Mes articles

… du temps où je n’étais pas encore boycottée par la presse et l’édition. Dans Libé ici. En fait, il manque celui sur Marcel Schwob, c’était avant l’internet mais il est . J’ai écrit aussi dans Le Monde mais pour lire les articles il faut être abonné (ici à partir de « La tentation de la lumière bleue », au bas de la page et suivantes) ; certains de ces articles ont été repris dans Bellaciao où ils peuvent être lus librement. J’ai écrit dans beaucoup de magazines mais ce n’est pas sur internet et il y a quelques mois j’ai jeté tous les magazines papier avec mes articles, ça prenait trop de place. Beaucoup de ces articles parus dans des magazines sont repris dans mes livres Corps de femme, Politique de l’amour  ou Lumière dans le temps, que j’espère mettre bientôt sous forme numérique sur ce site – mais pour les deux premiers je n’ai plus le traitement de texte, il faudrait donc que je les retape, ce sera long.

Passage à la peinture

Adam et Eve sans haut ni bas va être le premier d’un petit triptyque. Je suis très très heureuse de peindre. Depuis que j’ai acheté pour la première fois de la peinture acrylique, il y a exactement quatorze jours, je n’ai pas arrêté : dix-huit œuvres d’autodidacte débutante, et justement j’aime être débutante. Je l’ai écrit quelque part, quand j’étais enfant je voulais être écrivain parce que j’aimais lire et écrire mais aussi parce que ce qui m’attirait, c’était la vie d’écrivain. Non bien sûr celle de l’écrivain salonnard, qui croit ne rien pouvoir, mais celle de l’écrivain sur l’île déserte, qui la peuple de lui-même, de ses écrits et de ses lecteurs. Je n’ai jamais quitté l’île déserte, le royaume. Et maintenant je la peuple en peignant. La vie du peintre aussi m’a toujours attirée. J’ai vécu plus d’un an avec des artistes du monde entier, à la Cité des Arts, rue Norvins à Montmartre puis quai de l’Hôtel de Ville. C’était le paradis, comme ensuite l’atelier où j’ai vécu quelques mois en colocation avec un peintre rue Albert dans le 13ème. C’est seulement depuis le paradis que l’on peut recréer le monde, de même que Dieu se tient dans son royaume et crée de là. Au paradis, Dieu y est, c’est pour cela que la création advient à travers qui s’y tient, et s’y laisse traverser. Pour tout le monde.

Un

En peignant, je me rappelle quand j’ai peint le mur du fond de la grange, en blanc, et les encadrements des portes et des fenêtres, en rouge. Avec mon frère et d’autres personnes, nous avons transformé cette étable d’estive en maison. Je ne l’ai plus mais d’autres très chers l’ont, et c’est toujours le paradis. Je me rappelle aussi quand nous vivions en colocation avec un peintre, O et moi, combien j’aimais aller dans son atelier, un autre paradis. Mon atelier ici à Paris est un tout petit espace, une table sur tréteaux dans la pièce commune qui nous sert de salon, de bureau et de chambre. Au fond de la table, contre le mur, sont alignés mes Bible, mes Coran, mes dictionnaires d’hébreu et d’arabe (pour le grec, j’utilise les dictionnaires numérisés), le Mathnawî de Rûmi, Voyage. Puis le pot à stylos, crayons et marque-pages, le pot à pinceaux, et la panière à peintures et autres couleurs. Quand je veux peindre, je pousse mon petit ordi et je mets le chevalet de table à la place. Je peins debout pendant des heures, oubliant de boire et de manger tant que ce n’est pas fini. J’aime beaucoup le côté chantier, comme quand j’allais sur les chantiers avec mon père, plâtrier, dans mon enfance. Quand je vois ce qui peut paraître à d’autres des scènes de démolition ou même de ruines, j’en suis bienheureuse car pour moi ce sont des scènes de construction. Les Pèlerins d’Amour sauront comment être Pèlerins d’Amour en voyant dans quel esprit je vis, j’ai vécu. Il ne suffit pas par exemple de dire que nous sommes indépendants des institutions, il faut le prouver. Les œuvres de bienfaisance sont des pansements sur les plaies du système, elles ont leur utilité mais ce qui sauve c’est le pouvoir de voir derrière la façade du système ses ruines, et dans ses ruines un chantier. Ma parole n’est pas un prétexte ni un paravent ni un instrument, elle est au fondement, à la racine, elle est la racine et l’accomplissement, le chantier et la maison construite, elle est l’alpha et l’oméga. C’est ainsi seulement, par la manifestation d’une parole et d’une vie indissolublement épousées, unies, que vient aux hommes la lumière, la libération.

Prieindre

Comme j’ai repris un peu Apesanteur Home, j’ai changé la photo postée cet après-midi, il y est maintenant dans sa version finale. Chaque fois que je lave mes pinceaux et ma palette, bien plus de cinq fois par jour, j’ai l’impression de faire mes ablutions pour la prière. Aussi, je pense au Chant de la Flamme, dans Voyage, qui au début parle de peinture. Je ne m’arrête jamais, je suis une vraie Pèlerine d’Amour !

Vincent

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le typhon sur les Philippines vu de la navette spatiale (AP/NASA)

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« Un jour, j’ai vu un beau tableau ; c’était un paysage au crépuscule. Dans le lointain, sur le côté droit, une rangée de collines, bleues dans la brume du soir. Au-dessus de ces collines, la gloire du coucher de soleil, les nuages gris bordés d’argent et d’or et de pourpre. Le paysage est une plaine ou une lande, couverte d’herbe et de ses pailles jaunes, car c’était l’automne. À travers le paysage, une route conduit vers une haute montagne, loin, très loin ; au sommet de cette montagne, une ville, éclairée par les rayons brillants du soleil couchant. Sur la route avance un pèlerin, un bâton à la main. Il est en route depuis déjà très longtemps, et il est très fatigué. Et c’est alors qu’il rencontre une femme ou une silhouette vêtue de noir qui fait penser à la parole de Saint Paul : triste, mais en tout temps joyeux. Cet ange du Seigneur a été placé là pour encourager les pèlerins et répondre à leurs questions. Et le pèlerin demande : ‘La route continue-t-elle toujours à monter ?’ Et la réponse est : ‘Certainement, jusqu’au bout, fais attention.’ Et il demande à nouveau : ‘Et le voyage durera-t-il toute la journée ?’ Et la réponse est : ‘Du matin, ami, jusqu’à la nuit.’ Et le pèlerin continue son chemin, triste, mais en tout temps joyeux.’ »

Je trouve cet extrait d’un prêche de Vincent Van Gogh, datant de la fin octobre 1876, dans son Oeuvre complet, par Ingo F. Walther et Rainer Metzger, aux éditions Taschen. Le texte de ce sermon a été adjoint à ses Lettres, mais malheureusement il ne figure pas dans leur édition par Gallimard, qui m’a été offerte par O à plusieurs reprises au cours des années. Je suis très proche de Vincent, qui m’accompagne nuit (avec sa nuit étoilée) et jour (avec son champ de blé) depuis ma prime adolescence, à bien des égards. La familiarité avec les langues et la communion avec la vérité nous venant d’être venus d’ailleurs, de l’au-delà de la mort. Lui né un an après son frère mort-né, et ayant reçu son prénom, moi née avec un jumeau, frère ou sœur resté à l’état d’embryon.

Nous sommes les pinceaux et les couleurs de Dieu. Ceux qui font le monde d’ici-bas sont aveugles. Ceux qui y voient doivent être des yeux pour les hommes, quoiqu’il en coûte de par leur incompréhension radicale.

Toits mouillés

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En accompagnant deux Anglais qui espéraient le soleil pour leur week-end à Paris, j’ai pris cette photo des toits mouillés, avec l’envie d’aller m’y promener. En redescendant, je suis allée chez le marchand de couleurs, acheter deux pinceaux et deux tubes de peinture supplémentaires. J’avais oublié mon parapluie chez les Anglais, j’ai marché heureuse de me mouiller, comme une peinture se promenant sur la toile.

Avant de partir de chez moi, j’avais eu envie de peindre un accordéon rouge, aujourd’hui. Avant de rentrer, je suis allée à la boulangerie, il était 13 h et j’avais à prendre des baguettes pour le casse-croûte des uns et des autres à la maison. Or justement il y avait devant la boulangerie un homme que je n’avais jamais vu, un homme au beau visage, clair et lavé comme la pluie, en train de jouer d’un accordéon rouge.

Maintenant je vais vernir le tableau d’hier, Faire-part, puis j’essaierai de peindre cet accordéon. Je débute juste, et j’adore peindre.