Vie douce, parfums

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Je suis allée marcher dans des jardins, respirer les odeurs des plantes et des arbres.

bob le flamant roseSur un mur dans la rue, j’ai vu une série de photos de Bob le flamant rose.

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postit ancienDans un jardin, j’ai eu le plaisir de revoir ce PostIt  que j’avais placé là en juin, toujours là, avec quelques feuilles qui ont poussé devant.

*square rene le gall jardin partagé 1Le jardin partagé du square René Le Gall est arrangé avec joliesse et grâce, pour la vie douce

square rene le gall jardin partagé 2

square rene le gall jardin partagé 3

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square rene le gall jardin partagé 6*

square rene le gall 1

Et dans un coin sauvage du jardin, poussent quelques fraises des bois

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tag benallaDans la rue, j’ai photographié des tags

tag désert

street artet une œuvre de street art toute fraîche.

sethJ’ai aussi rephotographié cette œuvre de Seth et Kislow déjà ancienne.

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conifereDans une miniforêt, j’ai ramassé quelques branchages de conifères coupés et je les ai mis dans un pot sur mon bureau, pour la bonne odeur vivifiante

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Puis j’ai pris mes crayons et mes feutres, dont le doré et l’argenté que je venais d’acheter, et j’ai colorié une carte postale publicitaire. Voici l’image d’origine :

parfums de chineEt la voici, récupérée elle aussi comme les branchages odoriférants, et transformée :

parfum*

hier et aujourd’hui à Paris, photos et coloriage Alina Reyes,

entre pages d’écriture

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Agenda, une histoire de don

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Mon agenda est une action de grâce. Comme chaque année, j’ai acheté un agenda à trois ou quatre euros, puis je l’ai personnalisé – cette fois avec de l’acrylique, rouge et blanche, et des collages, sur sa couverture de plastique noir. Agenda et action viennent du verbe latin agere, agir. Agenda signifie littéralement « choses à faire », et actio a d’abord désigné, en latin chrétien, le fait de rendre grâce. Je rends grâce au temps qui se donne à moi et aux actes que je lui donne.

 

agenda 1

agenda 2

agenda 3

agenda 4*

Feuille

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Voici les trois versions de cette « Feuille » que j’ai repeinte, sur un morceau de bois (20 x 20 cm) trouvé dans la rue. Feuille d’arbre, et feuille de papier, écrite.

J’ai peint le fond en ocre rouge puis par-dessus la forme blanche, sans savoir ce que j’allais faire ensuite. Je suis partie faire un tour, j’ai appliqué au passage un PostIt avec un mot de Rûmî quelque part dans une rue, je suis rentrée, j’ai fait le visage, les points, les petits traits.

Quelques jours après, j’ai repeint le visage de la Feuille.

Quelques heures après, je l’ai repeint encore.

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feuille

feuille,

feuille,,*

Hétérotopies, arbroiseau et compagnie

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à la Pitié-Salpêtrière, ce matin, photo Alina Reyes

à la Pitié-Salpêtrière, ce matin, photo Alina Reyes

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J’aime les hétérotopies que sont les bibliothèques, les monastères, les hôpitaux. J’ai appris à apprécier les communautés de vie à part pendant mes années d’internat, au collège et au lycée. On y est retiré du monde mais le monde y est immensément présent, débarrassé de ses scories, dans son urgence, sa beauté solitaire, son amour. On y est le monde, ce monde-là, le monde plus que vivant, qu’on y travaille ou qu’on y rêve – ce qui est une forme de travail, quand il s’agit bien de rêve intense et non de rêvasserie.

J’ai passé quatre heures à l’hôpital ce matin, dont la majeure partie en salle d’attente – à cause d’une erreur de nom sur mon dossier. Cela ne m’a pas dérangée. Je suis patiente. J’avais mon carnet, j’ai dessiné avec mon stylo quatre-couleurs (et j’ai ajouté du crayon de couleur et du feutre une fois de retour à la maison) : la preuve qu’il s’agit d’une hétérotopie, d’un « lieu autre » ou le temps est autre, la vie est autre. Au moment de pratiquer les examens, un « Madame est menue » m’a ravie – moi qui me désole d’avoir pris trois kilos ces trois dernières années et me surveille pour ne pas engraisser davantage ; car j’ai toujours détesté engraisser, j’aime me sentir légère (sans être maigre non plus). La phrase entière était, au collègue : « Madame est menue, ça va être difficile », et à moi : « ça va faire mal ». Mais ça n’a pas fait si mal que ça, parce que l’équipe était très attentionnée.

Il était plus de treize heures quand je suis rentrée, j’étais fatiguée et j’ai renoncé à aller assister à la deuxième journée du colloque sur Einstein au Collège de France (voir note précédente). Je regarderai les vidéos des interventions lorsqu’elles seront en ligne. Dans les remerciements de ma thèse, je remercie notamment tous ceux qui mettent des textes ou des cours en ligne instructifs. Il y a beaucoup de bon dans le monde.

 

l'arbroiseau, dessiné ce jour

l’arbroiseau, dessiné ce jour

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La chambre de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise

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chambre vincent van goghLa chambre de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise veillée par Madame Terre, ζει, technique mixte sur enveloppe A4

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« La maison à lui est pleine de vieilleries noires, noires, noires »

« L’idée moderne de manger un – tout au plus deux – plats est pourtant certes un progrès et un loin retour à l’antiquité vraie. »

« Mais enfin je vis au jour le jour, il fait si beau. »

Vincent Van Gogh, Lettres à Théo depuis Auvers-sur-Oise, printemps-été 1890

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Dessin du jour et autres dessins « cosmiques »

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Je les appelle cosmiques parce qu’ils me rappellent le vivant, on y distingue parfois des animaux, des lignes végétales, ou bien de l’univers stellaire ou de l’univers microscopique. Le premier est un ancien dessin :

inscription,

que j’ai recoloré aujourd’hui (technique mixte) :

fonds

d’autres anciens dessins  dans la même recherche (feutre) :

aya,

chant du monde..

amour,

pas à pas,

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Le beau, le bon, la vie. En couleurs, en musique, en cours

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J’étais en train de préparer mes cours (j’y passe un temps fou, les pensant dans leur ensemble comme une œuvre ), on a sonné à la porte. Le jeune homme qui venait relever les compteurs d’électricité m’a dit, voyant au mur mes peintures, dont les masques ci-dessous : « c’est très beau, ce que vous faites. » Puis : « et en plus, vous écoutez de la bonne musique ». Je lui ai dit que c’était mon fils qui était en train de jouer du piano. « Vous en avez de la chance ! pas besoin d’écouter Radio France ! », il a dit. Puis, encore une fois, avant de partir : « C’est vraiment très beau, ce que vous faites ».

Hier j’ai fait faire à mes Seconde un atelier écriture-dessin. Pour leur rappeler la valeur du geste d’écrire, et pour compléter la partie enseignement de l’histoire des arts qui revient au professeur de lettres. Je voudrais leur apprendre quelques rudiments de solfège, aussi, puisque l’école ne le fait pas. Cela participe de l’écriture/lecture et c’est tout aussi important, cela fait partie du phénomène « littérature », comme le dessin, la peinture, le théâtre. Je ne veux rien leur enseigner sans leur enseigner aussi la possibilité de le pratiquer. (Malheureusement, impossible d’en faire autant avec les Première, qui ont moins d’heures de cours en français et qui doivent préparer ce foutu bac de français pour la fin de l’année ; espérons que ça changera).

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abcdefghijklmnoqrps

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Rentrée des classes, les préparatifs

agenda

Ce n’est pas le tout que de préparer les cours, il faut aussi ajouter du plaisir partout. Cela valait le coup de passer quelques heures, hier et aujourd’hui, à réaliser des collages pour personnaliser les objets et la papeterie qui supporteront le travail d’étude des textes.

J’ai donc libéré le classeur où je rangeais les documents qui m’ont permis de préparer le CAPES pour y mettre désormais les cours que je préparerai, et je l’ai personnalisé en y collant de mes collages et dessins :

classeur

classeur,*

J’ai refait un agenda publicitaire offert par un syndicat d’enseignants en le couvrant de mes propres couleurs, au recto et au verso. L’usage du scotch a l’avantage de consolider la couverture. J’ai aussi aménagé l’intérieur (d’habitude je fais de même avec un agenda à tout petit prix)

agenda

agenda,*

J’ai fait pareil pour le cahier de notes, offert par une banque pour enseignants. Sur la première de couverture j’ai laissé les images de montagne et les citations originelles, et dessous, par-dessus la pub, j’ai collé une photo que j’avais faite d’ouvriers sur un échafaudage. Sur la quatrième de couverture, j’ai collé une page d’images de livres faites par une artiste, découpée dans une revue. J’ai fait aussi d’autres collages et aménagements à l’intérieur pour masquer les pubs.

cahier de notes

cahier de notes,*

Et puis j’utiliserai comme cartable le sac de lycée que j’avais repeint l’année dernière pour aller travailler en bibliothèque, et j’y glisserai la chemise en carton que j’avais aussi consolidée avec des collages et des couleurs, et qui sert à garder les feuilles volantes

cartable

pochette

Et je ferai de même avec mon cahier de textes, quand j’en aurai un, car je compte bien ne pas me contenter des cahier de textes, carnet de notes etc. à disposition sur un service informatique

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Écritures, dessins et cueillettes

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du cote de nadjales concours passés, ayant repris doucement l’écriture, j’ai recommencé aussi à dessiner dans mon manuscrit en cours, en écoutant des conférences ou émissions sur des poètes (vidéos likées)

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Je cueille encore d’autres sortes de champignons, dans mes montagnes. La cueillette est toujours un bon prétexte pour s’enfoncer des heures durant dans la forêt. Même quand il s’agit d’une territoire que l’on connaît, il y a toujours un moment où l’on est dépaysé, surtout si l’on y va seul. C’est peut-être ça que je cherche avant tout, le dépaysement. Attention, quand on y prend goût, on ne peut plus s’en passer !

Chaque cèpe trouvé, je l’ai dit, est en soi un dépaysement, puisqu’il semble à la fois mystérieusement très vivant et surgi de nulle part, et vous renvoie comme en miroir la même sensation, le même sentiment de vous-même.

La forêt vous dépayse de mille autres manières. L’oxygène qu’on y respire, couplée au silence et au léger effort de la marche, procure vite une sensation d’ivresse. Bientôt les mousses, les feuilles mortes, les rochers, les cris des oiseaux, les lichens qui pendent des arbres, la lumière qui filtre d’entre les faîtes, les branchages qui cassent sous vos pas, les troncs couchés qu’il vous faut enjamber, l’odeur entêtante de l’humus, tout vous paraît surréel.

C’est comme si une porte s’était ouverte pour vous faire entrer dans un autre monde. Il y a aussi, bien sûr, la variété, les formes et les couleurs fantastiques de tous les champignons que vous croisez sans les cueillir.

Il y a l’amanite rouge à pois blancs, il y en a des tout noirs, des tout jaunes, des tout blancs, il y en a des petits orange ou bruns qui poussent par colonies, il y a ces langues qui semblent sortir des troncs et notamment des souches où elles grandissent en durcissant, par cercles concentriques, parfois presque jusqu’à faire le tour…

Tout ceci, vous le sentez, est plein d’une vie secrète, mi-merveilleuse, mi-terrifiante. Et puis, si vous partez suffisamment longtemps, il vient toujours un moment où vous êtes un peu perdu. Soudain vous ne savez plus où vous êtes.

Au fur et à mesure de votre progression dans la forêt vous vous êtes laissé gagner par une légère et joyeuse panique, et voici qu’elle se retourne en sourde inquiétude. Vous ne savez pas où vous êtes, et c’est presque : vous ne savez pas qui vous êtes.

Voilà ce que j’appelle le dépaysement : vous n’êtes plus pour vous-même votre pays de connaissance. Vous n’êtes plus cet être qui mène ses pas, mais un être que ses pas ont mené où il ne se reconnaît plus. Tout se tait si fort que vos oreilles en bourdonnent.

Qui est là ? Par où est ma maison ? Un pic martèle un tronc, mais il ne vous répond pas, ni lui, ni rien d’autre. Tout à l’heure vous marchiez en contemplant tous ces éléments charmants de la forêt, maintenant ce sont eux qui semblent vous contempler, immobiles, muets. Chacun son sort, semblent-ils penser. Vous voient-ils en intrus ? Ou simplement comme une pierre qui roule çà et là ? (Un jour, si vous vivez, viendra le moment de votre vie où vous serez devenu vous-même la forêt, et son regard immémorial sur l’être humain).

Alina Reyes, Cueillettes

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