Qu’est-ce que la Palestine ?

Pêcheurs gazaouis en train de démêler leurs filets, photo Erica Silverman/IRIN

 

Qui noie le poisson ne le mangera pas.

Qu’est-ce que « le peuple palestinien » ? C’est une question sérieuse. Il faudrait commencer par là, si l’on veut donner la Palestine au « peuple palestinien ».

Voici quels sont les peuples palestiniens, dans l’ordre de leur apparition dans l’histoire : Cananéens, Israélites, Babyloniens, Perses, Grecs, Romains, Chrétiens, Byzantins, Arabes, Britanniques… Et maintenant y vivent des Juifs (il y en a depuis plus de 3000 ans), des Chrétiens (il y en a depuis 2000 ans), des Musulmans (il y en a depuis plus de 1300 ans). Jamais ces terres n’ont été la propriété exclusive de l’un ou l’autre peuple. Voilà ce que sont les Palestiniens, voilà ce qu’est le peuple palestinien, même s’il est aujourd’hui divisé. Un mélange de peuples. Ceux qui veulent la terre pour eux seuls, qu’ils soient Juifs ou Musulmans, sont dans leur tort. Nul n’a à y dominer. Il faut parvenir à une cohabitation, parce que c’est la seule solution juste. La Palestine, c’est dans le combat spirituel que nous pouvons la trouver, et l’accomplir.

Je suis la musulmane immodérée
Je me lève à la source du jour
bondissant à l’appel abouchée
au point d’eau je bois plus qu’à mon tour
la joie qui doucement descend, lumière
pure au cœur des assoiffés de Dieu
Je sens dans l’univers éclore l’ère
où le peuple des astres aura les yeux
retournés vers notre unique lieu.

Aucune religion, du moins tant qu’elle n’est pas récupérée ni défigurée, ne peut être la religion des riches et des puissants. Dieu aime les pauvres, les humbles, ceux qui sont en mesure de Le chercher, Lui le bonheur, la justice et la paix qui s’obtiennent autrement que par la guerre, l’argent ou le pouvoir, lesquels ne donnent rien de vrai, ceux qui sont en mesure de Le trouver, de trouver tout cela que d’autres ne peuvent même pas voir. Dans l’islam c’est si direct, la mosquée est le paradis, et la mosquée est partout, visible ou invisible.

À la mosquée je suis à la maison. Dans l’univers entier, et en tout point de l’univers, je suis à la mosquée.

L’amour est bon comme une petite maison
dans le corps.

Si on veut te rendre présentable, rends-toi impossible.

Un arbre (ou un penseur) tordu ne deviendra pas un arbre (ou un penseur) droit. Le travail du jardinier est de donner aux jeunes pousses les meilleures chances pour se développer harmonieusement, chacune selon son espèce.

Et un jardinier tordu ne peut tordre un arbre droit.

Armée des ombres, armées de l’ombre, leur guerre contre la vérité.

Ceux qui prennent dans l’idée de la guerre leur pied, qu’ils voient :

La mort est une barrière. Vivre derrière une barrière ce n’est pas être libre. Partez à la quête de l’ange !

La quête est le combat qui donne des ailes pour franchir les barrières.

Le contraire de la guerre qui tue est le combat de l’ange.

Le remède à la guerre n’est pas la paix, mais la grâce.

Au petit jour de la résurrection, vous mangerez le poisson de vos eaux,
ô mon petit peuple

ô gens des Livres que Dieu attend pour vous le partager.

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« Je suis venu jeter un feu sur la terre »

Jésus-Christ j’ai soufflé sur tes braises, ton feu a déjà pris je le sens, et crois-moi je l’entretiendrai, bien et jusqu’au bout. Rien d’autre n’importe que ce que nous avons à faire, chassés de partout mais recueillis sous la tente humble et splendide de Mohammed le Prophète, notre frère bien-aimé. Ensemble et avec tous les saints de toute l’humanité, directement sous le regard de Dieu.

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extraordinairement brûlant amour

Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

Toute la nuit dans mes veines, dans mon corps, en moi qui marchais, a marché le peuple des êtres humains, de vraies personnes que je voyais, ensemble et une par une, souvent vêtues de blanc, par les routes du monde que j’étais et où je marchais moi-même, seule et en leur compagnie, à moment donné quittant l’autoroute déserte pour prendre, à rollers malgré l’herbe, les cailloux et les pentes, à travers champs, puis nous retrouvant autour d’une table, dans une sensation de violent, extraordinairement brûlant amour.

 

Vigilance des profondeurs

à la maison, photo Alina Reyes

 

« Les ours – noirs et grizzlys confondus – auront traversé toute la saison ensevelis sous des chapes de neige. Les ours noirs se recroquevillent dans un tronc d’arbre creux (une des dix mille raisons qui font qu’on ferait sans doute mieux de conserver quelques arbres morts dans nos forêts ; il n’est pas absolument indispensable de tous les expédier à la scierie à des fins nobles et utiles), ou bien se pelotonnent sous le surplomb d’un rocher, satisfaits, semble-t-il, à l’idée de laisser la neige recouvrir peu à peu leur corps immobile, comme si durant cette période, ils avaient résolu, au plus profond d’eux-mêmes, d’imiter la masse des montagnes endormies, les courbes de leurs silhouettes figées dans le sommeil semblables à celles des reliefs qu’ils ont provisoirement renoncé à arpenter.

Les grizzlys vont un cran plus loin dans cette métamorphose : en creusant la terre de leurs pattes puissantes et de leurs griffes acérées, ils retournent, selon certaines croyances, jusqu’au royaume des esprits, en un va-et-vient toujours répété entre le monde réel et celui des ombres. Il me vient cependant parfois à l’idée que nous avons tout compris de travers, et que c’est cette terre enfouie et minérale, régie par le temps du sommeil, qui est en fait la réalité durable, alors que l’agitation des couches supérieures n’est qu’une illusion éphémère peuplée de spectres.

(…)

C’est une des leçons fondamentales de la science que le même reproduit toujours le même, et un des enseignements de l’histoire est qu’elle est aussi toujours prête à se répéter ; seuls des efforts considérables et une vigilance de chaque instant permettent d’échapper à cette répétition. »

Rick Bass, Le journal des cinq saisons, éditions Christian Bourgois, 2011

 

Le sublime

dans la maison de Dieu, photo Alina Reyes

 

« Nous sommes tous les quatre plantés devant la fenêtre du premier étage, et nous scrutons l’obscurité, suspendus dans le noir d’une foi aveugle – guettant la prochaine trouée dans les nuages qui nous permettra d’entrevoir le retour de la lune de l’autre côté.

Il me vient soudain à l’idée que ce dont nous venons d’être témoins ressemble à quelque chose que nous aurions pu voir dans un film, dans un spectacle de prestidigitation mis en scène par Hollywood – tout cela n’a été qu’une illusion – et pourtant l’événement laisse un sillage de réalité, une authenticité dépassant ce que nos sens nous disent que nous venons d’observer. Alors que je me tiens devant cette fenêtre avec ma famille, je comprends qu’il existe une distance fixe entre le sublime et la représentation du sublime, et nous restons là tous les quatre dans l’ombre, dans l’obscurité, chacun ayant parfaitement conscience de cet écart et s’installant confortablement dans cet espace : le dos tourné vers l’un, le visage tendu vers l’autre. »

Rick Bass, Le journal des cinq saisons

Demain est l’Aïd El-Fitr, la fête de fin du Ramadan.  J’ai lu ce matin le tout petit livre sur les 99 noms divins que j’ai trouvé l’autre jour à la librairie face à la mosquée. Voici la page d’un beau site consacrée à ces Noms, avec leur commentaire par Ghazali, indiquant la nature de la possible participation humaine à ces qualités divines.

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