Écrire dans la splendeur

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Jamais je n’ai écrit aussi lentement. Ni aussi splendidement, il me semble. La lenteur vient sûrement au moins en partie de la fatigue due à des années de travail et de bataille intenses, aux problèmes de santé qui ont suivi et au traitement que je dois prendre maintenant ; due peut-être aussi un peu à l’exercice physique, mon heure de yoga et mon heure de marche quotidiennes, par ailleurs précieuses et indispensables. Mais il est possible de tirer parti d’à peu près tout. La lenteur devient profonde en partie grâce au yoga, patiente grâce à la marche, sage grâce à la fatigue. Et grâce à la lenteur ma poésie augmente, augmente en simplicité, en beauté, en signification. Je passe des jours sans écrire, loin du laborieux nulla dies sine linea (une injonction de fonctionnaire à laquelle je ne me suis jamais pliée), et c’est la vie même qui fermente en moi, vigne livrant son jus quand j’y retourne.

 

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Ce soir à la bibliothèque de recherche du Muséum et hier rue Mouffetard, photos Alina Reyes

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Quand les militances, comme les religions, éloignent de la vie et des réalités

 

Les militances fonctionnent comme les religions. Elles accueillent les gens en état d’égarement, leur donnent une maison, une raison de vivre. Elles ont l’ambition d’améliorer le monde. Dans un premier temps l’effet est bénéfique mais rapidement le danger croît. Les portes de la maison se ferment, la raison aussi. À moins d’être très vigilant et de garder ses distances, les militances comme les religions finissent rapidement par réduire ou même détruire l’être, sa vision, ses capacités d’évolution hors du cercle de pensée restreinte qui lui sert de refuge. Pour se maintenir, il faut mentir. Prétendre par exemple qu’il n’y avait pas de référence à l’étoile jaune là où il y en avait (même si on est historienne ou directeur de publication). Prétendre lutter pour améliorer la condition des hommes au sein d’un syndicat et s’avérer incapable de réagir concrètement et correctement pour ne pas laisser un ami sombrer dans la difficulté au point de n’y trouver d’autre issue que la mort. Prétendre lutter avec les plus défavorisés et trouver insupportable de perdre un statut avantageux (comme un retraite à 3 ou 4000 euros par mois, quand beaucoup n’ont que quelques centaines d’euros). Ce monde qui enrichit toujours plus les riches et appauvrit les classes moyennes et populaires est méprisable, mais il y a quelque chose de méprisable aussi à lutter contre son injustice en utilisant idéaux et idéologies comme anesthésiants de la vie, des responsabilités personnelles et de la part nécessairement aventureuse qu’elle comporte si elle veut rester digne de s’appeler une vie.

Comme les religions, les militances sont un outil de pratique de l’autorité par certains bourgeois qui trouvent à s’y dédouaner de leur statut de privilégiés, tout en y risquant beaucoup moins que les enfants du peuple qu’elles drainent et qui, contrairement à eux, peuvent s’y retrouver sans issue de secours.

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Tolkien à la BnF, effet brut

« La volonté du mal ruine souvent le mal »

Tolkien, cité dans l’exposition qui lui est consacrée à la BnF. Je l’ai visitée aujourd’hui. L’impression est de se trouver face à un géant de mythologie. Qu’un homme seul ait créé une œuvre d’une telle ampleur et d’une telle précision apparaît comme prodigieux. Dessins, peintures, plans, invention de langues et bien sûr invention de mondes… Tolkien me fait penser à certains créateurs d’art brut : devant leurs œuvres si singulières on reste surtout admiratif devant l’insoupçonné de la nature humaine. Sauf que Tolkien était un savant. Quand ce jaillissement de la création se conjugue à la science du langage et des littératures, il est encore plus étonnant, plus puissant.

J’ai fait quelques photos au début de la visite, puis un gardien est venu me dire que c’était interdit, ce que je ne savais pas, et j’ai respecté l’interdit. Voici juste les quelques images que j’ai prises : des manuscrits, des projets de couverture dessinés par lui, et l’une des tapisseries tissées récemment à Aubusson d’après certains de ses dessins.

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Marlène Schiappa et les faux esprits

 

Je discutais l’autre jour avec quelqu’un de la sidérante bêtise des gens de LREM – avec mention spéciale à Castaner, Griveaux, Schiappa. C’est que, me dit mon interlocuteur, Macron n’étant pas brillant, quoiqu’il se fasse passer pour brillant, il ne peut conserver de l’autorité qu’en s’entourant de gens médiocres. Macron a fini par comprendre que ses insultes incessantes aux Français étaient contre-productives mais ce n’est apparemment pas encore parvenu au cerveau de Schiappa, qui hier a imité son idole en traitant un journaliste et le peuple qui défilait contre l’islamophobie de « petits esprits ». Reprenant une sentence de café du commerce, sans doute faussement attribuée à Roosevelt, elle a donc taxé de « petits esprits » ceux qui ( comme elle était précisément en train de le faire ) parlent des gens, et de « grands esprits » ceux qui parlent des idées.

Mme Schiappa a des idées, elle doit donc croire qu’elle fait partie des grands esprits. Le féminisme est bâti sur des idées, tout comme le nazisme, le maoïsme ou le macronisme. Loin de moi l’idée d’établir une équivalence entre toutes ces idéologies, mais les évoquer suffit à constater que ce qui est fondé sur des idées n’a en soi aucune valeur et constitue le contraire d’une pensée. De « grands esprits » ont justifié et soutenu les idéologies les plus meurtrières, pourquoi ? Parce qu’ils n’étaient pas de grands esprits mais de faux esprits, se faisant passer faussement pour brillants, n’asseyant pas leur pensée sur l’expérience. Mme Schiappa, si vous voulez devenir capable d’intelligence, un conseil : ne répétez pas n’importe quoi sans réfléchir et ne vous fiez pas aux apparences. Observez au contraire attentivement les gens et les situations, ancrez votre analyse dans les réalités. Je vous donne un exemple. Je vois que vous avez déclaré ces jours-ci aux Inrocks qu’ « un adulte évoquant une ‘histoire d’amour’ avec une fille de 12 ans doit d’urgence aller trouver un accompagnement psychiatrique s’il n’est pas passé à l’acte et, sinon, se rendre au commissariat. » Je suis tout à fait d’accord avec vous. Mais alors, que dire d’une adulte de 40 ans qui évoque une histoire d’amour avec un garçon de 15 ans ? Ne fut-ce pas le cas de Mme Trogneux ? Vous ajoutez, dans la même interview : « On préfère souvent fermer les yeux. Partout dans le monde et dans tous les secteurs d’activité, dans toutes les familles, il y a des gens qui sont informés et qui ne disent rien. On considère trop souvent que c’est un sujet privé. » Vous dénoncez ce que vous faites.

Voyez-vous, à vous fonder sur des idées en prétendant éviter de parler des gens, vous réduisez votre pensée à néant. Si vous pensiez juste un peu plus profondément, vous verriez que si le petit Emmanuel avait pu développer des relations avec des filles ou des garçons de son âge, avec tout l’apprentissage humain que cela comporte, il ne serait pas aujourd’hui cet adulte immature et ignorant des réalités humaines qui rend le pays de plus en plus difficile à vivre. Vous ne voulez pas parler des gens mais vous vous en prenez à Taha Bouhafs parce qu’il dénonce l’appel au meurtre de Zineb El Rhazoui et taisez les propos de Cyril Hanouna défendant l’appel de Booba contre Zineb El Rhazoui. Tout simplement parce que Hanouna est votre allié et celui de Macron. Vous êtes dans la confusion, vous n’avez pas de colonne vertébrale, vous n’allez qu’à l’effondrement.

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Strasbourg en 60 images

 

Se plier aux exigences du consensus, avoir ainsi le Congourd ou autre prix ou succès de ce genre, est une solution au statut précaire d’auteur. J’aime trop la vie, la liberté, la littérature, pour seulement l’envisager. Mon truc, c’est la littérature virile. J’en lis (pas dans la production actuelle car il n’y en a pas – le monde littéraire n’a jamais été viril et plus il est industriel, moins il l’est) et j’en fais. Viril ne signifie pas « de mec » mais courageux (selon son étymologie). Je regarde mon trajet depuis l’enfance, je le vois foudroyant et filant, aussi clair que l’éclair ou la météorite, ni compromis ni vaincu, toujours ultrasensible, en éveil. La voilà, l’éternité. Dans ce qui ne sombre ni ne meurt.

Présent. Voici mes images de nos trois jours (deux nuits) à Strasbourg, cette semaine. Nous comptions beaucoup visiter le musée Tomi Ungerer mais il était fermé pour travaux. Une occasion d’y retourner. Strasbourg est magnifique et les Strasbourgeois sont particulièrement gentils, courtois en toute simplicité, souriants. La nourriture et le vin sont excellents. Le centre-ville est largement dédié aux piétons et aux vélos. Les musées contiennent des trésors de tous les temps. Au sommet de Notre-Dame nous avons été accueillis par un arc-en-ciel. Avant de repartir nous avons passé du temps en privé au hamman-piscine-spa, d’où nous sommes ressortis frais comme nouveau-nés.

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strasbourg 1-minUn resto sympa pour commencer

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strasbourg 2-minVue de notre appartement à l’appart-hôtel, que je ne me lassais pas de contempler, avec les lignes graphiques des toits et la véranda, et la nuit les lumières

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strasbourg 3-minUne sculpture sur l’emplacement de la Grande synagogue détruite pendant la guerre, reconstruite ailleurs dans la ville

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strasbourg 5-minJ’ai compté jusqu’à cinq étages sous les toits de certains immeubles

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strasbourg 6-minDerrière la maison, la cathédrale la plus visitée de France (Notre-Dame de Paris étant hors jeu), haute de 144 mètres et contenant tant de merveilles qu’on pourrait y consacrer des milliers de pages, comme il y est dit quelque part

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strasbourg 12-minSon horloge astronomique, que nous avons vue s’animer au quart d’heure

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strasbourg 13-minUne fresque récente plutôt réussie, mais le panneau en grec du Christ annonçant « Je suis le chemin, la vérité et la vie » comporte deux fautes. Sans doute l’artiste, Christoff Baron, ne connaît-il pas le grec, mais il est regrettable que personne d’autre ne l’ait vu

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Retour dans la ville, où se trouve notamment la maison de l’un des enfants du pays, décidément riche en dessinateurs, Gustave Doré

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L’Ill passe partout, sans pour autant enfoncer la ville dans l’eau. C’est très beau.strasbourg 15-min

*strasbourg 16-minUn menuisier à l’atelier, fabriquant des jouets de bois

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Arpenter encore les rues, les quartiers

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Vers « la petite France », allons au Musée d’art moderne et contemporain

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strasbourg 22-minqui possède plusieurs belles œuvres de Victor Brauner – ci-dessus « Logos et les trois matières »strasbourg 23-minet aussi, entre autres de A.R. Penck – ci-dessus « Avant le rebut »

Bon je ne vais pas mettre ici toutes les images de toutes les œuvres que j’ai spécialement aimées, il y en a trop. Encore quelques-unes :strasbourg 24-minDaniel Richter, « L’éternel rêve éveillé des trois fous de la montagne »

alain séchas 2L’installation d’Alain Séchas, mentionnée dans une précédente note

strasbourg 25-minMalcolm Morley, « Wall Jumpers »

strasbourg 26-minMax Ernst, « Les poissons noctambules »

strasbourg 27-minVassily Kandisky, « Salon de musique »

strasbourg 28-minNatalia Gontcharova « Portrait de Verlaine »

strasbourg 29-minNiki de Saint Phalle, « Élisabeth »

Retour dans le quartier de la petite Francestrasbourg 31-min

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Puis à la cathédrale où nous montons par l’escalier en colimaçon jusqu’au sommet strasbourg 33-min

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au paradisun selfie au sommet, et voilà la réponse du ciel

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strasbourg 38-minoù se trouve la « maison des gardes »

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Nous avons visité aussi le Musée de l’œuvre Notre-Dame

strasbourg 39-minavec ses merveilles du Moyen Âge, si primitives

strasbourg 40-minet si actuelles parfois

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Et nous sommes allés au Musée archéologique

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Chaque fois que je dors à l’hôtel, j’y fais aussi mon yoga, comme tous les jours à la maison, histoire de garder un corps souple et musclé, en bon état de marche – et nous avons tout le temps marché strasbourg 44-min

Le dernier jour, avant de reprendre le train, je me suis baladée dans le quartier de la gare et j’y ai photographié cette « trocothèque »

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et des œuvres de Street Art

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strasbourg 50-minNous sommes entrés pour prendre un verre dans cet hôtel entièrement orné de Street Art strasbourg 51-min

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Un peu plus loin dans la ruestrasbourg 53-min

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j’ai découvert ce garage orné comme une grotte du paléolithique, j’y suis entrée strasbourg 55-min

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Retour vers Paris. Il reste encore bien des visites à faire dans cette ville, ce sera donc pour une autre fois.

Du 6 au 8 novembre 2019, photos Alina Reyes

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Racailles. Zineb El Rhazoui, Polanski, Macron et le Joker

 

Zineb El Rhazoui, ex de Charlie Hebdo, appelle à « tirer à balles réelles » sur les « racailles » des banlieues (oui, c’était ça, l’esprit Charlie, racisme obsessionnel et flirt masqué avec l’extrême-droite). Deux jours après, le prix Simone Veil de la région Île de France lui est décerné. Qu’a fait la ministre pour mériter une telle offense ? Être juive ?

Une cinquième femme accuse Roman Polanski de l’avoir violée quand elle était adolescente. Les vieux râlent, ils trouvent qu’on ne peut plus « aimer » (le mot qu’ils emploient pour « abuser de ») qui on veut en paix. Polanski se compare à Dreyfus persécuté. Qu’a fait le capitaine pour mériter une comparaison aussi offensante ? Être innocent ?

shivaLe fantastique film de Todd Phillips, Joker, impeccablement interprété, a été assassiné méchamment et bêtement par la vieille bande du Masque et la plume sur France Inter. Ce n’est pas seulement qu’ils et elle n’y ont rien compris. C’est que ces critiques appointés par le monde ont reçu cette œuvre comme une baffe dans leur bonne figure. En quoi ? Un détail du film suffit à le résumer : le fait que le personnage du maire de Gotham City déclare qu’il y a deux sortes de personnes, celles qui ont réussi, et les clowns. Retrouver dans un thriller, une fiction décrivant un monde cinglé, un écho à la parole cinglée de Macron – « ceux qui ont réussi et ceux qui ne sont rien » – parole prononcée dans la réalité, démultiplie l’effet révélateur du film. Qui est le Joker ? Lui-même, vivant, quand il danse, quand son charisme éclabousse le morne monde ; et figure de la mort quand il tend un miroir à ce monde infect en se grimant, en acteur incarnant « en même temps » quelque chose et son contraire, quand il montre que ce monde n’est qu’illusion, quand il en fait éclater la mauvaiseté, le mensonge et la mort. Cours, Arthur, cours ! Ris, ris le dernier ! Ce ne sont pas des cerfs qui entourent les temples, mais des bandes de petits singes agités. Ils sont morts et toi, la divinité, tu es vivant, plein de grâce.

Cette note est inspirée de la philosophie indienne (cf notamment Shiva). Ce n’est qu’un début, continuons le yoga.

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« L’Araignée : les Riches, le retour », par Alain Séchas (vidéo)

C’est une bonne suite à ma précédente note sur les « prix » « littéraires » acquis au prix de vulgaires mensonges : au musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, Alain Séchas a installé une série de 51 dessins et cette « Araignée » stupide. L’installation, féroce critique sociale, a pour sous-titre « Les Riches, le retour ».

 

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En attendant mes autres images de notre séjour dans la magnifique Strasbourg

Sylvain Tesson, Adèle Haenel, les paroles mortes et les paroles vivantes

 

Les prix littéraires tombent avec les feuilles mortes, également destinés à la pelle et au balai. Sylvain Tesson, fils à papa puissant dans les médias, fabricant d’aventures aussi artificielles et creuses qu’épate-bourgeois, reçoit le Renaudot pour un livre copiant le titre et le thème d’un vrai livre, de Peter Matthiessen (auteur dont j’ai lu un autre fort roman, En liberté dans les champs du Seigneur). The Snow Leopard, grand succès paru en 1978, a été publié chez Gallimard en 1983 sous le titre Le léopard des neiges ; livre dans lequel Matthiessen raconte être parti dans le Tibet pour observer cet animal. Le livre de Tesson, paru également chez Gallimard cette année donc, s’intitule La panthère des neiges et l’auteur y raconte être parti dans le Tibet pour observer cet animal. La ressemblance, j’en suis sûre, s’arrête là, Tesson n’arrivant pas à la cheville de Matthiessen. Bien sûr il a pris soin de citer Matthiessen dans son livre, histoire de se dédouaner. Chez Gallimard, on a dû se dire qu’il était moins risqué de s’en prendre à un auteur mort que de piller ceux qui sont encore vivants, comme l’avait fait leur auteur Yannick Haenel avec moi puis Claude Lanzmann, qui avions fortement dénoncé l’entourloupe.

Peter Matthiessen

Peter Matthiessen

Lisons Matthiessen, un auteur réel et réellement spirituel, lisons les bons auteurs, même s’ils sont souvent morts, plutôt que les faiseurs. Les enfants gâtés de ce monde mondain ne produisent que feuilles mortes, alors que les feuilles de tant de morts sont toujours vivantes.

Dans l’affaire du réalisateur Christophe Ruggia qui a harcelé Adèle Haenel (aucun rapport, à ma connaissance, avec l’auteur du même nom) entre ses 12 et 15 ans, le plus triste est sans doute de constater l’inaction de l’entourage. Les parents qui laissent leur petite fille répéter et jouer nue pendant des mois avec un réalisateur. L’équipe de cinéma qui voit bien qu’il se conduit comme un amoureux avec l’enfant mais n’ose rien dire. Cette façon qu’ont les humains d’être soumis aux figures d’autorité et fascinés par toute notoriété. Cette façon qu’ont les humains de sacrifier leurs enfants en se faisant bourreaux ou complices des bourreaux. Cette si vieille histoire toujours répétée dont ils se dédouanent en racontant dans les livres sacrés que c’est Dieu qui le leur a demandé, qui a demandé à Abraham de sacrifier son enfant. Dieu a bon dos. Comme s’il ne leur suffisait pas de commettre leurs bassesses et leurs crimes envers les enfants, les femmes, les innocents et les grands, il faut que les médiocres et les salopard·e·s les commettent en son nom, ou au nom de l’amour, ce qui revient au même. Dieu merci, la vérité, qui est un autre de ses noms, est infiniment plus puissante qu’eux et les balaie quand elle veut.

 

Enchanteresse, l’exposition « Le rêveur de la forêt » au musée Zadkine

Il y avait longtemps que je n’étais retournée au musée Zadkine, lieu enchanteur par lui-même, atelier et jardin du sculpteur. Cette exposition m’y a appelée, avec son intitulé (inspiré de Zadkine) et ses artistes annoncés. Et je n’ai pas été déçue : un moment de grâce dans ce petit espace légèrement retiré, auquel je vous convie par ces quelques images d’œuvres (il y en a d’autres) à contempler sur place si vous pouvez y aller, ou du moins ici.

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le reveur de la foret 1-minDans la première pièce, la forêt des silhouettes de Zadkine

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le reveur de la foret 33-min Hier au musée Zadkine, photos Alina Reyes

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Voir la présentation de l’exposition sur le site du musée

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Philosophie du yoga, par Paul Masson-Oursel

jardin des plantes 5-minInstallation en cours de l’ « Océan en voie d’illumination », hier au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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« Le yogi suit son cheminement propre, comme s’il était seul au monde. Sa présence parmi la foule ne le rend pas social. Quoique son égoïsme soit annihilé, son altruisme, lui aussi, est réduit à zéro. Rien en lui de tel que l’esprit de cordée chez l’alpiniste. »

 

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Le yogi est « à l’opposé du moine chrétien, qui dédaigne et abhorre sa chair pour exalter son âme. » Il possède une « compétence charnelle qui s’oppose à la charnelle complaisance : juste l’opposé de nos religieux qui geignent de cette « épreuve » : posséder un corps. »

 

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Le yoga est « non pas rite, mais ardente, systématique recherche ».

« Le yogi se taille une carrière hors cadre, paradoxe social et moral. »

« Le yoga est frénétique de novation. »

« Le saint n’est pas un eunuque. »

Paul Masson-Oursel, Philosophie du yoga (1954)

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Étendre le domaine

Mon dessin du Fujiyama, recolorié ces jours-ci

Mon dessin du Fujiyama, recolorié (au feutre) ces jours-ci

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Décidément je suis comme le champion de jeûne de Kafka avec la littérature contemporaine. Si j’avais trouvé quelque chose à mon goût, crois-moi, je l’aurais mangé, dit-il. J’ai espéré trouver à mon goût le livre de la dernière prix Nobel qu’on nous présente comme son chef-d’œuvre, mais après quelque deux cents pages lues, l’ennui s’accumule trop, je vais sans doute renoncer. Après tout c’est une occasion de faire jouer mes muscles, et pas dans la cage.

Ces derniers jours quand je suis à la cuisine j’écoute de temps en temps France Culture, comme je le faisais quand je vivais seule à la Grange. Saisi quelques morceaux des « Chemins de la philosophie » consacrés cette semaine à la spiritualité – je vais écouter l’ensemble en podcast : une émission sur Bergson, une sur l’Inde, une sur le chamanisme et une sur le soufisme, cette dernière entendue en partie ce matin. L’animatrice n’est pas mauvaise, mais elle a un sacré mur dans la tête qui la borne beaucoup. La raison est nécessaire mais elle n’est pas la seule voie de connaissance, loin s’en faut. L’indispensable, c’est l’expérience. Faites l’expérience de ce que vous aimez, ne vous contentez pas d’en parler ou d’en entendre parler. Seule l’expérience donne la profondeur de la connaissance, qui peut ensuite se déployer par la pensée.

Je suis allée à la BnF à pied comme d’habitude en tirant mon barda – ordi, gros cahier, etc. – mais parce que ce sont les vacances toutes les salles et tous les couloirs étaient bondés, impossible de s’asseoir. J’ai voulu en profiter pour aller voir l’exposition sur Tolkien : une heure et demie de file d’attente pour les gens munis d’un billet, une demi-heure pour ceux qui comme moi ont une carte de la bibliothèque. J’attendrai la semaine prochaine pour visiter cela plus tranquillement et aller travailler, en faisant certainement étendre ma carte à l’accès au Haut-de-jardin, aux salles des chercheurs.

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