Sourate 96, Al-Alaq, « La foi »

à la Grande Mosquée de Paris, photo Alina Reyes

 

Munie de mon beau dictionnaire, je me risque à une traduction-interprétation des cinq premiers versets descendus, révélés au Prophète dans la grotte de Hirâ.

 

1 Lis ! Au nom de ton Seigneur qui composa,

2 composa l’homme d’une foi.

3 Lis ! Ton Seigneur est le Généreux,

4 qui fendit à la lèvre l’homme par le calame,

5 à l’homme enseigna ce qu’il ne savait pas.

 

Iqra !  Lis ! est le premier mot du Coran descendu, mot apparenté au nom de ce Livre, qui signifie lecture, récitation. Mouhammad ne sait pas lire quand lui est faite cette injonction. Mais ce n’est pas une écriture d’homme qu’il lui est demandé de lire. Lire pour lui va être écouter et dire, retranscrire la parole qui lui descend du ciel. Une parole enchantée, enchantante et à dire comme un chant, le chant qu’elle est. Beaucoup d’assonances en a dans ces cinq premiers versets révélés. Qui ouvrent la lèvre du Prophète afin qu’il parle. La même image se trouve à l’intérieur de l’hébreu, dans l’Ancien Testament, où la langue signifie d’abord la lèvre. Et la prière des Heures chrétienne commence par ces mots : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange ».

Le verbe habituellement traduit par créer dit d’abord : donner une mesure à, composer. Je reprends ce premier sens : Dieu crée en donnant la mesure (du et au monde, de et à l’homme), mesure mathématique et musicale à la fois, composition physique et poétique.

Le mot alaq, qui signifie adhérence ou caillot de sang, je l’interprète par le mot foi parce que, comme je l’ai dit souvent, la foi, c’est adhérer au réel – et le réel, c’est le spirituel. Ce mot alaq donne des variantes de sens à partir du sens d’accrocher. Il peut signifier grumeau de sang (et évoquer une goutte de sperme), et exprimer aussi l’attachement amoureux. En quelque sorte il est possible de comprendre en ce verset que Dieu a créé l’homme par un acte d’amour, un acte par lequel l’homme est destiné à adhérer à Lui, un acte de foi. Je suis consciente qu’il est audacieux de dire que Dieu a fait un acte de foi, mais ce que nous pouvons du moins comprendre c’est que l’homme est homme parce qu’il vient d’une adhérence, parce qu’il devient homme par la foi.

Le même verbe signifiant enseigner est repris aux versets 4 et 5. La première fois, je le traduis par son sens premier : « marquer, distinguer par une marque, par un signe quelconque », et de là « faire à quelqu’un une fissure à la lèvre supérieure ». L’homme est en quelque sorte signé par Dieu, à la manière dont un peintre signe son œuvre. Ainsi Dieu, après nous avoir créé d’une adhérence, après nous avoir scellés à lui, fend le sceau et par cette fissure, sa signature, commence à se révéler.

*

à suivre

Sourate 1, Al Fatiha, L’Ouvrante

Alina Reyes

 

Commençons doucement notre lecture du Coran. Il est encore pour nous, qui venons de la Bible, que nous avons lue en hébreu et en grec (Voyage), une contrée à peu près inconnue. Tel Abraham, nous voici donc en train de quitter notre pays pour aller de nouveau à la rencontre de Dieu, qui toujours veut nous bouleverser de nouveau.

Le mot arabe Coran signifie lire, réciter ; il est apparenté à l’hébreu qara, que nous avons rencontré tant de fois dans l’Ancien Testament, verbe signifiant crier, appeler, nommer, verbe par lequel Dieu appelle et interpelle l’homme, et aussi par lequel Adam nomme les vivants qui lui sont donnés, et encore par lequel les prophètes appellent les hommes à écouter Sa parole.

Écouter. Marie, nous dit l’Évangile, fut bouleversée par l’Annonce de l’ange Gabriel. Le même qui, dans une grotte, vint appeler Mouhammad à lire, ce qui voulait dire aussi à s’apprêter à dire le Coran qui allait descendre du ciel. L’Ouvrante, première sourate de ce livre sacré, ouvre l’oreille du lecteur que nous sommes. Je commence juste à déchiffrer l’écriture arabe, je ne sais encore rien de cette langue, mais en entendant les mots Al Fatiha, je pense à celui que prononça Jésus, sans doute apparenté, dans une autre langue sémitique : Effata. « Ouvre-toi » (c’était l’objet de ma dernière image).

Les sept versets de cette sourate, que Mouhammad a nommée dans des hadiths « la mère du livre », résument tout le Coran, dit-on. Nous aurons l’occasion d’y revenir. Pour aujourd’hui, laissons-les résonner autant qu’il se peut à partir de leur traduction, forcément incomplète mais qui n’empêche pas de voir le mouvement de l’Esprit dans la lettre ouvrir notre cœur de l’Un, qui est Miséricorde, au multiple des mondes dont il est roi, de la source à la fin de notre être, et de l’infiniment grand à l’infiniment proche, proche du secret de notre cœur où Lui seul distingue ce qui est bon de ce qui ne l’est pas, Lui le seul que nous adorons et qui par là peut nous sauver en nous conduisant sur la juste voie.

 

1. Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

2. Louange à Allah, Seigneur de l’univers.

3. Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux,

4. Maître du Jour de la rétribution.

5. C’est Toi [Seul] que nous adorons, et c’est Toi [Seul] dont nous implorons secours.

6. Guide-nous dans le droit chemin,

7. Le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés.

*

à suivre

Sourate 18, Al Khaf, La Caverne

 

Voici le texte en français de la sourate Al Khaf, La Caverne. Entre autres pour mieux comprendre cette image que je reposte plus bas, avec la caverne et le chien,  mais aussi le poisson, et les trois personnages, qui peuvent aussi bien être, sur cette image, trois « dormants » de la caverne réveillés, ou comme dans la troisième histoire de la sourate Moïse, son compagnon et l’inconnu trouvé en revenant à l’endroit où ils ont perdu le poisson, lequel retourne librement à la mer, « par une voie souterraine », selon la traduction de Kasimirski (poche GF Flammarion).

Bien entendu le texte est à entendre dans l’esprit, et non pas à prendre à la lettre. C’est un texte qui parle de jugement de Dieu et de résurrection. Il est venu à Mohammed en réponse à des questions qui lui étaient posées par des polythéistes qui doutaient de sa qualité de prophète. Je pourrais écrire tout un livre sur ce texte, je le ferai peut-être quand j’aurai appris l’arabe, tant il est riche et magnifique. J’ajouterai seulement ici qu’à mon sens il nous faut comprendre, chrétiens et musulmans, que le Christ et le Coran sont de Dieu parce que tous deux, l’un par sa divine humanité, l’autre par sa divine beauté, ne peuvent pas venir de l’homme, ne peuvent venir que de Dieu. De façon unique, comme Dieu l’est. Et veut que nous soyons unis en Lui.

 

  • Alina Reyes (cliquer pour voir en grand)

 

18. Sourate de la Caverne (Al-Kahf)

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.

[1] Louange à Dieu qui a révélé à Son Serviteur le Coran, sans y introduire le moindre détour, [2] faisant de lui un Livre d’une parfaite droiture, afin de mettre les hommes en garde contre Ses terribles rigueurs et d’annoncer aux croyants qui font le bien une belle récompense [3] dont ils auront une jouissance éternelle ; [4] et afin aussi d’avertir ceux qui prêtent à Dieu une progéniture,
[5] alors qu’ils n’en ont aucune preuve, pas plus que n’en avaient leurs pères. Quel monstrueux blasphème et quel horrible mensonge ! [6] Tu vas peut-être te consumer de chagrin parce qu’ils se détournent de toi et refusent de croire à ce message !
[7] En vérité, Nous avons fait de ce qui existe sur la Terre une parure pour elle, afin de mettre à l’épreuve les hommes et reconnaître ceux d’entre eux qui effectuent les œuvres les plus salutaires. [8] Puis Nous transformerons tout ce décor en sol aride et en poussière.
[9] Vas-tu penser que les hommes de la caverne, dont l’histoire est gravée sur l’épitaphe , constituent un de Nos signes les plus étonnants? [10] Lorsque ces jeunes gens se réfugièrent dans cette caverne, ils firent cette prière : «Seigneur ! Assiste-nous par un effet de Ta grâce et fais que notre conduite soit conforme à la rectitude !» [11] Nous les plongeâmes alors dans un profond sommeil, dans la caverne, de longues années durant. [12] Puis Nous les réveillâmes pour savoir lequel des deux partis saurait évaluer le mieux la durée exacte de leur séjour.
[13] Nous allons te raconter leur récit en toute vérité. C’étaient des jeunes gens qui croyaient en leur Seigneur et que Nous avions fortifiés dans la bonne voie. [14] Nous avions raffermi leurs cœurs lorsqu’ils s’étaient levés pour proclamer : «Notre Dieu est le Seigneur des Cieux et de la Terre ! Jamais nous n’invoquerons une autre divinité que Lui, sans quoi nous commettrions la pire des iniquités ! [15] Ces gens-là, qui sont des nôtres, ont adopté des divinités en dehors de Dieu. Si seulement ils pouvaient justifier ce culte par une preuve évidente ! Qui donc est plus injuste que celui qui invente des mensonges contre Dieu?»
[16] «Maintenant, se dirent-ils, que vous les avez fuis, eux et ce qu’ils adorent en dehors de Dieu, réfugiez-vous dans la caverne. Dieu étendra sur vous les effets de Sa miséricorde et apportera une amélioration à votre sort.»
[17] Tu aurais vu alors le soleil à son lever obliquer à droite de leur caverne, et passer à gauche au moment de se coucher, tandis qu’ils dormaient dans un endroit spacieux de la caverne. C’est là un des signes de la puissance de Dieu. Seul celui que Dieu dirige est dans la bonne voie ; mais celui qu’Il égare, tu ne trouveras personne pour le protéger ni le guider. [18] Et à les voir, tu aurais cru qu’ils étaient éveillés alors qu’en réalité ils dormaient. Nous les retournions tantôt à droite, tantôt à gauche, pendant que leur chien était couché à l’entrée, les pattes allongées. Si tu les avais vus dans cet état, tu aurais certainement pris la fuite, le cœur rempli de crainte.
[19] Nous les avons ensuite réveillés pour leur permettre de s’interroger mutuellement. C’est ainsi que l’un d’eux demanda : «Combien de temps sommes-nous restés ici?» – «Peut-être un jour ou même moins encore», répondirent d’autres. Puis ils reprirent : «Dieu le sait mieux que nous. Envoyez plutôt l’un de vous à la ville avec l’argent que voici, pour qu’il cherche l’aliment le plus pur et qu’il vous en apporte de quoi vous nourrir. Qu’il agisse avec tact pour ne révéler à personne votre retraite, [20] car s’ils vous découvraient, ils vous lapideraient ou vous ramèneraient à leur culte, et vous ne parviendriez alors plus jamais à la félicité.»
[21] C’est ainsi que Nous avons fait connaître leur retraite pour bien montrer aux habitants de la cité que les promesses de Dieu s’accomplissent toujours et que la résurrection ne fait pas l’ombre d’un doute. Une dispute s’engagea alors à leur sujet, entre les gens de la cité. «Murons-les sous une maçonnerie, de manière que seul leur Seigneur soit au courant de leur mystère», dirent quelques-uns. Mais ceux dont l’avis l’emporta furent ceux qui dirent : «Élevons au-dessus d’eux un sanctuaire !» [22] On disputera aussi sur leur nombre. «Ils étaient trois, leur chien étant le quatrième», diront les uns. «Ils étaient cinq, et leur chien le sixième», diront d’autres en conjecturant sur leur mystère. «Ils étaient sept, et leur chien le huitième», affirmeront d’autres encore. Dis-leur : «Mon Seigneur est le mieux Informé de leur nombre, mais il n’en est que peu qui le savent.» Ne pousse pas trop loin la discussion à leur sujet et ne prends l’avis de personne à cet égard.
[23] Ne dis jamais à propos d’une chose : «Certes, je ferai cela demain», [24] sans ajouter : «Si Dieu le veut !» Invoque Ton Seigneur, s’il t’arrive d’oublier, et dis : «Plaise à mon Seigneur de me guider vers le chemin de la rectitude !»
[25] Or, ils demeurèrent dans leur caverne trois cents ans, auxquels s’en ajoutèrent neuf. [26] Dis : «Dieu est le mieux Informé du temps qu’ils y ont passé, car Il détient le mystère des Cieux et de la Terre. Et nul n’entend ni ne voit mieux que Lui ! Les hommes n’ont point d’autre protecteur que Lui, car Il n’associe personne à Son autorité.» [27] Récite ce qui t’a été révélé du Livre de ton Seigneur, dont nul ne saurait altérer les paroles et en dehors de qui tu ne saurais trouver de refuge.
[28] Fais preuve de patience en compagnie de ceux qui invoquent leur Seigneur, matin et soir, recherchant Sa satisfaction ! Ne les quitte pas pour courir après les plaisirs de ce monde ! N’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre rappel, qui suit ses passions et se complaît dans ses excès ! [29] Dis : «La Vérité émane de votre Seigneur. Croira qui voudra et niera qui voudra !» Nous avons préparé pour les injustes un Feu dont les flammes les cerneront de toutes parts. S’ils demandent à boire, on leur servira un liquide bouillant, semblable à un métal en fusion qui leur brûlera le visage. Quel détestable breuvage et quel lugubre séjour ! [30] Ceux qui auront cru et qui auront accompli des œuvres pies sauront que Nous ne laissons jamais perdre la récompense de celui qui fait le bien. [31] À ceux-là sont réservés les jardins d’Éden, où coulent des ruisseaux et où ils seront parés de bracelets d’or, vêtus d’habits verts de soie et de brocard, et accoudés sur des divans. Quelle belle récompense et quel magnifique séjour !
[32] Propose-leur la parabole de deux hommes. À l’un d’eux Nous avons donné deux jardins plantés de vignes que Nous avons entourés de palmiers et séparés par des champs ensemencés. [33] Les deux jardins produisaient de bonnes récoltes, sans la moindre défaillance, d’autant plus que Nous avions fait surgir un ruisseau entre eux. [34] Il récolta donc ses fruits et dit, au cours d’une conversation à son compagnon : «Je suis plus riche que toi et plus puissant aussi grâce à mon clan.»
[35] Il entra dans son jardin et se fit tort à lui-même en disant : «Je ne pense pas que ce jardin puisse jamais dépérir ; [36] et je ne crois pas que l’Heure du Jugement dernier puisse sonner un jour. Et si, ma foi, je dois retourner à mon Seigneur, j’aurai certainement un sort bien meilleur !» [37] Son compagnon qui conversait avec lui répliqua : «Aurais-tu renié Celui qui t’a créé de poussière, puis de sperme et qui, ensuite, t’a donné ta forme humaine? [38] Pour moi, c’est Dieu qui est mon Seigneur auquel je n’associe personne. [39] Que n’as-tu dit en entrant dans ton jardin : “Telle est la volonté de Dieu ! Il n’y a de puissance qu’en Dieu !” Et si tu vois que je suis moins pourvu que toi en biens et en enfants, [40] il se peut que mon Seigneur me donne quelque chose de meilleur que ton jardin et qu’Il envoie sur ce dernier une calamité du ciel, qui le réduise en terrain stérile ; [41] ou que l’eau qui l’arrose tarisse sans que tu puisses jamais la retrouver.»
[42] Or, sa récolte fut détruite et il ne lui restait plus qu’à se tordre les mains de regret, en pensant à toutes les dépenses qu’il avait effectuées et en se lamentant sur ses treilles complètement ravagées. «Plût à Dieu, gémissait-il, que je n’eusse jamais donné d’associés à mon Seigneur !» [43] Et il ne trouva aucun parti pour le secourir contre Dieu, pas plus qu’il ne put se secourir lui-même, [44] car, en pareil cas, la souveraine protection n’appartient qu’à Dieu qui est la Vérité suprême, et qui accorde la meilleure récompense et assure la fin la plus heureuse.
[45] Propose-leur encore la parabole de la vie en ce bas monde. Elle est semblable à cette eau que Nous faisons descendre du ciel, et dont les plantes s’imprègnent un instant pour se transformer ensuite en chaume à la merci des vents, car la puissance de Dieu n’a point de limite.
[46] Richesses et enfants ne sont que la parure de la vie de ce monde, tandis que les bonnes œuvres qui perdurent ont auprès de ton Seigneur une meilleure récompense et suscitent dans le cœur des fidèles une belle espérance.
[47] Le jour où Nous mettrons les montagnes en mouvement et où la terre sera tout aplanie, Nous rassemblerons les hommes sans en omettre aucun. [48] Et ils seront présentés en rangs devant ton Seigneur qui leur dira : «Vous voilà revenus à Nous tels que Nous vous avons créés pour la première fois ! Pourtant vous prétendiez que jamais ce rendez-vous n’aurait lieu !» [49] Et quand le registre sera déposé, tu verras alors les coupables saisis de frayeur par son libellé. «Malheur à nous !, s’écrieront-ils. Qu’a donc ce registre à n’omettre ni péché véniel ni péché capital sans les porter à notre compte?» Et c’est ainsi qu’ils se retrouveront en présence de toutes leurs œuvres, car ton Seigneur ne fait jamais de tort à personne.
[50] Rappelle-toi lorsque Nous avons dit aux anges : «Prosternez-vous devant Adam !» Ils se sont tous prosternés à l’exception de Satan, qui était du nombre des djinns et qui refusa d’obéir à l’ordre de son Seigneur. Allez-vous le prendre, ainsi que sa descendance, pour maître en dehors de Moi, alors qu’ils sont vos ennemis mortels? Quel détestable échange pour les pervers !
[51] Je ne les ai pas pris pour témoins lors de la création des Cieux et de la Terre ni lors de leur propre création, car Je n’ai jamais fait appel au concours des corrupteurs ! [52] Un jour, Dieu dira aux infidèles : «Appelez à votre secours ceux que vous prétendiez être Mes associés !» Et ils les invoqueront, mais ils ne recevront d’eux aucune réponse, car entre les uns et les autres Nous aurons ouvert un abîme. [53] Et en voyant le Feu, les négateurs auront la certitude qu’ils y seront précipités sans trouver aucun moyen d’y échapper.
[54] Nous avons proposé dans ce Coran toutes sortes d’exemples à l’intention des hommes, mais la controverse reste leur passion dominante. [55] Qu’est-ce donc qui les empêche de croire, alors que la bonne voie leur est tracée, et de demander pardon à leur Seigneur? Attendent-ils de subir le sort de leurs aînés ou que le châtiment vienne les frapper de plein fouet?
[56] Nous n’envoyons les prophètes que pour annoncer la bonne nouvelle et avertir, pendant que les négateurs s’emploient à combattre la Vérité avec de faux arguments et à tourner en dérision Nos signes et Nos avertissements. [57] Qui est plus injuste que celui qui tourne le dos aux signes de son Seigneur, quand ils lui sont rappelés, et qui va même jusqu’à oublier ses propres péchés? Nous avons placé des voiles épais sur leurs cœurs pour les empêcher de comprendre, et Nous les avons rendus durs d’oreille, si bien que tu auras beau les appeler à la bonne voie, jamais ils ne sauront se guider. [58] Et si ton Seigneur, l’Indulgent, le Clément, voulait les punir selon leurs œuvres, Il hâterait certainement leur châtiment. Mais un rendez-vous, pour cela, leur a été fixé et ils ne trouveront aucun moyen pour s’y soustraire.
[59] Rappelle-toi ces cités que Nous avons anéanties en raison de leurs iniquités, après avoir fixé le moment de leur destruction !
[60] Rappelle-toi quand Moïse dit à son valet : «Je ne cesserai de marcher que lorsque j’aurai atteint le confluent des deux mers, dussé-je y mettre des années !» [61] Mais lorsqu’ils eurent atteint le confluent, ils oublièrent leur poisson qui retrouva librement son chemin vers la mer.
[62] Et lorsqu’ils eurent dépassé cet endroit, Moïse dit à son valet : «Apporte-nous notre repas, cette étape nous a durement éprouvés.» [63] – «Te souviens-tu, lui dit le valet, lorsque nous nous sommes abrités près du rocher? Eh bien, c’est là où je n’ai plus prêté attention au poisson, et c’est certainement le démon qui m’a empêché de m’en rappeler. C’est alors que le poisson a repris miraculeusement son chemin vers la mer !» [64] – «Eh bien ! C’est justement ce que nous cherchions !», repartit Moïse. Et ils retournèrent sur leurs pas.
[65] Ils rencontrèrent un de Nos serviteurs qui avait été touché par Notre grâce et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Notre part. [66] Moïse lui dit : «Puis-je te suivre pour que tu m’enseignes un peu de la sagesse à laquelle tu as été initié?» [67] – «Tu n’aurais jamais assez de patience, répondit l’inconnu, pour rester en ma compagnie, [68] car comment pourrais-tu assister, sans manifester ta curiosité, à des choses dont tu ne saisiras pas le sens?» [69] Moïse lui répondit : «Tu trouveras, s’il plaît à Dieu, en moi un homme toujours patient, et je ne te désobéirai point.» [70] – «Eh bien, dit le personnage, si tu me suis, ne m’interroge sur rien ! Attends que je t’en parle le premier !»
[71] Ils partirent donc ensemble et montèrent à bord d’un navire, sur le flanc duquel l’inconnu s’empressa de pratiquer une brèche. «Pourquoi, s’écria Moïse, y as-tu pratiqué cette brèche? Est-ce pour en noyer les passagers? En vérité, c’est un acte abominable que tu viens de commettre !» [72] – «Ne t’avais-je pas dit, rétorqua l’inconnu, que tu n’aurais jamais assez de patience pour rester avec moi?» [73] – «Ne me blâme pas trop, reprit Moïse, pour mon oubli et ne me soumets pas à une trop dure épreuve !» [74] Puis ils reprirent ensemble leur route et firent la rencontre d’un jeune homme que l’inconnu ne tarda pas à mettre à mort. «Quoi?, s’indigna Moïse. N’as-tu pas tué là un être innocent qui, lui, n’a tué personne? Ne viens-tu pas de commettre une chose affreuse?»
[75] – «Ne t’avais-je pas averti, dit l’étranger, que tu n’aurais pas assez de patience pour supporter ma compagnie?» [76] – «Si je te questionne encore sur quoi que ce soit, dit Moïse, tu auras le droit de me priver de ta compagnie. Tu n’as été, en vérité, que trop patient avec moi !» [77] Puis ils se remirent en route et, arrivés près d’une cité, ils demandèrent l’hospitalité aux habitants qui la leur refusèrent. Après quoi, ils aperçurent un mur qui menaçait de s’écrouler. L’inconnu s’empressa alors de le redresser. «Tu pourrais, lui dit Moïse, si tu le voulais, réclamer un salaire pour ce travail?» [78] – «Voilà le moment venu de notre séparation, repartit l’étrange personnage. Je vais cependant t’éclairer sur la signification des choses que tu as été impatient de savoir. [79] Pour ce qui est de la barque, elle appartenait à de pauvres gens qui travaillaient en mer. J’ai voulu lui donner l’apparence d’être défectueuse, parce que derrière eux il y avait un roi qui s’emparait de toute embarcation et l’usurpait. [80] Quant au jeune homme, il avait pour père et mère deux bons croyants. Nous eûmes peur qu’il ne les entraînât dans sa rébellion et son impiété, [81] et nous voulûmes que leur Seigneur leur donnât à sa place un fils plus vertueux et plus affectueux. [82] Pour ce qui est du mur, il appartenait à deux orphelins de la ville, et il recelait à sa base un trésor qui leur revenait. Comme leur père était un homme vertueux, le Seigneur, dans Sa bonté, a voulu qu’ils ne pussent le déterrer qu’à leur majorité. Je n’ai donc rien fait de mon propre chef. Voilà toute l’explication que tu n’as pas eu la patience d’attendre !»
[83] À ceux qui t’interrogent au sujet de Dhû-l-Qarnayn, réponds : «Je vais vous en narrer quelques faits mémorables qui méritent d’être rappelés.»
[84] Nous avons consolidé sa puissance sur Terre et Nous l’avons favorisé dans tous ses projets. [85] Et aussitôt il entreprit une première expédition qui dura [86] jusqu’à ce qu’il eût atteint le point le plus extrême de l’Occident. Là, il vit que le soleil se couchait sur une source bouillante aux bords de laquelle vivait une peuplade. Nous lui dîmes : «Ô Dhû-l-Qarnayn ! Libre à toi de les châtier ou de les traiter avec bienveillance !» [87] – «Celui qui est injuste, dit-il, nous le châtierons. Après quoi, il sera ramené à son Seigneur qui lui infligera un châtiment des plus sévères. [88] Quant à celui qui croit et pratique le bien, une très belle récompense lui est réservée et nous ne lui donnerons que des ordres faciles à exécuter.»
[89] Puis il suivit une autre voie, [90] jusqu’à ce qu’il eût atteint le point le plus extrême de l’Orient. Là, il vit que le soleil se levait sur une peuplade à laquelle Nous n’avions donné aucun abri pour s’en protéger. [91] Et il en fut ainsi. Nous embrassions de Notre science tous les moyens dont il disposait.
[92] Puis il suivit un autre itinéraire, [93] jusqu’à ce qu’il eût atteint une gorge formée par deux chaînes de montagnes, en deçà de laquelle il découvrit une peuplade qui comprenait à peine le langage humain. [94] Cette peuplade lui dit : «Ô Dhû-l-Qarnayn ! Les Yâjûj et les Mâjûj dévastent notre territoire. Acceptes-tu, contre tribut, de construire une digue entre eux et nous?» [95] – «La puissance que Dieu m’a conférée est bien meilleure que ce que vous me proposez, dit-il. Aidez-moi de toutes vos forces et je construirai un remblai entre eux et vous. [96] Apportez-moi des blocs de fer.» Puis, quand il en eut comblé l’espace compris entre les deux monts, il ajouta : «Soufflez !» Et quand le métal fut fondu, il ordonna : «Versez maintenant, par-dessus, de l’airain en fusion.» [97] Depuis lors, les Yâjûj et les Mâjûj ne purent plus ni escalader l’obstacle ni le transpercer.
[98] «Cet obstacle, dit-il, est une miséricorde émanant de mon Seigneur. Mais, quand Dieu accomplira Sa promesse, Il le réduira en poussière, car la promesse de Dieu est infaillible.»
[99] Ce jour-là, Nous laisserons les hommes déferler les uns sur les autres. Puis la Trompette sonnera et ils seront tous rassemblés. [100] Et ce jour-là, la Géhenne, dans toute son horreur, sera présentée aux négateurs, [101] dont les yeux demeuraient voilés pour ne pas voir Mes signes et dont les oreilles refusaient d’entendre Mes avertissements. [102] Les incrédules s’imaginent-ils donc pouvoir prendre Mes serviteurs pour maîtres en dehors de Moi? Nous réservons aux incrédules la Géhenne pour séjour.
[103] Dis : «Voulez-vous que nous vous fassions connaître ceux dont les œuvres sont les plus vouées à l’échec ; [104] ceux dont les efforts, dans cette vie, s’en vont en pure perte, et qui croient cependant bien agir?» [105] Ce sont ceux qui nient les signes de leur Seigneur ainsi que leur comparution devant Lui. Les œuvres de ces gens-là n’auront aucune valeur et ne pèseront pas lourd dans la vie future. [106] Et c’est l’Enfer qui sera leur rétribution, pour avoir rejeté la foi et tourné en dérision Mes signes et Mes prophètes ; [107] tandis que ceux qui croient et font des œuvres pies auront, pour séjour, les jardins du Paradis, [108] où ils demeureront éternellement, sans jamais désirer aucun changement.
[109] Dis : «Si la mer se changeait en encre pour transcrire les paroles de mon Seigneur, la mer serait assurément tarie avant que ne soient épuisées les paroles divines, dussions-nous y ajouter une quantité d’encre égale à la première.»
[110] Dis : «Je ne suis qu’un être humain comme vous. Il m’a été révélé que votre Dieu est un Dieu Unique. Que celui qui espère donc rencontrer son Seigneur accomplisse de bonnes actions et Lui voue son adoration sans jamais Lui associer personne !»

Texte trouvé ici.

 

Montez en vous aux repaires splendides de la jeunesse

photo "Olivier-grand frère"

 

« J’ai l’impression que nous avons plus qu’il ne nous faut de cités, de villes et de villages, et en revanche une carence certaine en espaces réellement sauvages. Dans les quarante-huit États contigus du continent nord-américain, quels sont les lieux où on peut encore disparaître et se recueillir ? Ces sanctuaires paisibles, accessibles seulement au prix d’efforts physiques, ou même carrément interdits. Pour l’essentiel, les repaires splendides de la jeunesse.

Il nous reste tellement d’endroits où devenir vieux, franchement assez à mon avis, de lieux pavés, clôturés, raccordés.

Nous qui sommes déjà vieux ou en passe de le devenir en avons trop pris, nous avons dévoré plus que notre part. »

Rick Bass, Journal des cinq saisons

Bon jour de fête de fin de Ramadan aux musulmans ! Et bonne et joyeuse ascèse spirituelle à tous.

 

Le sublime

dans la maison de Dieu, photo Alina Reyes

 

« Nous sommes tous les quatre plantés devant la fenêtre du premier étage, et nous scrutons l’obscurité, suspendus dans le noir d’une foi aveugle – guettant la prochaine trouée dans les nuages qui nous permettra d’entrevoir le retour de la lune de l’autre côté.

Il me vient soudain à l’idée que ce dont nous venons d’être témoins ressemble à quelque chose que nous aurions pu voir dans un film, dans un spectacle de prestidigitation mis en scène par Hollywood – tout cela n’a été qu’une illusion – et pourtant l’événement laisse un sillage de réalité, une authenticité dépassant ce que nos sens nous disent que nous venons d’observer. Alors que je me tiens devant cette fenêtre avec ma famille, je comprends qu’il existe une distance fixe entre le sublime et la représentation du sublime, et nous restons là tous les quatre dans l’ombre, dans l’obscurité, chacun ayant parfaitement conscience de cet écart et s’installant confortablement dans cet espace : le dos tourné vers l’un, le visage tendu vers l’autre. »

Rick Bass, Le journal des cinq saisons

Demain est l’Aïd El-Fitr, la fête de fin du Ramadan.  J’ai lu ce matin le tout petit livre sur les 99 noms divins que j’ai trouvé l’autre jour à la librairie face à la mosquée. Voici la page d’un beau site consacrée à ces Noms, avec leur commentaire par Ghazali, indiquant la nature de la possible participation humaine à ces qualités divines.

*

Vivre le ciel

photo Alina Reyes

 

Je poursuis et termine la lecture des Quarante Hâdîths authentiques de Ramadân choisis et commentés par le Dr Al Ajamî. Nous sommes entrés dans la dernière décade de ce mois, au cours de laquelle aura lieu la Nuit du Destin, la nuit où le Coran fut révélé, dont la date, dans la grande sagesse de Dieu, n’est pas fixée, mais seulement à rechercher, puisqu’il s’agit d’une expérience à vivre, dans les nuits impaires de cette troisième décade.

Voici, comme les fois précédentes, quelques phrases extraites de l’ouvrage.

« Dans la solitude des nuits de veille, le Coran comme unique lumière. »

« Ramadân est témoignage concret de l’unicité de Dieu, il est conformité au Prophète, il est prière, il est purification, il est Voyage vers Dieu, il est endurance, il est Jihâd, il est invocation, il est protection, il est révélation, il est solitude, il est communauté, il est difficulté, i est facilité, il est Miséricorde… »

« Le Jeûne est (…) en soi un non-acte. Ainsi, les portes du Paradis s’ouvrent-elles par l’abandon des biens de ce monde. Ce sacrifice éloigne d’ici-bas et rapproche de l’au-delà avec une acuité toute particulière. (…) À la différence des autres actes d’adoration qui sont par définition des actes visibles, tels la prière, la zakat, l’invocation, Ramadân n’a pas d’existence propre manifestée. En ce sens, en notre réalité concrète rien par essence ne peut lui ressembler. De par ce statut particulier, Ramadân possède une aptitude spécifique à écarter les voiles des réalités, il permet donc de mieux percevoir l’autre Réalité à quoi rien n’est semblable. Il est une passerelle, un isthme béni où se manifeste la Révélation et où sont réactualisés les ordres du Monde en la « Nuit du Destin ». »

Enfin, « À celui qui aura su sacrifier encore après l’épreuve, ou mieux, prolonger les joies et les lumières de Ramadân, ses états spirituels, comme le temps Réel, seront sans mesure ni fin. » (c’est moi qui souligne)

Et maintenant je voudrais lancer une passerelle en citant Louis Bouyer, dans Le Sens de la vie monastique :

« L’effet de cette ascèse pénitentiaire doit être en fin de compte de nous mettre devant Dieu dans l’état de gens qui savent qu’ils n’ont plus droit à ce qu’ils ont, si peu qu’ils aient. Il ne s’agit pas seulement de nous en inculquer l’idée. Nous devons aller ici au-delà de la simple psychologie. C’est d’ailleurs la raison dernière pour laquelle la tradition monastique a toujours considéré une ascèse purement spirituelle comme radicalement insuffisante. Il faut réaliser concrètement cette situation qui est la nôtre : non seulement se considérer comme pauvres, mais l’être de fait. Disons-nous bien que si le Christ n’a pas cru pouvoir relever notre misère autrement qu’en en prenant sur lui toute la réalité, il serait invraisemblable que nous puissions nous en tirer à moindre frais. Nous découvrons ici à quoi tient cette place envahissante qu’ont prise les pauvres dans la religion d’Israël. »

Et ce passage de la fin de Forêt profonde :

« L’homme n’habite le monde que lorsque le monde l’habite, l’homme est fractal, poème poète, appartenant au Poème, se démultipliant en poèmes, et quand il atteint son plus grand déploiement, à son tour créateur du Poème. Accrochée à la main d’Haruki, le suivant dans le flot des êtres que le vent tiède avait fait sortir de leur lit, j’étais la joie simple et mouvante d’une lettre avec les autres descendue là sur le quai, j’étais le a, le a a a, dans la confusion nous n’étions encore que des essais de voix de l’être au réveil mais déjà il me semblait entendre le chant qui viendrait. J’enlevai ma capuche, détachai mes cheveux, ouvris mon manteau. Je levai la tête et vis le ciel, à l’est, au-dessus de la Seine, s’ouvrir. Un long nuage très sombre se fendit par son milieu, de chaque côté de la faille les bords se surlignèrent d’or. Du trou, profond et argenté comme un puits, jaillirent lentement des sortes de comètes fuschia, indigo, blanches. Tout se referma et j’entendis une jeune fille dire : « la nuit du destin ! ». »

En attendant, n’oubliez pas, ce soir est une très bonne nuit, dégagée, pour observer les étoiles. Vous vous sentirez petit, mais c’est un si splendide voyage. Et c’est très important de contempler aussi avec ses yeux de chair. Au soir de votre vie, au moment de le rejoindre, pourrez-vous penser que vous avez assez contemplé et vécu le ciel, ou aurez-vous laissé passer les occasions de le faire ?

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L’Alpha et l’Oméga

photo Alina Reyes

 

Tel anonyme, mécontent de mon amitié pour l’islam, m’envoie ce message : « alina reyes virée de l’église », aussitôt suivi de celui-ci : « alina reyes juive ». L’islamophobie est une variante de l’antisémitisme. Qui se déclare contre l’antisémitisme sans se déclarer contre l’islamophobie est au fond antisémite, fût-il juif. Et qui se déclare antisémite est également au fond islamophobe, fût-il musulman. Quant au chrétien, qu’il prenne soin de ne pas croire que sa religion met l’homme à la place de Dieu. L’antisémitisme, et ses variantes l’islamophobie, voire l’antichristianisme, sont le symptôme d’un refus du fait qu’en premier comme en dernier lieu, l’autorité n’appartient pas à l’homme, mais à Dieu. Le judaïsme et l’islam étant les religions qui affirment avec le plus de force l’unicité de Dieu et de son autorité sont évidemment les cibles premières de l’homme qui veut s’imposer au lieu de Dieu, ou qui se sert du nom de Dieu pour imposer une volonté toute humaine. En vérité tout vrai croyant, ou pour le dire mieux tout vrai pauvre, quelle que soit sa religion ou son absence de religion, parce qu’il manifeste malgré lui que l’homme n’est pas le détenteur ni du premier ni du dernier pouvoir, déclenche le malaise, ou même la haine, ou l’acharnement destructeur, de l’homme qui refuse de voir en ce miroir sa propre petitesse.

C’est pourtant ainsi, petits, que nous sommes aimés, et que nous sommes grands.

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« Le Prophète rit aux éclats et dit alors : »

tout à l'heure au jardin des Plantes, photo Alina Reyes


Je poursuis la lecture de Quarante Hadîths authentiques de Ramadân, choisis et commentés par le Dr Al Ajamî. J’en retiens ici les phrases qui concluent la première décade et pour la deuxième décade, quelques hadîths, paroles ou actes du Prophète, qui montrent sa grande intelligence et souplesse spirituelle, ainsi que leurs commentaires éclairés.

« L’excès de bénédiction de Ramadân ouvre grandes les portes du cœur. Il y est plus aisé, et plus recommandé encore, de partager notre quête spirituelle avec tous les croyants et toutes les âmes. Ne sera jamais aussi proche de Dieu que celui dont le cœur et l’esprit sont proches des hommes. »

Hadîths :

Que celui qui a mangé ou bu par inadvertance continue son jeûne, car c’est Dieu qui l’a nourri et abreuvé. 

« Puis-je jeûner en voyage ? » Il répondit : « Si tu le souhaites jeûne, et si tu le souhaites romps le jeûne. » [sachant que le Coran dit : « Quant à celui qui est malade ou en voyage, qu’il jeûne en d’autres jours. »]

[transmis par Aïcha] Le messager de Dieu m’embrassait alors qu’il jeûnait. Mais lequel d’entre vous saurait se maîtriser comme lui.

« Le véritable jeûneur, commente le Dr, est celui qui a totalement abandonné sa propre volonté à Dieu et le diable ne peut s’immiscer en son jeûne, seul Dieu le peut. Ainsi ces mots, « c’est Dieu qui l’a nourri et abreuvé » désignent-ils par une expression paradoxale, les marques d’une manifestation de la Miséricorde divine, la possibilité de recevoir une manne spirituelle. »

Et à propos du dernier hadîth proposé pour cette décade, le Dr remarque : « Nous retiendrons l’extraordinaire démonstration de l’esprit de miséricorde et de générosité du Prophète. Intelligence de la situation à mille lieues du juridisme. » Voici ce hadîth :

« Un homme vint trouver le Prophète et lui dit :

« Je suis perdu ! » « Qu’as-tu fait ? » lui demanda-t-il.

Il répondit : « Je me suis uni à mon épouse pendant Ramadân. » Il lui dit alors : « Peux-tu affranchir un esclave ? » « Non », répondit-il. « Peux-tu jeûner deux mois consécutifs ? » « Non », persista-t-il. « Peux-tu nourrir soixante pauvres ? »  « Non ». « Assieds-toi ! » Ce qu’il fit.

Puis le Prophète fit apporter une grande corbeille de dattes et déclara : « Prends ceci et distribue-le en aumône. » Il objecta : « À plus pauvre que moi ! »

Le Prophète rit aux éclats et dit alors : « Nourris-en donc ta famille. »

Nous lirons la troisième décade en son temps. D’ici là, comme dit le muezzin, accourez à la joie !

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