Musée de Minéralogie de l’École des Mines

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Plus je contemple les pierres, plus je me sens proche d’elles. Et à vrai dire elles sont plus proches de nous que notre veine jugulaire, puisqu’elles nous constituent, se trouvent dans notre cerveau, dans notre corps, notre sang. Elles sont notre début du monde, notre début au monde. L’ange roule la pierre et l’humain sort de la dernière caverne, vivant, de nouveau, rénové – « et l’islam sortit avec le Christ », comme je l’ai écrit d’une façon autrement imagée.

Après les minéraux du Muséum puis ceux de la Sorbonne (cf deux notes précédentes), je suis donc allée revoir (j’y étais déjà allée il y a une vingtaine d’années) ceux de l’École des Mines. Parée pour l’occasion de tous mes bijoux à pierres et minéraux – aventurine, pierre de lune, hématite, améthyste, nacre, argent, or, tourmaline, amazonite…

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Pour arriver au musée, il faut entrer dans l’école, longer la bibliothèque (scientifique évidemment). J’en ai profité pour y entrer, elle est très belle :

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L’escalier qui mène au musée est très beau aussi :

mineralogie ecole des mines 2-minTout orné de peintures de montagnes de France et du monde, dont celles de chez moi :

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La salle d'entrée du musée

La salle d’entrée du musée

Calcite. Des milliers de pierres sont exposées dans les vitrines éclairées par la lumière du jardin sur lequel donnent les fenêtres ouvertes en cette belle journée

Calcite. Des milliers de pierres sont exposées dans les vitrines éclairées par la lumière du jardin sur lequel donnent les fenêtres ouvertes en cette belle journée

Hématite

Hématite

Spodumene

Spodumène

Pegmatite

Pegmatite

Aragonite

Aragonite

Opale

Opale

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Opale

Opale

Opale

Opale

Quartz et calcite. Pour les autres images, j'ai essayé d'éviter les reflets, mais là j'ai trouvé que cela faisait un tableau à la Magritte

Quartz et calcite. Pour les autres images, j’ai essayé d’éviter les reflets, mais là j’ai trouvé que cela faisait un tableau à la Magritte

Pricéite

Pricéite

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Tourmaline. Celle-ci vient de New York. Elle est semblable à la pierre noire que m'a rapportée O, enchâssée dans ce qui semble être une pegmatite grise, mais je suis étonnée qu'il l'ait trouvée en baie de Somme alors qu'on les trouve plutôt dans les régions granitiques - en France Bretagne, Massif Central et autres montagnes

Tourmaline. Celle-ci vient de New York. Elle est semblable à la pierre noire que m’a rapportée O, enchâssée dans ce qui semble être une pegmatite grise, mais je suis étonnée qu’il l’ait trouvée dans la Somme alors qu’on les trouve plutôt dans les régions granitiques – en France Bretagne, Massif Central et autres montagnes

Pyrite avec quartz

Pyrite avec quartz

Chalcopyrite (cuivre)

Chalcopyrite (cuivre)

Obsidienne

Obsidienne

Il n'y a pas que les os de dinosaures que le long temps transforme en pierre (cf note précédente), les arbres aussi

Il n’y a pas que les os de dinosaures que le long temps transforme en pierre (cf note d’avant-hier, au Museum), les arbres aussi

Ammonite

Ammonite

Granite

Granite orbiculaire

Après beaucoup de temps passé dans ce merveilleux musée, je suis allée au jardin du Luxembourg, à deux pas,

mineralogie ecole des mines 30 jardin du luxembourg-minje m’y suis assise et j’ai lu, du début à la fin sans lever un instant les yeux du texte, cette pépite trouvée hier chez Sillage, éditeur-libraire-bouquiniste, et dont je donnerai bientôt un extrait :

mineralogie ecole des mines 31 lire au luxembourg-minHier à Paris 6e, photos Alina Reyes

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Collection de minéraux de la Sorbonne à Jussieu

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Après la galerie de minéralogie du Muséum (note précédente), je suis allée visiter hier la collection de minéraux de la Sorbonne sur le campus de Jussieu. Une vraie caverne d’Ali Baba. Un éblouissement. Voici mes images, et ensuite mon Journal.

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L'entrée du trésor

L’entrée du trésor

Opale

Opale

Fluorite

Fluorite

Opale

Opale

Pallasite

Pallasite

Stibine

Stibine

Arsenopyrite

Arsenopyrite

Galène et sphalérite sur dolomite

Galène et sphalérite sur dolomite

Gypse

Gypse

Aigue-marine et scheelite

Aigue-marine et scheelite

Et voici la salle des minéraux radioactifs, dans laquelle il est recommandé de ne pas rester trop longtemps. Jussieu s'appelle maintenant Campus Pierre et Marie Curie, n'oublions pas !

Et voici la salle des minéraux radioactifs, dans laquelle il est recommandé de ne pas rester trop longtemps. Jussieu s’appelle maintenant Campus Pierre et Marie Curie, n’oublions pas !

Retour dans la salle non radioactive. Gyrolite avec calcite et okenite

Retour dans la salle non radioactive. Gyrolite avec calcite et okenite

Apophyllite

Apophyllite

Microcline

Microcline

Mésolite

Mésolite

Stilbite

Stilbite

Heulandite

Heulandite

Mordenite

Mordenite

Pyromorphite

Pyromorphite

Opale

Opale

Gypse

Gypse

Baryte

Baryte

Barytine

Barytine

Marcassite

Marcassite

Cassiterite

Cassiterite

Rutile

Rutile

Malachite

Malachite

mineralogie jussieu 28 meteorites-minEt voici les vitrines consacrées aux météorites, avec peintures d’artiste

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Bien sûr je n’ai pas photographié toutes les pierres exposées, loin de là, et elles sont plus belles à voir en vrai ; je n’ai pas reproduit non plus toutes les informations scientifiques pour chacune, donc si possible il faut y aller.

Après cette fantastique visite, je me suis arrêtée assez longuement chez un libraire-bouquiniste, où j’ai déniché deux petites pépites dont je reparlerai peut-être. Puis j’ai employé ce qui restait de l’après-midi à travailler à la médiathèque du Muséum.

Le soir, à la maison, il était près de 22 heures lorsque O m’a rapporté une nouvelle pierre, toute noire, enchâssée dans une pierre grise, trouvée dans un champ en baie de Somme. Jusque assez tard dans la nuit j’ai consulté Internet pour essayer de l’identifier. À suivre.

mineralogie jussieu 35 mediatheque mnhn-minHier à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Galerie de minéralogie du Museum

mineralogie museum 1-min,

Toute à mon amour pour les pierres, j’ai lâché mes pinceaux, mes galets et mes silex pour aller visiter la galerie de minéralogie du Muséum et ses collections prestigieuses. Voici quelques images de ses splendeurs. La nature est une immense artiste.

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À l’entrée, des pierres de la collection de Roger Caillois léguées au Muséum : oui, les pierres ont tout de littéraire

mineralogie museum 1-min

mineralogie museum 2-min*

mineralogie museum 3-min

mineralogie museum 4-min

mineralogie museum 5-minMicrocline amazonite, 410 kg, Brésil

*mineralogie museum 6-minQuartz améthyste, 370 kg, Brésil

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mineralogie museum 7-minQuartz agate, tranche de 70 cm, Brésil

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Nous quittons les cristaux géants pour admirer dans les vitrines des collections de pierres plus étonnantes les unes que les autres. En voici seulement quelques-unes.

mineralogie museum 8-minOpale, Queensland, Australie

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mineralogie museum 9-minAmbre

*mineralogie museum 10-minCarrollite

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mineralogie museum 11-minTrémolite

*mineralogie museum 12-minCalcite, quartz améthyste, chrysocolle avec quartz

*mineralogie museum 13-minFluorite

*mineralogie museum 14-minOr

*mineralogie museum 15-minAzurite et malachite

*mineralogie museum 16-minTranches d’un os de dinosaure transformé par le temps en quartz agate

*mineralogie museum 17-minMétéorite d’Esquel : pallasite (1,11kg)

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Beaucoup d’autres pierres à découvrir et à contempler, ainsi que des œuvres d’art réalisées à partir de pierres – bijoux et autres.

En sortant de là, passant par la roseraie mouillée et embaumant

mineralogie museum 18-min

j’ai trouvé que la statue de l’homme s’interrogeant sur l’œuf de pierre prenait tout son sensmineralogie museum 19-min

Puis je suis allée écrire à la bibliothèque Buffon. Et le soir, de retour à la maison, j’ai peint encore des galets, à voir une prochaine fois.mineralogie museum 20-minHier à Paris, photos Alina Reyes

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Le Grand Partout. William T. Vollmann, le Pèlerin russe, Alain Connes

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Le Monde puis Libé ont refusé mon billet prônant une Notre-Dame rénovée par une flèche en forme de corne de licorne. Ce que les gens sont conformistes et coincés.

Le-grand-partoutWilliam T. Vollmann raconte dans Le Grand Partout ses épisodes de vie en hobo, voyageur clandestin sur les trains de marchandises d’Amérique. Il aime comme moi se rappeler la phrase d’Héraclite selon laquelle on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Il traverse les vastes espaces américains. Cela me plaît. C’est un peu toujours la même chose, mais jamais la même. Comme à la montagne. On croirait qu’une montagne est immobile, mais quand vous y vivez, même si vous n’allez pas plus loin que le pas de votre porte pendant des jours, vous voyez que tout change sans cesse. Et pas seulement à cause de l’ombre voyageuse des nuages sur les parois, ni parce qu’à cause du relief le moindre déplacement de votre part transforme la perspective, le paysage. Le vivant change constamment. Quand vous revenez en ville, vous avez l’impression que tout est toujours pareil. On croirait le contraire, qu’une ville, a fortiori une grande ville, une capitale, est beaucoup plus en mouvement qu’un paysage désertique. Mais non, l’expérience sait que c’est l’inverse.

Recits-D-un-Pelerin-Russe-« Suivant une ornière, je marchai sans difficulté, le vent sombre dans mon dos. Avant que j’aie vidé ma première bouteille, l’eau était aussi chaude que du sang. Le vent soufflait de plus en plus fort, l’obscurité était de plus en plus complète. Je distinguais à peine les lumières de la vieille station d’entretien devant moi, derrière lesquelles se cachaient celles du ranch ; je reconnaissais les montagnes de mémoire plutôt que de vue. Soudain je me posai la question : Qui suis-je ? Je m’aperçus que je parlais à voix haute. Je n’arrêtais pas de me dire, tantôt en murmurant, tantôt en criant : Qui suis-je ? », écrit Vollmann (traduit de l’américain par Clément Baude). J’aime, en guise de réponse, le leitmotiv du pèlerin russe dans les Récits d’un pèlerin russe : « et je m’en fus, suivant le regard de mes yeux ».

« Plus il y avait d’étoiles, plus il faisait froid », écrit plus loin Vollmann, toujours voyageant sur un train de marchandises. Il comprend au matin qu’en fait ils étaient en train de gravir un canyon. C’est réel, plus on monte, plus on voit d’étoiles, mais aussi plus il fait froid (mais dans le froid le sang se réchauffe, si on monte en exaltation). Je pense à ce que dit le mathématicien Alain Connes : le temps est directement lié à la température -qui se refroidit avec l’expansion de l’univers, laquelle donne lieu à des objets d’où naît le temps.

Le-Triangle-De-PenseeUn jour où j’étais assise sous un arbre en train de lire cette phrase de Triangle de pensées, d’Alain Connes : « Étant donné un système logico-déductif non contradictoire, on ne peut pas formaliser sa cohérence de l’intérieur mais on peut formuler une proposition du type « la présente proposition est indémontrable ». », en même temps exactement que je lisais ces derniers mots, une femme près de moi dit : « il n’y a vraiment pas un nuage aujourd’hui ». Et dans ma tête les deux propositions se chevauchèrent, si bien que je crus un instant que celle que je venais d’entendre était celle que je venais de lire. Je poursuivis ma lecture. La phrase suivante était : « Une telle assertion n’est démontrable que si elle est fausse ». Je levai les yeux vers le ciel et en effet je vis qu’elle était fausse, il y avait bel et bien des nuages dans le ciel bleu, quoique blancs, fins et discrets comme de la soie.

Alain Connes écrit encore, à propos des mathématiques : « je maintiens qu’elles ont un objet, tout aussi réel que celui des sciences (…), mais qui n’est pas matériel, et n’est localisé ni dans l’espace, ni dans le temps. Il a cependant une existence tout aussi ferme que la réalité extérieure et les mathématiques s’y heurtent un peu comme on se heurte à un objet matériel dans la réalité extérieure. Cette réalité dont je parle, du fait qu’elle n’est localisable ni dans l’espace ni dans le temps, donne, lorsqu’on a la chance d’en dévoiler une infime partie, une sensation de jouissance extraordinaire par le sentiment d’intemporalité qui s’en dégage. »

 

bonhomme-minpetit tag face à la Sorbonne nouvelle, aujourd’hui, photo Alina Reyes

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Les travailleurs intellectuels

Un professeur de philosophie, à propos de BHL

vignette these*

L’océan assume et surmonte ses tempêtes, elle est en paix. Elle entend la gardienne, en bas, qui sort les poubelles. Elle est heureuse de faire partie du peuple des travailleurs. Tout à l’heure, songeant dans l’ombre et la lueur de la liseuse de Plaisir, avant de s’endormir, elle lui a dit : Fais-moi penser demain à écrire quelque chose sur cette phrase de Kafka : « Dans ton combat contre le monde, seconde le monde. » Parce qu’elle venait juste de vraiment la comprendre. Cela lui revient maintenant. Elle ne va pas l’expliquer tout de suite ici, mais il lui revient aussi que juste avant de penser à cette phrase, elle se disait que face à la douleur, face à la souffrance, il ne fallait pas, pour les rendre supportables, s’y enfoncer, soit par l’alcool, soit par d’autres drogues, soit par la folie mauvaise, mais leur faire un pied-de-nez par la folie douce et l’esprit d’enfance. Tiens, Joie le dit : seconde le monde, cela signifie continue à lui donner des gages de la vérité, qui le rendront furieux contre toi. C’est ainsi que tu resteras debout, et qu’il s’effritera. De même que les énormes secrets que tricotent les hommes, ces parques dérisoires, finissent par s’effondrer sur eux-mêmes, dévorés par leur néant. Car tout ce qui est tissé dans le secret, fût-il de polichinelle, est tissé à l’envers. C’est la nuit que Pénélope détisse ce qu’elle a tissé le jour, afin que les prétendants piétinent et n’arrivent à rien, aussi longtemps qu’il le faudra.
Les travailleurs intellectuels. Quand Joie rencontre cette expression, « travailleurs intellectuels », elle lui plaît. Les travailleurs intellectuels forment une classe moyenne grandissante, où grandit aussi la précarité et la paupérisation. La paupérisation des travailleurs intellectuels a pour effet de les ranger de plus en plus aux côtés des autres pauvres, et de stimuler en eux une pensée du combat. Mais cette paupérisation s’accompagne d’une invisibilisation, par la falsification médiatique du terme « intellectuel ». Les intellectuels médiatiques ne sont pas des travailleurs intellectuels mais des agents du show-business (disons pour éviter d’employer le terme de spectacle, qui désormais renvoie aussitôt, dans le champ intellectuel, à la pensée de Guy Debord, laquelle, toute pertinente qu’elle soit, sert de pseudo-pensée révolutionnaire à une bourgeoisie intellectuelle qui n’est en réalité attachée qu’à conserver ses privilèges).

 

Un professeur de philosophie, à propos de BHL

Un professeur de philosophie, à propos de BHL

(…)

À la Halle Saint-Pierre, Joie a entendu Jean Maurel parler de la main dans Nadja, et chez Chirico, et chez Nietzsche. Son discours sortait de son corps en réseaux, comme par les synapses du cerveau, en quelque sorte un discours automatique, un discours-poésie, surréaliste. Maintenant un éditeur historique élève ses auteurs en batterie, telles des poules de luxe pondeuses de livres commandés et formatés. Des bourgeoises ou filles de bourgeois paient leur formation chez le patron qui continuera à les manipuler une fois qu’elles seront devenues productives, et les lecteurs, formatés eux aussi, ne songeront même pas à exiger une nouvelle réglementation pour l’étiquetage des livres, mentionnant comme pour les produits alimentaires si c’est du naturel ou de l’industriel. Malheureux temps de cerveaux disponible, gavé de saloperies cancérigènes. Heureusement les morts nous regardent et les poètes qui ont visité Joie en rêve, Homère, Rimbaud, Kafka, et même Bouddha, et même Dieu, tous venus l’habiter la nuit et restés là en elle avec ses bêtes et ses dents, sont toujours vivants, sauvages, et sauveurs.

À propos d’œufs et de poules, sommes-nous dans une époque où les gens ont une basse idée de la littérature parce qu’on leur fait avaler de basses œuvres, ou la médiocrité des œuvres mises sur le marché vient-elle de la médiocrité de l’idée que se font les marchands et les clients de la littérature ? D’où viennent les ombres qu’on projette au fond de notre caverne ?

(…)

Je lui ai exposé le plan de ma thèse, en utilisant des cailloux pour mieux le disposer sur la table. Nous étions sur la terrasse, au troisième étage dirais-je, quoique cela ne soit pas facile à déterminer dans ces maisons qui épousent la pente et où le rez-de-chaussée n’est pas au même niveau des deux côtés. De là-haut nous avions une vue plongeante sur ce village où sont passés nombre de surréalistes, et le sujet de ma thèse était donc, à partir de ce cas, le rapport entre la lettre, l’art et le lieu. Soudain il a dit : et si nous faisions faire des fouilles archéologiques, pour déterrer un morceau de l’antique mur d’enceinte ? J’ai été absolument ravie par cette idée. Il est alors descendu aussitôt voir des gens du village, puis il est remonté et nous avons assisté ensemble au dégagement et à l’apparition symbolique du mur : les habitants enthousiastes se disposant eux-mêmes sous nos yeux comme des pierres et retraçant ce qui était en fait moins un mur que deux murets parallèles bordant et créant un sentier. Émue et surexcitée, je me suis retirée à la cuisine. Il m’a rejointe et nous avons parlé encore un peu de mon sujet. Le soir tombait. Nous sommes sortis. La tempête se levait entre les rochers, autour du village, c’était très beau.

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Ce sont des extraits d’une partie de ma thèse révolutionnaire, qui comporte quelque 400 pages disons de recherche théorique interdisciplinaire et quelque 300 pages de recherche littéraire sous forme de fiction, théâtre, poésie. Je rappelle qu’elle est téléchargeable gratuitement ici. Elle a été téléchargée déjà près de 300 fois depuis sa mise en ligne à l’automne dernier, et sur un rythme qui va croissant. Bonne lecture !

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Le hau et le Coran par Marcel Mauss et l’accouplement des gendarmes

square rene le gall 6-min

square rene le gall 0-minL’heure de bâtir les nids

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« Les sociétés n’ont, en effet, pas très grand intérêt à reconnaître aux héritiers d’un auteur ou d’un inventeur, ce bienfaiteur humain, plus que certains droits sur les choses créées par l’ayant droit » Marcel Mauss, Essai sur le don

 

square rene le gall 1-minL’heure de faire des petits

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Aujourd’hui une note en forme d’énigme. Voici deux autres passages du même auteur et du même livre qui a fait couler tant d’encre. D’abord sur le hau, qui, précise-t-il en note, désigne chez les Maoris « comme le latin spiritus, à la fois le vent et l’âme, plus précisément, au moins dans certains cas, l’âme et le pouvoir des choses inanimées et végétales, le mot de mana étant réservé aux hommes et aux esprits et s’appliquant aux choses moins souvent qu’en mélanésien. »

 

square rene le gall 3-minCes insectes appelés gendarmes – des punaises, en fait – avec leurs masques sur le dos, s’accouplent pendant douze à vingt-quatre heures, tout en marchant, tantôt dans le sens vers où tire l’un, tantôt dans le sens vers où tire l’autre (je les ai observés cet après-midi, et d’autres fois avant). Chez les humains il y a une chanson qui dit « si quand j’avance tu recules comment veux-tu que je t' » etc., mais eux ça ne les empêche pas de faire leur affaire.

Mais reprenons où nous en étions : le hau tel que décrit par Marcel Mauss :

« À propos du hau, de l’esprit des choses et en particulier de celui de la forêt, et des gibiers qu’elle contient, Tamati Ranaipiri, l’un des meilleurs informateurs maori de R. Eldson Best, nous donne tout à fait par hasard, et sans aucune prévention la clef du problème. « Je vais vous parler du hau… Le hau n’est pas le vent qui souffle. Pas du tout. Supposez que vous possédez un article déterminé (taonga) et que vous me donnez cet article ; vous me le donnez sans prix fixé. Nous ne faisons pas de marché à ce propos. Or, je donne cet article à une troisième personne qui, après qu’un certain temps s’est écoulé, décide de rendre quelque chose en paiement (utu), il me fait présent de quelque chose (taonga). Or, ce taonga qu’il me donne est l’esprit (hau) du taonga que j’ai reçu de vous et que je lui ai donné à lui. Les taonga que j’ai reçus pour ces taonga (venus de vous) il faut que je vous les rende. Il ne serait pas juste (tika) de ma part de garder ces taonga pour moi, il pourrait m’en venir du mal, sérieusement, même la mort. Tel est le hau, le hau de la propriété personnelle, le hau des taonga, le hau de la forêt. Kati ena. (Assez sur ce sujet.) »

Ce texte capital mérite quelques commentaires. (…) Pour bien comprendre le juriste maori, il suffit de dire : « Les taonga et toutes propriétés rigoureusement dites personnelles ont un hau, un pouvoir spirituel. Vous m’en donnez un, je le donne à un tiers : celui-ci m’en rend un autre, parce qu’il est poussé par le hau de mon cadeau ; et moi je suis obligé de vous donner cette chose, parce qu’il faut que je vous rende ce qui est en réalité le produit du hau de votre taonga.

(…) La conservation de cette chose serait dangereuse et mortelle et cela non pas simplement parce qu’elle serait illicite, mais aussi parce que cette chose qui vient de la personne, non seulement moralement, mais physiquement et spirituellement, cette essence, cette nourriture, ces biens, meubles ou immeubles, ces femmes ou ces descendants, ces rites ou ces communions, donnent prise magique et religieuse sur vous. »

(Avis aux exploiteurs et spoliateurs)

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Et maintenant, à la fin du livre, ce passage mentionnant le Coran :

« Peut-être pourrions-nous indiquer une conclusion à la fois sociologique et pratique. La fameuse Sourate LXIV, « déception mutuelle » (Jugement dernier), donnée à La Mecque, à Mahomet, dit de Dieu :

15. Vos richesses et vos enfants sont votre tentation pendant que Dieu tient en réserve une récompense magnifique.

16. Craignez Dieu de toutes vos forces ; écoutez, obéissez, faites l’aumône (sadaqa) dans votre propre intérêt. Celui qui se tient en garde contre son avarice sera heureux.

17. Si vous faites à Dieu un prêt généreux, il vous paiera le double, il vous pardonnera car il est reconnaissant et plein de longanimité.

18. Il connaît les choses visibles et invisibles, il est le puissant et le sage.

(…)

« Peut-être (conclut Mauss), en étudiant ces côtés obscurs de la vie sociale, arrivera-t-on à éclairer un peu la route que doivent prendre nos nations, leur morale en même temps que leur économie. »

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square rene le gall 5-minAujourd’hui au square René Le Gall à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Un dernier mot, il est de Goethe (trad. par Henri Blaze) :

« Quoi ! Vous condamnez l’élan sublime de l’orgueil, prêtres stupides ! Si Allah avait voulu faire de moi un ver, il m’en aurait donné la forme. »

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Du comparatisme. L’homme de la tribu, l’homme moderne et le guépard

guépard

guépard,*

Philippe Descola dans sa leçon du 27 février dernier (je les écoute toutes, elles sont très précieuses pour une comparatiste et pour quiconque s’intéresse à l’anthropologie ou tout simplement à l’être humain) évoque les « difficultés dans l’identification des comparables ». Peut-on comparer telle société, telle pratique ou tel aspect de telle société avec ceux de telle autre société ? Et pour cela, comment délimiter tel groupe humain ? « La cohérence sociale n’est pas donnée, elle est construite par le dispositif d’observation que l’ethnographe met au point » ; est apparu « le caractère fallacieux de l’idée que les sociétés auxquelles s’intéressaient les ethnologues de la première moitié du vingtième siècle sont naturellement discrètes ». Il est presque toujours impossible d’opérer une séparation tranchée entre une société et une autre. Les différentes options de comparaison se démultiplient à mesure que se révèle la complexité des sociétés et de leurs rapports.

Dans ma thèse, j’ai établi un réseau de comparaisons peu académique : n’ayant pas fait d’études d’anthropologie et n’ayant à mon actif en guise d’études ethnographiques que mon écoute et mon observation des humains, en écrivain, dans les différents lieux et milieux où la vie m’a menée, j’ai essayé de former une pensée à la fois poétique, issue du langage, et scientifique, issue de la raison. En somme, une pensée originelle, où langage et raison sont liés dans toutes leurs dimensions comme dans le sens premier du Logos. Le résultat ne peut sans doute pas satisfaire les scientifiques (anthropologues, historiens et autres spécialistes des sciences humaines) qui travaillent avec des outils et un bagage que je ne possède pas, mais il peut, je pense, les intéresser par ce qu’il apporte d’ouverture. Ma méthode est en quelque sorte celle des idiots aux mains pleines. Partant de la littérature comme être du monde – comme on peut partir des mathématiques comme être du monde -, elle me permet de comparer autrement, de comparer ce que le cadre de leur discipline ne les autoriserait pas à comparer.

Comment ? En adoptant un point de vue dépassant. Dépassant les catégories et les disciplines. Cette méthode doit pouvoir s’illustrer en mathématiques : il me semble que ce fut celle de Grothendieck. Pourquoi Grothendieck ? De par la singularité de sa personne. Ainsi que le rappelle aussi Philippe Descola, ce qui est observable est indissociable de celui qui observe. Chaque observateur est singulier, et de chaque singularité naît une observation singulière. Certaines singularités sont plus singulières, c’est le cas de celle de Grothendieck, de son histoire très particulière – d’où est née une pensée tout à fait originale. Pour ma part, le fait que je sois un humain femelle d’une part, et d’autre part un penseur, une penseuse formée par l’enseignement académique mais de façon très abâtardie, donne aussi à mon regard une singularité créatrice d’une façon nouvelle d’envisager l’humain dans les catégories du langage.

J’ai vu un jour dans le documentaire d’un ethnologue dont j’ai oublié le nom un épisode particulièrement intéressant, de mon point de vue, dans la tribu (dont j’ai également oublié le nom, mais ce n’est pas ce qui importe) où il vivait : quelques hommes s’étaient mis à l’écart pour comploter, avec des rires sarcastiques, contre une jeune femme qu’ils voulaient faire tomber dans leur piège. L’ethnologue, invité à participer à leur bon coup, reconnaissant trop bien dans sa propre culture ce qu’ils étaient en train de tramer, les a tout simplement traités, dans leur langue, de connards. Les ligues du LOL ne sont pas le propre de l’homme moderne des villes et de l’Internet, elles existent aussi dans les « réseaux sociaux » des hommes demi-nus des forêts. Et d’après un autre documentaire que j’ai vu un autre jour, un documentaire animalier, elles existent aussi chez les animaux : on y voyait deux frères guépards tendre un piège à une guéparde de leur groupe, l’isoler, se relayer pour la garder prisonnière afin de pouvoir abuser d’elle sans avoir à attendre la période des chaleurs.

Nature ? Culture ? Elles non plus ne sont pas discrètes, ne sont pas des catégories séparées. Mon propre travail est embryonnaire, mais il rejoint d’autres façons d’envisager le monde qui sont aussi en train de se développer dans notre formidable monde en mutation. Non tout n’a pas été dit, oui il y a encore un immense champ à explorer et à vivre.

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« Toute la mémoire du monde » et tout le bonheur des humains : bibliothèques

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Le bonheur est dans la bibliothèque, cours-y vite, cours-y vite !

Pour commencer cette note de vidéos sur quelques bibliothèques, ce court-métrage si littéraire, voire surréaliste, d’Alain Resnais sur la BNF : Toute la mémoire du monde, qui date de 1956 (il me plaît que ce soit l’année de ma naissance), tourné juste après Nuit et brouillard. J’ai travaillé vers 1989 dans cette bibliothèque, sur le site Richelieu, avant la construction de la nouvelle BnF. J’y allais avec mon chéri, j’y ai écrit une bonne partie de mon deuxième roman, Lucie au long cours. La caméra du cinéaste se promène dans les artères de la bête comme une pensée dans un cerveau ou dans un livre. Les humains y apparaissent petits, éphémères, et au service de l’écrit, bien plus vaste et durable qu’eux : et cette humilité est toute leur grandeur.

D’autres films d’Alain Resnais sur ce blog, dont le magnifique Les statues meurent aussi : ici

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Et voici la merveilleuse aussi bibliothèque Mazarine, la plus ancienne bibliothèque publique de France, jouxtant l’Académie française, où j’allai travailler quelques années plus tard, toujours avec mon chéri, alors que nous avions maintenant deux tout-petits que nous déposions le matin à la crèche en chemin. Nous nous installions à une table près d’une fenêtre, afin de pouvoir rêver tour à tour en contemplant la Seine et en regardant les allées et venues d’un bibliothécaire dans les galeries supérieures.

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Umberto Eco se déplaçant dans sa bibliothèque personnelle. Je rêve d’avoir tous mes livres avec moi, mais j’en ai perdu beaucoup, notamment quelques belles éditions qui ont été mangées par les souris à la montagne quand je n’y étais plus. Un jour, sans doute, j’aurai de nouveau de l’espace et j’y reconstruirai un palais de livres…

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En Colombie et en Turquie, des éboueurs ont bâti des bibliothèques avec des livres récupérés dans les poubelles et en font profiter la population. Dans plusieurs pays dont en France, on trouve des micro-bibliothèques publiques dans les jardins ou autres lieux de la ville, où chacun peut déposer et prendre des livres librement. Tout est possible en matière de transmission de livres. Ici il s’agit aussi de transmission de langue, puisque les bibliothèques accueillent des migrants de toutes parts pour les aider à apprendre le français.

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Jacques Duclos raconte sa bibliothèque. J’ai beaucoup entendu parler de lui dans mon enfance, mon père l’aimait beaucoup, et ma foi c’était un homme de valeur (et originaire de mes montagnes, qui sont aussi celles de ma grand-mère paternelle, qui m’a transmis je crois quelque chose de ce pays) :

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Pour terminer, cette extraordinaire bibliothèque en Chine – non pas l’immense qui vient d’ouvrir, avec son architecture tape-à-l’œil et ses rayonnages remplis de faux livres, mais une bibliothèque aux murs de brindilles frémissantes dans la forêt, où l’on entre en franchissant une passerelle.

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Des photos de quelques-unes des bibliothèques dans lesquelles je travaille ces dernières années : ici

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Au cirque de Troumouse et « sur les traces des grands esprits autour de Chambon sur Lignon »

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Le dernier ennemi vaincu, c’est la mort.

Lorsque l’odeur de la mort monte dans le monde, il faut lui opposer la loi de la vie.

La vie naturelle et la vie humaine du corps et de l’esprit, qui sont une.

Après une balade en images au magnifique cirque de Troumouse dans les Pyrénées, un documentaire du Centre de Recherche sur les Arts et le Langage (CRAL) sur le passage et la vie de maints grands esprits, juifs et autres, pendant la Seconde guerre mondiale dans la région montagneuse de Chambon sur Lignon, en pays cévenol. « Montagne-refuge » des protestants depuis la Réforme, elle accueillit et sauva aussi nombre d’enfants juifs. Une petite heure de bonheur avec André Chouraqui, Albert Camus, Alexandre Grothendieck, Léon Poliakov, Francis Ponge, Paul Ricœur, Georges Canguilhem, Raymond Aron, Pierre Vidal-Naquet, Marcel Pagnol et bien d’autres, dans une sorte de miracle grec à la française. Ou comment voir, comme le dit Nathalie Heinich, « comment des liens purement intellectuels se superposent à des liens topographiques ».

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troumouse 10-minAu cirque de Troumouse, photos Alina Reyes

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Combat

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"Gioconda, Italia-Francia-Gilets jaunes", dessin de Mauro Biani pour Il Manifesto

« Gioconda, Italia-Francia-Gilets jaunes », dessin de Mauro Biani pour Il Manifesto

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Barbarin, proférateur de la phrase immonde « grâce à Dieu, les faits sont prescrits », essaie de retarder la sortie du film de François Ozon, Grâce à Dieu. Son plus beau film, dit-on, et tant mieux. Je ne suis pas sûre d’aller le voir – pas envie de remuer le passé. Mais il est bon qu’il existe. Que le putain, les putains de l’espèce de Preynat et Barbarin, qui sont tout un monde en fait, crèvent dans leur enfer.

Le combat pacifique de l’art ne va pas sans violence symbolique. La révolution est un art. Que notre instinct continue à nous guider.

Dans ton combat contre le monde, seconde le monde, dit Kafka. On reproche souvent aux émeutiers de discréditer les mouvements sociaux, avec la violence symbolique qu’ils y apportent. En effet. La masse des partisans de l’ordre et autres prudents, au plus petit signe de risque de renversement de l’ordre établi se rangent du côté de ceux qui tiennent la matraque. Les émeutiers, dans leur combat contre le monde inique, le secondent. Mais c’est ainsi qu’ils font tomber son masque. C’est ce qui se passe en ce moment. Le masque de la macronie est tombé, dévoilant un visage aux yeux injectés de sang.

Christophe Dettinger veut porter plainte contre Emmanuel Macron pour injure raciale. Voilà qui est très bon aussi.

Dans notre combat contre le monde, ne cherchons pas le pouvoir, bâtissons un contre-pouvoir. C’est lui qui se chargera de faire tomber l’ancien monde, de faire qu’il tombe de lui-même, comme finit de mourir un vampire quand il se trouve exposé au jour.

Si nous devons construire, c’est avec nos mains.

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Anar

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paris 13e 4-minCes jours-ci à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Je suis anarchiste depuis l’âge de quatorze ou quinze ans, je l’ai raconté dans un livre. Pas besoin de lire les théoriciens de la chose, pour ça : être anar est une nature, plus qu’une culture. En tout cas il est impossible de rien y changer. C’est une façon d’être, à chaque instant et tout le temps. D’être adulte. Un enfant n’est pas anarchiste, il est un enfant. Quand il commence à se transformer en adulte, à se déterminer par rapport au monde, c’est là qu’il peut se rendre compte que sa nature est foncièrement libre, indomptable. Pour certains peut-être, c’est trop tard, ils sont morts avant, comme Macron dont je parlais hier, et tant et tant d’autres qui font ce monde à leur image.

Être fondamentalement anarchiste ne signifie pas pour autant être individualiste, n’avoir pas le désir de construire un autre monde que celui des morts. Dès que j’ai eu conscience d’être anarchiste j’ai commencé à réfléchir à la façon dont l’anarchie pourrait faire monde, pourrait faire une société vivable pour tous. Anarchie signifie, étymologiquement : « ni commencement, ni commandement ». Ce que certains ont exprimé par l’expression triviale « ni Dieu ni maître », qui exprimait surtout « ni clergé ni chef ». La preuve : dans notre société quasiment sans Dieu, il reste toujours la domination du clergé, ce nouveau clergé que constituent les élites et leurs médias.

Ni commencement ni commandement, c’est un peu plus difficile à comprendre, mais le comprendre c’est mieux comprendre ce qu’est, en profondeur, l’anarchie, et comment elle peut faire monde, un monde vivant, un monde de vivants par les vivants et pour les vivants. Je vous laisse y songer, si vous voulez, et je reviens bientôt, incha’Allah, développer ma pensée sur ce très actuel sujet.

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Ronds-points : des lieux pour changer de position

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sonia delaunay*

14-1-2018 : ce texte a été publié sur Lundi matin

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J’appellerai Rond-point cette œuvre de Sonia Delaunay, en référence à l’actualité et à ses Gilets jaunes. Elle figure, avec une philosophie assez orientale, la complémentarité, le mouvement, la pénétrabilité, la changeabilité qui s’opèrent dans un tel espace. Par les lignes, et par la couleur. Et par une circularité ouverte.

La société française est figée. Les « élites », à savoir les bourgeois nés de bourgeois ou ayant intégré l’ordre bourgeois, s’y comportent en maîtres de maison qui trouvent naturel de posséder les biens et de se faire servir par le peuple, qui doit produire et fournir à bas salaire le travail nécessaire à la vie et à la survie de tous. Imaginons BHL en ses appartements et autres palais, servi par toute une domesticité : il ne lui manquerait plus que de les traiter de fainéants pour figurer exactement la France de Macron.

Or la France de Macron n’est pas la France réelle. La France réelle se rappelle à lui en allant sur les ronds-points, en marchant dans les villes et dans les campagnes. Alors que l’élite macronienne campe sur sa position de comfort, comme dit Rimbaud, le peuple combattant, chargé de cette intelligence supérieure née de l’expérience du combat quotidien pour la vie et la survie de soi et d’autrui, est en train de retirer les culs des assis, comme le dit aussi Rimbaud, des sièges où ils sont installés depuis leur naissance, dans un monde qui leur garantit une sécurité éternelle aux dépens de l’exploitation du travail d’autrui.

La France réelle n’accepte pas que les élites, qui ne fournissent pas plus d’effort, comme le dit Macron, au travail – qui en fournissent même souvent moins qu’elle – aient un niveau de vie considérablement plus élevé. L’exploitation, la colonisation des travailleurs par les élites qui sans eux n’auraient ni maison, ni pain, ni éducation, ni soins, ni loisirs, est tout simplement absolument inacceptable. L’Histoire elle-même se charge de renverser cet ordre inique, avec ceux qui la font, ces femmes et ces hommes porteurs de gilets jaunes de sauvetage. Prises de terreur, ces élites qui n’ont aucune expérience des combats pour la survie, qui ne sauraient survivre sans les produits et le travail d’autrui, emploient et justifient les violences policières, les mutilations et les meurtres des combattants pour la justice et la vie.  Mais la vie a un sens, et ce sens les emportera.

Cette réflexion m’est venue en partie en relisant un passage de l’Anatomie de la mélancolie de Robert Burton (Première partition, section 1, membre 2, subdivision 8, p.260-261 dans l’édition de José Corti, 2000, trad. Bernard Hoepffner). Après avoir distingué entre « les bonnes affections », comme la joie, et « les mauvaises affections », comme la peur, il écrit :

« Car il serait tout à fait vain de désirer et de détester si nous n’avions pas également la puissance de chercher à atteindre ou à éviter en déplaçant notre corps d’un lieu à un autre ; c’est donc cette faculté qui permet au corps, ou à n’importe quelle partie de celui-ci, de se mouvoir dans l’espace et de se déplacer. Trois choses sont nécessaires au bon fonctionnement de cette faculté : la cause du mouvement, l’agent du mouvement, l’objet du mouvement. La cause du mouvement est soit efficiente soit finale. La cause finale est l’objet désiré ou évité, comme lorsqu’un chien veut attraper un lièvre, &c. La cause efficiente, chez l’homme, est la raison, ou l’imagination, qui lui est subordonnée, et qui appréhende les objets, bons ou mauvais ; chez les bêtes, l’imagination seule agit sur l’appétit ; l’appétit est cette faculté qui, grâce à un admirable contrat avec la nature et à la médiation des esprits vitaux, dirige l’organe qui permet le mouvement, un ensemble de nerfs, de muscles et de tendons disséminés dans tout le corps, qui se contractent et se relâchent selon la volonté des esprits vitaux, ce qui met en mouvement les muscles, ou les nerfs qui y courent, et tire sur le tendon et per consequens la jointure, jusqu’à l’endroit désiré. Le mouvement du corps se manifeste diversement : marcher, courir, sauter, danser, s’asseoir et d’autres variantes encore, toutes opposées à la catégorie du situs, ou position. »

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La capacité à changer de position appartient à ceux qui savent faire l’amour, physiquement.

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