile ou tutelle.

The Conversation

Alina Reyes, Doctorante, littérature comparée, Maison de la Recherche, Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Universités

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Défense de l’allaitement, contre l’héritage désastreux de Beauvoir

5 août 2016. Je réédite cet article, légèrement modifié.

Défense de l’allaitement, contre le féminisme de la peur.

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Un certain féminisme a tendance à cultiver le repli sur soi. La victimisation ne facilite pas la libération des femmes, mais au contraire entraîne leur fragilisation psychologique. Adoptons plutôt une franche attitude dans les faits de la féminité. Ni peureuse ni complexée, mais généreuse et ouverte aux aventures du corps féminin.

 

Le sexisme fait des ravages dans toutes les parties de la société et dans toutes les parties du monde mais le combat contre ce fléau a tendance à se perdre sur des voies contraires à son but. Un fort courant du féminisme œuvre à épouvanter les femmes au sujet de leur corps, tout en leur faisant croire que ce corps est l’objet, sur ces sujets faussés, de quelque complot de la société pour les asservir. On a vu récemment des articles présentant l’épisiotomie comme une barbarie effroyable, pratiquée sans discernement ni sans l’accord des parturientes (comme si médecins et sage-femmes n’étaient pas mieux à même de juger comment se présente la naissance et comment il faut la faciliter dans l’intérêt de l’enfant et de la mère), et qui laisserait des séquelles et des souffrances immenses et sans fin. Bien souvent ces articles sont écrits par des idéologues qui, comme des adolescents au stade larvaire, dans leur inquiétude à l’idée de changer de statut trouvent quelque satisfaction à se raconter des histoires effroyables sur la vie des papillons.

Présenter l’épisiotomie comme monstrueuse c’est à la fois idéaliser l’accouchement (en voulant ignorer les particularités de la morphologie humaine qui en font une opération difficile ) et l’avoir en terreur (la hantise d’une aide médicale torturante cachant celle de la torture de l’accouchement lui-même). Cette fragilisation psychique des femmes se manifeste par d’autres réactions névrotiques, comme celles qui consistent à se sentir culpabilisées ou infériorisées à tort et à travers, et à pousser les autres femmes au même mal-être. On dira par exemple que ceux des hommes qui s’étalent dans les transports en commun, qui en prennent à leurs aises, jambes écartées sur leur siège, donnent un sentiment d’infériorité aux femmes. Pourquoi la grossièreté d’autrui donnerait-elle à quiconque un sentiment d’infériorité ? C’est illogique et absurde, mais certaines féministes y croient dur comme fer et propagent cette idée en exigeant, outrées et intimement blessées, l’arrêt de ce comportement, qui a reçu le nom de manspreading.

La campagne actuelle de l’UNICEF en faveur de l’allaitement provoque des réactions analogues. Informer sur les conséquences sanitaires positives de l’allaitement et promouvoir une société où il serait facilité – en public, sur le lieu de travail… – est regardé comme « culpabilisant ». Le rejet est fort, irrationnel, et cette fois partagé par beaucoup d’hommes. C’est que l’allaitement est vu par ces personnes d’une part comme un geste animal, dégradant, d’autre part comme une corvée. Simone de Beauvoir, qui ne fut jamais mère, a des mots épouvantables sur la maternité. À propos de la grossesse et de l’accouchement s’enchaînent sous sa plume les « problèmes », l’ « angoissant », le « singulièrement effrayant », les « terreurs », la « maudite », la « mutilation », l’ « impotence », la femme « jouet de forces obscures… ballotée, violentée », le « martyre », l’ « instrument souffrant, torturé »… Tandis que celles qui aiment la maternité sont qualifiées de « pondeuses » qui « cherchent avidement la possibilité d’aliéner leur liberté » de femme « aliénée dans son corps et dans sa dignité sociale »… Selon elle « dans le sein maternel, l’enfant est injustifié », il est « un polype né de sa chair et étranger à sa chair » qui « va s’engraisser en elle », elle qui est « la proie de l’espèce », comparée aux « autres femelles mammifères ». Bref, « celles qui traversent le plus facilement l’épreuve de la grossesse, ce sont d’une part les matrones totalement vouées à leur fonction de pondeuse, d’autre part les femmes viriles qui ne se fascinent pas sur les aventures de leur corps. » Il y en a des pages et des pages (deuxième tome du Deuxième sexe), j’abrège : c’est ainsi que la volonté de libérer les femmes se change sous nos yeux en manifestation d’une peur panique puritaine du corps des femmes, une gynophobie que les mâles religieux de toutes les religions réunies ne sauraient dépasser.

Toujours selon Beauvoir, une fois l’enfant né la femme « est stupéfaite de l’indifférence avec laquelle elle l’accueille » et une fois sorties de l’hôpital beaucoup « commencent à le regarder comme un fardeau ». Autant dire que « l’allaitement ne leur apporte aucune joie, au contraire, elles redoutent d’abîmer leur poitrine ; c’est avec rancune qu’elles sentent leurs seins crevassés, leurs glandes douloureuses ; la bouche de l’enfant les blesse ; il leur semble qu’il aspire leurs forces, leur vie, leur bonheur. Il leur inflige une dure servitude et il ne fait plus partie d’elles : il apparaît comme un tyran ; elles regardent avec hostilité ce petit individu étranger qui menace leur chair, leur liberté, leur moi tout entier. » Il y en a encore des pages, jusqu’à la « haine déclarée » et les « mauvais traitements » pour les pires cas – mais selon elle les mères ordinaires sont incestueuses, sadiques, dominatrices… Certes de telles mères existent, mais Beauvoir s’aveugle en ne faisant pas le lien entre le dégoût du corps féminin qu’elle exhibe elle-même et ces conséquences sur la maternité. C’est ainsi qu’une intellectuelle pour le moins gravement névrosée a engagé pour des décennies le féminisme dans une voie d’épouvante qui continue à montrer sa nuisance aujourd’hui. À parler comme les curés de ce qu’elle ne connaissait pas, Beauvoir a, comme eux sur la sexualité, engagé celles et ceux qui la suivent dans l’erreur absolue, d’autant plus dramatique qu’elle concerne le rapport à l’enfant.

Bien évidemment chaque femme doit avoir le choix d’allaiter ou non. Mais sans une bonne information, le prétendu choix n’en est plus un mais conformation souvent inconsciente à l’idéologie dominante du milieu dont on fait partie. Parlant de ce que je connais (j’ai eu et allaité deux enfants dans mes vingt ans, puis deux autres dans mes quarante ans), je veux dire ce que savent beaucoup de femmes : que la grossesse et l’allaitement ne sont pas des « épreuves épuisantes » contrairement à ce qu’elle affirme, mais des temps de belle aventure. Que ce n’est pas l’UNICEF qui met la pression sur les femmes en œuvrant pour la facilitation de l’allaitement, mais la société qui les contraint souvent d’y renoncer ou de l’abandonner – je l’ai vécu, comme d’autres. Allaiter facilite beaucoup la vie par rapport à nourrir au biberon (y compris la nuit : le père peut toujours participer en donnant à l’occasion un biberon, mais pouvoir mettre son enfant au sein sans avoir à se lever ni entendre se lever l’autre parent, en gardant le berceau près de soi, est très appréciable). L’allaitement, passées les toutes premières fois, est un geste extrêmement simple, qui ne fatigue pas plus que nous ne sommes fatigués d’avoir à respirer. Il n’abîme pas les seins, il est excellent pour la santé de l’enfant et celle de la mère. C’est l’un des grands bonheurs de la vie, ne laissons pas les idéologies puritaines nous en priver.

Pourquoi le foot peut nous satisfaire si profondément

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La joie du supporter de foot quand son équipe marque un but s’apparente à celle que nous éprouvons quand nous pouvons enfin percer un bouton devenu mûr et en voir jaillir sa blanche réserve. Disons que ce sont là deux joies en miroir, à la façon du yin et du yang. Deux joies qui nous donnent une satisfaction, une plénitude à la fois sexuelles et philosophiques, en se résumant dans la joie de l’accomplissement. Le bouton percé libère son blanc contenu comme un pénis son sperme, mais en même temps c’est nous qui, en quelque sorte virilement, de nos doigts le perçons. Quant aux joueurs de foot, ils sont bien sûr comme des spermatozoïdes affairés à parvenir au saint des saints, au sacro-saint utérus où ils se qualifieront et assureront leur postérité.

Quand la balle – leur désir -, perçant soudain la défense, pénètre enfin dans la cage ouverte mais relativement étroite, l’extase du spectateur se manifeste par des bonds, des frétillements, des exultations, des cris souvent plus puissants que ceux que lui inspirent les moments les plus forts d’un film pornographique. À noter d’ailleurs que les films pornographiques, pour essayer de donner plus de sensations que n’en peut donner la pornographie, imitent les matchs de foot en cela qu’ils tiennent à montrer les éjaculations, plutôt que de les laisser avoir lieu à l’intérieur des corps, de façon invisible donc.

« Les méfaits du théâtre psychologique venu de Racine nous ont déshabitués de cette action immédiate et violente que le théâtre doit posséder », écrivait Antonin Artaud dans le chapitre « Le théâtre et la cruauté » du Théâtre et son double. Or le football ne « se borne » pas, comme ce théâtre psychologique que dénonçait Artaud, « à nous faire pénétrer dans l’intimité de quelques fantoches. » Le terrain, les joueurs, le ballon, les cages où il tente de pénétrer sont bel et bien matériels. Et l’engouement du public prouve que ce spectacle produit, même si de façon qu’on peut juger grossière, l’office qu’Artaud assignait au théâtre : « il est certain, ajoutait-il, que nous avons besoin avant tout d’un théâtre qui nous réveille nerfs et cœur. »

La propension de certains à ne voir dans le football que jeux du cirque tient de l’aveuglement puritain. Le puritain méprise volontiers les foules, trop charnelles et jouisseuses pour son goût racorni par la phobie. Pour cette raison, il se peut que le puritain soit allergique aussi bien aux manifestations révolutionnaires, aux mouvements sociaux de masse, qu’au football fédérateur de masses. Mais il se peut aussi qu’il compense son puritanisme à l’égard du football, figure d’un plaisir gratuit, « pour rien », par d’autres excitations de groupe jugées « utiles », comme le fait de partir à la guerre la fleur au fusil, pour la patrie, ou d’aller défiler dans la communion scandante et criante, voire mêlée de violences si affinités, pour défendre des droits. Communier pour des idéaux est plus noble, croit le puritain, que communier pour le seul plaisir, comme au foot. Le foot ne vise pas un idéal, il ne donne pas cette satisfaction prétendument élevée à l’esprit avide de vanités. Son but c’est le jeu, et le but du jeu c’est de marquer des buts. Pas avec la main, si habile à former des fantasmes, des images, des représentations de « fantoches », comme dit Artaud, ou des « fantômes », comme disent Kafka ou Guibert, mais avec les pieds, si bas, si humbles, aussi humbles que l’humus qu’ils foulent et parcourent, aussi humble que le corps humain en lui-même, fait d’humus comme l’expriment les mythes, et humide en ses intimités comme là d’où sort la vie, le vivant. Et montrer qu’on peut parvenir avec ce corps, cette condition primitive, à franchir la cage, c’est faire éprouver la satisfaction, la libération que n’obtient pas l’homme kafkaïen, bloqué toute sa vie derrière la porte de la loi par son pervers gardien. C’est, tout simplement, un moment au moins retrouver cet Éden dont deux redoutables chérubins, tels deux gardiens de buts, tiennent paraît-il l’entrée interdite à l’homme depuis sa « chute ».

Le foot nous montre qu’il n’est pas facile, mais pas impossible de nous libérer de la malédiction consécutive au prétendu péché originel. Allons, ne boudons pas notre plaisir. Car il est profond, donc ontologique, et politique. « Pénétré de cette idée, écrit encore Artaud, que la foule pense d’abord avec ses sens (…), le Théâtre de la Cruauté se propose de recourir au spectacle de masses ; de rechercher dans l’agitation de masses importantes, mais jetées l’une contre l’autre et convulsées, un peu de cette poésie qui est dans les fêtes et dans les foules, les jours, aujourd’hui trop rares, où le peuple descend dans la rue. » Si le football, comme jeu du cirque, peut servir les intérêts politiciens des puissants, il suffit de le considérer autrement, de le considérer comme ce qu’il est vraiment : une pensée, comme tout jeu, et une manifestation de vitalité et de vie, pour y trouver une leçon de puissance et d’énergie capable de dépasser et même de renverser les pouvoirs tristes des puissants de ce monde.

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Après la manif -du 28 juin 2016 contre la loi travail

Ne souhaitant pas me soumettre aux deux à trois fouilles désormais obligatoires pour pouvoir intégrer la manif, cette fois je ne suis allée photographier que ses restes

manif 28 juinmanifestation nassée, toutes les voies d’accès en étant entièrement ferméesmanif 28 juin 12

manif 28 juin 2Sur le boulevard de l’Hôpital encore désert, avant sa réouverture à la circulation, des tags du jourbd de l'hopital

manif 28 juin 4La police violente les manifestants mais protège les vitrines publicitaires

manif 28 juin 5manif 28 juin 6manif 28 juin 7 manif 28 juin 8 Des dizaines de camions de CRS stationnés commencent à repartirmanif 28 juin 9 le canon à eau est encore là, à l’arrivée place d’Italie, les gendarmes aussimanif 28 juin 10puis c’est le début du démontage des barrières manif 28 juin 11

photos Alina Reyes

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Où en sommes-nous avec la révolution ?

banniere!!arrivée de la manifestation « contre la loi travail et son monde » du 19 mai 2016 place d’Italie, dans les fumigènes des manifestants et gaz lacrymogènes de la police, photo Alina Reyes

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Estragon. – Puis ce sera la nuit.

Vladimir. – Et nous pourrons partir.

En attendant la révolution, où en sommes-nous avec la révolution ? Kafka dans une lettre imagine un Abraham qui, au lieu de faire ce qu’il faut faire pour devenir un grand peuple, et tout en prétendant être sur le point de le faire, allonge à l’infini la distance entre ce point, ce moment, et un présent qui n’est qu’une éternelle répétition de tâches qu’il n’en finit jamais d’accomplir. Tout en mettant à ses affaires et aux « nouvelles dispositions à prendre » « l’empressement d’un garçon de café », il n’arrive à rien parce que ce faisant il ne part jamais, il n’est jamais maintenant prêt à « quitter sa maison ». Cet Abraham kafkaïen, typique de l’homme pris dans ses méandres administratives, n’est-il pas aussi bien celui qui au cœur du Procès attend toute sa vie en vain devant la porte de la Loi, devant laquelle il mourra sans l’avoir franchie ? Si les personnages de Beckett ne savent même plus pourquoi ni ce qu’ils attendent, c’est sans doute qu’eux aussi sont morts devant cette porte devenue invisible. Que l’oubli, l’aveuglement et la surdité les ont mangés.

Avec Nuit Debout, Vladimir et Estragon se sont réveillés. De nouveau ils ont entendu l’appel, ils ont aperçu le but, ils se sont décidés à outrepasser la loi qui régit un monde inique et absurde. Ils sont revenus sur les places des villes et ils ont recommencé à dialoguer, mais à plus nombreux et cette fois de façon orientée, avec un désir de lucidité. Ils ont voulu refaire eux-mêmes le décor et l’habitation. Ils se sont bricolé des campements. Ils ont réétabli des règlements. Ils ont marché sur et jeté des projectiles à tout ce qui représente la loi, « la loi travail et son monde ».

Comme les chiens derrière les portails des propriétés privées retroussent leurs babines quand passe le facteur, les tenants de la loi ont montré sous leur masque leur grimace, leur menace, leur férocité. L’élan d’Estragon, de Vladimir, de Camille et de leurs amis a été brutalement réprimé. Peu à peu ils se sont résolus à ne poursuivre leurs débats que dans le cadre et les horaires que leur concédaient les portiers de la loi. Avec de petites incursions de-çà de-là, qui les tenaient tout à leurs affaires, en définitive à leur maison. N’avaient-ils pas, ainsi que Robinson, transformé leur place, leur île, en une habitation finalement régie par une autre absurdité, comme le monde dont ils venaient, naufragés ? Et voici qu’au lieu de devenir un grand peuple, ils devenaient un peuple de plus en plus rétréci. Voici qu’ils avaient transformé la sauvagerie de la vie offerte, avec sa corne d’abondance, en ressassement d’un rêve générale qu’ils avaient eux-mêmes, par leur affairement, vidé de sa substance, de sa possibilité, de sa puissance. Voici qu’ils étaient en train de redevenir l’Estragon et le Vladimir somnambules.

La porte de la loi, un instant entrouverte sur la vision de la révolution, s’est-elle refermée ? Auquel cas il est temps de lui tourner le dos. Rien ne sert d’attendre Godot sur quelque place que ce soit – et encore moins sur celle de la République, qui est celle de la loi. Si la loi ne s’ouvre pas à toi c’est qu’elle n’est pas la loi mais sa falsification. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut cesser de demander l’abolition de la loi travail. Ce n’est pas à moi, c’est aux salariés d’en juger. Je dis qu’en premier et dernier lieu, elle n’est pas la loi, tout comme ne sont pas nos représentants ceux qui la font. Qu’elle passe ou non, elle ne passera pas par ceux qui font vraiment la révolution, qui continueront à la faire malgré ses inévitables errements. Elle ne fera pas leur loi.

Quand tu aimes, il faut partir, disait Cendrars. Les clodos de Beckett ne sont pas foutus, ils ont juste à retrouver le chemin de leur jardin. De la vie. À la réinventer jour après jour, nuit après nuit, en détissant au matin ce qu’ils ont tissé trop étroit la nuit, chacun et ensemble, sans obéir à l’injonction tacite qui leur est faite de se soumettre pour passer la porte ou de poireauter derrière la porte. Ils ont juste à vivre, pleins de leur force et de leur jeunesse. À être eux-mêmes la révolution permanente, se propageant de proche en proche, de proche en lointain et de lointain en proche. Celle qu’on n’attend pas, celle qu’on vit, puisqu’on l’aime.

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Images de l’énorme manif anti loi Travail du 14 juin 2016

Je l’ai photographiée pendant plus de deux heures puis je l’ai quittée, fatiguée, car elle était énorme et dense – à coup sûr les manifestants étaient plusieurs centaines de milliers. Je ne photographie plus les black blocs en début de cortège pour ne pas risquer de leur porter tort, et je vous donne là des images pacifiques, qui permettent de voir les visages variés du peuple mobilisé.

Pour un récit plus complet de la manif, avec ses actions et violences qu’on ne voit pas ici : voir sur Paris luttes info

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La crue à Paris, d’Austerlitz au pont de Tournelle

La Seine transformée en Mississipi et le jardin Tino Rossi en bayoucrue seine paris

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crue seine paris 14SOUS L’EAU LES PAVÉS

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crue seine paris 20les petites traces rouges au fond, à l’arrière-plan de la péniche, sont tout ce qui reste émergé du grand tag sur Nuit Debout : images*crue seine paris 23

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crue seine paris 30le monstre du Loch Ness est de la sortie

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crue seine paris 41les murs ruissellent

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crue seine paris 59ce matin à Paris, photos Alina Reyes

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Après le dégel de la Seine dans Forêt profonde, le débordement de la Seine dans Souviens-toi de vivredans Voyage ce sont, toujours à Paris, les voitures brûlées, puis la ville inondée, avec une scène au même lieu que celui de ces photos. Textes, ponts entre les mondes.

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Actualité des « Grands cimetières sous la lune » de Bernanos (extraits)

violences policieres*

Deux des arrière-petit-fils de Bernanos, antifas, ayant été arrêtés l’autre jour dans l’affaire de la voiture de police brûlée, j’ai eu envie d’aller regarder de nouveau son pamphlet autour de la guerre d’Espagne, dont pas mal d’observations peuvent se lire en regard de la situation d’aujourd’hui, en les adaptant à notre société et à ses « clergés », notamment intellectuels et médiatiques, alors que dans le contexte et sous le prétexte d’un état d’urgence encore renouvelé (avec la présence de soldats armés de mitraillettes dans certaines rues de Paris), le mouvement Nuit Debout et les manifestations syndicales contre la loi travail sont réprimées avec une violence démesurée, sans discernement et inquiétante par la police et la gendarmerie – matraquages, tirs de flash-ball au niveau des visages, utilisation massive et systématique de gaz lacrymogènes, tirs de grenades de désencerclement à hauteur d’homme, tout cela y compris sur des manifestants tout à fait pacifiques, parmi lesquels les blessés se comptent par dizaines.

« La colère des imbéciles remplit le monde. » Telle est l’antienne de ce texte, que je lis en toute liberté, comme tous les livres, y laissant ce que je préfère y laisser, y prenant ce que j’y prends, en l’occurrence les extraits que voici :

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« Le premier prêtre venu, s’il est sincère, vous dira que nulle espèce n’est plus éloignée que la leur de l’esprit d’enfance, de sa clairvoyance surnaturelle, de sa générosité. Ce sont des combinards de la dévotion, et les gras chanoines littéraires qui entonnent à ces larves le miel butiné sur les bouquets spirituels ne sont pas non plus des ingénus. »

« Ne touchez pas aux imbéciles ! Voilà ce que l’Ange eût pu écrire en lettres d’or au fronton du Monde moderne, si ce monde avait un ange. »

« L’idée de grandeur n’a jamais rassuré la conscience des imbéciles. La grandeur est un perpétuel dépassement et les médiocres ne disposent probablement d’aucune image qui leur permette de se représenter son irrésistible élan (c’est qu’ils ne la conçoivent que morte et pétrifiée, dans l’immobilité de l’Histoire). »

« Comment lui ferez-vous entendre [à l’imbécile] qu’il y a un peuple des Pauvres, et que la tradition de ce peuple-là est la plus ancienne de toutes les traditions du monde ? Un peuple de pauvres, non moins sans doute irréductible que le peuple juif ? On peut traiter avec ce peuple, on ne le fondra pas dans la masse. Vaille que vaille il faudra lui laisser ses lois, ses usages et cette expérience si originale de la vie dont vous ne pouvez rien faire, vous autres. Une expérience qui ressemble à celle de l’enfance, à la fois naïve et compliquée, une sagesse maladroite et aussi pure que l’art des vieux imagiers. »

« J’admire les idiots cultivés, enflés de culture, dévorés par les livres comme par les poux, et qui affirment, le petit doigt en l’air, qu’il ne se passe rien de nouveau, que tout s’est vu. Qu’en savent-ils ? »

« On ne refera pas la France par les élites, on la refera par la base. Cela coûtera plus cher, tant pis ! Cela coûtera ce qu’il faudra. »

« Quel anarchiste, ce Bernanos ! direz-vous. »

« Nous n’espérions rien des militaires, et des cléricaux pas davantage. (…) Je voudrais tenir devant moi l’un de ces innocents Machiavels en soutane qui ont l’air de croire qu’on manœuvre un grand peuple ainsi qu’une classe de sixième et prennent, en face de la catastrophe, l’air de dignité offensée du maître d’étude chahuté par ses élèves. »

« Oh ! bien sûr, M. Paul Claudel, par exemple, jugera que ces vérités ne sont pas bonnes à dire, qu’elles risquent de faire du tort aux honnêtes gens. Je crois que le suprême service que je puisse rendre à ces derniers serait précisément de les mettre en garde contre les imbéciles ou les canailles qui exploitent aujourd’hui, avec cynisme, leur grande peur, la Grande Peur des Bien-Pensants. »

« Pour moi, j’appelle Terreur tout régime où les citoyens, soustraits à la protection de la loi, n’attendent plus la vie ou la mort que du bon plaisir de la police d’État. »

« Je m’excuse de remuer ces cendres. Elles sont déjà si froides qu’on ne pourrait se coucher dessus sans mourir. »

« En 1207, par exemple, un petit homme commençait à courir les routes de l’Ombrie. Il annonçait aux hommes une nouvelles très surprenante, l’avènement de la Pauvreté. (…) Les dévôts sont des gens malins (…) le Saint une fois mort, que voulez-vous ? Ils se sont trouvés tellement occupés à l’honorer que la Pauvreté s’est perdue dans la foule en fête (…) aux applaudissements des riches, stupéfaits de s’en tirer à si bon compte. Ouf !… Après quoi ce fut, comme on dit, une fameuse reprise des affaires ! Jamais la vente des indulgences n’avait rapporté aussi gros. Vraiment, ça ne retient pas votre attention, cette bacchanale de la Renaissance, les ruffians bariolés, princes, ministres, astrologues, cardinaux, peintres et poètes, drapés d’or ou bardés de fer, tous mangés par le mal napolitain, menant leur ronde infernale, avec des hennissements, autour de la tombe du pauvre des pauvres, découvreur d’Amériques invisibles, mourant au seuil de ces jardins enchantés ?
(Il est vrai que par une délicate attention le supérieur des Franciscains, fait Grand d’Espagne par les Rois Catholiques, recevait pour asile l’un des plus magnifiques palais de Madrid). »

« Il y a un moyen de tout arranger : organisez le culte du Pauvre Inconnu. Vous l’enterrerez place de la bourse et désormais on ne verra plus à Paris un roi de l’acier, de la houille ou du pétrole qui ne considère comme un devoir de venir déposer une couronne sur la dalle sacrée. »

« Le monde va être jugé par les enfants. L’esprit d’enfance va juger le monde. »

« La vie n’apporte aucune désillusion, la vie n’a qu’une parole, elle la tient. Tant pis pour ceux qui disent le contraire. Ce sont des imposteurs ou des lâches. »

« Il n’est rien de plus haïssable en l’homme que sa prétendue sagesse, le germe stérile, l’œuf de pierre que les vieillards se passent de génération en génération et qu’ils essaient d’échauffer tour à tour entre leurs cuisses glacées. (…) Je ne me sens pas né pour couver un œuf dur. »

« Que peuvent avoir de commun avec un vieux paysan de l’ancienne France ces septuagénaires demeurés aussi ignorants des valeurs de la vie qu’un polytechnicien de vingt ans, ces bêtes à formules et à systèmes qui, même pris dans les rets de la paralysie sénile, restent aussi turbulents sur leurs pots qu’au temps où ils présidaient des conférences économiques ? Cet ordre est le leur. On souhaiterait qu’ils crevassent ensemble, tous les deux, très tranquilles. Mais voilà où nous commençons à ne plus nous entendre, eux, et nous. Ils ne veulent pas. »

« jeunes gens (…) c’est votre pensée, mes amis, qui sent la tisane et l’urine, comme un dortoir d’hospice. Plus précisément vous n’avez pas de pensée, vous vivez dans celle de vos aînés, sans jamais ouvrir les fenêtres. »

« J’ai toujours pensé que le monde moderne péchait contre l’esprit de jeunesse, et que ce crime le ferait mourir. »

« Ce n’est pas le désordre qu’ils réprouvent, c’est le bruit que fait le désordre, et ils crient : Silence ! Silence ! de leurs pauvres voix tantôt plaintives et tantôt menaçantes. Si les revendications ouvrières les jettent hors d’eux-mêmes, c’est parce qu’elles agacent leurs nerfs. »

« Hommes d’ordre, le peuple n’est pas si facile à séduire que les innocents paroissiens de vos Ligues. Lorsque vous parlez d’ordre aux classe moyennes, elles comprennent de suite, car depuis cent cinquante ans, sous n’importe quel régime bourgeois, ce mot a toujours signifié pour elles prospérité du commerce et de l’industrie. Mais il ne sonne pas de même aux oreilles populaires. »

« Jeunes gens qui lisez ce livre, que vous l’aimiez ou non, regardez-le avec curiosité. Car ce livre est le témoignage d’un homme libre. »

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Loi Travail : manif du 19 mai en une 50aine d’images

manif 19 mai 2016en allant rejoindre la manif à Austerlitz, j’ai photographié cette vitrine de pharmacie, songeant que mes yeux seraient peut-être irrités bientôt… et ce fut le cas, j’ai fini par quitter la place d’Italie, tout à la fin, quand j’ai « mangé » du gaz d’un peu trop près… quoique tout fût assez calme autour de moi, sauf quand certains se sont mis à courir pour fuir les grenades. Je suis partie à regret mais je ne suis ni équipée ni taillée physiquement (note du soir : j’ai toujours mal aux yeux, les petites réactions allergiques de la peau sont parties mais j’ai eu mal aux reins pendant plusieurs heures au retour) pour insister dans ce genre de situation (ou bien une prochaine fois je m’équiperai un peu, si je veux rester plus longtemps – puisque l’usage de telles armes est devenu monnaie courante de la part de la police. Je manifeste depuis mes 17 ans, je n’avais jamais vu ça). Depuis Austerlitz j’ai défilé avec différents groupes du cortège, et tout le monde était tranquille ou à peu près. J’ai évité de photographier ceux qui préfèrent ne pas être photographiés, les jeunes à capuche et foulard que la police pourrait identifier, mais les seuls moments désagréables et inquiétants furent ceux où je me suis trouvée, en naviguant pour faire des images, tout près des flics. En quittant la place, et alors que les grenades lacrymogènes (qui comme toujours ont fait quelques blessés) continuaient à péter, j’ai vu ce tout jeune homme interpellé, par terre menotté dans le dos, c’était infiniment triste. manif 19 mai 2016 2 manif 19 mai 2016 3 manif 19 mai 2016 4les deux entrées du Jardin des Plantes de ce côté avaient été ferméesmanif 19 mai 2016 5 manif 19 mai 2016 6 manif 19 mai 2016 7 manif 19 mai 2016 8 manif 19 mai 2016 9 manif 19 mai 2016 10 manif 19 mai 2016 11 manif 19 mai 2016 12 manif 19 mai 2016 13 manif 19 mai 2016 14 manif 19 mai 2016 15 manif 19 mai 2016 16 manif 19 mai 2016 17 manif 19 mai 2016 18 manif 19 mai 2016 19 manif 19 mai 2016 20 manif 19 mai 2016 21 manif 19 mai 2016 22 manif 19 mai 2016 23 manif 19 mai 2016 24 manif 19 mai 2016 25 manif 19 mai 2016 26 manif 19 mai 2016 27 manif 19 mai 2016 28 manif 19 mai 2016 29 manif 19 mai 2016 30 manif 19 mai 2016 31 manif 19 mai 2016 32 manif 19 mai 2016 33 manif 19 mai 2016 34 manif 19 mai 2016 35 manif 19 mai 2016 36la vitrine de Monop a un peu mangé, GrosBill et l’église avaient fermé boutiquemanif 19 mai 2016 37 manif 19 mai 2016 38 manif 19 mai 2016 39 manif 19 mai 2016 40 manif 19 mai 2016 41 manif 19 mai 2016 42 manif 19 mai 2016 43 manif 19 mai 2016 44 manif 19 mai 2016 45 manif 19 mai 2016 46 manif 19 mai 2016 47 manif 19 mai 2016 48 manif 19 mai 2016 49 manif 19 mai 2016 50 manif 19 mai 2016 51 manif 19 mai 2016 52 manif 19 mai 2016 53 manif 19 mai 2016 54 manif 19 mai 2016 55 manif 19 mai 2016 56 manif 19 mai 2016 57aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

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à lire sur Paris Luttes Info un récit de la manif d’un bout à l’autre

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