exactement ce qu’il faut

 

Me tournant vers le visage du Christ scotché sur mon mur, je le vois me sourire, et plaçant deux doigts à mon front je le salue, lui disant, radieuse : « je t’écoute, Capitaine, je te suis ! » Il me sourit dans tout le corps, il est content.

 

manteau de mousse sur le rocher soulevé par le vent, photo Alina Reyes

 

« Mais l’enchevêtrement de ces longs pins abattus [par la tempête], semblables à des baguettes de mikado, crée en une nuit, comme des dés jetés par la main de Dieu ou, qui sait, selon le schéma directeur pensé et exécuté par un autre grand architecte, tout un réseau spontané de barrières, de corrals et de murets qui vient protéger la future vague de trembles et de cèdres prêts à prendre racine au centre de ce labyrinthe de troncs éparpillés, de ce chaos, ou de ce qui apparaît comme tel, trop confus et trop dense pour que même le cerf le plus affamé s’y aventure et atteigne les pousses naissantes des jeunes arbres. C’est ainsi que l’effondrement de l’ancienne pinède et l’érection de barrières qui l’accompagnent fournissent, dans cette abstention même, exactement ce qu’il faut aux cerfs pour assurer leur survie – la future protection de l’épaisse canopée des cèdres adultes en hiver quand les cerfs affaiblis chercheront un abri contre la neige profonde et le froid glacial, et les tendres feuilles de tremble quand les faons de l’été seront en passe de devenir de jeunes adultes et qu’ils seront prêts à dévorer la terre entière. »

Rick Bass, Le journal des cinq saisons

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Dieu est exact

 

Vigilance des profondeurs

à la maison, photo Alina Reyes

 

« Les ours – noirs et grizzlys confondus – auront traversé toute la saison ensevelis sous des chapes de neige. Les ours noirs se recroquevillent dans un tronc d’arbre creux (une des dix mille raisons qui font qu’on ferait sans doute mieux de conserver quelques arbres morts dans nos forêts ; il n’est pas absolument indispensable de tous les expédier à la scierie à des fins nobles et utiles), ou bien se pelotonnent sous le surplomb d’un rocher, satisfaits, semble-t-il, à l’idée de laisser la neige recouvrir peu à peu leur corps immobile, comme si durant cette période, ils avaient résolu, au plus profond d’eux-mêmes, d’imiter la masse des montagnes endormies, les courbes de leurs silhouettes figées dans le sommeil semblables à celles des reliefs qu’ils ont provisoirement renoncé à arpenter.

Les grizzlys vont un cran plus loin dans cette métamorphose : en creusant la terre de leurs pattes puissantes et de leurs griffes acérées, ils retournent, selon certaines croyances, jusqu’au royaume des esprits, en un va-et-vient toujours répété entre le monde réel et celui des ombres. Il me vient cependant parfois à l’idée que nous avons tout compris de travers, et que c’est cette terre enfouie et minérale, régie par le temps du sommeil, qui est en fait la réalité durable, alors que l’agitation des couches supérieures n’est qu’une illusion éphémère peuplée de spectres.

(…)

C’est une des leçons fondamentales de la science que le même reproduit toujours le même, et un des enseignements de l’histoire est qu’elle est aussi toujours prête à se répéter ; seuls des efforts considérables et une vigilance de chaque instant permettent d’échapper à cette répétition. »

Rick Bass, Le journal des cinq saisons, éditions Christian Bourgois, 2011

 

Le rocher

photo Alina Reyes

 

Chaque jour je pense à mon père, là-bas. Qui oublie tout au bout de quelques secondes. Jamais de sa vie il ne m’a téléphoné ou rendu visite, même quand j’étais dans une très grande précarité seule avec mes deux petits, les aînés des deux jeunes hommes. Jamais il n’a accepté mes invitations à venir un ou quelques jours chez nous, jamais non plus il ne s’est intéressé plus de quelques minutes à ses petits-enfants. Je ne ne lui en veux pas, il est ainsi, c’est tout. Simplement je veux dire : comment fonder une relation dont quelqu’un ne veut pas ?

Quant à ma mère, elle m’a écrit il y a plusieurs années que je n’étais plus sa fille. Ensuite j’ai essayé d’arranger les relations à l’intérieur de toute cette famille, j’ai voulu y faire apparaître un peu de vérité, et j’ai dû m’y prendre très mal je l’admets, car tout n’a fait qu’empirer. La dernière fois que je l’ai vue, en juillet avant de partir à la montagne, elle m’a rappelé qu’elle n’avait jamais vu une enfant aussi entêtée que je l’avais été, selon elle – histoire de me faire savoir que tout cela était de ma faute. Je n’ai pas protesté, seulement plaisanté, sans ironie, sur mon horrible caractère. Tous les parents commettent des erreurs et des fautes envers leurs enfants, mais elle n’est pas du genre à en reconnaître le dix-millième d’une.

J’écris ceci au Jardin, à l’ombre sous un arbre, mais à l’instant je sens qu’il fait vraiment trop chaud, je vais rentrer. C’est là qu’on apprécie d’avoir un appartement meilleur marché, orienté au nord. Je pense à O, c’est pour lui que je regarde tant la web tv du sanctuaire de Lourdes en ce moment, avec toutes les prières à la grotte et son silence bienfaisant la nuit. La grotte, le rocher, est infiniment plus puissant que toutes les paroles humaines qui s’y disent.

(écrit hier au jardin, pour un livre en cours)

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Le sublime

dans la maison de Dieu, photo Alina Reyes

 

« Nous sommes tous les quatre plantés devant la fenêtre du premier étage, et nous scrutons l’obscurité, suspendus dans le noir d’une foi aveugle – guettant la prochaine trouée dans les nuages qui nous permettra d’entrevoir le retour de la lune de l’autre côté.

Il me vient soudain à l’idée que ce dont nous venons d’être témoins ressemble à quelque chose que nous aurions pu voir dans un film, dans un spectacle de prestidigitation mis en scène par Hollywood – tout cela n’a été qu’une illusion – et pourtant l’événement laisse un sillage de réalité, une authenticité dépassant ce que nos sens nous disent que nous venons d’observer. Alors que je me tiens devant cette fenêtre avec ma famille, je comprends qu’il existe une distance fixe entre le sublime et la représentation du sublime, et nous restons là tous les quatre dans l’ombre, dans l’obscurité, chacun ayant parfaitement conscience de cet écart et s’installant confortablement dans cet espace : le dos tourné vers l’un, le visage tendu vers l’autre. »

Rick Bass, Le journal des cinq saisons

Demain est l’Aïd El-Fitr, la fête de fin du Ramadan.  J’ai lu ce matin le tout petit livre sur les 99 noms divins que j’ai trouvé l’autre jour à la librairie face à la mosquée. Voici la page d’un beau site consacrée à ces Noms, avec leur commentaire par Ghazali, indiquant la nature de la possible participation humaine à ces qualités divines.

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Le mal

photo Alina Reyes

 

Ne croyez pas tout ce qu’  « on » vous raconte pour justifier le mal qu’on fait. Je suis qui je suis et je dis, clair et net : j’ai toujours détesté le mal et ne lui ai jamais fait allégeance. « On » voit partout le mal qui le possède. Même en Dieu, et d’abord en lui, fût-ce en secret. Telle est la cause de l’antisémitisme et de ses variantes, dont j’ai déjà parlé. « On » en veut à Dieu, et aussi à ceux qui l’aiment ou sont censés l’aimer, soit parce qu’ils renvoient l’image de Dieu, soit parce qu’ils ne la renvoient pas : dans les deux cas le mal vainc dans l’esprit de ce « on » que Louis-Ferdinand Céline éructa, lui le rescapé des tranchées, le grand déçu des hommes et de Dieu. Ne soyez jamais « on », ne vous laissez pas manipuler, même pour la prétendue bonne cause, soyez Je, debout devant la face de Dieu, qui est Amour.

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JOIE

 

Hier soir en allant avec Jo chercher Syd à la gare, j’ai fait cette photo d’un livreur à moto sur laquelle il était écrit :

URGENT
SANG

Presque quatre semaines que les deux frères ne s’étaient pas vus, c’était leur plus longue séparation. À la sortie du train notre Sourit-Toujours a dit qu’il avait voyagé à bord d’une voiture pleine de religieux de retour de Lourdes. Il y avait aussi une famille d’Indiens de retour de pèlerinage, dont une jeune fille vêtue d’une robe blanche « transparente », et il a remercié Jésus, ajoute-t-il en levant les yeux au ciel, avec son éternel sourire d’ange.

Les motos et les trains sont les ânes d’aujourd’hui. Nous sommes arrivés à la maison à minuit, il faisait plein jour de joie.

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Mariages et fabrications d’enfants en tous genres

photo Alina Reyes

 

Dieu n’est pas là pour remplir des paperasses. Il est Amour, c’est tout. Peu me chaut le mariage, qu’il soit hétéro- ou bi- ou homo-sexuel. S’il y en a qui ont tant besoin que ça de formalités pour soutenir leur lien… Bien entendu ce n’est pas la position de l’Église, l’Église a le droit d’avoir sa position préférée elle aussi et je n’ai nul désir de la lui contester. Je suis plus soucieuse du bien-être des enfants, et Dieu sait s’ils peuvent être mal traités même dans des familles tout-à-fait-comme-il-faut, mais ce n’est pas une raison pour se lancer les yeux grand fermés dans la commercialisation d’enfants déjà fabriqués ou fabriqués sur mesure pour tous genres de couples désireux de devenir parents à tout prix. De même je suis tout à fait pour la contraception, mais il ne faut pas en abuser non plus, en venir à se dire : je fais un enfant quand je veux. Non mesdames, non messieurs, ce n’est pas vous qui faites les enfants, c’est Dieu. C’est-à-dire : ils sont un don du ciel, et ils n’appartiennent qu’à lui et à nul autre, comme ensuite tout homme. Voilà le fond de l’affaire, et c’est bien ce que devraient méditer toutes sortes d’institutions, avant de légiférer ou d’exprimer des points de vue superficiels, qu’ils soient « pour » ou « contre ». Le méditer, et le vivre.

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« Ils sont trop verts, dit-il »

photo Alina Reyes

 

Le Monsignore chargé de la « nouvelle évangélisation » commence son prêche à Notre-Dame par une remarque d’aigre misogynie, pour bien rappeler à ces dames que puisqu’elles ne sont pas « sans taches ni rides » elles ne peuvent en aucune manière se comparer à Marie.  Genre, hou la femme c’est sale, pis c’est pas beau ! Si c’est comme ça qu’on compte ramener des hommes (pas si bêtes) et des femmes dans les églises… Moi en tout cas je n’y étais pas. Ceux qui font le mauvais rêve de croire qu’ils vont plier le réel à leur volonté feraient mieux de se réveiller. Le réel c’est le spirituel, il est libre et œuvre pour libérer les hommes, et certainement pas pour s’asservir à eux. C’est tout simplement impossible. Seul est possible le Chemin, la Vérité et la Vie.

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La grotte de Lourdes la nuit

Photographiée sur mon écran de MacBook, la web TV des Sanctuaires.

Je n’ai pas retouché les couleurs ni rien, simplement utilisé le flash une fois (l’effet étoile de Bethléem) et ensuite varié les inclinaisons de l’écran ou de l’appareil.

Web tv des Sanctuaires à contempler longuement dans le silence de la nuit, une expérience de prière comme au Carmel.

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Un bon jour pour vivre

Photo Alina Reyes

 

« On », toujours sous le couvert d’un masque ou de l’anonymat, continue à m’insulter, ou à me faire parvenir des messages pour me faire part de son plaisir à l’odeur de la mort qui menace. Janus est bête.

Je relis l’Évangile de Luc, qui est vraiment un homme merveilleux. J’aimerais travailler sur ses écrits, peut-être pourrais-je le faire un jour. Pourquoi pas dès maintenant ? C’est que j’ai un autre projet en cours, un très beau, pour l’amour, et puis les peintures il faut que je les fasse même si je ne suis pas peintre, comme tout le reste cela se présente à moi de façon impérieuse et je m’acquitte en toute confiance envers le travail de l’Esprit, qui me commande. En toutes choses Dieu sait ce qu’il fait, si vous vous en remettez entièrement à lui vous pouvez être assurés absolument, non pas pour ce qui vient des hommes, mais pour ce qui vient de lui.

Aujourd’hui je fus à Lourdes par le cœur et par l’internet, aussi longtemps que le temps que je passais dans la prairie, il y a si longtemps déjà, à simplement écouter et sentir et voir, et comme alors, ce fut très doux. Aujourd’hui, et encore ce soir, et demain et chaque jour, ce fut, c’est et ce sera un bon jour pour vivre la douceur de l’âme, et nous sommes éternels.

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