Alexa Meade, peintre sur réel

Sa démarche m’intéresse beaucoup. Ce n’est pas seulement du body art. Elle peint les personnes et leur environnement, ou dans un environnement peint, notamment de street art. En la regardant travailler on voit le caractère éminemment concret de sa peinture, tant du matériau que du support, il y a une sorte d’échange des réalités qui reprend des traditions primitives tout en étant complètement nouvelle. J’ai connu l’expérience de faire peindre mon corps nu un jour pour l’insérer par la photo dans un décor de nature, mais c’était une démarche incomplète. Celle d’Alexa Meade entre en résonance avec ma modeste pratique d’ « art récup » qui consiste à peindre un tas de choses soit récupérées soit de mon usage quotidien, sac, téléphone, agenda etc., et avec mon amour du street art, qui consiste aussi à transformer le réel à même le réel – et finalement avec ma pratique littéraire, qui dès le début s’est engagée dans la volonté d’agir sur les corps réels des lectrices et des lecteurs, en les faisant bander ou en leur suscitant d’autres émotions fortes capables de bouleverser la psyché, donc la vie, le monde.

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https://youtu.be/K5WGiIAJMHg

Le site d’Alexa Meade

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Marie Curie : « dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre »

L’odeur de la merde

https://youtu.be/gnBP9xkx2-w

Joséphine Baker, une résistante dans un monde de collabos

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Nahed Hattar, écrivain jordanien, a été assassiné devant le tribunal d’Amman où il était jugé pour blasphème contre l’islam. Les chrétiens modernes sont plus hypocrites : ils éliminent et tuent à petit feu, en coupant parole et vivres à qui ils jugent coupable de blasphème ou d’insoumission.

Inauguration du premier musée afro-américain à Washington. Il faudrait lire l’histoire autrement. L’histoire répétitive et compulsive de l’humanité, c’est que les véritables esclaves (ceux qui sont esclaves de leurs passions) punissent les hommes et les femmes libres en les privant de leurs droits.

Image – répugnante – de samedi dernier résumant l’état du monde actuel : celle de Michelle Obama faisant un câlin à George W. Bush, notre fossoyeur.

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Madame Terre chez Pierre et Marie Curie à Sceaux + une nouvelle inédite

pierre et marie curie à vélo

Pour la vingt-et-unième action poélitique de Madame Terre, O est allé, toujours à vélo mais cette fois avec Syd, l’un de nos fils, à Sceaux voir la maison où Pierre et Marie Curie ont vécu ensemble, puis celle où elle a vécu avec leurs filles après la mort accidentelle de Pierre (« au pied du château », voir ici). J’ai bien sûr une grande admiration pour Marie Curie, mais aussi pour Pierre, un homme droit, juste et bon. Après les photos de l’action, une petite nouvelle sur eux, qui fait partie d’un livre en cours d’écriture et que je vous offre en primeur pour la rentrée littéraire.

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mme terre chez pierre curie

mme terre pierre curie

mme terre jardin pierre curie

prise de terre chez pierre curie

mise de terre chez pierre curie

château de sceaux en allant chez marie curie

chateau sceaux

chateau sceaux syd

eau chateau sceaux

mme terre marie curie

mme terre maison marie curie

mme terre radium

prise de terre chez marie curie

mise de terre chez marie curie

syd et o mme terre marie curie*

Marie Curie se coltine la pechblende. Au mépris du danger, par tonnes elle transporte, trie, épure la « pierre à malheur », jusqu’à lui arracher son cœur, pour l’amour de la science et le bienfait de l’humanité.

« Premier principe, écrit-elle : ne se laisser abattre ni par les êtres, ni par les événements. » Et aussi : « Ma tête flambe, tant elle est embrasée de projets. Je ne sais plus que devenir ! Ta Mania sera, jusqu’à son dernier jour, une allumette au-dessus d’autres allumettes. »

C’est moi, Marya Sklodowska Curie. Mania pour ma famille polonaise, Mé pour mes enfants, Marie pour tout le monde. Corps à corps je me confronte au monde, jour après jour je fais sortir de lui sa lumière cachée.

Et la nuit, Pierre et moi faisons sortir l’un de l’autre la vie, la joie d’amour. « Il faut faire de la vie un rêve et faire du rêve une réalité », dit Pierre.

Le jour baisse. Nous savons, Pierre et moi, sans avoir besoin de nous le dire, que nous allons partir. Quitter cet étrange village de gloires. Nous avons un peu pitié des autres, ceux qui vont rester. Où iraient-ils ? Il paraît qu’il y a un autre couple, mais tous les autres ont été enterrés seuls. Seuls. Et il n’y a presque pas de femmes.

Tous ces grands hommes. Sans doute leur conversation est-elle très intéressante. Échanger avec eux pourrait être passionnant pendant très, très longtemps. Mais de radioactivité, nous ne pourrions parler qu’avec celui qui fut mon amant après la mort de Pierre, et son ancien élève. Paul. Il est là aussi. Sans sa femme ni les autres avec lesquelles il s’échappait d’elle. Mais il ne me dit plus rien, depuis longtemps. Je désire Pierre, mon amour, mon amour. Lui seul, Pierre.

D’histoire, nous pourrions parler avec tous les autres. Toutes ces gloires de l’histoire de France. C’est ce que nous avons pensé, Pierre et moi, en nous retrouvant là. Du moins c’est une pensée qui nous est venue. Ou qui nous a traversés. Quelques instants. Ici dans la tombe, dans l’enceinte du Panthéon, nous sommes un peu comme dans un atome, dans l’infiniment petit. Les lois sont autres que dehors, où règne la physique classique. Sommes-nous toujours morts, ou encore vivants ? Pierre et moi, nous allons sortir de l’indétermination, je le sais.

Un petit temps donc, nous avons envisagé la possibilité de rester là avec eux à parler d’histoire. Et en même temps nous avons compris qu’ils n’étaient que de pauvres ombres, errant, une fois les portes fermées, le silence installé, la nuit tombée, dans le labyrinthe voûté du cénotaphe. De pauvres ombres grises. Seuls Pierre et moi émettons un doux rayonnement. Le radium accumulé dans nos corps au cours de notre vie de travail, sans doute. Mais nous les scientifiques, nous les rationalistes, nous les positivistes, je sais que nous partageons une autre impression : si nous rayonnons, c’est d’amour.

Pierre et moi marchons main dans la main entre les épais murs de pierre, saluant courtoisement nos illustres colocataires, sortis comme nous de leurs tombeaux pour la promenade du soir. Les lueurs vertes des petits panneaux fléchant la sortie à intervalles plus ou moins réguliers permettent de discerner un peu les autres, mais rarement de les reconnaître – à supposer que nous les connaissions, car la gloire des hommes n’est pas si universelle ni immortelle que ça. Personne ne se dirige vers la sortie, ils ont certainement compris depuis longtemps que c’était inutile. Ou bien, ils n’en ont même pas envie. Peut-être ne savent-ils plus ce que désirer veut dire. Nous, l’amour nous fait brûler de désir.

Tous ces hommes qui, pour beaucoup, ont connu les honneurs de leur vivant et se retrouvent à errer dans l’éternité sans amour, sans femme, sans enfants, sans peuple, sans vie. Tous se retournent sur nous. Sur nos corps qui contrairement aux leurs, rayonnent. Leur corps à eux semble être un amoncellement de poussière que le moindre souffle disperserait. Nous ralentissons un peu chaque fois que nous croisons l’un d’eux, de peur que cela ne se produise. Que le déplacement d’air occasionné par notre passage ne les fasse disparaître. Peut-être à jamais ? Ou bien se reconstitueraient-ils, leurs poussières retrouveraient-elles la mémoire des formes de leurs corps, et s’assembleraient-elles à nouveau pour leur faire reprendre leur morne et terrible errance ? L’irréversibilité règne-t-elle ici, ou la réversibilité y a-t-elle ses droits ? La question éveille notre curiosité scientifique, mais pas suffisamment pour nous détourner de notre ardent désir de partir.

Pierre et moi continuons à arpenter les corridors voûtés, en suivant les flèches luisantes qui indiquent la sortie. Nous gravissons maintenant un large escalier, nous quittons le sous-sol. Rien d’autre que nous ne bouge. Nous traversons une vaste salle. Nos pas ne produisent aucun son sur les dalles qui composent des motifs circulaires et rayonnants, comme si nous étions en train de nous déplacer dans l’espace interstellaire. Nous distinguons la porte mais avant même de l’atteindre nous passons à travers le mur, propulsés par un immensément jouissif effet de tunnel. Nous voici maintenant dans l’air frais d’une délicieuse nuit de printemps.

Toujours nous tenant par la main, nous nous sommes mis à courir, presque. La surprenante facilité avec laquelle tout s’était passé n’était-elle pas suspecte ? Ne risquait-on pas de nous saisir par l’épaule et de nous ramener manu militari dans notre illustre prison ? Tant que nous étions enterrés au cimetière de Sceaux, nous nous étions contentés du bonheur de reposer paisiblement l’un près de l’autre, enfin réunis. Mais ce transfert au Panthéon avait changé la donne, à la façon d’une opération en laboratoire. Une énergie nouvelle nous tenait debout et exigeait que nous suivions le chemin qu’elle nous indiquait, et qui nous était encore inconnu.

Ils continuent à marcher dans les rues de leur ancien quartier. Le vent se lève, des pétales de cerisier se mettent à voleter dans l’ombre. Elle revoit la neige de son pays, celle des jours de folle joie, des courses à traîneaux en bande de jeunes filles et jeunes hommes allant danser – et elle dansait jusqu’au matin – et celle des jours de folle tristesse où elle devait gagner sa vie, institutrice privée dans une lointaine campagne, séparée de ses proches pendant d’interminables mois. Ce premier garçon qu’elle aima et qui l’aima, le fils aîné de la famille où elle était placée, il lui fallut des années pour admettre qu’il n’irait pas contre la volonté de ses parents, qu’il n’épouserait pas une jeune femme qui, toute savante qu’elle soit, n’était quand même qu’une domestique. Séparation sur séparation. Marie enfant séparée de sa mère morte trop tôt, Marie jeune fille séparée de sa famille, Marie jeune femme séparée de son premier amour, et pour finir Marie jusqu’à la fin de ses jours séparée de son grand amour, Pierre, mort trop tôt. Elle a tant souffert, Marie.

Tout en marchant, Marie fait un geste de la main, comme pour refermer une porte sur le mauvais du passé. Définitivement. Marie trie sa vie comme elle a trié la pechblende, afin de n’en garder que le cœur vivant. Que tombent dans le néant les peines et les humiliations endurées en France comme en Pologne ! La voici réunie à Pierre, son bien-aimé, son très-aimé – rien d’autre que cela ne doit survivre. Rien d’autre que son amour pour Pierre et leurs enfants, et pour leurs rares proches qui ne trahirent jamais.

Leurs pas les mènent aux lieux où ils vécurent et travaillèrent, toujours passant à travers les murs, qui ne sont plus des murs pour eux. Au lieu où fut leur premier laboratoire, le hangar de l’École de Physique et de Chimie où ils revenaient parfois le soir, après la journée de travail, pour contempler, ensemble dans l’ombre, la lueur féerique des extraits radioactifs qu’ils avaient arrachés à la pierre de malheur. Alors, se souvenant de l’amour physique, ils se retournent, se font face, se cherchent maintenant dans les yeux l’un de l’autre.

Pierre est toujours ce beau jeune homme mince, fort, doux, dont les traits reflètent la pureté d’âme. La mort l’a cueilli dans la fleur de l’âge, mais elle, Marie, comment lui apparaît-elle ? Jeune, comme il l’a connue ? ou comme elle était au moment de sa mort, avec son corps de sportive toujours, mais le visage vieilli par les années et l’anémie causée par le radium, la chevelure blanchie ? Qu’importe, car il la regarde avec le même amour et elle sent ce qu’elle n’avait pas senti depuis une éternité : son sexe dressé contre son ventre, contre sa chair qui brûle de désir pour lui. Les cris de bête sauvage qu’elle s’est retenue de pousser pour expulser sa douleur après la mort de Pierre, c’est maintenant, pendant l’amour, qu’elle les laisse jaillir de son corps.

© Alina Reyes

L’invitation au voyage, de Baudelaire, mis en musique par Henri Duparc, chanté par Gérard Souzay ; et Kohei Uchimura ; Simone Biles

12 août : je reposte cette note en y ajoutant la prestation de Simone Biles hier soir aux Jeux Olympiques

entendue en écoutant une émission sur Baudelaire

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté »

Madame Terre chez Joséphine Baker au Vésinet et à Paris

Tandis que l’Astre de Beauté
C’est la Vérité qui ne voile
Pas plus la femme que l’étoile,
La véritable Vérité.
Germain Nouveau, La déesse
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mme terre theatre champs elysees

mme terre défense

mme terre chez josephine baker

prise de terre chez josephine baker

mise de terre chez josephine baker

retour de chez josephine baker

mme terre retour de chez jos baker

mme terre au casino de paris

mme terre aux folies bergere

Aujourd’hui, toujours à vélo depuis Paris, O est allé accomplir la huitième action poélitique de Madame Terre chez Joséphine Baker, passant à l’aller puis au retour par la Défense et par des théâtres où elle a joué.

Joséphine Baker, artiste et résistante tout à la fois perle et océan de fraîcheur salvateur dans la France de Mistinguett et de Maurice Chevalier


Joséphine Baker : de l’exhibition à la Résistance par Mediapart
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Sa biographie détaillée : ici
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Un article sur Jeune Afrique

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090303

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Virginia Woolf, L’art du roman

« Et il se peut que parmi les prétendus romans il y en ait un que nous ne saurons guère comment baptiser. Il sera écrit en prose, mais dans une prose qui aura beaucoup des caractéristiques de la poésie. Il aura quelque chose de l’exaltation de la poésie, mais beaucoup de la trivialité de la prose. Il sera dramatique et pourtant pas une pièce de théâtre. Il sera lu, non joué. De quel nom le nommer – la question n’a pas grande importance. Ce qui est important c’est que ce livre que nous voyons à l’horizon pourra exprimer peut-être certains de ces sentiments qui semblent pour l’instant rejetés par la poésie pure et simple et ne pas trouver plus d’hospitalité dans la forme dramatique. Essayons donc de faire plus intime connaissance avec lui et d’imaginer quels pourraient être son champ et sa nature.

Tout d’abord on peut hasarder qu’il différera du roman, tel que nous le connaissons maintenant, principalement parce qu’il prendra du recul devant la vie. Il donnera comme fait la poésie, le contour plutôt que le détail. Il fera peu usage de ce merveilleux pouvoir de rapporter les faits, l’un des attributs de la fiction. Il nous racontera très peu de choses sur les maisons, les revenus, les occupations des personnages ; il aura peu de parenté avec le roman social ou le roman de mœurs. Dans ces limites il exprimera les sentiments et les idées des personnages avec précision, avec acuité, mais vus sous un angle différent. Il ressemblera à la poésie dans la mesure où il ne donnera pas seulement, ou pas principalement, les relations des gens entre eux et leurs activités communes, comme le roman l’a fait jusqu’à présent, mais les rapports de l’esprit avec les idées générales et son monologue dans la solitude. Car sous le règne du roman nous avons scruté de tout près une région de l’esprit et laissé le reste inexploré. Nous en sommes venus à oublier qu’une large et importante part de la vie consiste dans nos émotions devant les roses et les rossignols, l’arbre, le coucher du soleil, la vie, la mort et la destinée ; nous oublions que nous passons beaucoup de temps à dormir, rêver, penser, lire, tout seul. Nous ne sommes pas uniquement occupés par les relations personnelles ; toutes nos énergies ne sont pas absorbées par le souci de gagner notre vie. Le roman psychologique a été trop porté à limiter la psychologie à celle des relations personnelles ; nous aspirons parfois à échapper à l’incessante, à l’impitoyable analyse de l’amour qui naît et de l’amour qui finit, de ce que Tom éprouve pour Judith et de ce que Judith éprouve ou n’éprouve pas complètement pour Tom. Nous aspirons à quelque commerce plus impersonnel. Nous aspirons aux idées, aux rêves, aux imaginations, à la poésie. »

Extrait d’un texte initialement publié dans le New York Herald Tribune le 14 août 1927. Traduit de l’anglais par Rose Celli

Texte annonçant un roman toujours à venir, alors que notre époque d’industrialisation de la littérature est retombée dans le roman profane, trop profane – mais un roman déjà là aussi, pour qui le cherche (voyez mes livres sur ce site, y compris Voyage, avec leurs structures bien particulières).

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