Esquisses : points de vue et point de vue

En cherchant autre chose, je retrouve dans un ancien carnet ces esquisses faites à main levée, en quelques secondes et au stylo, de modèles nus posant pour un cours aux Beaux-Arts auquel j’avais pu assister il y a quelques années. Accompagnées de notes du cours et de mon observation des étudiants en train de dessiner. Les deux dernières m’intéressent particulièrement car il nous avait été demandé de les réaliser sans regarder le papier, à l’aveugle par rapport au papier, au crayon, à notre main : en est sorti une silhouette à deux têtes. Une sorte d’écriture automatique au dessin, non par le libre jeté de lignes comme je le pratique souvent mais par une brèche ouverte dans une technique traditionnelle, et qui ouvre aussi l’esprit sur de l’inconnu, quand on fait ce geste.

esquisse-min deuxieme esquisse-min esquisse à l'aveugle-min*

Puzzle

puzzle-minPuisque décidément, tout en écoutant toujours des cours, conférences etc., je continue à dessiner dans les pages de mon cahier d’écriture, je crée un nouveau mot clé pour les regrouper. Après un Ange et une Mère Noël, celui-ci, qui paraît-il évoque un lézard qui rit, et que je prenais pour un puzzle (à quatre yeux, ça fait trois z), est le troisième.

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Apollon et Daphné

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feutre et stylo sur une petite reproduction d’Apollon et Daphné par Véronèse

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en me transformant, détruis la beauté qui m’a faite trop séduisante. »

La prière à peine finie, une lourde torpeur saisit ses membres,

sa poitrine délicate s’entoure d’une écorce ténue,

ses cheveux poussent en feuillage, ses bras en branches,

des racines immobiles collent au sol son pied, naguère si agile,

une cime d’arbre lui sert de tête ; ne subsiste que son seul éclat.

Ovide, Métamorphoses

(le passage entier ici, traduit par A.-M. Boxus et J. Poucet)

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Daphné métamorphosée en laurier-rose quand Apollon tente de s’en saisir : ce mythe ne signifie-t-il pas que les véritables lauriers de l’artiste sont dans la nature ? que l’art et la nature sont des formes l’un-e de l’autre, des méta-morphes ? que les véritables lauriers de l’artiste appartiennent à la vie, sont toujours verts, impossibles à s’approprier, à jamais vivants ?

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