
Gao Xingjian
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George Sand
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Goethe
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William Blake, Newton
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André Breton
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Michaux
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Günter Grass
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Roland Barthes
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Jacques Prévert
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Gao Xingjian
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George Sand
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Goethe
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William Blake, Newton
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André Breton
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Michaux
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Günter Grass
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Roland Barthes
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Jacques Prévert
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(les images que j’ai scannées dans le livre – publié aux Éditions De la pointe – ne sont pas toujours exactement droites, et les diptyques pas tout à fait entiers)

portrait de T’ang par Yonfan Manshih – printemps 1991
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Le prénom qu’il s’est choisi, Haywen, signifie Mer-écriture. J’ai découvert ce merveilleux peintre, ce peintre de génie, dans ce livre trouvé en bas de chez moi. Philippe Koutouzis qui le présente, raconte qu’il est né à Amoy, aujourd’hui Xiamen, une île près de Formose. « Comme tous les enfants chinois, il apprend par cœur les mots du Daodejing, le Livre de la voie de Laozi. » Il apprend plusieurs langues, et son père voudrait qu’il l’assiste et lui succède dans le commerce de la soie. Mais Haywen, lui, veut partir. « Trente ans plus tard il écrira à son frère, « Je me souviens des histoires contées au sujet de mon enfance, il paraît que je me perdais souvent dans la foule, et sans doute y a-t-il quelque chose en moi qui m’appelle vers l’inconnu. Je n’ai pas ce besoin de sécurité qui semble si important pour tant d’autres ».
À vingt ans il entame une grève de la faim, jusqu’à ce que son père le laisse partir à Paris. Le dixième jour, son vœu est accepté, à condition qu’il y fasse des études de médecine. Il part, et apprend en fait les lettres et l’art. Il fréquente l’Académie de la Grande Chaumière (où, me suis-je dit, il a dû voir Libero, mon lointain cousin modèle de Rodin, entre autres, qui y posait et y dormait). Avec la Sorbonne, il part jouer à Épidaure dans Les Perses d’Eschyle – notamment avec Jacques Lacarrière, qui n’a pas encore écrit L’Été grec. La costumière, Nicole Marette, le surnomme Ariel, «le bon génie dont émane de la bonté et de l’attention aux autres », tandis que son ami Raymond Audy dit de lui « qu’il passait le plus clair de son temps dans l’exercice de sa liberté ». Et cela durera jusqu’à la fin de sa vie, faite de peinture rapide et de voyage (exposant et allant où on l’invite, sans jamais chercher à faire carrière). Huile, gouache, aquarelle, et de plus en plus, encre, unissant de façon singulière sa double culture – ainsi que le montre sa signature (empreinte du cœur en chinois) rouge et associant caractères romains et idéogrammes chinois.
« La notion spirituelle du Tao est au centre de la peinture chinoise », rappelle l’auteur du livre. « … expression traduite, en quelques coups de pinceau, de l’esprit vivant d’un objet, d’une fleur ou d’un paysage selon un principe de tension entre des forces opposées ou complémentaires. (…) Le peintre est celui qui voit l’esprit de la montagne et sait le saisir avant qu’il ne s’enfuie. » T’ang assimile les influences occidentales et chinoises, et s’en dégage, voyant « l’exaltation et le manque de précautions comme la meilleure attitude artistique ». Sa vie et son œuvre sont mêmes. « L’attitude de T’ang n’est pas une ascèse austère, bien au contraire elle cultive l’art de vivre au présent en évitant les pièges de la raison. Son retrait, qui chez un occidental pourrait être interprété comme une forme d’orgueil, autorise les écarts et les contradictions. » T’ang Haiwei est mort (en 1991), une contradiction comme une autre pour un peintre si vivant.

















Ici il y avait une photo de la chambre de Vincent Van Gogh. Je la retire, ayant reçu une sommation du « Conseil de l’Institut Van Gogh à Auvers-sur-Oise » me menaçant de « saisir les tribunaux » si je persistais dans ce crime, laisser une photo de la chambre de Van Gogh sur mon site, alors que je n’en détiens pas les droits.













Si vous y allez, ne manquez pas, juste à côté de la gare, la grande librairie d’occasion dans des wagons

aujourd’hui à Auvers-sur-Oise, photos Alina Reyes
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Je suis allée voir El Gran Dragon, documentaire sur les hommes de la forêt d’Amazonie et leur connexion avec les plantes qui guérissent. Hommes, forêt et connaissance menacés par l’exploitation industrielle, comme les indigènes péruviens, dont le nombre passa de douze millions à un million, le furent par les colons et les évangélisateurs qui condamnèrent leur savoir.
Connexion est un mot qui revient fréquemment au cours du film. Ces hommes sont connectés avec leur environnement naturel, ils en font partie. Des ethnologues comme Jeremy Narby aussi bien que le poète penseur Antonin Artaud se sont intéressés à leur mode d’entrée dans une autre dimension par la « mère des plantes », leur enseignante. Quand la science occidentale comprendra que la clé qui lui manque est là, l’humanité fera un grand pas.
Il est inutile de demander à un voyageur
Des conseils pour construire une maison.
Le travail ne sera jamais achevé.
Citation du Livre des Odes, un ouvrage chinois, par Bruce Chatwin, dans son livre capital sur les aborigènes australiens, Le Chant des pistes.
« Les psychiatres, les politiciens, écrit ensuite Chatwin, les tyrans nous assurent depuis toujours que la vie vagabonde est un comportement aberrant, une névrose, une forme d’expression des frustrations sexuelles, une maladie qui, dans l’intérêt de la civilisation, doit être combattue. Les propagandistes nazis affirmaient que les Tziganes et les Juifs – peuples possédant le voyage dans leurs gènes – n’avaient pas leur place dans un Reich stable. Cependant, à l’Est, on possède toujours ce concept, jadis universel, selon lequel le voyage rétablit l’harmonie originelle qui existait entre l’homme et l’univers. »
Aujourd’hui on confond souvent voyage et tourisme. Le voyage est spirituel, ou il n’est pas. Ceux qui ont réellement voyagé savent que le voyage commence vraiment quand ils deviennent eux-mêmes le voyage. Les habitants de la forêt, les habitants de leur espace, même s’ils ne font que se déplacer dans leur environnement immédiat, y voyagent réellement, en communion spirituelle avec le cosmos. Avec le chemin qu’ils deviennent eux-mêmes (et qui désoriente tant les sédentaires).
J’ai vu tous les films de Miyazaki, génie absolu, à mon sens le plus grand artiste vivant au monde, et c’est dans Le vent se lève, qu’il nous offre comme sa dernière œuvre, qu’il nous est donné d’entendre quelques mots en français, prononcés par des Japonais : « Le vent se lève !… » (dit la toute jeune fille), «il faut tenter de vivre ! », termine le jeune homme. Ce vers de Valéry sera redit. L’hommage à Monet est bouleversant aussi.
Miyazaki a tenté ici quelque chose qu’il n’avait jamais fait, un film réaliste, une biographie, qui reste pourtant du pur Miyazaki. Son ingénieur dessine des avions comme lui, le cinéaste, dessine des mangas. Avec grand art. Sauf que les mangas du cinéaste, quelque violence qu’ils puissent contenir, contrairement aux avions de l’ingénieur, ne tuent pas, mais œuvrent pour la paix. Le vent se lève livre un message clair, et si certains ont douté de sa limpidité c’est parce qu’il est aussi complexe que simple, aussi profond qu’évident, et qu’une lecture du film qui se tiendrait entre deux eaux ne verrait plus ni la lumière évidente de la surface ni la lumière cachée des profondeurs de cet océan.
Le film prend tout le temps qu’il faut, et pourtant j’aurais voulu que chaque plan demeure une heure, qu’il ne disparaisse pas, que nous ayons loisir de le contempler aussi longtemps qu’un tableau. Formellement aussi il est splendide, les cadrages et la composition de l’histoire ouvrent des espaces d’ample respiration, les couleurs délicates, nuancées, fortes, donnent une épaisseur charnelle aux paysages, aux ciels, aux nuages. Le vent s’entend, la terre aussi. Tout vit, même la mort. Tant d’hommes sont inconséquents et aveugles, leurs œuvres portent la mort sans qu’ils le voient, mais le message de Miyazaki passe.
(J’ai fait un lapsus d’écriture, j’ai écrit « le vent se lèvre », lèvre veut aussi dire parole en langue sémitique.)
Fédor Dostoïevski, portrait d’un pèlerin et « visage de l’idée » d’Aliocha Karamazov
Arthur Rimbaud par Paul Verlaine
Rimbaud, Jeune cocher de Londres. Ce dessin de 12 cm de haut s’est vendu récemment aux enchères pour 285 000 euros.
Victor Hugo, Paysage
Antonin Artaud, La machine de l’être ou dessin à regarder de traviole
Franz Kafka, Le Penseur
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autres dessins de Victor Hugo : ici sur le site de la BNF
autres dessins de Dostoïevski et de Kafka : ici sur le blog Art & Connaissance
autres dessins d’Artaud : ici sur le blog DantéBéa

Vincent Van Gogh, Nuit étoilée

Paolo Uccello, Saint Georges et le dragon

Rembrandt, Philosophe en méditation

Léon Spilliaert, Vertige

Katsushika Hokusai, Hotei (dieu du bonheur et de la joie)
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Toute la philosophie dérivée d’Heidegger conduit à l’erreur fatale de placer son identité dans son existence. Votre identité est dans votre être. Le reste n’est que néant.
Placer son être et son identité dans son existence, c’est se trouver dépourvu quand survient un changement d’existence. Plus grave encore, c’est fonder sa vie sur de fausses croyances, la croyance en la construction de son être par son existence, la croyance en la réussite et en l’échec – choses qui n’ont pas d’être, seulement une existence relative et superficielle -, la croyance en l’accomplissement par les œuvres – alors que ce ne sont pas les œuvres qui accomplissent l’être, mais l’être qui accomplit les œuvres, gratuitement, sans velléité ni calcul, de même que la rose fleurit non pour être rose mais parce qu’elle est rose.













(cliquer pour voir en grand)
Tout à l’heure j’ai acheté le hors-série de l’Humanité sur Nelson Mandela. Un numéro très riche en témoignages, que je n’ai pas encore eu le temps de lire. L’une des belles photos de jeunesse, en habit traditionnel, d’après lesquelles je l’ai peint, s’y trouve. Et surtout je désirais avoir le dessin qu’a fait de lui Ernest Pignon-Ernest spécialement pour ce numéro. J’avais déjà mis du scotch aux deux coins supérieurs quand j’ai songé, avant de l’accrocher au mur, à le photographier pour vous en faire profiter.
Comme vient le temps des cadeaux, j’ai aussi mis à jour ma page dessins, en donnant à chacun un titre et un (petit) prix, comme je l’avais fait pour la page peintures.
Et demain, comme je l’ai fait aujourd’hui, je vais à la poste envoyer Voyage à qui l’a acheté. Salut et bonne lecture !

Vincent Van Gogh, Paysage nocturne au lever de la lune, 1889
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Je suis avec toi Vincent
Ce fleuve de terre crue à traverser
tout détale
tout vit même la mort
à l’assaut des vagues figées les troupeaux d’herbe sèche
tâchant de dépasser leurs ombres
à sinistre rampent
dans l’autre sens sur l’autre rive
empêtrées contre elles-mêmes les collines filent
Elle se lève
le ciel de feuille d’or tremble
Quelqu’un, replié dans nos chairs, déplié dans nos doigts,
répand son encre bleue contre son cœur de feu
Vite, ouvre une porte dans cette petite maison là-bas
là-haut
*

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« Une élève arrive la première pour allumer le poêle, puis ce petit homme à la présence étonnante enlève ses habits de rapin et grimpe sur la selle. L’atelier se remplit de sa masse et devient la forêt où se dresse l’arbre, le ciel d’où naît l’orage. La nature s’impose.
C’est la première heure de pose, Nardone est là (…) »
Bénédicte Garnier, Libero Nardone ou l’homme est un paysage, photographie de Luc Joubert, dans la revue de Sarane Alexandrian Supérieur Inconnu, juillet-décembre 1998
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