Haïkus du cosmos

La baleine blanche,

l’habitante de la terre,

souffle sur les eaux.

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L’oiseau bleu, l’oiseau

poisson, fraie de longs chemins

dans les eaux du ciel.

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Le corps, le cerveau

des mondes, trace et respire

au creux des portées.

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J’ai arrangé un peu la mésange géante et je l’ai rephotographiée, ainsi que Regarde, à la lumière du jour.

Doux Gesso !

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une vitrine en allant chez le marchand de couleurs, tout à l’heure, photo Alina Reyes

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Ayant été privée de toiles tout le week-end – ce qui m’a permis de retourner au papier -, je suis allée cet après-midi chez le marchand de couleurs en chercher. Et il m’a donné ma nouvelle bible : leur catalogue. De quoi rêver longuement en attendant que sèche le fond de la nouvelle peinture expérimentale que j’ai commencée. Débutante, je fais évidemment à l’économie, achetant le moins et le moins cher possible. J’ai rêvé aussi chez le marchand devant les aquarelles, mais elles sont si chères, je continue avec mes aquarelles pour enfants à 2,09 euros la boîte entière. Acheter le matériel cher avant de savoir peindre ni quoi peindre serait mettre la charrue avant les bœufs, rien ne sert d’avoir de supers chaussures de montagne si on n’est pas capable de monter. Comme pour l’écriture, ce blog me sert de carnet de travail et je prie ses lecteurs de comprendre son esprit d’atelier. N’aurait-il aucun lecteur, je le tiendrais quand même, car je suis sa première utilisatrice, il me sert de chemin et de cairns, de point de vue aussi, où je m’arrête souvent pour contempler. Puissions-nous cheminer ensemble, chers inconnus, toujours vers l’inconnu.

 

Passage à la peinture

Adam et Eve sans haut ni bas va être le premier d’un petit triptyque. Je suis très très heureuse de peindre. Depuis que j’ai acheté pour la première fois de la peinture acrylique, il y a exactement quatorze jours, je n’ai pas arrêté : dix-huit œuvres d’autodidacte débutante, et justement j’aime être débutante. Je l’ai écrit quelque part, quand j’étais enfant je voulais être écrivain parce que j’aimais lire et écrire mais aussi parce que ce qui m’attirait, c’était la vie d’écrivain. Non bien sûr celle de l’écrivain salonnard, qui croit ne rien pouvoir, mais celle de l’écrivain sur l’île déserte, qui la peuple de lui-même, de ses écrits et de ses lecteurs. Je n’ai jamais quitté l’île déserte, le royaume. Et maintenant je la peuple en peignant. La vie du peintre aussi m’a toujours attirée. J’ai vécu plus d’un an avec des artistes du monde entier, à la Cité des Arts, rue Norvins à Montmartre puis quai de l’Hôtel de Ville. C’était le paradis, comme ensuite l’atelier où j’ai vécu quelques mois en colocation avec un peintre rue Albert dans le 13ème. C’est seulement depuis le paradis que l’on peut recréer le monde, de même que Dieu se tient dans son royaume et crée de là. Au paradis, Dieu y est, c’est pour cela que la création advient à travers qui s’y tient, et s’y laisse traverser. Pour tout le monde.

Un

En peignant, je me rappelle quand j’ai peint le mur du fond de la grange, en blanc, et les encadrements des portes et des fenêtres, en rouge. Avec mon frère et d’autres personnes, nous avons transformé cette étable d’estive en maison. Je ne l’ai plus mais d’autres très chers l’ont, et c’est toujours le paradis. Je me rappelle aussi quand nous vivions en colocation avec un peintre, O et moi, combien j’aimais aller dans son atelier, un autre paradis. Mon atelier ici à Paris est un tout petit espace, une table sur tréteaux dans la pièce commune qui nous sert de salon, de bureau et de chambre. Au fond de la table, contre le mur, sont alignés mes Bible, mes Coran, mes dictionnaires d’hébreu et d’arabe (pour le grec, j’utilise les dictionnaires numérisés), le Mathnawî de Rûmi, Voyage. Puis le pot à stylos, crayons et marque-pages, le pot à pinceaux, et la panière à peintures et autres couleurs. Quand je veux peindre, je pousse mon petit ordi et je mets le chevalet de table à la place. Je peins debout pendant des heures, oubliant de boire et de manger tant que ce n’est pas fini. J’aime beaucoup le côté chantier, comme quand j’allais sur les chantiers avec mon père, plâtrier, dans mon enfance. Quand je vois ce qui peut paraître à d’autres des scènes de démolition ou même de ruines, j’en suis bienheureuse car pour moi ce sont des scènes de construction. Les Pèlerins d’Amour sauront comment être Pèlerins d’Amour en voyant dans quel esprit je vis, j’ai vécu. Il ne suffit pas par exemple de dire que nous sommes indépendants des institutions, il faut le prouver. Les œuvres de bienfaisance sont des pansements sur les plaies du système, elles ont leur utilité mais ce qui sauve c’est le pouvoir de voir derrière la façade du système ses ruines, et dans ses ruines un chantier. Ma parole n’est pas un prétexte ni un paravent ni un instrument, elle est au fondement, à la racine, elle est la racine et l’accomplissement, le chantier et la maison construite, elle est l’alpha et l’oméga. C’est ainsi seulement, par la manifestation d’une parole et d’une vie indissolublement épousées, unies, que vient aux hommes la lumière, la libération.